Refuges d’art : vallée des Duyes et du Vançon

Au cœur des Alpes de Haute-Provence, décou­verte émer­veillée des refuges d’art d’Andy Gold­sworthy, 3 jours à pied à travers les vallées des Duyes et du Vançon.

Du land art, des paysages gran­dioses et de la randonnée légère… Du hameau de Cour­bons au village de Saint-Geniez, récit des trois premiers jours à pied à la décou­verte des refuges d’art de la chapelle Sainte-Made­leine et de La Forest.

Oeuvre d’art ou randonnée ? Refuges d’art est les deux à la fois : un itiné­raire qui chemine d’oeuvre en oeuvre en traver­sant 9 jours durant les paysages spec­ta­cu­laires du géoparc de Haute-Provence. 

Du land art comme moyen d’exploration d’un terri­toire ? Ça marche. Au programme de ces trois premiers jours, des vallées et des oeuvres, de la géologie et quelques rencontres… 

À lire aussi : Randonnée land-art sur les traces d’Andy Goldsworthy

De Courbons à Thoard par le col de la Croix

« Vous êtes au village. Toutes les voies sont sans issue. » 

le petit panneau à l’entrée du hameau de Cour­bons donne le ton des prochains jours : la randonnée sera sauvage.

Luc notre guide a choisi d’organiser cette marche en automne pour les couleurs flam­boyantes dont se pare la montagne.

Nous suivons un sentier caillou­teux qui nous emmène plein nord en rejoint l’itinéraire de la Grande traversée des Préalpes. Les tempé­ra­tures sont étran­ge­ment douces pour la saison… 

Dans le gris-vert de la garrigue, les premières boules rougeoyantes appa­raissent. Des érables cham­pêtres éclatent déjà d’un bel orange vif.

Au sommet de la Clapière, un trou­peau de chevaux annonce l’heure de la pause. Nous pique-niquons devant un enche­vê­tre­ment de vallées et de sommets, cœur de la réserve natu­relle de l’UNESCO géoparc de Haute-Provence. Pour ces 9 jours de randonnée à venir, les pano­ramas s’annoncent grandioses.

Un premier mélèze… Nous quit­tons le climat médi­ter­ra­néen pour basculer du côté monta­gnard. Forêt doma­niale du Bès, bois du Siron… Les couleurs de l’automne sont bien au rendez-vous ! 

Depuis le col de la croix, le village de Thoard n’est plus qu’à deux kilo­mètres. Nous nous lais­sons porter par la pente jusqu’au promon­toire où s’élève le premier refuge d’art d’Andy Gold­sworthy : la Chapelle Sainte-Made­leine, lieu d’accueil des malades en son temps.

Refuge d’art de la chapelle Sainte-Madeleine

Restaurée en 2002, seuls deux bancs de bois de part et d’autre et un petit autel bricolé détournent le regard de l’œuvre de l’artiste : une forme oblongue taillée dans un épais mur de pierre sèche. Une petite margelle invite le visi­teur à venir se nicher dans cette cavité ouverte comme une porte sur une autre dimension.

Luc nous lit ce qu’Andy Gold­sworthy dit de son œuvre :

https://soundcloud.com/letieou/refuge-dart-chapelle-sainte

Le son de cloche d’un trou­peau au loin, le gron­de­ment du tonnerre entre les montagnes, le rideau de pluie mena­çant qui s’éloigne, tout souligne la paix qui règne en ce lieu. Nous arri­vons à la Bannette sans essuyer les caprices du ciel.

L’auberge de la bannette

Un bric-à-brac d’objets arti­sa­naux, fer forgé, bois flotté, santons et statuettes se mêle aux fleurs et aux plantes grim­pantes qui peuplent la terrasse. À l’intérieur, Marie nous accueille avec un grand verre de jus de poire bien sucré. Le feu qui crépite devant la grande table en bois massif distille une chaleur récon­for­tante, à moins que ce ne soit le sourire de la maîtresse de maison.

