Du land art, des paysages grandioses et de la randonnée légère… Du hameau de Courbons au village de Saint-Geniez, récit des trois premiers jours à pied à la découverte des refuges d’art de la chapelle Sainte-Madeleine et de La Forest.
Oeuvre d’art ou randonnée ? Refuges d’art est les deux à la fois : un itinéraire qui chemine d’oeuvre en oeuvre en traversant 9 jours durant les paysages spectaculaires du géoparc de Haute-Provence.
Du land art comme moyen d’exploration d’un territoire ? Ça marche. Au programme de ces trois premiers jours, des vallées et des oeuvres, de la géologie et quelques rencontres…
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De Courbons à Thoard par le col de la Croix
« Vous êtes au village. Toutes les voies sont sans issue. »
le petit panneau à l’entrée du hameau de Courbons donne le ton des prochains jours : la randonnée sera sauvage.
Luc notre guide a choisi d’organiser cette marche en automne pour les couleurs flamboyantes dont se pare la montagne.
Nous suivons un sentier caillouteux qui nous emmène plein nord en rejoint l’itinéraire de la Grande traversée des Préalpes. Les températures sont étrangement douces pour la saison…

Dans le gris-vert de la garrigue, les premières boules rougeoyantes apparaissent. Des érables champêtres éclatent déjà d’un bel orange vif.
Au sommet de la Clapière, un troupeau de chevaux annonce l’heure de la pause. Nous pique-niquons devant un enchevêtrement de vallées et de sommets, cœur de la réserve naturelle de l’UNESCO géoparc de Haute-Provence. Pour ces 9 jours de randonnée à venir, les panoramas s’annoncent grandioses.



Un premier mélèze… Nous quittons le climat méditerranéen pour basculer du côté montagnard. Forêt domaniale du Bès, bois du Siron… Les couleurs de l’automne sont bien au rendez-vous !
Depuis le col de la croix, le village de Thoard n’est plus qu’à deux kilomètres. Nous nous laissons porter par la pente jusqu’au promontoire où s’élève le premier refuge d’art d’Andy Goldsworthy : la Chapelle Sainte-Madeleine, lieu d’accueil des malades en son temps.



Refuge d’art de la chapelle Sainte-Madeleine
Restaurée en 2002, seuls deux bancs de bois de part et d’autre et un petit autel bricolé détournent le regard de l’œuvre de l’artiste : une forme oblongue taillée dans un épais mur de pierre sèche. Une petite margelle invite le visiteur à venir se nicher dans cette cavité ouverte comme une porte sur une autre dimension.
Luc nous lit ce qu’Andy Goldsworthy dit de son œuvre :
Le son de cloche d’un troupeau au loin, le grondement du tonnerre entre les montagnes, le rideau de pluie menaçant qui s’éloigne, tout souligne la paix qui règne en ce lieu. Nous arrivons à la Bannette sans essuyer les caprices du ciel.





Accéder aux refuges d’art
Les refuges d’Art de La Forest, Vieil Esclangon et Ferme Belon sont fermés à clé. Pour y accéder et y passer la nuit, la réservation se fait par téléphone. Les clés sont à récupérer auprès du musée Gassendi. Le prix de la nuitée inclut un accès au musée pour la personne.
Renseignement et réservation : musée Gassendi
Tarif : 6€
Adresse : 64, boulevard Gassendi, 04000 Dignes-les-bains
Dates d’ouverture : du 21 mars au 10 décembre
Tél : +33 (0)4 92 31 45 29
Web : refugedart.fr
L’auberge de la bannette
Un bric-à-brac d’objets artisanaux, fer forgé, bois flotté, santons et statuettes se mêle aux fleurs et aux plantes grimpantes qui peuplent la terrasse. À l’intérieur, Marie nous accueille avec un grand verre de jus de poire bien sucré. Le feu qui crépite devant la grande table en bois massif distille une chaleur réconfortante, à moins que ce ne soit le sourire de la maîtresse de maison.
Bernard arrive de la cuisine où l’osso bucco mijote depuis déjà quelques heures pour bavarder un peu. Il y a de l’amour dans cette maison.

