Du sommet des Monges à la vallée du Bès

Depuis les Monges jusqu’au Vélo­drome d’Esclangon, rando parmi les paysages les plus spec­ta­cu­laires de l’UNESCO géoparc de Haute-Provence.

Avec le massif des Monges, la randonnée dans les Alpes de Haute-Provence prend de la hauteur. La partie alpine de l’itinéraire alterne les chemins de crête, les vallées encais­sées et les forma­tions géolo­giques les plus spec­ta­cu­laires. De quoi inspirer les artistes sur l’itinéraire refuge d’art qui mêle randonnée et art contemporain.

Depuis trois jours que nous avons quitté Digne, les vallées de « lUNESCO parc géolo­gique de Haute-Provence nous sont désor­mais fami­lières. Jusqu’ici, les 2115 mètres du sommet des Monges nous toisaient de haut et semblaient encore loin­tain. Nous en prenons le chemin pour une randonnée en alti­tude qui nous amènera de senti­nelles en refuge d’art jusqu’au vélo­drome d’Es­clangon à travers les trésors géolo­giques du parc.

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De Saint-Geniez à Barles

La sentinelle de la vallée du Vançon

Andy Gold­sworthy lui-même en a voulu ainsi : c’est par la route que commence l’étape du jour. Depuis la courbe d’un virage en épingle à cheveux, sa première senti­nelle défend l’accés à la vallée du Vançon.

https://soundcloud.com/letieou/sentinelle-du-vanson?si=610fbe388381458197b50aaef6be0e2b

Alors que le soleil se lève juste derrière le massif des Monges, les premiers rayons découpent la silhouette de la sculp­ture de pierre sèche dans la brume mati­nale. On applaudit notre guide Luc pour le timing parfait !

Rando dans les Monges - la sentinelle de la vallée du Vançon

Au pied des Monges

Nous repre­nons de l’altitude. L’automne semble avancer avec les kilo­mètres. Derrière les vitres du taxi qui nous conduit jusqu’au hameau de Feissal, les couleurs des feuillages explosent dans la fraî­cheur de cette matinée enso­leillée. Il nous tarde de sortir à l’air libre, de reprendre la marche et de baigner dans cette lumière !

Au sommet, la montagne résonne des cris des chiens. C’est samedi, jour de chasse au mouflon. Réin­tro­duit pour les chas­seurs dans les années cinquante, il a fait revenir… le loup. Beau pied de nez de la nature à l’homme.

À l’ombre du ravin de l’étoile, qui creuse des sillons comme des doigts dans la terre, nous nous enfon­çons dans le silence. Le déni­velé est impor­tant, l’ascension physique. On n’entend que nos souffles courts et les branches qui griffent nos sacs. Je repense à ce que nous disait Olivier la veille :

« À l’automne, tu as l’impression que la forêt se referme derrière toi »

Rando dans les Monges - Panorama sur les cloches de Barles

Le col de la croix de Veyre

Avec l’altitude, les sommets se révèlent dans une lumière aussi fraîche que la tempé­ra­ture : crête de Géruen dans le dos, en face, la cloche de Barles. Au col de la croix de Veyre, les vautours viennent caresser de leur ombre les flancs de la montagne.

Nous bascu­lons sur l’autre versant des Monges et pour­sui­vons sur le GR6 en direc­tion du col de Clapouse. De grandes prai­ries d’alpages s’étendent entre ravins et reliefs. Je prends de moins en moins de notes et de plus en plus de photos.

Le refuge du Seignas nous donne l’occasion de stopper notre marche pour une pause contem­pla­tive. Les toilettes sèches trônent face à une vue hors du temps sur le Blayeul et plus loin la tête de l’Estrop, le point culmi­nant des Alpes de Provence. Nous savou­rons à sa juste valeur cette retraite loin de la course du monde.

Vallon de Descoure

Le chemin redes­cend par le vallon de Descoure à travers des forêts de coni­fères et des chemins enterrés où nous rejoignent les trou­peaux de brebis. Depuis le hameau de Vaux, des surfaces polies inscrites dans la pierre se succèdent. Réali­sées par Hermann de Vries, ces fenêtres regardent à l’intérieur des montagnes comme dans « les archives du passé ».

Rando dans les Monges - En redescendant le vallon du Descoure

D’œuvre en œuvre, de millions d’années en millions d’années, nous remon­tons le temps jusqu’au village de Barles et son café qui ne date pas d’hier lui non plus. L’hôtel au premier étage accueillait dans les années soixante-dix les géologues de passage. La pein­ture des volets indique qu’il n’accueille plus grand monde.

Rando dans les Monges - Barles

Patrick vient nous cher­cher à la terrasse du café. Son gîte est à Verdaches, quelques kilo­mètres de route plus haut. Nous dépo­sons nos sacs puis nos chaus­sures dans deux sas consé­cu­tifs avant d’accéder à la salle prin­ci­pale. Ici, on est à la montagne ! Douche de fin de journée, dîner en famille, nuit calme. On recharge les batteries.

De Verdaches au refuge du vieil Esclangon, le long de vallée du Bès

Au matin, chan­ge­ment de rythme. Patrick nous a préparé des vélos. La vallée du Bès ne fait que descendre, nous allons la décou­vrir en roue libre au gré des œuvres d’art répar­ties le long de l’itinéraire.

