Les dessous de la montagne de Reims

Décou­verte inso­lite du parc naturel régional de la Montagne de Reims. Un itiné­raire de 2 jours à la rencontre de ses vigne­rons, jardi­niers, producteurs…

Depuis ses 288 mètres, la montagne de Reims offre un regard diffé­rent sur toute la plaine de Cham­pagne. Dans le parc naturel régional, forêts et jardins protègent une faune et une flore spéci­fiques. Sous terre, la cave aux coquillages plonge dans l’his­toire de la terre. En surface, la vie locale s’or­ga­nise autour de lieux de convi­via­lité. Après la vallée de la Marne, le road-trip cham­pe­nois prend un peu d’altitude.

C’est un îlot qui surnage au dessus d’une mer plate. Cernée de vignes et de champs, la montagne de Reims rompt la mono­tonie du paysage cham­pe­nois et offre un refuge à la biodi­ver­sité locale. C’est le terrain des amateurs de rando, de nature et de balade au grand air. 

Après la vigne et les grandes maisons pres­ti­gieuses de la vallée de la Marne, j’opte pour un manière un peu plus sauvage de visiter la Cham­pagne.

  1. Le parc naturel régional de la montagne de Reims
  2. Haut­vil­lers, berceau du champagne
  3. La cave aux coquillages, oeno­logie et géologie
  4. Nuit au coeur du parc régional de la montagne de Reims
  5. La maison de la nature
  6. Le cerf à trois pattes, épicerie locale

Le parc naturel régional de la montagne de Reims

En remon­tant les coteaux cham­pe­nois en direc­tion d’Haut­vil­lers, le paysage change. Une forêt s’élève, déli­mite les reliefs et domine les éten­dues de vignes à perte de vue.

Randonnée land-art sur les traces d’Andy Goldsworthy - Le refuge des thermes

Le parc naturel de la Montagne de Reims est le second parc naturel de Cham­pagne. Imaginé pour protéger la forêt du déboi­se­ment et améliorer la qualité de l’accueil réservé aux visi­teurs, ses 54000 hectares valo­risent aussi les diffé­rents sites natu­rels, préservent la faune et la flore et protègent la qualité du paysage. 

Hautvillers, berceau du champagne

Pour gravir la Montagne de Reims, la route traverse des éten­dues de vignes qui esca­ladent les coteaux en bandes paral­lèles. Au sommet de cette marée verte, on arrive au joli village de Haut­vil­lers, berceau du Cham­pagne.

C’est ici que le procu­reur de l’abbaye d’Hautvillers, un certain Dom Péri­gnon (croisé déjà à Sainte Mene­hould) aurait intro­duit au XVIIème siècle la « méthode cham­pe­noise » qui ferait la fortune du vignoble cham­pe­nois. Une pierre tombale rend hommage à cet illustre somme­lier avant l’heure dans l’église de l’abbaye.

Montagne de Reims - Vue sur la vallée de la Marne

Quelques mètres plus haut, on embrasse du regard les paysages de vignes depuis le point de vue domi­nant le village. Une éton­nante sculp­ture contemple elle aussi les coteaux de la vallée de la Marne. C’est « Cloud tree », l’une des 18 œuvres instal­lées dans les paysages de Cham­pagne par le festival d’art contem­po­rain et de land art Vign’art.

À quelques kilo­mètres, la cave aux coquillages va se charger de remettre les pendules à l’heure et nous rappeler l’âge cano­nique de ce massif formé il y a 70 millions d’années.

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La cave aux coquillages, oenologie et géologie

À Fleury-la-rivière, tout le monde est déjà réuni dans la cour du domaine Legrand-Latour. Œnologie et géologie n’ont jamais été tant mêlées qu’ici. Côté vigne, le fils Thibault conduit le domaine avec une atten­tion parti­cu­lière pour les sols. Des cuvées réunis­sant les raisins issus des mêmes couches géolo­giques sont en préparation.

Côté cave, Mr Legrand père laisse libre cours à sa passion pour les fossiles qui foisonnent ici. Une lourde porte défend la galerie où débute la visite. Saut dans le temps : on est à – 45 000 000 d’années.

