Avion et climat : faut-il choisir ?

Accep­terez-vous de ne plus prendre l’avion ? En 2019, les préoc­cu­pa­tions pour le climat et l’impact du tourisme sur le réchauf­fe­ment clima­tique ont placé l’avion au centre des débats.

Accep­terez-vous de ne plus prendre l’avion ? En 2019, les préoc­cu­pa­tions pour le climat et l’impact du tourisme sur le réchauf­fe­ment clima­tique ont placé l’avion au centre des débats. Certains vont jusqu’à remettre en cause le fait même de voyager et les bien­faits du tourisme. Du surtou­risme au flag­scam, petit tour d’horizon des enjeux et quelques pistes de réflexion sur nos choix person­nels en matière de tourisme…

Où partir en 2020 ? Chaque année, maga­zines, blogs et voya­gistes dressent la liste des desti­na­tions du moment. Sri Lanka, New York, Cape Town… L’usine à rêve de l’industrie touris­tique nous fait miroiter la promesse toujours renou­velée d’un ailleurs qu’il faut avoir « fait » pour être « in ». Mais en 2019, le chan­ge­ment clima­tique s’est invité au rang des préoc­cu­pa­tions principales.

En Suède, le mouve­ment « we stay on the ground » a lancé le défi à 100.000 Suédois de ne plus prendre l’avion pour lutter contre le réchauf­fe­ment clima­tique. Pour l’exemple, c’est en bateau que la mili­tante écolo­giste Greta Thun­berg, élue person­na­lité de l’année 2019 par le Time maga­zine, s’est rendu au sommet mondial pour le climat.

Avion, tourisme et climat… Faut-il choisir entre les uns et les autres ?

L’explosion du tourisme et le surtourisme

Venise, Machu Pichu, Berlin, Barce­lone, … Le surtou­risme est partout et partout, les popu­la­tions sont vent debout contre le défer­le­ment qui menace les équi­libres envi­ron­ne­men­taux et écono­miques des lieux où elles vivent.

À Santorin (15 550 habi­tants pour une super­ficie de 76 km²), des pics de 18 000 visi­teurs par jour sont enre­gis­trés durant la haute saison. Venise a décidé d’instaurer un ticket d’entrée pour accéder à son centre-ville et alléger le poids du surtou­risme sur la ville et sa popu­la­tion (une décla­ra­tion d’intention toujours pas mise en pratique au moment où cet article est publié). “Les touristes vont-ils tuer le tourisme ?” demande le journal cana­dien Le quoti­dien, à grand renfort d’exemples.

Le tourisme a cela de parti­cu­lier qu’il détruit les jouets dont il s’empare. Mal orga­nisé, le tourisme est préda­teur. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter. Selon les derniers chiffres de l’OMT, en 2019, les arri­vées de touristes inter­na­tio­naux attei­gnaient 1,4 milliard deux ans plus tôt que prévu. En 2025, ils sont 1,5 milliards, soit 100 millions de plus.

Partout le tourisme explose et ce n’est pas sans consé­quences sur le réchauf­fe­ment climatique.

L’impact de l’avion sur le réchauffement climatique

Selon une étude dirigée par un cher­cheur austra­lien et publiée le 7 mai 2018 dans la revue Nature Climate Change, “l’augmentation rapide de la demande touris­tique, estimée à 4% par an, dépasse effec­ti­ve­ment la décar­bo­na­tion de la tech­no­logie liée au tourisme”.

La même étude évalue à 8% la part de l’impact du tourisme dans la produc­tion de gaz à effet de serre (GES) par les acti­vités humaines. 8% des émis­sions mondiales de gaz à effet de serre, c’est la moitié des émis­sions de gaz à effet de serre émis par l’Europe.

Parmi les émis­sions de CO2, l’aviation occupe une part de plus en plus impor­tante : selon le Réseau Action Climat, le trans­port aérien est respon­sable de 5% du réchauf­fe­ment clima­tique une fois tous ses effets pris en compte (traî­nées de conden­sa­tion, oxydes d’azote, etc.). Qui plus est, alors que les émis­sions de CO2 baissent en Europe, celles du secteur de l’aérien explosent :

  • + 5% par rapport à 2018
  • + 26% en 4 ans selon l’ONG bruxel­loise trans­port et envi­ron­ne­ment, appuyé par les chiffres de l’Europe.

