Mini-tour du Beaufortain en hiver : 4 jours d’itinérance en raquettes

Récit de 4 jours d’itinérance en raquettes de refuge en refuge. Itiné­raire détaillé, déni­velé, refuges ouverts et conseils sécurité.

Quatre jours d’itinérance en plein hiver, entre cols enneigés et refuges ouverts. Dans le Beau­for­tain, j’ai trouvé le terrain de jeu idéal : neige dure et stabi­lisée, jour­nées enga­gées, météo au beau fixe et lumières d’hiver.

Pour finir l’année, j’avais envie d’une belle randonnée engagée, dans la neige et parmi les sommets. Ce serait la récom­pense de tous les efforts fournis cette année et la célé­bra­tion de ma forme olympique.

Les condi­tions d’enneigement poin­taient le Beau­for­tain comme l’un des massifs poten­tiels où mener ce projet à bien et le GR du tour du Beau­for­tain comme itiné­raire envi­sa­geable : suffi­sam­ment fréquenté pour proposer des solu­tions d’hébergement en refuges non gardés ; Suffi­sam­ment loin des grandes stations de ski pour ne pas être envahi par la foule en cette période de vacances. Quatre jours magni­fiques de refuge en refuge, sous un soleil indé­fec­tible, où comme d’habitude tout ne s’est pas passé exac­te­ment comme prévu.

  1. Itiné­raire du trek de 4 jours et trace gpx
  2. Récit : le mini-tour du Beau­for­tain, jour par jour
    1. Jour 1 : de Boudin au refuge du plan de La Lai
    2. Jour 2 : du refuge du plan de La Lai au refuge du col de la croix du Bonhomme
    3. Jour 3 : du refuge du col de la croix du Bonhomme au refuge du Presset
    4. Jour 4 : du refuge du Presset à Boudin
  3. Infos pratiques – conseils maté­riel et sécurité

Itinéraire du trek et trace gpx

L’iti­né­raire de ce mini-tour du Beau­for­tain en raquettes consiste en 4 étapes. Chacune relie un refuge où s’abriter pour passer la nuit (gardé ou non, mais ouvert à coup sûr).

L’iti­né­raire peut s’ef­fec­tuer dans un sens ou dans l’autre. Je l’ai d’ailleurs fait dans le sens inverse de celui que j’avais initia­le­ment prévu.

Distance : 55,76 km,
Déni­velé : 3374 D+
Alti­tude max : 2659 m
Départ : Parking de Boudin
Télé­charger la trace gpx

L’étape du 2è jour (du refuge du plan de La Lai au refuge du col de la croix du bonhomme) étant parti­cu­liè­re­ment longue, il est possible de la raccourcir de deux manières : 

  • soit en ajou­tant une nuit au refuge des prés, après le col de la fenêtre. 
  • soit en coupant par la bergerie de Sausse (selon les condi­tions d’enneigement) 

Récit de refuge en refuge

Jour 1 : De Boudin au refuge du plan de la Lai

Distance : 11,1 km
Déni­velé : 700D+
Départ : 15h30
Arrivée : 19h

Boudin, 15h30. Ce n’est vrai­ment pas une heure pour commencer une rando dans la neige.

« Vous allez finir de nuit. Moi, je serais vous, je ne parti­rais pas ! »

me conseille une autoch­tone qui redes­cend du barrage. À son équi­pe­ment complet et usé, je sais qu’elle parle d’expérience… Mais j’y vais quand même en révi­sant mes objec­tifs à la baisse. Je prends l’itinéraire en sens inverse de ce que j’avais imaginé. Ce sera le refuge de La Lai au lieu du refuge du Presset.

Heure bleue sur le lac de Roselend et le rocher du vent

La lumière de fin de journée découpe les reliefs de la roche Pars­tire. Bientôt les sommets qui entourent le lac de Rose­lend prennent un dernier bain de soleil. À 18h, sous un ciel scin­tillant des premières étoiles, mes pas crous­tillent sur la neige croûtée et les reflets dorés de la lune découpe des vagues de neige bleue. Je titube sur ce manteau instable et glacé.

Arrivé à 19h au refuge du plan de la Lai, le confort du lieu me prend par surprise. Cuisine au gaz, thé, poêle à bois ronron­nant dans la salle à manger, et Tanguy et son husky Snow qui m’accueillent avec des dés de Beau­fort et des rondelles de saucisson. Ce confort rustique me fait du bien. On est loin des agapes de noël mais on a quand même des cadeaux : les deux randon­neurs qui arrivent quelques minutes plus tard ramènent un porte­feuille qui trônait au beau milieu de la route. C’est le mien !