« C’est au-dessus de nos moyens mais tant qu’on peut y rester… »
Juchée sur un promontoire ouvert sur le paysage, la ferme de la bannette est un havre de paix à un jet de pierre du village de Thoard. Les amis suisses en visite ne s’y trompent pas. Cette année comme chaque année, deux fois par an, c’est ici qu’ils viennent passer leurs vacances.
Dans la chambre bleue où j’installe mes affaires, plumes sur l’abat-jour, oiseaux sur les murs et sur les coussins. Le sommeil n’en sera pas plus léger. Le vin de pêche, le gazpacho, le risotto, l’osso-bucco, la tarte aux framboises, la mousse au chocolat et les deux bouteilles de plan-de-dieu me restent un peu sur l’estomac.
Auberge de La bannette
Un accueil chaleureux, une cuisine généreuse et des chambres confortables. Pour une étape ou pour un séjour plus long, l’auberge de la Bannette vaut vraiment le détour. Sur réservation.
Tarifs : 85€ la chambre pour 2 personnes avec petit déjeuner. Lit supplémentaire 25€. Repas 25€ vin et apéritif compris.
Contact : Famille Wisner Bal
Adresse : La bannette, 04380 Thoard
Tel : 06 31 85 30 79 ou 06 65 90 41 82
Web : aubergelabannette.com





De Thoard à La Forest
Au petit matin, nous nous répartissons les vivres. Il y a du chocolat, des figues et des amandes, des salades, du saucisson, du vin… Les dîners en autonomie s’annoncent festifs.
Dans son superbe coupé Mercedes, Bernard nous emmène jusqu’au pied de la colline Saint-Joseph où le sentier démarre. Le tracé épouse les courbes sinueuses d’un grand champ de lavande puis escalade la pente couverte de forêt et tapissée de champignons. Nous avalons d’une traite les 540 mètres de dénivelé, l’essentiel de l’effort de la journée.

La crête de la colline Saint-Joseph nous récompense d’un magnifique panorama sur la vallée du Vançon. Marnes érodées, roches plissées, soulèvements rocheux monumentaux… Un livre de géologie à ciel ouvert.
Plusieurs centaines de mètres en contrebas, au fond de la vallée, la forêt domaniale où nous dormirons ce soir n’est accessible qu’à pied.
Au col de Mournis, les 600 mètres verticaux de la montagne de Melan se dressent comme un mur. Le chemin préfère plonger dans le sol friable et noir de la roubine, au fond de l’océan qui recouvrait il y a quatorze millions d’années toute la région.






Refuge d’art de La Forest
Au point du jour, des murs de soutènement trahissent les abords du village abandonné de La Forest. L’église reconvertie en refuge d’art abritera notre équipée pour la nuit. Plongée dans l’obscurité, la seconde œuvre d’Andy Goldsworthy nous attend comme en lévitation.
Après le dîner, Luc nous fait la lecture au coin du feu d’un texte éclairant sur la manière dont le territoire nourrit le travail de l’artiste.
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Le livre d’or témoigne du succès de l’entreprise auprès de la population :
« Un peintre, trois photographes, un sax et deux chanteuses… Les génies du lieu nous ont inspiré quelques belles créations. »
« Baptiste, Gaston et Tartempion, ils ont dansé la gigue toute la nuit. »
« J’ai adoré se weekend, les paysages sont magnifiques, j’espère que tu as bien aimé ton anniversaire, je me suis très bien amusée » (signé d’un cœur)
« Mr Loir a un refuge d’art, il héberge parfois des humains,
Qui se lèvent le matin et font beaucoup de bruit pour rien. »
De la Forest au village de Saint-Geniez
C’est un chemin cabossé par le temps qui relie La Forest à la civilisation. Itinéraire tortueux, murs de pierres sèches à l’ombre des chênes. On descend un versant pour en remonter un autre. En toile de fond, le sommet des Monges s’illumine entre les crêtes.
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Ce qui nous semblait la veille un détail du paysage se transforme le lendemain en formidable bloc de roche comme ce rocher de Dromon qui, dressé dans le vent, semble défendre le passage vers le col du pas de l’échelle.
Ne pas se fier à l’aspect modeste de la chapelle qui s’élève à ses pieds. Pour les trois mille curieux qui la visitent chaque année, elle mérite le détour à plus d’un titre.