En cause : les tarifs déli­rants des billets d’avion. Dans le tourisme aussi, il est temps de changer de système…

Les prix délirants de l’avion

Parce qu’en matière de trans­port, on marche sur la tête. Comment expli­quer qu’un Paris-Rome en avion me coûte moins cher qu’un Paris-Chau­mont en train ? Comment les vols peuvent-ils être aussi bon marché ? Parce que les prix des billets d’avion sont tenus arti­fi­ciel­le­ment bas. Pour Justin Francis, PDG de Respon­sible Travel :

« La première raison est l’accord conclu par les compa­gnies aériennes en 1944, connu sous le nom de Conven­tion de Chicago, qui les exonère de taxes sur le kérosène. »

Le spécia­liste de l’aviation Emma­nuel Combe enfonce le clou : le premier poste de coût pour les low cost, c’est le carbu­rant, à hauteur de 40%. Et Justin Francis de conclure (publié sur média­part) :

« Tant qu’on ne mettra pas fin aux subven­tions fiscales dont béné­fi­cient l’aviation et les croi­sié­ristes, le problème est impos­sible à résoudre, le coût du voyage étant arti­fi­ciel­le­ment bas. »

Le para­doxe : en dépit de la très mauvaise image des compa­gnies aériennes low cost, à la fin, pour 30€, leurs avions sont pleins. Les low costs ont modifié la manière dont nous voya­geons depuis les années 90.

Peut-on renoncer à prendre l’avion quand le monde nous tend les bras à des prix défiant toute concurrence ?

Choisir entre avion et climat ? La difficulté d’être cohérent

Tout dépend de notre volonté à agir selon nos convic­tions et notre capa­cité à prendre en compte les consé­quences de nos choix écono­miques. Bref, d’être cohé­rent. Tout le problème est là. Comme l’avait résumé Jean Yann :

« Tout le monde veut sauver le monde, mais personne ne veut descendre les poubelles ».

Démons­tra­tion avec ce sondage publié sur un groupe Face­book dédié aux « voyages sac à dos back­pa­ckers » où les articles sur un tourisme plus vert, plus respec­tueux, plus respon­sable obtiennent habi­tuel­le­ment les réac­tions les plus enthousiastes… :

L'une des propositions de mesures à mettre en place pour s’aligner sur une trajectoire compatible avec les 1,5°C en France par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)

Résultat : 42,5% des répon­dants ne sont pas prêt à modi­fier leurs compor­te­ment pour réduire leur empreinte carbone.

Pour les décla­ra­tions d’intention, tout le monde est partant mais lorsqu’il s’agit de changer de compor­te­ment, les velléités s’étiolent.

Renoncer à prendre l’avion ? Pourquoi moi plus que les autres ?

Même si nous sommes tous (enfin presque…) conscients de la réalité du réchauf­fe­ment clima­tique, pour­quoi refu­se­rions-nous de prendre l’avion pendant que d’autres conti­nuent à le prendre ? À cause des inter­ac­tions spécu­laires.

Yves Cochet, ancien ministre de l’environnement, explique dans le numéro hors-série de Socialter « Et si tout s’effondrait » :

« S’il suffi­sait d’additionner les volontés indi­vi­duelles pour changer les compor­te­ments, l’éden écolo­gique règne­rait depuis long­temps partout dans le monde, ce qui n’est pas le cas. Pour­quoi ? Parce que, selon notre hypo­thèse, la volonté n’est pas une réalité première mais une réalité de l’interaction spécu­laire : l’individu averti de la catas­trophe ne se demande pas s’il veut changer sa vie, mais seule­ment s’il le ferait au cas où un certain nombre d’autres le feraient aussi ».

Pour faire changer les menta­lités, il s’agit donc d’abord de montrer l’exemple.

Incarner le changement que l’on souhaiterait voir advenir

Profes­seur à l’Université Catho­lique de Louvain et membre du comité des droits écono­miques, sociaux et cultu­rels de l’ONU, Olivier De Schutter s’est engagé à ne plus prendre l’avion afin d’être cohé­rent avec son enga­ge­ment pour la tran­si­tion écolo­gique et sociale, après des années à parcourir le monde.

Il estime que changer sa manière de vivre contribue à changer la société. Même si, dit-il :

“Le compor­te­ment indi­vi­duel ne fait aucune diffé­rence, si on le consi­dère isolé­ment. Mais à mesure que certaines manières de vivre se diffusent, la norme sociale change déjà”.

Olivier De Schutter prend donc le vélo et le train et ne prend plus l’avion afin d’être cohé­rent avec ses enga­ge­ments de lutte contre les dérè­gle­ments climatiques.

Voyager sans avion, est-ce possible ?

Alors entre avion et climat, faut-il choisir ? Est-ce vrai­ment possible de voyager sans avion ? Autrement ?

