La montagne noyée dans la foule ? Non merci ! Ce GR5 qui traverse les Alpes, je le voulais pour moi tout seul. Il a donc fallu s’éloigner des chemins rouges pour éviter les sentiers tout tracés qui drainent le gros de la foule. De Chamonix à Modane, à travers les massifs du Mont-Blanc, du Beaufortain et de la Vanoise, mon itinéraire de 8 jours s’est permis quelques raccourcis salutaires et sauvages dont voici le récit.
C’était une randonnée plaisir. La récompense d’un entraînement d’un an à courir en montagne pour préparer l’examen probatoire qui défend tel un cerbère l’accès à la formation d’Accompagnateur en Montagne. Une pause au milieu d’un travail (physique) qui, s’il n’a pas encore porté ses fruits, méritait quand même bien un peu de reconnaissance après tous ces mois d’efforts.
De tous les massifs, les Alpes sont celui que je connais le moins bien. Une mosaïque de massifs avec leurs particularités propres, leurs stars internationales et leurs blockbusters : Mont Blanc, tour des écrins, aiguilles d’Arve, vallée de la Clarée…
Je voulais m’y frotter pour compléter ma connaissance des montagnes françaises et puis aussi voir de mes yeux les lacs, sommets et panoramas que j’avais vus passer sur des écrans et feuilleté dans des livres.

De loin, j’avais l’impression que les Alpes, c’était la montagne côté business. J’avais envie de confronter cet à‑priori à la réalité du terrain. Je crois que là-dessus, mon récit est assez éclairant…
Pour ces petites vacances, je me suis donné huit jours. Envie de m’en mettre plein les yeux mais pas plein les pattes. Pour une fois, de la rando pur plaisir, sans contrainte de temps, d’efficacité ou de performance. Juste la beauté de la montagne.
Chassez le naturel, il revient au galop…
- Le GR5 de Chamonix à Modane : Itinéraire de 8 jours et trace gpx
- Récit de l’itinérance sur le GR5 jour par jour
- Jour 1 : de Chamonix aux Contamines : La foule
- Jour 2 : des Contamines au lac de Roselend : Les crêtes
- Jour 3 : du lac de Roselend à Landry : Les fleurs
- Jour 4 : du refuge de Rosuel au refuge de plaisance : Vanoise !
- Jour 5 : du refuge de plaisance au refuge de plan des gouilles : La chaleur
- Jour 6 : Du refuge de plan des gouilles à Pralognan la Vanoise : Le vertige
- Jour 7 : De Pralognan-la-Vanoise au refuge de Peclet-Polset : L’orage
- Jour 8 : De Peclet-Polset au refuge de l’Orgère : Le bout du monde
- Infos pratiques – conseils pour préparer le GR5
Le GR5 de Chamonix à Modane : itinéraire de 8 jours et trace gpx
Ce tronçon de Chamonix à Modane correspond à ce que les agences de la Grande Traversée des Alpes vendent comme leur « deuxième étape », habituellement bouclée en 7 jours encadrés.
En solo et avec mes propres coupes, il m’en a fallu 8. En cause, la météo chaude et orageuse qui m’a un peu coupé dans mes élans et aussi mon envie d’explorer les vallées et sommets alentours pour être plus dans le plaisir de la découverte que dans celui de l’effort et de la performance.
Pralognan-la-Vanoise, Savoie, France
Distance : 130 km
Dénivelé : 9200 D+
Altitude max : 2907 m
Départ : Les Houches
Arrivée : Modane
Télécharger la trace gpx
Au final, cela donne une moyenne de 16 km et 1150 m de D+ par jour — sportif, mais loin des cadences forcées qu’imposerait l’intégrale du GR5. De quoi goûter au meilleur du tracé sans y laisser toutes ses vacances.
Ma trace croise plusieurs itinéraires très fréquentés et qui se superposent les uns aux autres :
- le GR5
- l’Hexatrek (qui suit en grande partie le tracé du GR5)
- le tour du Mont Blanc
- le tour du Beaufortain
- le tour des glaciers de la Vanoise
Devant l’affluence et confronté à mon besoin d’arriver à temps, je suis rapidement sorti de ces itinéraires. Bien m’en a pris : j’ai pu arpenter la montagne en dehors de la foule et discuter avec des gardien.ne.s de refuge plus disponibles.
Étape bonus : le Mont Thabor
Si vous n’êtes pas pressé par le temps, offrez-vous une dernière étape pour faire l’ascension du Mont Thabor. C’est un des « 3000 » les plus accessibles. Un petit coup de stop jusqu’au parking du Lavoir et vous voilà prêt pour une étape 20km et 1200m de dénivelé que vous n’êtes pas prêt d’oublier. Une nuit au refuge du Mont Thabor permetra de l’écourter et de redescendre le le demain sur Modane pour prendre le train.

