L’Ouzbekistan sur la route de la soie

De Tashkent à Boukara, une semaine sur la route de la soie dans un pays au bord de la crise de nerf…

En Ouzbé­kistan, nous sommes offi­ciel­le­ment en vacances. La grande traversée de la Chine nous a éreintés et nous lais­sons de côté les vélos pour voyager au gré des trans­ports en commun. Nous dispo­sons d’une semaine pour visiter les anciens cara­van­se­rails sur la route de la soie, Khiva et Boukhara, avant de rejoindre Samar­kand pour le festival des musiques d’Asie centrale.

Nous pensions en avoir fini avec les uniformes en quit­tant le Kaza­khstan. Mais notre première après-midi dans les rues de Tashkent nous confirme que le climat poli­tique de l’Asie centrale est à l’orage : pas moins de sept contrôles de passe­port. C’est à croire que nos barbes ne leur reviennent pas. Précisément !

L'Ouzbekistan sur la route de la soie - Portrait en couleurs

L’identité ouzbek

Comme nation, l’Ouz­bé­kistan n’existe que depuis dix ans à peine. Ses fron­tières d’ex-répu­blique socia­liste proviennent du tracé plus ou moins arbi­traire établi dans les années vingt par l’union sovié­tique : russo­phones ou turco­phones, séden­taires ou nomades. 

Placée sous la férule de Moscou, la toute nouvelle répu­blique se voit dotée d’une orga­ni­sa­tion poli­tique centra­lisée qui régit les destins de peuples d’ori­gines, de confes­sions et de cultures diffé­rentes.

Avec l’effondrement de l’URSS en 1991, c’est aussi le ciment de l’unité qui s’effrite. Désor­mais indé­pen­dante, l’Ouzbékistan se retrouve face à un défi de taille : rassem­bler la popu­la­tion autour d’une iden­tité ouzbek à définir.

Celle que défend le président Islam Karimov ne fait pas l’unanimité mais qu’à cela ne tienne. Il interdit les partis poli­tiques, incar­cère à tour de bras oppo­sants, jour­na­listes et digni­taires reli­gieux et orga­nise des élec­tions qui « mettent tout le monde d’accord ».

Tashkent sous pression

Dans un pays déjà sous pres­sion, nous arri­vons à quelques jours du dixième anni­ver­saire de l’in­dé­pen­dance. Dans toute la capi­tale, le climat est à la psychose.

Le gouver­ne­ment qui souhaite célé­brer en grande pompe l’évè­ne­ment fonda­teur de la Nation redoute un coup d’éclat de l’opposition. Des mesures de sécu­rité draco­niennes ont été mises en place : un arbre, un policier. 

Avec nos barbes enfa­ri­nées, on a vite fait de nous ranger dans le camp des terro­ristes plutôt que dans celui des amis de la Mère-Patrie. Je rase cette barbe suspecte dès le premier soir pour ne garder qu’une mous­tache gauloise.

Sur la route de la soie

La grande traversée de la Chine nous a éreinté. En Ouzbé­kistan, nous sommes offi­ciel­le­ment en vacances. Lais­sant de côté les vélos, nous avan­çons au gré des trans­ports en commun. 

C’est un voyage diffé­rent, privé de campagne, de paysages et d’horizons loin­tains, qui suit l’itinéraire tout tracé de la route de la soie et de ses villes-étapes : Boukhara, Khiva, Samar­kand et leurs sublimes coupoles turquoises. 

J’aurais aimé toucher du doigt le cœur nomade de l’Asie centrale, au creux des collines de la vallée de la Ferghana, mais la menace « terro­riste » en interdit l’accès, paraît-il.

Des musées à ciel ouvert

Dans les villes ouzbèkes, les sites histo­riques refaits à neuf et sanc­tua­risés me laissent perplexes. J’ai l’impression de rentrer dans des bulles spacio-tempo­relles coupées du monde. Tout est lisse, propre, harmonieux. 

Surtout, la vie semble avoir tota­le­ment déserté ces mosquées, ces mauso­lées et ces médersas. Une poignée d’enfants anime seule les rues et les places désertes. Le pays semble avoir mis son passé sous cloche. Quelque chose sonne faux.

Ailleurs, les strates de l’histoire se côtoient pêle-mêle : les faïences et les murs de terre crue se découpent sur un horizon de tours béton­nées, prises dans un damier de boule­vards taillés dans la masse. 

L'Ouzbekistan sur la route de la soie

Samarkand, côté ruelles

Par chance, je découvre à Samar­kand l’entrée d’un quar­tier rési­den­tiel. Délais­sant les grands axes, un dédale inti­miste m’entraîne dans des ruelles qui serpentent entre les murs hermétiques. 

Des jardins et des cours inté­rieures, rien n’est laissé à la vue du prome­neur, ce qui rend chaque porte ouverte d’au­tant plus tentante. Cette échelle, où mène-t-elle ? On imagine des tapis sur les toits, une céré­monie du thé à l’ombre des feuillages… Elle semble faire partie des rituels immuables du pays.

Le voyage en Ouzbekistan se poursuit ici : 

Le tour du monde des musiques à vélo

Faites le tour du monde à vélo et décou­vrez le musiques d’Asie, l’Amérique latine et l’Afrique. 18 mois de voyage, 23 pays et 23000 kilomètres !

Musictrotter, le podcast d'un tour du monde des musiques à vélo

Sur la même thématique

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 Partages
Partagez
Enregistrer
Tweetez