« Nous sommes en plein milieu du tertiaire et à cette heure-là, ici, nous sommes en présence d’un climat tropical et d’une mer chaude qui nous a laissé un dépôt de sable d’une dizaine de mètres d’épaisseur. Ce sable est plein de fossiles, prin­ci­pa­le­ment les coquillages. Et parmi tous les coquillages, il y a un escargot géant qui s’appelle le campa­nile gigan­teum qui fait entre 40 et 60 centi­mètres de long rien que la coquille. C’est un fossile spec­ta­cu­laire fort convoité. On vient de partout faire des recherches dans la région. »

Un site fossilifère unique

À Fleury-la-rivière, des caves à cham­pagne ont été creu­sées dans ces sables fossi­li­fères. Mr Legrand obtient une première puis une deuxième cave pour mettre le site en valeur.

« Au lieu d’extraire du fossile, on pouvait trouver et faire une présen­ta­tion de tous ces fossiles en les lais­sant sur place. »

Une collec­tion nous intro­duit aux diffé­rentes ères géolo­giques. Trilo­bites de 450 millions d’années – « les plus vieux fossiles dont je dispose » -, ammo­nites et oursins du secon­daire, feuilles pétri­fiées du tertiaire.

« Il y a 60 millions d’années, nous avions déjà de la vigne dans la région. »

Petite leçon de géologie

Vers ‑45 millions d’années, des bancs de coquillages char­riés par la mer et recou­verts de sable sont empri­sonnés. Le relief évolue sous la poussée des glaciers puis de leur fonte, il y a 3 millions d’années. Les vallées se creusent, les rivières se forment, les coteaux et les plateaux appa­raissent

Les sables ense­velis affleurent et révèlent leur précieux trésor : 300 espèces, escar­gots de mer, pinces de crabes, dents de requins, oursins… Mr Legrand se lance dans une démons­tra­tion de fouille.

« L’avantage ici, c’est qu’au grat­tage, on gagne à tous les coups. Le grand plaisir de cette disci­pline, c’est le plaisir de la décou­verte et la décou­verte, ici, elle est fréquente et même perma­nente parce que les niveaux sont super riches ! On s’amuse comme des petits fous là-dedans. Enfin bon… Surtout moi. Mais vous voyez, c’est véri­ta­ble­ment un jeu d’enfants. D’ailleurs les enfants s’y prennent aussi bien que moi ! »

Montagne de Reims - Monsieur Legrand en pleine fouille dans les sédiments

Des caves à champagne

Les gale­ries de la cave aux coquillages n’abritent pas que des fossiles. La tempé­ra­ture et le taux d’hygrométrie sont idéal pour la bonne conser­va­tion du cham­pagne de la maison Legrand-Latour. On s’en persuade lors de la dégus­ta­tion qui conclue la visite.

Pour ma part, en guise de cham­pagne, je repars avec sous le bras l’un de ces impres­sion­nants speci­mens de campa­nile gigan­teum. 45 millions d’années me font tourner la tête plus que quelques bulles.

Nuit au cœur du parc régional de la montagne de Reims

La route repart à travers le massif fores­tier qui couvre 40% des terres du Parc Naturel Régional de la Montagne de Reims. Direc­tion Nanteuil-la-forêt pour une nuit au cœur du Parc. La roulotte des Cahou­riaux trône au centre d’un jardinet propret bordé de végé­ta­tion et planté de gazon.

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C’est la deuxième fois du voyage que je dors en roulotte. La première était une roulotte de voyage. J’entendais les chevaux dans les box voisins. Celle-ci est vrai­ment luxueuse et pas du tout taillée pour la route. Grandes ouver­tures, cuisine équipée, salon, chambre aux volumes géné­reux, déco tendance… 

La table de jardin, les transat et le petit barbecue à l’extérieur complètent les pres­ta­tions de cet « héber­ge­ment inso­lite » pas vrai­ment sauvage, mais diable­ment confor­table. Pour la nature, le jardin bota­nique de La Presle et la maison du Parc sont à quelques coups de pédale.