Récit étape par étape
Jour 1 : de Chamonix aux Contamines – la foule
Distance : 15,4 km
Dénivelé : +1368 m / ‑1214 m
Lieu de départ : Chamonix
Lieu d’arrivée : Les Contamines
Pour ce premier jour de mon itinérance à travers les Alpes du nord, je suis un peu stupéfait. Partout dans la montagne, des toilettes, des refuges où se rafraîchir, se restaurer et passer la nuit. C’est la montagne anthropisée. Tout est fléché, floqué, balisé TMB. Mon itinéraire, celui du GR5, suit le tour du Mont Blanc, probablement la randonnée la plus connue à l’étranger.
Des marcheurs de toutes les nationalités viennent se mesurer à cet itinéraire mythique : chinois, allemands, américains, japonais… L’itinéraire est déjà bien fréquenté mais selon Lana, une bavaroise avec qui je marche un peu, juin n’accueille que 10% des 50 000 randonneurs qui suivent l’itinéraire chaque année.
J’imagine l’enfer durant la haute-saison, de juillet à août, et la file continue des marcheurs, tous à la queue leu leu. On comprend pourquoi ils ont limité le bivouac à quelques zones bien définies.
Bivouac en été : des règles à respecter
Face à l’affluence et l’impact des randonneurs sur le milieu naturel, le conservatoire d’espaces naturels de Haute-Savoie encadre la pratique du bivouac dans les réserves naturelles du massif des Aiguilles Rouges (1er Juin au 30 Septembre), des Contamines-Montjoie (15 Juin au 15 Septembre) et de Sixt-Fer-à-Cheval/Passy. Des aires de bivouac définissent les endroits où sa pratique est autorisée. La réservation, gratuite mais obligatoire, est à effectuer sur ce site.
www : réserve-bivouac74.fr

Bien que tôt dans la saison, il fait déjà une chaleur étouffante. Toute la France suffoque sous des températures caniculaires. La montée jusqu’à la Chalette (800 D+) laisse des traces dans le dos. Il y avait bien l’option du téléphérique de Bellevue pour s’épargner ce petit raidillon mais tricher dés le départ aurait entamé mon orgueil d’aspirant accompagnateur.
L’itinéraire suit le flanc du mont Lachat jusqu’au col de Tricot à 2120m. D’autres traces partent à l’assaut des sommets, pointes, aiguilles et glaciers – du moins ce qu’il en reste… – La redescente de 600m d’un bloc jusqu’au refuge de Miage est sévère ! On ferait bien une halte définitive à la terrasse du refuge, rafraîchie par le bruit du torrent.



Aux Contamines-Montjoie, je profite de la civilisation pour m’offrir une coupe glacée parfaitement décadante. Bien m’en a pris. Les quelques gouttes qui piquent les parasols en terrasse se transforment en tempête de grêle. Bernard, venu boire ses deux petits verres de rosé réglementaires, m’achemine en voiture jusqu’à l’aire de bivouac. Il a travaillé dans le tourisme alors « il sait ce que c’est de se rendre des petits coups de pouce ». J’arrive après le déluge et passe la nuit à couvert sous les pins sylvestres.