Tour du Beaufortain - Refuge du Plan de La Lai

Sur les cartes affi­chées au mur, le Beau­for­tain s’étale sous toutes ses coutures. J’essaye d’adapter mon itiné­raire aux chan­ge­ments de dernière minute. Est-ce que ça passe au col de la Cicle ? Est-ce que le refuge du pré est ouvert en hiver ? L’étape du lende­main s’annonce pleine d’inconnus.

Le rocher du vent au lever du soleil

Jour 2 : Du refuge du plan de La Lai au refuge de la croix du bonhomme

Distance : 20,4 km
Déni­velé : 1700D+
Départ : 9h
Arrivée : 20h30

9h : le bout de mes doigts me dit qu’il ne doit pas faire très chaud. Il faudra encore attendre pour que le soleil passe au-dessus de l’aiguille du grand fond et découpe mon ombre sur la neige.

11h15 : Au col de sur Frêtes, je repasse à l’ombre. La neige est moins compacte sur ce versant nord-ouest. Sur les pentes sud, elle dessine les lignes brisées des chemins blancs qui scari­fient la montagne. Innom­brables traces d’animaux. Peu d’humains.

À mon passage, de petits éboulis de cris­taux dévalent en pétillant. Le sentier dispa­raît parfois sous des coulées d’avalanches figées par le froid. Il faut chausser les cram­pons pour traverser ces reliefs chao­tiques et inclinés.

12h15 : Au refuge de la Gittaz, j’avale quelques calo­ries avant les 700 mètres de montée jusqu’au col de la Cicle. La neige ramollie par les rayons du soleil me donne du fil à retordre. Le timing de la journée s’avère compliqué.

13h45 : Passé les 2000 mètres, la neige rede­vient plus légère et le col est en vue. Un groupe de skieurs en revient tout juste. Pente forte, neige dure, rochers… Pour redes­cendre du côté du Val Mont­joie, il faut pousser plus loin jusqu’au col de la fenêtre. Ça se confirme : je vais encore finir de nuit.

15h30 : J’arrive au col de la fenêtre après une pente raide, une soupe de neige et un pique nique revi­go­rant. De l’autre côté, la pente atteint les 30% mais la neige meuble permet de tailler des marches, cram­pons aux pieds, tout droit face à la pente jusqu’à la trace sinueuse des skieurs de randonnée qui m’indiquent le chemin.

Le raidillon qui mène au col de la fenêtre

Les sommets commencent à rosir lorsque je retrouve une trace bien établie. C’est celle du tour du Beau­for­tain mais c’est aussi celle du tour du Mont Blanc. Même si le tracé dispa­raît parfois dans la pente et se confond dans des à‑plat de neige homo­gène, je ne pourrai pas me perdre.

L’ombre a déjà envahi le reste de la vallée. J’ai la montagne pour moi tout seul. Dans un silence reli­gieux, je remonte jusqu’au col du bonhomme.

En remontant vers le col du Bonhomme

18h15 : Sous le clair de lune qui suffit à éclairer la montagne, le col du bonhomme est à portée de regard. L’ascension mobi­lise toutes mes réserves. De l’autre côté, j’aperçois des petites lumières qui éclairent des massifs voisins. Savoir que d’autres randon­neurs arpentent comme moi la montagne de nuit me réjouit. En fait, ce sont les dameuses des domaines skiables…

19h15 : La trace qui mène jusqu’au col de la croix du bonhomme traverse des pentes à 25–30% sur une neige en béton. Il faut tailler des marches dans la neige pour se frayer un passage sans risquer la glis­sade et la chute. L’heure que je mets pour parcourir quelques centaines de mètres en paraît deux.

20h30 : J’arrive enfin au refuge du col de la croix du bonhomme, 2433m, où Barthé­lémy et Gabriel m’accueillent sur la terrasse avec le vin rouge et les Springles. Le pano­rama sur la montagne est gran­diose mais la chaleur humaine ne suffit pas à me réchauffer. À l’intérieur, personne n’a eu le courage d’allumer le poêle . Pas d’eau, pas d’électricité, pas de cuisine ouverte… Je regrette le confort de la veille. Si je ne fais pas de feu, je vais tomber malade. Et hors de ques­tion d’enfiler des chaus­sures mouillées demain !

Le refuge de la Croix du Bonhomme sur le tour du Beaufortain

Jour 3 – Du refuge du col de la Croix du bonhomme au refuge du Presset

Distance : 12,5 km
Déni­velé : 970D+
Départ : 10h30
Arrivée : 18h

10h30 : Départ plein soleil. Comme le disait Barthé­lémy la veille : 

« Neige dégueu­lasse, temps idéal ». 

