Chengdu, la ville « la plus authenÂtique de Chine ». C’est en ces termes que le Lonely Planet prĂ©senÂtait la capiÂtale du Sichuan. Sur les traces de ce passĂ© fantasmĂ©, un specÂtacle d’opĂ©ra du Sichuan me rĂ©vèle une Chine qui, comme les poupĂ©es transÂforÂmistes, change de masque sans mĂŞme qu’on s’en rende compte.
Mettez-vous dans l’ambiance
Ă€ Chengdu, la statue de Mao nous accueille en grande pompe devant un parterre de fleurs rouges et jaunes. Le parti commuÂniste chinois fĂŞte sa fondaÂtion quatre-vingts ans plus tĂ´t. Des drapeaux rouges pavoisent et des slogans pĂ©rorent :
« Le parti commuÂniste est bon pour la sociĂ©tĂ©. Bonne rĂ©forme et ouverture ! »

À Chengdu, les prémisses du changement
De ce vent de chanÂgeÂment qui souffle sur le pays, les montagnes du Yunnan ont dĂ©jĂ parsemĂ© quelques indices dans les paysages de carte postale d’une Chine Ă©terÂnelle. Nous les avons pris pour les Ă©lĂ©ments d’un prĂ©sent dissoÂnant, trop prĂ©ocÂcupĂ©s par notre quĂŞte d’authentique.
Or un guide Lonely Planet feuilletĂ© au Vietnam et rĂ©digĂ© quelques annĂ©es plus tĂ´t dĂ©crit Chengdu comme « la plus authenÂtique des villes chinoises ». Ă€ peine arrivĂ©, je pars en quĂŞte de ces « petites allĂ©es bordĂ©es de tilleuls, ces maisons aux toits recourbĂ©s et aux portes impoÂsantes ». Je veux voir dans les rues de Chengdu ce qu’il reste de la Chine « d’avant ».

Civisme Ă la chinoise
Au cours de ma promeÂnade, des inconnus m’emboĂ®tent le pas :
« Hello !
- How are you ?
- Where are you from ?
- Do you like China ?
- How do you find Chengdu ? BeauÂtiful hmmm ? »
La première de ces rencontres me surprend mais, consiÂdĂ©Ârant les diffiÂcultĂ©s linguisÂtiques Ă©videntes, j’apprĂ©cie la courÂtoisie de mon interÂloÂcuÂteur et son sens de l’accueil. Une minute passe avant qu’un nouveau compaÂgnon de promeÂnade ne se joigne Ă moi pour me poser les mĂŞmes quesÂtions dans le mĂŞme ordre avec les mĂŞmes difficultĂ©s.
Un slogan Ă©crit en grosses lettres noires sur le mur apporte une expliÂcaÂtion possible Ă cet Ă©trange comportement :
« Soyez civiÂlisĂ©, progresÂsiste et contriÂbuez Ă la gloire de Chengdu ».
Le Chinois a dĂ©ciÂdemÂment l’esprit bien civique !





Un patrimoine en sursis
Au hasard de mes pĂ©rĂ©ÂgriÂnaÂtions, je finis par le trouver, ce quarÂtier oĂą les tours et les avenues n’ont pas tout supplantĂ© et oĂą les vendeurs Ă la sauvette s’asÂsouÂpissent sur leur Ă©tal Ă l’ombre des rangĂ©es d’arbres. LĂ , la Chine est seuleÂment en train de se rĂ©veiller. Partout ailleurs, elle dĂ©borde d’activitĂ©.
MagaÂsins flamÂbants neufs, immeubles immaÂculĂ©s, galeÂries marchandes, centres commerÂciaux… Tout semble pousser Ă une vitesse folle. Le capiÂtaÂlisme et la sociĂ©tĂ© de consomÂmaÂtion triomphent en terres commuÂnistes. On ne s’atÂtenÂdait pas à ça !
FocaÂlisĂ©s sur le passĂ©, nous n’avons pas pensĂ© que c’est au prĂ©sent que l’histoire s’écrit. Pendant que nous cherÂchons les traces de Mao, la Chine de Jiang Zemin intègre l’OMC. Ă€ toute vapeur, elle avance sans regarder dans le rĂ©troviseur.


L’opéra du Sichuan, miroir de la Chine moderne
Est-ce un hasard si le specÂtacle d’opĂ©ra du Sichuan auquel nous assisÂtons ce soir-lĂ illustre Ă merveille les transÂforÂmaÂtions du pays ? Sur les planches, des poupĂ©es changent de masque en une fracÂtion de seconde, passant comme par magie du rouge au blanc, du vert au doré…
Des acroÂbates rĂ©alisent des contorÂsions pas moins specÂtaÂcuÂlaires que les souplesses dont fait preuve le parti commuÂniste. PercusÂsions, gongs, vièles et tromÂpettes accomÂpagnent de sons perçants et de rythmes enjouĂ©s les numĂ©ros qui se succèdent.
La voilĂ , la Chine d’autrefois, avec son maquillage colorĂ© et sa voix haut perchĂ©e ! Elle est sur scène, bien orchesÂtrĂ©e. Et pourÂtant, curieuÂseÂment, on jureÂrait qu’elle nous parle du prĂ©sent…





