Traversée de la Chine à vélo : de la poussière et du vent

Trente jours pour traverser la Chine d’est en ouest. De Pékin à Urumqi, 3500 kilo­mètres de route. Journal de bord d’une traversée épique de la Chine à vélo.

Trente jours pour traverser la Chine d’est en ouest et attraper notre vol pour l’Ouzbekistan. Sur trois mille cinq cent kilo­mètres de route, de Pékin à Urumqi, journal de bord d’une traversée épique de la Chine à vélo.

Dimanche 22 juillet

En selle à : 10h30

Le départ, enfin ! Après trois semaines passées au rythme des méga­lo­poles chinoises, nous ne tenons plus en place. Les grands espaces nous appellent. Nous quit­tons l’hôtel après la désor­mais tradi­tion­nelle séance de photos souve­nirs. Direc­tion la grande muraille de Chine. Moral au top niveau, moti­va­tion a bloc. Vélos réglés, graissés, pneus et chambres à air neufs. Nous sommes prêts à affronter la route sous toutes ses formes. Premiers kilo­mètres vent dans le dos. Bon présage. A la pause boisson, l’épicier nous offre des glaces au maïs et au haricot pour fêter l’élection de Pékin. La chine orga­ni­sera les jeux olym­piques de 2008. Arrivée à la grande muraille, montée des marches, photo, redes­cente des marches, photo, pose avec nos vélos devant la grande muraille, photo, photo, photo.

Bivouac à : 20h30
Distance : 70 kilo­mètres
Moral : au top

au pied de la muraille de Chine

Lundi 23 juillet

En selle à : 7h

Début véri­table du périple. Etape de montagne à travers les vergers et les ruches. Pêches, prunes, mira­belles, abri­cots, melons, raisins, miel vendus le long de la route. Nous imagi­nons déjà la vie saine et simple que nous allons mener pendant ces trente jours. Après-midi atroce. Chaleur cani­cu­laire et pas l’ombre d’une brise. Liquéfié, je me demande déjà si nous n’avons pas présumé de nos forces. Les vergers font place à la déso­la­tion d’un plateau semi-déser­tique sinistre, avec un ciel si gris qu’un canal s’est pendu. Succes­sion d’usines de concas­sage de charbon. L’air est saturé de fines parti­cules noirâtres. Tout est gris. Les nuages, la fumée des hauts four­neaux, la pous­sière des camions, les montagnes, les maisons. Gris le visage des hommes qui fument les yeux plissés, les traits incrustés de suie. Ne pas faire de vieux os !

Bivouac : 22h
Distance : 140 km
Moral : moins

Une mine de charbon

Mardi 24 juillet

En selle à : 6h30

Nous quit­tons la zone minière. Route bordée de montagnes qui seraient magni­fiques si elles ne dispa­rais­saient pas derrière une brume de pous­sière. Vent conti­nuel, souf­flant du sud, et qu’on maudit lorsqu’on l’a de face. Averse pendant la pause. Pédalé sur tous les types de surface : goudron, cailloux, graviers, terre, sable, boue, chaux, et même traversé pied nu un petit torrent d’eau de pluie qui coupait la route. Re-pluie, juste pendant le montage de tente. Allez, demain, ça ira mieux !

Bivouac : 22h
Distance : 100 km
Moral : moins moins

Sommets embrumés

Mercredi 25 juillet

En selle à : 7h30

Le temps est avec nous : averse et vent de face toute la matinée… Deux crevai­sons. Au fil de notre progres­sion, l’uniforme est de plus en plus à la mode. Le matin, doublés par trois moby­lettes avec mouton vivant sur le porte bagage. L’après-midi, croisé trois moby­lettes avec peau de mouton sur le porte bagage. Quatrième jour sans nous laver. L’état de nos cheveux relève du désastre écolo­gique. Nos fesses sont rouges, mais nous prenons soin de notre corps : crèmes contre l’irritation, comprimés pour et après l’effort, sachets anti-déshy­dra­ta­tion, magné­sium en complé­ment alimen­taire. Malgré tout, je ne rêve que d’une part de tarte au flanc de mami Yvette. A défaut, j’avale les kilomètres !