Jour 2 : de Chamonix aux Contamines – la foule
Distance : 17,6 km
Dénivelé : +1421 m / ‑749 m
Lieu de départ : Les Contamines
Lieu d’arrivée : Lac de Roselend
Départ à 6h30. Des orages sont annoncés pour 13h, j’ai réservé au refuge de plan Mya pour ne pas passer une deuxième nuit sous la pluie et pouvoir faire sécher tente, fringues et duvet que l’orage de la veille a humidifiés. Il me faut arriver avant les premières gouttes.
La montée jusqu’au col de la croix du bonhomme est une autoroute. Je me flatte de doubler un peu tout le monde jusqu’à ce que les clubs de traileurs entrent en scène avec leurs cuisseaux de bœufs aux hormones. Eux sont partis le matin même de Chamonix et dormiront à Courmayeur pour boucler les 175 km du TMB en 3 jours (au lieu de 10). Ils couvrent toute ma carte en un jour là où j’en mets deux pour la traverser. Ça me remet à ma place de baladin des sentiers.



Passé le refuge, ma trace quitte le TMB pour retrouver le tour du Beaufortain que j’avais parcouru en hiver. Cette fois-ci, les crêtes des gîttes, impraticables sous la neige verglacée, sont dégagées. Depuis ses 2500 m d’altitude, le sentier qui suit l’arrête offre 2 kilomètres de pur bonheur : à 360 degrés, les reliefs du Beaufortain et du Mont Blanc composent un panorama grandiose et inoubliable.



Alors que j’arrive pile à l’heure pour m’abriter de l’orage annoncé, celui-ci se fait désirer toute l’après-midi. La nuit en refuge ne s’imposait pas mais la discussion avec Antoine, le jeune serveur, s’avère précieuse. Pour l’avoir emprunté en ski de rando l’hiver passé, il connaît bien mon itinéraire et me prodigue de bons conseils pour couper là où c’est le plus beau.
Le dîner gargantuesque rend la balade digestive impérative. À la cabine téléphonique, selon les priorités, on se presse pour capter un peu de réseau ou pour assister au coucher de soleil.



Chalet d’alpage de Plan Mya
Alice et Thomas font perdurer les codes de la montagne que leur ont transmis leurs parents : pouvoir accueillir les marcheurs à la dernière minute, proposer des prix décents pour rendre le massif accessible à tous. Le lieu est à l’image de l’esprit : grand dortoir de 24 lits d’un seul tenant, poutres massives et grandes tablées où l’on partage les repas copieux. Le midi, la carte du restaurant met en avant les plats savoyards, les produits locaux et les escargots que le couple produit dans sa ferme entre les saisons à l’alpage.
Ouverture : gardé de mi-juin à mi-septembre, ouvert mais non gardé le reste de l’année.
Tarif : 50€ (nuitée et demi-pension) / 35€ (bivouac et demi-pension) / 5€ (bivouac seul)
Tel : 09 88 99 32 03 (été) / 06 08 46 03 10 (hiver)
Mel : formulaire de contact
Www : refuge-mya.com



Jour 3 : du lac de Roselend à Landry – Les fleurs
Distance : 25 km
Dénivelé : +906 m / ‑2049 m
Lieu de départ : Lac de Roselend
Lieu d’arrivée : Landry
Alice qui tient avec son compagnon Thomas le refuge de Plan Mya partage les changements rapides du monde de la montagne auxquels elle assiste depuis les quatre dernières années. L’arrivée d’une nouvelle clientèle moins aguerrie, mal préparée, qui réserve jusqu’à un an à l’avance et paye en carte bleue.
Celle à qui j’emboîte le pas appartient à l’ancienne école. À 76 ans, Charles et Isabelle ont de la bouteille et le pied toujours agile. On passe en revue toutes les fleurs des montagnes : Raiponces, renoncules, arnica, mysosotis et gentiane bleue, « les plus belles » selon Charles, avec en toile de fond la vue sur le lac de Roselend. La combe de la Neuva est encore toute couverte de neige.