La maison de la nature

J’en prends la direc­tion le lende­main matin, râte le panneau sur la gauche, pour­suis jusqu’au centre bota­nique de la Presle et au-delà, à travers la forêt, débouche sur l’autre versant de la montagne, là où la pente s’inverse et redes­cend vers Reims. Les vignes qui soulignent les coteaux en une belle courbe régu­lière sont ici celles de la Montagne de Reims – de l’autre côté, c’est la vallée de la Marne.

À la maison de la nature, on trouve toute la litté­ra­ture néces­saire pour arpenter ces paysages à pied ou en vélo et comprendre les espèces natu­relles spéci­fiques à la montagne de Reims, véri­table patri­moine naturel du parc. Un verger conser­va­toire rassemble des variétés de pommiers et de poiriers aux origines locales et une mare péda­go­gique permet de se pencher sur les zones humides et leur faune

Le cerf à Trois pattes

Où manger dans le parc de la montagne de Reims ? Je me réjouis­sais de déjeuner au restau­rant Coq et vins et c’est le jour de ferme­ture. L’épicerie locale Le cerf à trois pattes sera ma solu­tion de repli. On m’en a dit du bien et avec un peu de chance, il y aura de l’animation.

Des brode­ries disper­sées dans le village m’accompagnent jusqu’à la terrasse du bistro. Les tabou­rets et les chaises sont rangés sur les tables. Déci­dem­ment, pas de chance. Pour me rassa­sier, il reste la partie épicerie de ce commerce multi-service. Pour la plupart, les produits semblent locaux. Le respon­sable de la boutique me fait les présentations.

« Ça a démarré juste avec le dépôt de pain, à la ferme­ture de la boulan­gerie, et puis au fur et à mesure, il y a eu des demandes des habi­tants de Germaine. Donc ça a grandi, tout en restant quand même sur le produit local avec l’épi­cerie. Le confi­ne­ment a apporté du monde aussi parce qu’il y avait la queue loin, loin, loin. 34 h de queue pour pouvoir venir à l’épi­cerie ! Ça a bien joué aussi pour bien démarrer le projet. »

Consommer local

Les élus ont tout fait pour que ça bouge. Des subven­tions régio­nales, dépar­te­men­tales et locales ont permis de béné­fi­cier de locaux entiè­re­ment rénovés.

« Tout le monde a mis la main à la poche parce que le projet est beau. Ce qui leur a plu, c’est qu’à chaque fois qu’on prend un produit local, en fin de compte, indi­rec­te­ment on crée un emploi. Moi, je peux vous en parler direc­te­ment parce que je suis pastier, fabri­cant de pâtes arti­sa­nales. Et oui, mon salarié, j’ai pu l’aug­menter en nombre d’heures pour pouvoir palier à certaines demandes. »

La demande pour les produits locaux est forte et elle se renforce. Les habi­tants jouent le jeu et s’approvisionnent en circuits courts.

Les trois pattes du cerf

Le cerf à trois pattes, c’est donc une première patte pour l’épi­cerie, une seconde patte pour la partie bistro… et la 3ᵉ patte ?

« C’est la partie cultu­relle. Théâtre, concerts… Le culturel nous permet de ramener des gens d’un peu plus loin. On a fait un concert il y a une quin­zaine de jours, c’était un groupe qui a permis de ramener un petit peu de gens de Reims, un petit peu de gens d’Épernay et on s’est retrouvé à plus de 100 personnes pour un petit concert d’un groupe qui n’est même pas connu. »

Située sur la ligne de chemin de fer Reims-Épernay, la gare de Germaine parti­cipe à la dyna­mique du lieu. Ville-étape de la grande traversée de la montagne de Reims, elle permet de faire la moitié du trajet en train et l’autre partie à pied, en propo­sant de quoi se restaurer au milieu.

« La SNCF, ça leur a bien plu. Ils ont vu que quand on met des choses en place, ben les gens ils en profitent. »

Montagne de Reims - Sur la route touristique du champagne

La visite de la Champagne continue ici : 

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