Effec­ti­ve­ment, c’est un peu cartonné… Mais cette belle couche imma­culée me donne envie de faire ma propre trace. Je suis l’un des vallons enneigés du ruis­seau de la Raja jusqu’à retrouver la trace du tour du Beau­for­tain 300 mètres plus bas. Encore une fois, les traces d’animaux foisonnent mais pas l’ombre d’un chamois.

12h : aux chalets de la Raja, le tracé part à l’ouest vers le cormet de Rose­lend avant de bifur­quer pour s’enfoncer dans la combe de la Neuva, veillée de part et d’autre de dents, d’aiguilles et de pointes hautes perchées.

Orientée sud-ouest-nord-est, j’avance avec dans les yeux le soleil qui se reflète sur la neige pelée. 800 mètres de déni­velé positif continus me séparent du col du grand fond. Avec une rigueur de métro­nome, j’avale 100 mètres de déni­velé toutes les 30 minutes.

L'entrée de la combe de la Neuva

16h : Je quitte les traces des skieurs pour suivre mon propre itiné­raire, moins à flanc de pente. Dans mon dos, toute la vallée rosit déjà à la lumière du soleil couchant. Devant, la pointe de Presset dresse fière­ment sa roche sombre.

17h30 : Le col du grand fond perché à 2671 mètres est enfin franchi. Les derniers mètres me coûtent, cela fait 4 heures non-stop que je grimpe. De l’autre côté, ciel pourpre sur le massif de la Vanoise et, en bas, la petite lumière d’une fenêtre éclairée : le refuge du Presset.

La pente est raide, la descente est rapide. 18h : Je pousse la porte du refuge. Mes lacets sont pétri­fiés, le bout de mes chaus­sures dur comme du bois. Mes chaus­settes font corps avec le cuir gelé. La chaleur d’un bon poêle, d’une soupe et de deux thés brûlants finissent de me réchauffer. Je garde quand même mon bonnet !

Jour 4 : Du refuge du Presset à Boudin

Distance : 12 km
Déni­velé : 200D+
Départ : 9h30-14h00

9h30 : Depuis la fenêtre du refuge, le soleil se lève sur la pierra menta. Il fait toujours un temps idéal. Ciel imma­culé et pas un brin de vent. Tant mieux parce que c’est offi­ciel, je suis malade pour de bon. J’ai telle­ment envie de faire de la raquette que je marche 500 mètres avant de réaliser que je les ai lais­sées au refuge, avec les bâtons !

Échauf­fe­ment par une petite montée raide jusqu’au col de Bresson (2469 m). De l’autre côté, de gros chamal­lows de neige parsèment la combe. Privé de gps, je m’attendais à une orien­ta­tion diffi­cile mais les skieurs ont tracé la voie.

En déva­lant la pente raide, les petits ébou­le­ments que crée mon passage produisent mille sons déli­cieux. Pétille­ments légers lorsqu’ils se disloquent en poudre sur une neige feutrée, tinte­ment cris­tallin quand les morceaux durs cascadent sur la neige verglacée, chuin­te­ment joyeux d’une horde d’élèves qui déboulent dans la cour de récré quand la neige fraîche. 

Cette descente est un cadeau. Alors que le lac de Rose­lend en contrebas annonce la fin de la rando, je me retourne vers les sommets, plein de gratitude.

Plus bas, là où la végé­ta­tion réap­pa­raît, un épais matelas de neige permet toutes les cabrioles. Je m’enfonce jusqu’aux genoux dans ce tapis moel­leux, jambe de devant enfoncée contrô­lant la glis­sade, jambe arrière agenouillée, comme en telemark. 

Je partage ma joie avec les rares humains que je rencontre avant de retrouver le lac, le col, l’herbe, la terre… et les boulan­ge­ries de Beaufort !


Infos pratiques Mini-tour du Beaufortain en hiver

Peut-on faire le tour du Beaufortain en hiver ?

Oui, partiel­le­ment, et à condi­tion d’accepter de sortir du tracé estival strict.
Le GRP Tour du Beau­for­tain, dans sa version complète, n’est pas balisé ni entre­tenu en hiver. En revanche, un mini-tour de 4 jours est parfai­te­ment envi­sa­geable, en reliant les vallées et les refuges ouverts à cette saison, comme je l’ai fait ici.

L’hiver impose ses propres règles et l’itinéraire se construit souvent au fil des condi­tions de neige et de la visi­bi­lité. Certains cols deviennent impra­ti­cables, d’autres se fran­chissent plus haut ou plus bas que le sentier d’été… C’est moins un itiné­raire “clé en main” qu’une itiné­rance alpine à composer.