Au Presset, je quitte mes compagnons de route et le tour du Beaufortain pour monter sous le regard de la pierra Menta les 400 derniers mètres de dénivelé qui mènent au col de Bresson. Parvenu en haut, c’en est fini du dénivelé positif. Le reste de la journée est une longue redescente vers le refuge de la Balme, au pied de l’impressionnant Roignais qui nous domine de ses 1000m d’un seul tenant, puis jusqu’à l’Isère par le fond de vallée où il fait de plus en plus chaud.



Les coups de soleil pris en altitude me chauffent bras et mollets. Mes chaussures aussi ont morflé. Pare-pierre fendu, semelles qui bâillent.
Au bar-épicerie-restaurant de Bellentre où je me désaltère de deux bières blanches Alps brassée localement, un groupe de musiciens amateurs fait les balances pour le concert du soir. J’avais complètement zappé que c’est la fête de la musique. La chanteuse qui me demande mon programme me rassure sur le timing :
« Profitez des endroits que vous aimez bien. Pour le trajet retour, vous ferez du stop. »
Elle a tellement raison !



Jour 4 : du refuge de Rosuel au refuge de plaisance – Vanoise !
Distance : 13 km
Dénivelé : +1038 m / ‑420 m
Lieu de départ : Refuge de Rosuel
Lieu d’arrivée : Refuge de plaisance
À la sortie de l’épicerie où j’ai fait le plein d’abricots frais pour mes repas en altitude, j’alpague Uli dans sa belle Mercedes blanche pour un lift en stop tout confort. Il m’épargne ainsi 800 mètres de dénivelé sur un GR en fond de vallée pour attaquer la rando directement depuis le refuge de Rosuel.
Uli est un bavarois de 60 ans qui parle un français impeccable. Il a quitté ses montagnes surpeuplées pour chercher un peu de calme dans les Alpes françaises. On décide de marcher ensemble jusqu’au refuge d’entre le lac que son guide annonce comme un classique des dimanches en famille. C’est son premier jour, j’avance à son rythme.
Pas tant de monde que ça, finalement, sur les sentiers. Les gens doivent avoir la gueule de bois de la veille. Nous, on a soif ! Comme sa sœur lui a prêté sa voiture, il m’offre deux pintes de panaché avec l’argent qu’il a économisé. On profite de la rencontre et de la discussion à la terrasse ombragée du refuge.



Devant nous, le lac de la Plagne et une belle vallée où l’eau de fonte serpente parmi les plantes humides. Des sommets rocailleux nous dominent de toutes parts, 1000 mètres plus haut perchés.
On se sépare à l’entrée du cœur du parc national de la Vanoise où les marmottes sifflent et les rochers s’effritent. C’est une montagne différente, sans que je sache bien comment l’expliquer. Plus sauvage ?



Au refuge de Plaisance, un loup solitaire a fait la journée des pensionnaires, la veille. Les bouquetins qui descendent tous les soirs dans les pierriers doivent se tenir sur leurs gardes.
Seulement 13 petits kilomètres au compteur pour l’étape du jour. J’étais parti pour de la rando plaisir… À mi-parcours, j’hésite entre augmenter la cadence pour tenter d’atteindre le col du Lautaret en traversant le Mont thabor (3178m) et profiter des massifs en explorant en boucle depuis les refuges. Une force invisible me pousse à avancer.

