À Épernay, initiation au champagne

À Épernay, intro­duc­tion à la vie de la vigne, visite de caves et dégus­ta­tion autour de la fameuse avenue de Champagne… 

Pour visiter le berceau du Cham­pagne, il faut se rendre à Épernay, du côté de la vallée de la Marne. C’est là que tout a commencé. La visite des grandes maisons, des coteaux et des caves creu­sées dans la craie compte parmi les imman­quables d’un séjour en Cham­pagne. Mais si l’on sait tout de la méthode cham­pe­noise, que sait-on de la vigne ?

Cinquième étape de ce road­trip en Cham­pagne. Dans la voiture qui me mène en direc­tion d’Épernay, je révise un peu mes connais­sances sur le cham­pagne avec le podcast La terre à boire. Il consacre 4 épisodes à l’élaboration des vins de cham­pagne : méthode, cépages, tech­niques… J’arrive à Aÿ-Cham­pagne un peu mieux préparé pour comprendre où je mets les pieds.

Les vignes d’ici font partie des coteaux cham­pe­nois classés par l’UNESCO au patri­moine mondial de l’humanité. Coincé entre la montagne de Reims et les bords de la Marne, Aÿ est parcouru de trac­teurs et constellé de pres­soirs et de pres­ti­gieuses maisons de Cham­pagne. Le village vit au rythme de la vigne.

La route longe le tracé de la vélo­route de la vallée de la Marne puis bifurque vers le centre du village où la maison Baillet propose une formule déjeuner parti­cu­liè­re­ment réjouis­sante. Sébas­tien m’y attend. 

Du champagne respectueux du vivant

Fils de vigneron mais surtout Docteur en biochimie des sols, il va m’expliquer comment on peut faire du Cham­pagne en respec­tant l’environnement.

« Quand je me présente aux viti­cul­teurs durant mes forma­tions, la deuxième slide c’est « bonjour je suis Sébas­tien Manteau et je suis déformateur. » »

Sébas­tien donne tout de suite le ton. Il n’aime pas les précau­tions oratoires ni les demi-mesures.

« C’est pas assez d’aller vers le bio. Il faut aller plus loin que ça, il faut aller vers des sols vrai­ment vivants. Parce que le bio – tu le mets ou tu le mets pas dans ton blog, tu vas te prendre des coups si tu le mets mais bon – ils prennent les mêmes tech­niques que les conven­tion­nels et ils changent les produits. »

Sébas­tien n’a pas toujours tenu ce discours mais au fil des forma­tions, il se rend compte que ça ne marque pas assez les esprits.

« Ce que je dis main­te­nant, c’est que dans la nature, il y a des lois qu’il faut respecter sinon vous allez vous prendre des tôles.

La première loi c’est : un sol est toujours couvert. 100% du temps, 100% de l’année. Un sol nu, ça n’existe pas dans la nature.

Et la deuxième grande loi, c’est qu’un sol, ben il ne faut pas le travailler. On n’y touche pas, le sol c’est sacré ! Et on se démerde avec ça. Les endroits où il y a le plus de biodi­ver­sité dans le sol, c’est des sols où l’homme n’intervient jamais. »

À Épernay, initiation au champagne - Les vignes d'Hautvillers et les coteaux de la vallée de la Marne

Le terroir dans le caniveau

Le biolo­giste Marc-André Sélosse du museum national d’histoire natu­relle ne dit pas autre chose : un sol labouré, à plat, a l’érosion d’un sol alpin. Les vigne­rons ne prennent pas conscience de l’érosion éolienne.

« Au lycée viti­cole de Aÿ où j’ai fait un rempla­ce­ment, quand je suis rentré sur leur parcelle, je leur ai dit « ben qu’est-ce qu’il s’est passé ? » – Ben quoi ? – Vous êtes quand même pas assez cons pour avoir planté vos vignes les racines à l’air ? Vous les avez mises à 25 cm de profon­deur. – Ben oui – Alors si vous avez mis les racines dans 25 cm de profond et que main­te­nant on les voit, qu’est-ce qui s’est passé ? Ben vous avez perdu 25 cm de sol. »

Travailler les sols, ça évite les produits phyto­sa­ni­taires et préserve la santé des élèves. Mais il y a un revers à la médaille.

« C’est une catas­trophe de toucher les sols. Dés qu’il y a des gros orages, c’est le terroir qui se barre dans le cani­veau. Tu vois par exemple, la cham­pagne pouilleuse, avant qu’il ne reste plus que la craie, il y avait des hêtraies, avec des hêtres de 40 mètres de haut. Il y avait un sol, il y avait de l’humus en dessous. Où-est-ce qu’il est ? Il s’est barré ! Dés qu’ils ont enlevé la forêt, pour construire et pour le charbon, ils ont enlevé tous les arbres et ils ont perdu le sol par érosion éolienne. »

Biodynamie et sols vivants

Depuis une quin­zaine d’année, certaines grandes maisons de cham­pagne sont passées en biody­namie tout en labou­rant les sols pour ne pas subir la concur­rence de l’herbe. Résultat : des rende­ments catas­tro­phiques. Sébas­tien a son avis sur la question :

« En faisant ça, ils flinguent toute la vie du sol. Alors quand tu fais ça une année, ça va. Mais quand tu fais ça 15 ans, c’est une catas­trophe parce que t’as plus de vie dans ton sol et qu’est ce qui main­tient une struc­ture aérée dans ton sol ? C’est pas la méca­nique. C’est la vie en réalité.