Bivouac à : 22h30
Distance : 150 kilo­mètres
Moral : bon

Franck superstar

Jeudi 26 juillet

En selle à : 8h

Faux plat descen­dant, vent nul, matinée fraîche : on avance on avance ! Nous péné­trons dans la Chine profonde. Carrioles, chevaux, trou­peaux de moutons et vieux fumant la pipe. Les restau­rants et les épice­ries se font de plus en plus rares. Paysage vallonné, semi-déser­tique. Les montées et descentes qui s’enchaînent nous épuisent physi­que­ment et surtout mora­le­ment. Mais notre horizon s’arrête aussi loin que notre regard porte, et ça, ça vaut bien le déplacement.

Bivouac : 20h30
Distance : 120 km
Moral : plus

À perte de vue

Vendredi 27 juillet

Réveil à : 6h15 par des villa­geois intri­gués, ébahis et fina­le­ment amusés par tout notre attirail.

Ayant installé le campe­ment de nuit, nous avons sans nous en aper­ce­voir planté les tentes sur le toit de leurs maisons a demi enfouies dans la terre !

La route monte, descend, remonte, redes­cend… Heureu­se­ment, vent dans le dos le matin. A la pause déjeuner, on nous indique que la route est coupée. Le détour de deux cent cinquante kilo­mètres est hors de ques­tion. Contre l’avis de tous, nous déci­dons de tenter notre chance par l’itinéraire le plus court. Rien ne peut arrêter deux vélos ! Chemins en terre dans un état déplo­rable. Les montées se succèdent avec une fréquence déses­pé­rante. Sal temps pour les cyclistes têtus.

Bivouac à : 21h
Distance : 80 kilo­mètres
Moral : au plus bas.

Paysage désert de la Mongolie intérieure

Samedi 28 juillet

En selle à : 8h30

Traversée de la rivière qu’on nous disait infran­chis­sable sur un vieux raffiot. Déjeuner avec les putes du coin.Vulga­rité de rigueur. Après-midi bien. Vent dans le dos. On rattrape les kilo­mètres en retard. Croisé le bus qu’on nous recom­man­dait de prendre la veille. Le chauf­feur nous attend au village suivant pour nous offrir une pastèque. Roulé à la lumière de la lune. On est encore à la bourre !

Bivouac à : 22h
Distance : 120 km
Moral : moins

Dimanche 29 juillet

En selle à : 8h15

Nos ennemis du jour : le vent et les routiers qui nous klaxonnent dans les oreilles et sur lesquels nous déver­sons une pluie d’injures. Après une semaine, nous prenons enfin une douche. L’hôtel accueille un sémi­naire pour jeunes cadres du parti. Depuis le début, nos jour­nées se ressemblent : lever-vélo-petit déjeuner-vélo-déjeuner-sieste-vélo-dîner-vélo-bivouac. Heureu­se­ment que les médi­ca­ments de l’oncle Jean sont là pour nous aider à entre­tenir la machine et à tenir le coup. On aurait aussi du penser à prendre des euphorisants…

Bivouac à : 21h
Distance : 120 kilo­mètres
Moral : en berne.

Lundi 30 juillet

Après une semaine à travers la Mongolie inté­rieure, nous avons parcouru 1000 km depuis Pékin, notre point de départ. Le défi reste intact : traverser la Chine d’est en ouest. Nous aper­ce­vons les premières dunes de sable. Le Xinjiang est là, droit devant…

Lire la suite : Traversée de la Chine à vélo : pour 1000 km de plus

Commentaires

Salut Adrien ! Oui c’était un peu le défi physique du voyage 🙂
Sur la première partie de l’iti­né­raire, se repérer a été assez facile car nous allions plein ouest et il y a très peu de routes dans ce coin là. On ne peut pas trop se tromper. Sur la deuxième partie, la partie vrai­ment déser­tique, le plus dur était plutôt de savoir où on était. La carte que nous avions n’était pas du tout détaillée et vu que nous cour­rions contre la montre, ce n’était pas très rassu­rant de ne pas savoir si nous étions en avance ou en retard sur l » « horaire »…

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