Jour 5 : du refuge de plaisance au refuge de plan des gouilles – La chaleur
Distance : 12,61 km
Dénivelé : +1312 m / ‑1173 m
Lieu de départ : Refuge de plaisance
Lieu d’arrivée : Refuge de plan des Gouilles
Mon itinéraire s’affine. Là où le GR5 prend les courbes larges, là où le GR55 suit les fonds de vallée, je coupe dans les virages et taille dans les massifs.
Depuis le refuge de Plaisance, je dévale en trottinant les 1000m de descente ombragée jusqu’au refuge du Laisonnay, souhaitant d’une voix chantante bon courage aux randonneurs que je croise en sens inverse. Je ne paie rien pour attendre…



1000m de dénivelé positif m’acueillent sur l’autre versant au soleil. La chaleur est accablante, les mouches insupportables, mais je tiens à garder mon allure d’aspirant accompagnateur. Je relie l’étape en 3h et arrive complètement carbonisé au refuge du plan des gouilles. Game over.
Sabrina me prépare une bonne assiette de carbonara pendant que son père bricole un nouveau système d’éclairage. Ils profitent du calme de ce début de saison pour entretenir le refuge et faire quelques menus travaux. Effectivement, je serai leur seul pensionnaire ce soir, l’ambiance est vraiment coole. Alors que je ramène mes affaires à l’intérieur pour une petite sieste réparatrice, Sabrina s’étonne de la compacité de mon sac. Je lui assure que j’ai pourtant tout le nécessaire.
« Non mais tu as l’air de savoir ce que tu fais ! »
Je crois que c’est la première fois qu’on me dit ça. Mot compte triple.

Le gîte des années 70 est super bien conçu, fonctionnel et rustique. Comme le dit Sabrina, « il envoie le bon message » : ne vous attendez pas à un jacuzzi et des ravioles au foie gras. Le luxe, ici, c’est le calme, la vue et les boissons fraîches.
Je monte au col de la Becquetta pour récupérer les bâtons qu’un couple d’alpiniste a oublié au pied du Grand bec. L’homme s’est fait une cheville en passant à travers la neige fondue. Ticket pour un trajet en hélico. En haut, la fraîcheur du glacier est une bénédiction.



Refuge de plan des Gouilles
Environ 40 couchages répartis entre 3 dortoirs pour ce gîte des années 70 super bien conçu, fonctionnel et rustique. Comme le dit Sabrina, « il envoie le bon message » : ne vous attendez pas à un jacuzzi et des ravioles au foie gras. Le luxe, ici, c’est le calme, la vue et les boissons fraîches.
Ouverture : gardé de fin mai à début septembre, ouvert mais non gardé le reste de l’année.
Tarif : 53,85 € (nuitée et demi-pension) / 20,85€ (nuitée seule) / 23€ (dîner seul) / 5€ (bivouac seul)
Tel : 06 08 98 19 02
Mel : refugeduplandesgouilles@gmail.com
Www : refugeduplandesgouilles.fr

Jour 6 : Du refuge de plan des gouilles à Pralognan la Vanoise – Le vertige
Distance : 13,7 km
Dénivelé : +757 m / ‑1684 m
Lieu de départ : Refuge de plan des Gouilles
Lieu d’arrivée : Pralognan-la-Vanoise
Ce n’est pas tous les jours qu’on regarde les oiseaux d’en haut. Au col des Gallinettes, au pied de la pointe de Méribel, la trace est indiqué en pointillé : passage délicat – le sous-texte, c’est aussi « moins de monde sur les sentiers ».


Le sentier est très aérien, je teste un peu mes limites et m’accroche d’une main ferme aux chaînes arrimées à la montagne. Tout en bas, le refuge du grand bec est fermé. La victoire, ce sera sans les bulles.




Les photos ne rendent aucune justice à l’ampleur de ce paysage, ces formidable masses de roches cabrées et tendues vers le ciel. Pointe de la Vuzelle, pointe de Les Chaux, pointe du Creux noir. Ici, on respire un air moins contraint.