Notre-Dame de Dromon
À l’extérieur de la bâtisse, Monsieur Bousquet commence la visite par les éléments factuels : une existence attestée depuis 1030 ; la découverte en 1653 d’une crypte par un berger (après une apparition de la vierge…) ; une faille géologique qui soumet le site aux secousses telluriques. Étrange idée de construire ici…
À l’intérieur, la chapelle dédiée à Marie est dépourvue de crucifix. Un beau retable du XVIIème siècle attend dans la sacristie l’ébéniste d’art qui saura le restaurer (avis aux amateurs).
Beaucoup de gens « branchés alléluia » rendent visite au lieu et particulièrement le 21 juin nous dit Monsieur Bousquet en nous indiquant l’escalier qui descend dans la crypte. On passe à la partie ésotérique de la visite.
Visiter Notre dame de Dromon
Contact : Association Arpage
Horaires : Visite du 15⁄04 au 15⁄10 au déboté. Le reste de l’année uniquement sur rdv.
Tél : +33 (6) 72 34 81 36
Mel : arpage04200@gmail.com
Web : arpage04200.jimdo.com






La petite pièce plongée dans la pénombre ne manque pas de mystère. Pourquoi cette énorme pierre dite « de la fécondité » dans les fondations de l’édifice ? À quel culte font référence les têtes de chapiteau sculptées ? Que viennent illuminer les rayons du soleil chaque solstice d’été, à l’entrée de cette niche dans laquelle « on se sent étrangement bien » ? L’escalier descend-il plus bas encore, vers un deuxième niveau à découvrir ?
Les questions sont nombreuses et se prêtent aux réponses les plus fantaisistes. Les uns avancent un lien de parenté avec la pierre écrite de Chardavon qui, à quelques kilomètres, mentionne les noms de Dardanus, un haut dignitaire romain, et d’Heliopolis, la « ville de Dieu », cité romaine introuvable, paradis terrestre présumé et Atlantis possible.
Les autres veulent voir l’œuvre des Télosiens et l’existence d’un accés aux mondes intraterriens. Dans le mur derrière lequel on soupçonnait l’existence d’une autre pièce – mais non –, des petits mots glissés entre les interstices témoignent de la vivacité des croyances rattachées à ce lieu.



Les cavaliers de Saint-Geniez
Le coucher de soleil embrase d’une lumière surnaturelle la falaise qui domine le gîte d’étape Les cavaliers où nous passons la nuit. Je demande à Olivier, maire du village et propriétaire du gîte, ce qu’il pense de tout ça.
« C’est une église » dit-il avec désinvolture, toujours une blague dans la poche.
Son dada à lui, c’est la randonnée à cheval : la route du hussard, qui part de Manosque jusqu’à la montagne de Lure et traverse l’arrière-pays sur les traces du roman de Giono.
Il se remémore les gigots qu’il faisait cuire dans la neige pour ses caravanes au pied du cirque des Monges. Notre guide Luc contre-attaque avec quelques recettes épicées mitonnées lors de ses randonnées muletières.
Les pizzas apéritives sortent du four, les sirops de thym, de sureau, de romarin maison côtoient sur la table le vin rouge, rosé, blanc. Suivent le ragoût d’agneau de la fille Chabran et la crème dessert maison.
Une chose est sûre : si l’on doit mourir durant cette randonnée, ce ne sera pas de faim.
Gîte d’étape les cavaliers de St-Geniez
Marlène et Olivier accueillent pour le plaisir équestre. Randonnées semaine en gîte, en bivouac, weekend neige, stages d’initiation adulte. Le gîte est ouvert à tout public, randonneur à pied, à VTT, à cheval… Le soir, table d’hôtes en compagnie des autres convives.
Marché de producteurs tous les vendredi soirs, tout au long de l’année.
Tarifs : 22€ la nuit en dortoir, 50€ en demi-pension
Tel : 04 92 61 00 87 ou 06 07 60 65 12
Mel : olivier.chabrand3@orange.fr
Web : provence-randonnee-equestre.com




Faire cette rando avec un guide
Luc Richard qui m’a accompagné sur les neuf jours de l’itinéraire Refuge d’Art est le seul guide à organiser régulièrement la randonnée en itinérance et en autonomie.
Contact : Luc Richard
Tél : +33 (0)6 08 16 66 44
Web : lucrichard.fr
L’association l’art en chemin organise des randonnées guidées par des accompagnateurs en montagne formés à la thématique de l’art contemporain en pleine nature. Ils apporteront leur connaissance du terrain et leurs spécialités respectives pour une approche au plus près de vos envies et de votre forme.
Adresse : Le vieil Aiglun, 04510 Aiglun
Tel : 07 83 86 13 14
Web : artenchemin.fr
Partenaires


Ce voyage a été préparé en partenariat avec l’Agence de Développement des Alpes de Haute Provence que je remercie pour son soutien.

Cette itinérance à pied thématique a fait l’objet d’un soutien de l’Union Européenne avec pour objectif de favoriser un tourisme durable et responsable sur le territoire ALCOTRA