Bernard arrive de la cuisine où l’osso bucco mijote depuis déjà quelques heures pour bavarder un peu. Il y a de l’amour dans cette maison.

Marie et Bernard,  propriétaires de l'auberge de La Bannette

« C’est au-dessus de nos moyens mais tant qu’on peut y rester… »

Juchée sur un promon­toire ouvert sur le paysage, la ferme de la bannette est un havre de paix à un jet de pierre du village de Thoard. Les amis suisses en visite ne s’y trompent pas. Cette année comme chaque année, deux fois par an, c’est ici qu’ils viennent passer leurs vacances.

Dans la chambre bleue où j’installe mes affaires, plumes sur l’abat-jour, oiseaux sur les murs et sur les cous­sins. Le sommeil n’en sera pas plus léger. Le vin de pêche, le gazpacho, le risotto, l’osso-bucco, la tarte aux fram­boises, la mousse au chocolat et les deux bouteilles de plan-de-dieu me restent un peu sur l’estomac.

De Thoard à La Forest

Au petit matin, nous nous répar­tis­sons les vivres. Il y a du chocolat, des figues et des amandes, des salades, du saucisson, du vin… Les dîners en auto­nomie s’annoncent festifs.

Dans son superbe coupé Mercedes, Bernard nous emmène jusqu’au pied de la colline Saint-Joseph où le sentier démarre. Le tracé épouse les courbes sinueuses d’un grand champ de lavande puis esca­lade la pente couverte de forêt et tapissée de cham­pi­gnons. Nous avalons d’une traite les 540 mètres de déni­velé, l’essentiel de l’effort de la journée.

Refuge d'art - L'ascension de la colline Saint-Joseph

La crête de la colline Saint-Joseph nous récom­pense d’un magni­fique pano­rama sur la vallée du Vançon. Marnes érodées, roches plis­sées, soulè­ve­ments rocheux monu­men­taux… Un livre de géologie à ciel ouvert.

Plusieurs centaines de mètres en contrebas, au fond de la vallée, la forêt doma­niale où nous dormi­rons ce soir n’est acces­sible qu’à pied.

Au col de Mournis, les 600 mètres verti­caux de la montagne de Melan se dressent comme un mur. Le chemin préfère plonger dans le sol friable et noir de la roubine, au fond de l’océan qui recou­vrait il y a quatorze millions d’années toute la région.

Pause devant le panorama de la vallée du Vançon

Refuge d’art de La Forest

Au point du jour, des murs de soutè­ne­ment trahissent les abords du village aban­donné de La Forest. L’église recon­vertie en refuge d’art abri­tera notre équipée pour la nuit. Plongée dans l’obscurité, la seconde œuvre d’Andy Gold­sworthy nous attend comme en lévitation.

https://soundcloud.com/letieou/refuge-dart-la-forest

Après le dîner, Luc nous fait la lecture au coin du feu d’un texte éclai­rant sur la manière dont le terri­toire nourrit le travail de l’artiste.

À lire aussi : Refuges d’art : une œuvre dans le territoire

La sculpture d'Andy Goldsworthy installée dans le refuge d'art  de La Forest

Le livre d’or témoigne du succès de l’entreprise auprès de la population :

« Un peintre, trois photo­graphes, un sax et deux chan­teuses… Les génies du lieu nous ont inspiré quelques belles créations. »

« Baptiste, Gaston et Tartem­pion, ils ont dansé la gigue toute la nuit. »

« J’ai adoré se weekend, les paysages sont magni­fiques, j’espère que tu as bien aimé ton anni­ver­saire, je me suis très bien amusée » (signé d’un cœur)

« Mr Loir a un refuge d’art, il héberge parfois des humains,
Qui se lèvent le matin et font beau­coup de bruit pour rien. »

De la Forest au village de Saint-Geniez

C’est un chemin cabossé par le temps qui relie La Forest à la civi­li­sa­tion. Itiné­raire tortueux, murs de pierres sèches à l’ombre des chênes. On descend un versant pour en remonter un autre. En toile de fond, le sommet des Monges s’illumine entre les crêtes.