Pour éviter de se poser la ques­tion, les indus­tries du tourisme et de l’aéronautique proposent des solu­tions alter­na­tives : compen­sa­tion des émis­sions géné­rées par les vols, progrès tech­no­lo­giques qui rédui­ront dras­ti­que­ment les émis­sions de gaz à effet de serre, vertus d’un tourisme durable comme déri­vatif aux méfaits du tourisme…

Comment conci­lier nos envies d’ailleurs avec le respect des contraintes impo­sées par le réchauf­fe­ment clima­tique ? C’est l’objet du prochain article :

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Le livre d’un voyage exotique en France

Peut-on faire un voyage exotique dans son propre pays ? Pour y répondre, j’ai traversé la France à pied à travers la diago­nale du vide.

Commentaires

Le passage « Pour­quoi moi plus que les autres ? » pour­rait à lui être seul faire l’objet d’une thèse (aussi passion­nante que flip­pante). Je me résigne un peu plus chaque jour à me dire que l’homme, de manière géné­rale, est juste égoïste. Il faut arrêter de croire que demain tout le monde se réveillera arrê­tera de prendre l’avion (ou même sa voiture pour 2km). Arrê­tera de manger de la viande, commander sur amazon etc. Le progrès humain a si vite évolué (infor­ma­tique, dépla­ce­ment etc), que l’homme n’a eu le temps de « bien s’adapter ». Aujourd’hui, dans les jours les plus pessi­mistes, je me dis qu’il est impos­sible de faire marche arrière.
Quand j’en­tends que beau­coup se plaignent de Ryanair mais fina­le­ment revolent avec eux parce que le billet pour Porto n’était qu’à 30 euros. Bon .. ça résume pas mal la situation !
Je ne suis pas un exemple (loin de là) ; j’es­saye à mon échelle de réduire mon impact (j’ai stoppé la viande, je prend local). L’avion reste le plus gros point noir (surtout quand tu es expa­trié outre Atlan­tique). J’ai fait le choix de ne voyager qu’en Amérique du Nord pour limiter l’avion (pas toujours facile, mais je suis prête à rouler des heures pour aller à NYC plutôt que prendre l’avion). J’aime croire que si tout le monde faisait quelques petits pas, ça chan­gerai déjà pas mal. Mais beau­coup ne sont pas prêts à faire le premier pas, si le voisin ne le fait pas aussi .. C’est dommage cette mentalité.
Bref, sujet épineux (tu vas rece­voir les foudres de certains), délicat, fragile mais aujourd’hui primor­dial, alors merci de poser le débat !
Et bonne année 2020 à toi 🙂

Hello Amélie ! Bonne année à toi aussi 🙂 Merci pour ta réac­tion à chaud.
On a tous notre part d’in­co­hé­rence et je ne suis pas un exemple non plus. Il y a des choses auxquelles on est prêt à renoncer, d’autres non. Mais on peut tous faire des efforts et je me dis que plus on est informé, plus on est conscient des enjeux, plus on est enclin à en faire (c’est ce qui m’a poussé à écrire cet article).
Je crois moi aussi à la poli­tique des petits pas (du côté des voya­geurs en tout cas). Des petits pas, c’est mieux que rien du tout, et puis le premier est souvent le plus diffi­cile comme tu le dis… Espé­rons qu’une fois en mouve­ment, ces petits pas deviennent de grandes enjambées !
À mon échelle, à notre échelle (je te mets dans la barque puisque tu tiens aussi un blog) on ne peut qu’in­former et donner envie de voyager moins loin et plus lente­ment. Je me dis que ça donnera peut-être des idées à d’autres… Je crois plus au fait de donner envie qu’aux leçons de morale (ce qui ne m’empêche pas d’avoir un avis).
Et si le sujet « pour­quoi moi plutôt qu’un autre » t’in­té­resse, il y a un article en ligne qui en dit plus sur les fameuses inter­ac­tions spécu­laires à l’ori­gine de l’inertie ou des chan­ge­ments de compor­te­ments… C’est assez stimulant !
Bons voyages en Amérique du nord, où la voiture est reine dans ces grands espaces et où j’ai repéré quelques diago­nales du vide bien tentantes 😉

Très inté­res­sant ton article ! Le sujet me parle complè­te­ment et c’est un grand débat ! Suite à mon voyage d’un an en Amérique du Sud en slow travel, j’ai décidé à mon retour en France de limiter, voire arrêter, de prendre l’avion. Je préfère aujourd’hui voyager moins loin en train, covoi­tu­rage ou tout autre moyen plus doux et ainsi agir à mon échelle même si, comme tu le dis, beau­coup de personnes ne sont pas encore prêtes (ne veulent pas) changer leurs habi­tudes et leur confort pour tenter de réduire notre impact sur l’en­vi­ron­ne­ment et espérer ne pas foncer dans le mur trop vite… C’est très déso­lant et frus­trant (éner­vant même !) de voir qu’au final l’hu­main reste avant tout très égoïste et préfé­rera souvent plus son petit plaisir et confort personnel plutôt que d’agir pour l’en­semble de l’hu­ma­nité et la survit de notre propre planète.
Tu l’as très bien relevé dans ton article : pour­quoi moi je ferai l’ef­fort si personne ne le fait ?… Tout est dit.
En tout cas, merci pour cet article qui ouvre à la réflexion !
ps : j’ai tenté de mettre mon commen­taire via smart­phone à plusieurs reprises mais sans succès. Ça me mettait un message d’er­reur systé­ma­ti­que­ment lié au captcha (que je remplis­sais pour­tant bien).