La biody­namie, c’est du bio avec un dogma­tisme un peu diffé­rent. Mais en biody­namie, ils réflé­chissent beau­coup à ce qu’ils font. Et de plus en plus, ils font gaffe à leurs sols. En fait, il faut cibler ne serait-ce qu’un truc : les vers de terre, c’est le plus impor­tant. De quoi ils ont besoin ? D’une maison. Donc on leur fout pas des coups de charrue, on y touche plus. Et après ? Ils ont besoin qu’on ne les écrase pas non plus avec des trac­teurs qui font 9 tonnes. Et puis après ? On leur donne à manger et c’est surtout pas des engrais chimiques. »

Ça mange quoi, un vers de terre ?

« Ça bouffe les bacté­ries qui dégradent la matière végé­tale, les cham­pi­gnons, un peu de terre et un peu d’exudat raci­naire. Parce que les plantes produisent 20 à 40% de leur sève pour quelqu’un d’autre, soit les cham­pi­gnons, soit les bacté­ries qui sont autour des racines. La première chose que fait une plante quand elle germe, c’est de se trouver un copain champignon »

C’est le prin­cipe de la myco­rhi­za­tion : la plante augmente sa surface raci­naire d’un facteur 10 à 100. Les cham­pi­gnons ramènent à la plante de l’eau, de l’azote mais aussi des anti­oxy­dants, des éléments qui vont donner du goût. Ils vont même ramener des composés qui vont éloi­gner les insectes. 

« Ça c’est vache­ment inté­res­sant ! Et actuel­le­ment, en Cham­pagne, le Comité Inter­pro­fes­sionnel des Vins de Cham­pagne dit « Nous, les vignes ne sont plus myco­rhi­sées. » Donc les vignes ne se nour­rissent que ultra-loca­le­ment. Ça fait qu’on a une viti­cul­ture qui est sous perfusion. »

Y a‑t-il des produc­teurs qu’il me recom­man­de­rait pour leurs pratiques agri­coles vertueuses ?

« La cave aux coquillages. Le fils Thibault Legrand est parti en agro­fo­res­terie donc il va remettre des arbres dans ses vignes. Le père est passionné de géologie donc il a fait la partie cave avec la décou­verte des grands coquillages qui sont magni­fiques. Le fils est en train de créer des cham­pagnes dont les noms corres­pon­dront aux noms des couches géolo­giques sur lesquels ils sont. Donc ça c’est vache­ment rigolo parce que tu vas avoir un crétacé, un pléonien… »

Bonne pioche ! J’ai prévu d’y aller le lende­main. Pour l’heure, direc­tion Épernay.

À lire aussi : Les dessous de la Montagne de Reims

Une maison d’hôtes écolo

À Épernay, Didier m’accueille dans sa maison d’hôte : l’Interface. Le nom est un peu étrange. C’est celui de son ancienne acti­vité : un espace de jeu en réseau qu’il avait monté dans les années 90, devan­çant l’émergence des café internet qui fleu­ri­raient plus tard un peu partout. Rejoint par la concur­rence, il ouvre alors cette maison d’hôte à deux pas de l’avenue de Cham­pagne et du théâtre de la ville.

L’en­tre­pre­neur précur­seur dans l’âme s’ap­puie unique­ment sur les réseaux sociaux pour promou­voir son établis­se­ment. Séduits par la qualité de l’accueil, l’emplacement hyper central et la coupe de cham­pagne au petit déjeuner – c’est vrai qu’on se laisse faire sans bron­cher -, ses clients ne tarissent pas d’éloge et le propulsent rapi­de­ment en tête de la page Tripad­visor d’Épernay. Le certi­ficat d’excellence qu’il se voit décerner lui assure sa promo­tion pour un budget marke­ting nul.

Les écono­mies réali­sées sont réin­ves­ties dans deux véhi­cules élec­triques et deux vélos mis gracieu­se­ment à dispo­si­tion de ses hôtes. Une carte remise à la fin de leur séjour précise les écono­mies de CO2 qu’ils ont parti­cipé à réaliser. Bon esprit !

Avenue de Champagne

Le plus écolo­gique des moyens de dépla­ce­ment, c’est encore la marche. Au cœur de la ville, je me lance dans une visite piétonne du centre d’Épernay. Quelques rayons percent entre les nuages et illu­minent les jardins de l’hôtel de ville qui fût l’hôtel parti­cu­lier de la famille Auban-Moët. Effec­ti­ve­ment, les grilles donnent de l’autre côté sur l’avenue de Cham­pagne où les façades des maisons de cham­pagne jouent la surenchère.

Celles du château Perrier compte parmi les plus belles. Les collec­tions du musée du vin de cham­pagne et d’archéologie régio­nale qu’il renferme valent paraît-il le coup mais je me réserve pour la cave aux coquillages prévue pour le lendemain.

Sous nos pieds, des kilo­mètres de gale­ries sillonnent le sous-sol d’Épernay et des millions de bouteilles reposent à l’abri de la lumière et de la chaleur et invitent à la visite…

Où manger à Épernay ?

Je retourne dans le centre pour dîner. Pas de chance, c’est le jour de ferme­ture de la bras­serie du théâtre qu’on m’avait recom­mandée mais la cuisine bistro­no­mique du Sacré bistro offre une variante plus bran­chée qui attire une clien­tèle en chemise rose et pantalon plissé impec­cable. Au menu :

Ravioles de chèvre d’Argonne et crème de petits pois à la menthe

Dorade sébaste et mous­se­line d’artichaut et olives de kalamata

Char­lotte aux biscuits roses, rhubarbe et mascarpone

Je voyage dans la carte des vins d’au­teurs qui balaye la France entière. Je me noie litté­ra­le­ment dans la sélec­tion de cham­pagnes qui couvre toutes les appel­la­tions de la montagne de Reims à la côte des bars. Un bon endroit pour une sacrée dégus­ta­tion !

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