Raquettes ou ski de randonnée ?

Les deux sont possibles, mais ne s’adressent pas au même public.

En raquettes, l’itinéraire est plus lent, plus physique, mais aussi plus tolé­rant sur les pentes raides ou les neiges hété­ro­gènes. C’est le choix que j’ai fait, notam­ment pour la stabi­lité en traversée, la capa­cité à tailler des marches et la liberté hors trace.

Le ski de randonnée permet des jour­nées plus courtes et plus fluides, mais impose une bonne maîtrise des conver­sions en terrain raide, une lecture fine du manteau neigeux et une capa­cité à gérer des pentes parfois soute­nues (25–30°). En ski de randonnée, il faudra impé­ra­ti­ve­ment éviter le passage par le torrent de la Gittaz, le 2è jour, étroit et en dévers. 

Dans tous les cas, cram­pons et piolet léger peuvent s’avérer utiles selon les conditions.

Neige soufflée

Quel est le niveau requis ?

Ce mini-tour s’adresse à des randon­neurs déjà expé­ri­mentés en hiver.
Il faut être à l’aise avec des jour­nées longues, des déni­velés impor­tants, la progres­sion sur neige dure, croûtée ou instable, la gestion de la fatigue, du froid et de l’isolement.

Je ne le recom­man­de­rais pas pour un premier trek hivernal. Par contre, pour quelqu’un qui a déjà pratiqué la raquette ou le ski en itiné­rance, c’est un très beau terrain d’apprentissage avancé.

Est-ce faisable en autonomie ?

Oui, ce n’est même faisable qu’en auto­nomie. Les refuges non gardés permettent de dormir à l’abri, mais l’eau n’est pas toujours dispo­nible, l’électricité est rare, la cuisine peut être sommaire et le chauf­fage dépend du bois et de votre moti­va­tion en arrivant.

Il faut donc prévoir de quoi se nourrir pour plusieurs jours, une popote, un duvet chaud et des vête­ments de rechange secs.

L’autonomie, ici, n’est pas une posture : c’est une néces­sité logis­tique.

Quels refuges sont ouverts / non gardés ?

En hiver, plusieurs refuges du Beau­for­tain restent accessibles :

  • Refuge du Plan de la Lai : non gardé, très bien équipé
  • Refuge des prés : gardé, tout confort. ½ pension obligatoire.
  • Refuge de la Croix du Bonhomme : ouvert, mais confort sommaire
  • Refuge du Presset : gardé une partie de l’hiver, sinon ouvert

Les condi­tions évoluent chaque saison. Il est indis­pen­sable de véri­fier l’ouverture effec­tive et l’état du refuge avant de partir.

Le raidillon qui mène au col de la fenêtre

Quels sont les passages délicats ?

  • le col de la Fenêtre et le col de la Cicle (pente raide côté Val Montjoie),
  • les traver­sées sous le col de la Croix du Bonhomme, à flanc de pente.
  • le col du Grand Fond, long et exigeant physiquement,
  • le Chemin du curé en surplomb du torrent de la Gittaz sur l’itinéraire alternatif

Ces passages peuvent devenir déli­cats, voire dange­reux, sur une neige verglacée.

Quelle est la période idéale ?

La période la plus favo­rable se situe entre début janvier et début mars, lorsque l’enneigement est suffi­sant, les jours commencent à rallonger, les refuges sont acces­sibles et le manteau neigeux est stabilisé.

Décembre est souvent trop aléa­toire, mars peut devenir délicat selon l’ensoleillement et le risque de plaques.

Quels risques (avalanches, orientation, froid) ?

Les prin­ci­paux risques sont :

  • avalanches (pentes raides, accu­mu­la­tions, plaques),
  • déso­rien­ta­tion par mauvaise visi­bi­lité ou terrain uniforme,
  • froid et gel (hypo­thermie, gelures, maté­riel figé),
  • fatigue menant à de mauvaises décisions.

À lire aussi : Quels risques en rando raquette ?

Un équi­pe­ment de sécu­rité hiver­nale est indis­pen­sable : DVA, pelle, sonde, carte, bous­sole, GPS, fron­tale, vête­ments chauds. Ici, la montagne ne pardonne pas l’improvisation.

L'arrivée au col du grand Fond

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Commentaires

Merci de nous partager et nous faire rêver par vos récits joli­ment écrits et grand bravo à vous pour votre rando de haut niveau !

Merci Sylvie 🙂 Tout le plaisir est pour moi.
Haut niveau, je ne sais pas. En tout cas, haut niveau de satis­fac­tion, ça c’est sûr ^^

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