À Pralognan-la-Vanoise, au contraire, la chaleur est étouffante. Des fruits des fruits des fruits, un litre de citronnade pour me repulper et une nuit au camping municipal pour me rappeler que le camping, ce simulacre de nature parsemé de goudron, de prises électriques, de véhicules motorisés et de reverbères à LED, c’est toujours aussi nul.
Randonnée dans le parc national de la Vanoise
Le parc national de la Vanoise propose pas mal d’itinéraires pour découvrir le territoire du parc de refuge en refuge : tours des glaciers de la Vanoise, tour de la Vallaisonnay, tour de la Grande Casse… De quoi varier les points de vue et les sommets alentour.
Www : topos du parc national de la Vanoise



Jour 7 : De Pralognan-la-Vanoise au refuge de Peclet-Polset – L’orage
Distance : 13,25 km
Dénivelé : +1025 m / ‑266 m
Lieu de départ : Pralognan-la-Vanoise
Lieu d’arrivée : Refuge de Peclet-Polset
Départ au plus tôt pour faire du stop et profiter d’un véhicule à destination du parking des Prioux. L’ascension jusqu’au refuge de Peclet-Polset est rapide. J’arrive à 11h, c’est-à-dire tôt car mon objectif réel, ce sont les hauteurs qui dominent le refuge de l’autre côté du col des fonds.


Une pinte de diabolo menthe et une assiette de frites pour me remettre dans le bon sens et je me lance malgré les prévisions d’orage en direction du col. Pas même le temps d’atteindre les petits lacs des eaux noires, le ciel obscurci au-dessus de la pointe de l’observatoire et les premiers grondements sonnent la retraite. La balade de l’autre côté, ce sera pour demain. Les eaux turquoise et laiteuses du lac blanc sur un ciel d’orage serviront de lot de consolation.



Au refuge, je dîne avec Marine qui fête les 1000 premiers kilomètres de son Hexatrek avec un kilo de purée au fromage. On est les deux seuls à cuisiner notre propre repas. Solidarité randonneur.



Jour 8 : De Peclet-Polset au refuge de l’Orgère – Le bout du monde
Distance : 19,29 km
Dénivelé : +1350 m / ‑1867 m
Lieu de départ : Refuge de Peclet-Polset
Lieu d’arrivée : Refuge de l’Orgère
Je reprends le matin l’itinéraire reconnu la veille. Dans la montée du col des fonds, je dérange une harde de bouquetins installés sur les crêtes, au pied du pierrier. Sur l’autre versant du col exposé nord, il reste encore beaucoup de neige mais elle résiste sous mes pas à cette heure encore matinale.


Personne ne monte jusqu’ici, les verrous sont trop difficiles à franchir. Sentiment de bout du monde, voire de fin du monde. Les pierres striées semblent contenir les archives de la terre.



Tout n’est qu’un immense champ de pierres couvert de neige et parsemé de lacs clairs. Dans ce paysage minéral règne un silence absolu. Seul le bruit mat des cailloux sous mes pas.

Le Mont Coua propose un peu d’escalade pour embrasser du regard le panorama qui s’étend sur les trois vallées depuis son sommet. Le retour par le col du grand Infernet est un peu acrobatique avec les névés restant mais ça passe.



Retour par le lac blanc, quand même bien bleu pour un lac blanc, re-frite-pinte de diabolo menthe au refuge avant de poursuivre vers le col de Chavière, la tête noire et le refuge de l’Orgière.




Dans le dortoir, on n’entend plus le bruit du torrent. Le refuge est relié à la route. Demain ce sera Modane et son magasin de fromage avant de revenir sur Annecy où les journaux annoncent une France écrasée de chaleur. Le voyage est fini.