À la cascade du saut de la Pie, l’artiste Paul-Armand Grette a emprunté aux géomètres le symbole 0m de leurs relevés topo­gra­phiques. Il indique ainsi la lacune de 65 millions d’années qui manque entre les strates.

Dessous, les couches noires sont « une forêt couchée entre les pages de schistes ». Au dessus, « les restes d’une montagne ». Il y a de la poésie à remettre ainsi les strates à la verti­cale.

Plus loin, une grotte abrite d’étranges sque­lettes fossi­lisés. Ce sont les hydro­pi­thèques de Joan Font­cu­berta, chaînon présumé manquant de l’espère humaine lors de son passage de l’eau à la terre ferme. Il s’agit surtout d’un bel exemple d’art canular. On retrou­vera le reste de la super­cherie dans les salles du musée Gassendi de Digne.

Les clues de Barles et de Péroué

À la clue de Barles, les eaux du Bès se sont frayées un passage entre les roches calcaires pour tailler ce spec­ta­cu­laire défilé. Sur l’une des parois, Herman de Vries a gravé le mot « parfait », atti­rant l’attention sur ce « jardin sans jardi­nier », tout droit sorti d’une estampe japonaise. 

Face à lui, dans un renfon­ce­ment en bord de route, la senti­nelle de la vallée du Bès monte la garde comme l’explique Andy Goldsworthy :

https://soundcloud.com/letieou/sentinelle-du-be‑s?si=46a494c7682149daa2bab1d9b367820c

Nos vélos dévalent la petite dépar­te­men­tale D900 longeant le cours du Bès jusqu’à la clue de Péouré, une autre curio­sité géolo­gique spec­ta­cu­laire. Là, les couches se sont inver­sées sous la poussée des Alpes, propul­sant les roches les plus anciennes au sommet.

Rando dans les Monges -

Le chemin du vieil Esclangon

La randonnée à pied reprend sur le sentier de décou­verte qui monte en direc­tion du village du vieil Esclangon. Fait rare, nous croi­sons d’autres randon­neurs. C’est l’une des balades les plus fréquen­tées du parc, mais surtout, c’est dimanche ! Depuis notre départ, nous avons défi­ni­ti­ve­ment perdu tout repère temporel.

Mais qu’est-ce qu’un dimanche sur l’échelle de temps de la planète ? Nous comp­tons désor­mais en millions d’années et décla­mons des tirades d’inspiration géolo­gique : Stra­ti­fi­ca­tion oblique, lamines de dépôt et autres systèmes fluvia­tiles méandriformes…

Dans ces tableaux rouge-gris-vert de rochers, de gorges et de crêtes, on croit discerner parfois des murs des moel­lons assem­blés de main d’hommes. Ces plaques de molasses sont pour­tant bien l’oeuvre du temps long et des mouve­ments tellu­riques.

Rando dans les Monges - Le sommet des Monges vu depuis le sentier du vieil Esclangon

Le vélodrome du vieil Esclangon

Au village aban­donné du vieil Esclangon, le sentier passe entre les pans de murs envahis de ronces et tire à travers la végé­ta­tion en direc­tion du sommet du Serre d’Esclangon. Le belvé­dère qui surplombe toute la vallée du Bès offre un pano­rama sur les courbes parfaites du vélo­drome d’Esclangon. On n’entend plus que le souffle du vent gémir entre les pans de la montagne.

Parmi tous les refuges d’art, celui du vieil Esclangon est le préféré de Luc. 

À lire aussi : Refuges d’art : vallée des Duyes et du Vançon

Pour ménager l’effet de surprise, il nous fait décou­vrir à l’aveugle l’œuvre d’Andy Gold­sworthy. Sous nos doigts, il y a du volume, des formes courbes, une matière fraîche et craquelée… On enlève le bandeau. Sur le mur de terre rouge, un serpent ? Un chemin ? Voici ce qu’en dit Andy Goldsworthy :

https://soundcloud.com/letieou/refuge-dart-du-vieil-esclangon?si=fc9cc047dc5f41deaa245737ba26eaa7

Dehors, on allume un feu pour préparer le repas de fête : côte­lettes d’agneau, pas mal pour un bivouac ! La soirée se pour­suit en inté­rieur, au coin de la cheminée où nous faisons danser la sculp­ture à la lumière de la flamme.

Du vieil Esclangon au col de l’Escuichière

Au petit matin, la montagne résonne des bruits de moteurs et des cris des bergers. Les vaches quittent les alpages et redes­cendent dans la vallée. L’automne est là depuis déjà un mois et la France est encore en alerte séche­resse. Dans les Alpes de Haute-Provence, beau­coup de sources sont à sec.

Au refuge d’art du col de l’Escuichière, l’eau ruis­selle… Les lignes blanches qui veinent les deux murs sont du calcite, un minéral déposé par l’eau infil­trée dans la roche. C’est « l’eau dans la pierre, le flux de vie présent dans la matière » comme l’explique l’artiste :

https://soundcloud.com/letieou/refuge-dart-du-col-de-lescuichiere
Rando dans les Monges - Le refuge d'art du col de l'Escuichière

On redes­cend sur un pan de la montagne exposé sud. La végé­ta­tion médi­ter­ra­néenne est de retour. Ici, l’automne est brun. C’est la vallée de la Bléone. Un large pont l’enjambe. La rando continue à travers les terres noires

Rando dans les Monges - Le pont du Brusquet

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