Merci Enora ! C’est bien de savoir que de plus en plus de personnes se sentent concer­nées et agissent selon leurs convic­tions. À force, ça va bien faire ployer la branche ! Mais je suis moins dur que toi avec les récal­ci­trants. La famille de ma compagne, par exemple, vit aux Philip­pines. Niveau CO2, c’est le cauchemar, mais doit-elle renoncer à voir ses parents une fois tous les… pas souvent ? Dois-je renoncer à connaître ma belle famille ? Ce n’est pas toujours de l’égoïsme et des petits plai­sirs person­nels et ça rend les leçons de morale diffi­ciles à donner. Propager l’idée, donner l’exemple, pour que réflé­chir à deux fois avant de prendre l’avion ne soit plus l’acte d’un acti­viste énervé mais celui d’un citoyen engagé, que peut-on faire de plus ?
(Et merci pour la remarque tech­nique, je mets Scot­land yard sur l’affaire !)

Bien entendu, mon propos est à nuancer. Dans des cas parti­cu­liers comme celui que tu énonces avec de la famille loin, la ques­tion de prendre l’avion ne se pose pas de la même manière et ça ne me choquera pas forcé­ment une personne qui prend l’avion (de manière raisonnée) pour voir sa famille.
Ça me choquera plus en revanche une personne qui prend l’avion plusieurs fois par an pour simple­ment partir en vacances, voire plusieurs fois durant une même période de vacances pour en voir le maximum.
Il faut faire au mieux dans ses choix au quoti­dien et, comme tu le dis, donner l’exemple. Il n’y a pas de façon de faire parfaite et personne n’est parfait dans sa démarche, moi la première. On aura toujours chacun des contra­dic­tions dans nos actes mais déjà en prendre conscience, essayer de changer et faire au mieux est impor­tant pour espérer évoluer dans le bon sens.

Votre article est très inté­res­sant sur ce sujet épineux ! Le voyage est devenu LE rêve acces­sible désor­mais : nos trois enfants ont entre 25 et 30 ans et parcouru déjà une bonne partie de la planète ! Pour ma part, j’achète produc­teurs bio à deux pas de chez moi, je trie, je composte, j’ai réduit la viande et je prends le train lorsque je vais voir ma fille à Paris alors que je prenais encore l’avion il n’y a pas si longtemps …
Mais il existe de multiples cas parti­cu­liers : une de mes amies est veuve et son seul fils est aux USA …Comment s’y rendre depuis la France autre­ment qu’en avion ?
Je pense qu’une sorte de « permis de voyager » avec un crédit de points permet­trait à tous de prendre conscience et d’éviter que l’effort ne vienne que des seuls, encore trop peu nombreux, qui se sentent concernés et limi­te­rait aussi les dépla­ce­ments de ceux qui partent sans cesse en avion sur le temps d’un week-end ! (J’en connais aussi !)

Merci Frédé­rique pour ce commen­taire qui apporte un peu de nuances. Mon article vise à expli­quer pour­quoi il faudrait moins prendre l’avion et pour­quoi ce n’est pas si simple. Vous avez raison, des cas parti­cu­liers il y en a et je ne suis pas là pour distri­buer les bons points. Moi même, je ne suis pas exem­plaire (pas encore) et je suis bien conscient que nous mettre un gros gâteau devant les yeux en nous disant “surtout n’y touchez pas, sinon, dans 50 ans, vous allez voir…”… Diffi­cile de résister ! Et puis certains d’entre nous font des efforts sur autre chose, leur maison, leur régime alimen­taire, … À chacun de faire ce qu’il peut faire. Pour ma part, moins manger de viande, oui, ne plus en manger, non.
J’aimerais qu’il existe des mesures réel­le­ment limi­ta­tives qui s’appliquent à tous, pour éviter que chacun d’entre nous se consi­dère comme un cas parti­cu­lier. Pour le moment, on doit faire avec la seule bonne volonté. Montrer qu’il y a d’autres manières de voyager, moins polluantes et tout aussi dépay­santes, c’est ma manière à moi de parti­ciper à l’élan général. Si chacun à son niveau fait un effort, ce sera déjà pas mal. Le plus dur c’est de se mettre en marche !

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