À lire aussi : Du sommet des Monges à la vallée du Bès

Ce qui nous semblait la veille un détail du paysage se trans­forme le lende­main en formi­dable bloc de roche comme ce rocher de Dromon qui, dressé dans le vent, semble défendre le passage vers le col du pas de l’échelle.

Ne pas se fier à l’aspect modeste de la chapelle qui s’élève à ses pieds. Pour les trois mille curieux qui la visitent chaque année, elle mérite le détour à plus d’un titre.

Sur le chemin qui mène au hameau de La Forest

Notre-Dame de Dromon

À l’extérieur de la bâtisse, Monsieur Bous­quet commence la visite par les éléments factuels : une exis­tence attestée depuis 1030 ; la décou­verte en 1653 d’une crypte par un berger (après une appa­ri­tion de la vierge…) ; une faille géolo­gique qui soumet le site aux secousses tellu­riques. Étrange idée de construire ici…

À l’intérieur, la chapelle dédiée à Marie est dépourvue de crucifix. Un beau retable du XVIIème siècle attend dans la sacristie l’ébéniste d’art qui saura le restaurer (avis aux amateurs).

Beau­coup de gens « bran­chés allé­luia » rendent visite au lieu et parti­cu­liè­re­ment le 21 juin nous dit Monsieur Bous­quet en nous indi­quant l’escalier qui descend dans la crypte. On passe à la partie ésoté­rique de la visite.

La petite pièce plongée dans la pénombre ne manque pas de mystère. Pour­quoi cette énorme pierre dite « de la fécon­dité » dans les fonda­tions de l’édifice ? À quel culte font réfé­rence les têtes de chapi­teau sculp­tées ? Que viennent illu­miner les rayons du soleil chaque solstice d’été, à l’entrée de cette niche dans laquelle « on se sent étran­ge­ment bien » ? L’escalier descend-il plus bas encore, vers un deuxième niveau à découvrir ?

Les ques­tions sont nombreuses et se prêtent aux réponses les plus fantai­sistes. Les uns avancent un lien de parenté avec la pierre écrite de Char­davon qui, à quelques kilo­mètres, mentionne les noms de Dardanus, un haut digni­taire romain, et d’Heliopolis, la « ville de Dieu », cité romaine introu­vable, paradis terrestre présumé et Atlantis possible.

Les autres veulent voir l’œuvre des Télo­siens et l’existence d’un accés aux mondes intra­ter­riens. Dans le mur derrière lequel on soup­çon­nait l’existence d’une autre pièce – mais non –, des petits mots glissés entre les inter­stices témoignent de la viva­cité des croyances ratta­chées à ce lieu.

Les cavaliers de Saint-Geniez

Le coucher de soleil embrase d’une lumière surna­tu­relle la falaise qui domine le gîte d’étape Les cava­liers où nous passons la nuit. Je demande à Olivier, maire du village et proprié­taire du gîte, ce qu’il pense de tout ça.

« C’est une église » dit-il avec désin­vol­ture, toujours une blague dans la poche.

Son dada à lui, c’est la randonnée à cheval : la route du hussard, qui part de Manosque jusqu’à la montagne de Lure et traverse l’arrière-pays sur les traces du roman de Giono.

Il se remé­more les gigots qu’il faisait cuire dans la neige pour ses cara­vanes au pied du cirque des Monges. Notre guide Luc contre-attaque avec quelques recettes épicées miton­nées lors de ses randon­nées muletières. 

Les pizzas apéri­tives sortent du four, les sirops de thym, de sureau, de romarin maison côtoient sur la table le vin rouge, rosé, blanc. Suivent le ragoût d’agneau de la fille Chabran et la crème dessert maison.

Une chose est sûre : si l’on doit mourir durant cette randonnée, ce ne sera pas de faim.

Ciel d'orage à Saint-Geniez

Partenaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 Partages
Partagez
Épingle
Tweetez