Infos pratiques Conseils pour préparer le GR5
Laisser sa voiture à Annecy et prendre le Blablacar Bus jusqu’à Chamonix (environ 8€). Le vrai point de bascule du GR5 se situe un peu avant, aux Houches : 10 minutes de bus local en plus depuis Chamonix, ou une petite heure de marche si vous préférez démarrer à pied dès la descente du car.
Au retour, de Modane : TER jusqu’à Annecy via Chambéry (environ 3h). Simple, sans yo-yo de correspondances.
Sur le tour du mont blanc (Jour 1), le bivouac est désormais interdit dans l’ensemble de la réserve naturelle des Contamines-Montjoie en dessous de 2500 mètres d’altitude, du 15 juin au 15 septembre. Seules les aires de bivouac du parc de loisirs du Pontet, de la Giettaz/Pont de la Rollaz et de la Balme restent autorisées durant cette période.
Dans le massif du Beaufortain (Jour 2 et 3) le bivouac reste libre dans les règles habituelles de la montagne française : tente montée à la tombée du jour, démontée au matin, discrétion, pas de feu. Le refuge de Plan Mya, par exemple, accueille les bivouaqueurs pour 5€ (accès sanitaires et coin hors-sac compris).
Dans le cœur du Parc national de la Vanoise, à partir du refuge de Rosuel (Jour 4), la règle change : bivouac sauvage interdit, amende à la clé. Seule la nuit sous tente à proximité immédiate de certains refuges gardés, en saison estivale, est tolérée — réservation obligatoire directement auprès du gardien, tente montée à partir de 19h et démontée avant 8h-9h le lendemain selon les refuges. Sans réservation, direction le dortoir.
L’itinéraire croise quatre classiques archi-fréquentés : le tour du Mont-Blanc, le tour du Beaufortain, le tour des glaciers de la Vanoise et l’Hexatrek qui en reprend une bonne partie — sans compter le GR5 lui-même. Le timing compte donc autant que le tracé.
Partir en juin change la donne : ce mois-là n’accueille qu’un dixième de la fréquentation annuelle du TMB, par exemple. La contrepartie, c’est la neige : plusieurs cols (Galinettes, Chavière, col des Fonds) gardent des névés tardifs, parfois jusque tard dans le mois. Se renseigner la veille auprès des gardiens sur l’état des passages n’est pas une option.
Entre mi-juin et début juillet, avant les vacances scolaires, reste la fenêtre la plus favorable pour une itinérance dans les Alpes du Nord loin de la cohue — à condition d’accepter de composer avec quelques névés. Septembre est une autre option, à condition de vérifier les dates de fermeture des refuges (mi-septembre pour Plan Mya, par exemple).
Col de Bresson (Jour 3) : une montée soutenue de 400 m sous la Pierra Menta, mais sans difficulté technique — que du dénivelé.
Col des Galinettes (Jour 6, 2720 m) : le passage le plus engagé de l’itinéraire. Chaînes et barreaux sur la portion terminale, aérienne. À éviter par temps humide ou pour qui n’aime pas le vide.
Col des Fonds (Jour 7–8) : hors-sentier par endroits, un peu d’orientation nécessaire, névés fréquents en début de saison.
Col de Chavière (Jour 8, sur le GR55) : le raidillon final grimpe à 30–35% sur cailloutis, avec quasi toujours un névé résiduel à négocier, même en plein été.
Sur ce dernier point, l’histoire du randonneur croisé au Jour 5 — entorse de la cheville en passant à travers une plaque de neige fondante, évacué en hélico — n’est pas qu’une péripétie de récit : c’est le risque concret de ces passages en début de saison. Bâtons, chaussures à bonne accroche, et prudence sur les névés, même en juin, même sous le soleil.
Non, l’intégrale n’est pas nécessaire pour en retenir l’essentiel. Ce tronçon correspond à la deuxième étape que les agences de la Grande Traversée des Alpes vendent comme un format autonome, habituellement bouclée en 7 jours encadrés — je l’ai fait en 8, seul, avec mes propres coupes.
L’intégrale du GR5, c’est 600 km et 30 à 40 jours de marche, du Léman à la Méditerranée. Une autre trotte. Si l’objectif est de découvrir les Alpes du nord sans poser six semaines de congés, ce segment concentre trois massifs mythiques — Mont-Blanc, Beaufortain, Vanoise — sur un format qui tient dans une semaine de vacances.
