À Shanghaï, lifting à Chinatown

Dans le train qui nous amène à Shan­ghaï, nous avons le temps de fantasmer sur la « pros­ti­tuée d’Asie » comme la présentent les romans histo­riques : trente-huit heures pour être précis – il en faut moitié moins aujourd’hui. Les fume­ries clan­des­tines d’opium, les maisons closes, la contre­bande et les sociétés secrètes… Tout s’évapore dès l’ouverture des portes du compartiment.

C’est un petit homme tout ce qu’il y a de plus ordi­naire qui nous accueille sur le quai, dans la fraî­cheur du matin. Pei Wei est viet­na­mien. Nous l’avons rencontré au conser­va­toire de Hanoï où il nous a invité à venir décou­vrir la scène musi­cale de Shan­ghaï. À vrai dire, il n’a pas l’air telle­ment plus à l’aise que nous lors­qu’il s’agit de se repérer dans le métro ou de choisir un ticket. 

Il fait comme si de rien n’était et nous montre l’exemple à suivre : mettre le billet dans la fente – là, comme ça, regardez ; traverser dans ses pas – atten­tion, il y a une voiture ; s’as­seoir dans le métro – les invités ne doivent pas rester debout.

Toute la journée, nous nous plions doci­le­ment aux quatre volontés de notre apprenti-guide qui nous prend en charge sans tolérer la moindre discus­sion sous peine de se fâcher tout rouge. 

Shanghai, visite touristique

Nous écumons tous les plans à touristes de la ville : le temple des dieux, cerné par les marchands et les boutiques de souve­nirs, le marché d’ar­ti­sanat chinois et ses rangées de statues en coquillages, éven­tails, soie­ries, lampions, t‑shirts, chapeaux, briquets, la tour de la pros­pé­rité d’or, la plus haute du pays (deux fois détrônée depuis), d’où la vue sur la ville qui s’étale à perte de vue donne le vertige.

Shanghai - À l'intérieur de la tour de la prospérité d'or

Au bout de six heures épui­santes de bons et loyaux services de part et d’autre, nous retrou­vons notre liberté. Le cirque de Shan­ghaï, réputé pour l’habileté de ses acro­bates, sera l’occasion de nous détendre et peut-être même d’enregistrer un peu de musique ? Joe Dassin, UB40, les Gipsy Kings et Fran­çois Feld­mann composent la bande son du spectacle. 

L’orchestre chinois de Shanghai

Nous aurons plus de chance avec l’orchestre de musique tradi­tion­nelle de Shan­ghaï (entre­temps devenu l’orchestre chinois de Shan­ghaï) où les musi­ciens déploient leur virtuo­sité sur des pièces qui font la part belle aux animaux. 

Dans Course de chevaux, la vièliste évoque par son jeu nerveux le mouve­ment des pattes au galop ; ses pizzi­cati font résonner le bruit des sabots sur le sol ; percus­sions, flûtes et trom­pettes enflamment la course qui se termine dans un dernier hennis­se­ment stri­dent de cheval qui se cabre, très expressif et très applaudi.

L’orchestre inter­prète de grandes fresques lyriques qui puisent dans les diffé­rentes tradi­tions musi­cales du pays : Danses folk­lo­riques Yao dresse un tableau haut en couleur plein de mouve­ment et de vie ; Grande fête a Tian Shan évoque le prin­temps dans les Monts Célestes, quand les hommes se réunissent pour danser et chanter ; Tambours de pierre de la Suite de Chine du Nord-Ouest décrit une céré­monie sacri­fi­cielle où des peuplades indi­gènes offrent des victimes à leurs dieux…

Musique et socialisme

Dans un État plurieth­nique qui doit devenir unitaire, une telle program­ma­tion sert des visées poli­tiques. En Chine, la musique est poli­tique depuis Confucius. 

« La première note de la gamme, c’est le souve­rain ; la deuxième note, ce sont les ministres ; la troi­sième note, c’est le peuple. »

Mao l’intègre dans le cadre général du réalisme socia­liste. Il lance dans les années cinquante un vaste programme ethno­gra­phique pour collecter les tradi­tions musi­cales des diffé­rentes ethnies vivant en Répu­blique populaire. 

« Puisant leurs éléments dans la vie réelle, la litté­ra­ture et l’art révo­lu­tion­naires doivent créer les figures les plus variées et aider les masses à faire avancer l’histoire. »

Les masses appré­cient à leur façon. Le public est bavard, le bruit des sacs en plastic résonne dans toute la salle, la sonnerie d’un portable retentit sans crier gare, quand il ne s’agit pas de rots caver­neux. La vertu bour­geoise qu’est la poli­tesse n’a pas sa place parmi les masses.

Sur le Pudong, gratte-ciels au look futuriste

Shanghai - Devant la presqu'île du Pudong

Pour ce qui est de l’histoire qui avance, le capi­ta­lisme rouge porte indé­nia­ble­ment ses fruits. Installée face à la presqu’île du Pudong où s’élève le tout nouveau centre d’affaires, même la statue de Chen Yi, le premier maire de la ville sous l’époque commu­niste, semble dépassée par les gratte-ciel à l’ar­chi­tec­ture futuriste. 

Tout Shan­ghaï est en travaux et les tours aux reflets rose, verts ou dorés encerclent petit à petit les quar­tiers à dimen­sion humaine. 

Si la ville grandit, c’est autant en hauteur qu’en super­ficie, et ce à un rythme fréné­tique. En cinq jours, rien qu’autour de notre hôtel, nous voyons démé­nager deux magasins ! 

Quel lifting, Chinatown !

Les Mac Donald fleu­rissent ici et là, les centres commer­ciaux se déploient sur plusieurs étages, les vitrines des grands maga­sins donnent les dernières tendances de la mode, qui cette année-là est au frisé. Portables et pagers ont envahi les poches et les cein­tures des passants. Les néons clignotent aux couleurs de grandes marques occi­den­tales. Quel lifting, China town !

Au milieu du tumulte, assis en brochettes de trois au pied des sièges de grands groupes inter­na­tio­naux, des vieux, tricot de peau remonté jusqu’au nombril, regardent d’un œil amusé les touristes perdus et les hommes d’af­faire pressés. Eux, les chan­ge­ments, les révo­lu­tions cultu­relles et les grands bonds en avant, ils ont déjà donné. Impas­sibles, ils semblent attendre le prochain train.

Shanghai - Le grand bon en avant

Poursuivez le voyage en Chine sur le blog : 

Le tour du monde des musiques à vélo

Faites le tour du monde à vélo et décou­vrez le musiques d’Asie, l’Amérique latine et l’Afrique. 18 mois de voyage, 23 pays et 23000 kilomètres !

Musictrotter, le podcast d'un tour du monde des musiques à vélo

Sur la même thématique

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 Partages
Partagez
Enregistrer
Tweetez