Une bonne condition physique et de l’expérience de la randonnée en montagne, pas une initiation. Sur les 8 jours, comptez en moyenne 16 km et 1150 m de dénivelé positif par jour, avec un passage aérien équipé de chaînes au col des Galinettes (Jour 6) qui demande un pied sûr.
Si c’est votre premier contact avec la haute montagne, mieux vaut rallonger le programme à 10–12 jours en fractionnant les plus grosses étapes (le Jour 3 et ses 25 km, notamment) plutôt que de viser ce format resserré dès le début.
Elle en partage une partie du terrain, sans en être. L’Hexatrek est une grande traversée de 3034 km qui relie les Vosges aux Pyrénées en enchaînant des GR existants — dont le GR5 sur sa portion alpine, justement celle que je parcours ici.
Au refuge de Peclet-Polset (Jour 7), j’ai croisé Marine qui fêtait ses 1000 premiers kilomètres d’Hexatrek. Elle en avait encore pour trois mois de marche (mais elle avait horreur qu’on lui souhaite bon courage). Moi, une journée. Même sentier, projets sans commune mesure.
Comptez entre 250 et 400€ pour 7 nuits, selon le dosage refuge/bivouac — un budget qui varie du simple au double selon vos choix d’hébergement. Le refuge de Plan Mya, par exemple, facture 50€ la nuitée en demi-pension, 35€ en bivouac avec demi-pension, ou seulement 5€ pour planter sa tente et cuisiner soi-même.
À ça s’ajoutent le transport (8€ de Blablacar Bus jusqu’à Chamonix, environ 20–25€ de TER au retour depuis Modane via Chambéry) et les petits à‑côtés qui, mine de rien, finissent par peser : une glace par-ci, deux bières par là, une omelette ou un plat de pâtes…
Pas besoin d’être autonome sur 8 jours : les épiceries et refuges ponctuent l’itinéraire tous les 1 à 3 jours, en redescendant en vallée. À l’épicerie de Rosuel (Jour 4), j’ai fait le plein d’abricots frais. Au bar-épicerie-restaurant de Bellentre (Jour 3), un repas complet et une bière locale. Au chalet de Plan Mya (Jour 2), une carte qui met en avant les produits de la ferme, escargots compris.
Les refuges tiennent aussi lieu de restaurant à midi, même sans y dormir. De quoi voyager léger sans se soucier de la popote, sauf sur les jours les plus reculés (Jour 8, où le prochain point de ravitaillement est… Modane). On se lasse vite des soupes chinoises et des fruits secs, mais s’ils pèsent un peu dans le sac, ils permettent d’alléger le budget.
Oui, et c’est même l’un des grands plaisirs du parcours : la solitude sur le sentier n’exclut jamais la rencontre en refuge. Sur ces 8 jours, j’ai croisé Lana, une Allemande qui marchait seule sur le TMB, Uli, un Bavarois de 60 ans parti seul chercher du calme loin de ses montagnes surpeuplées, Marine, lancée en solo sur l’Hexatrek, Charles et Isabelle sur le tour du Beaufortain…
Les refuges tiennent lieu de lieu de rencontre — on y mange à la même tablée, on s’y raconte sa journée, personne n’y reste vraiment isolé, sauf s’il en a envie.
Pas sur l’intégralité du parcours. À partir du refuge de Rosuel (Jour 4), l’itinéraire entre dans le cœur du Parc national de la Vanoise où les chiens sont interdits — même tenus en laisse, même portés — pour protéger la faune sauvage (marmottes, bouquetins, chamois croisés à plusieurs reprises sur ces étapes). Sur les hauteurs de Pralognan, j’ai croisé une randonneuse qui avait du faire demi-tour sur ordre d’un garde du parc. Elle n’a pas été verbalisée, mais pour elle, fin de la rando.
Les trois premiers jours, sur les massifs du Mont-Blanc et du Beaufortain, restent envisageables, sous réserve de la réglementation locale et de la prudence habituelle près des troupeaux et de leurs patous. Mais partir avec son chien sur l’ensemble des 8 jours n’est tout simplement pas une option.




Commentaires
Toujours une plume bien agréable et de jolies photos.…
De retour de Gonaincourt où nous avons passé avec Marif un week-end bien sympatoche.…je t’embrasse et attention à toi…bisous