Randonnée à travers champs dans le Gers

Dans le Gers, l’iti­né­raire traverse le coeur de Gascogne. Je reprends la randonnée en compa­gnie d’un nouveau compa­gnon de voyage.

Dans le Gers, je reprends la randonnée après plusieurs semaines de repos relatif. De Montes­quiou à Roque­fort, l’itinéraire traverse le coeur de Gascogne. Sentiers à travers champs et villages perchés défilent sous la roue de mon nouveau compa­gnon de voyage.

J’ai long­temps cherché une solu­tion durable pour pour­suivre ma traversée de la France à pied. Le lumbago survenu dans les Pyré­nées a laissé des séquelles et mon dos qui me tiraille se rappelle régu­liè­re­ment à mon souvenir. Je dois rester vigi­lant.

C’est mon premier jour avec le Carrix, le chariot qui va porter mon sac et soulager mon dos pour le reste du voyage. Deux branches d’aluminium croi­sées en X, termi­nées d’un côté par une petite roue au pneu épais et prolon­gées de l’autre par deux bran­cards que j’attache à mes hanches par un harnais. Avan­tage du système : diviser par cinq le poids supporté. Je ne porte plus, je tire.

Le voyage devait changer… Et il change ! Pour un oui pour un non, mon Carrix tombe à droite, verse à gauche… J’ai l’impression d’avoir troqué un mal de dos contre une crise de nerf. On m’avait prédit quelques jours de réglages, je vis quelques jours de galères. Je dois adapter le harnais à chaque chan­ge­ment de terrain. Je dois aussi repenser l’agencement du sac pour qu’il soit plus équi­libré et pour pouvoir accéder diffé­rem­ment aux objets usuels.

À force de me battre avec mon nouveau compa­gnon de route, j’arrive tard. L’espoir d’une bière fraîche s’évanouit avec le coucher du soleil. Maigre conso­la­tion, je dors dans les chiottes handi­capés, propres, et surtout, chauffées.

Dans le Gers, rando, bistro, loto - carnet de voyage France

Au bar de Montesquiou

Au bar-restau­rant de Montes­quiou où je petit-déjeune, le patron se plain­drait presque d’avoir des clients. Il doit aller faire des courses pour le restau­rant. C’est ça qui le fait vivre. Pas que ça à faire de tenir le bar. Côté restau­rant, ça va pas mieux. Avoir du monde un premier mai… C’était un premier mai qu’il a ouvert, il y a 28 ans. Aujourd’hui, il cherche à revendre l’affaire mais ne trouve pas d’acquéreur. Ça ne l’aide pas à sourire.

Le premier client du matin arrive et commande un rosé. De part et d’autre du comp­toir, on tombe d’accord sur les problèmes qui foutent la France en l’air, à commencer par ceux qui ne paient pas d’impôts – Les auto-entre­pre­neurs, ces fainéants qui travaillent au noir.

– Ah ça, le travail au noir, ça nous fout dedans !
– Si tout le monde, même les plus pauvres, pouvaient contri­buer ne serait-ce que de 50 euros…

La patronne arrive et me prend à parti :

« Ne vous inquiétez pas. Il se plaint tout le temps. C’est pour ça que je me lève tôt. Comme ça je l’entends pas. »

Elle épluche la presse…

« Un gosse de quatre ans dépecé et jeté aux chiens ! Haha ! Non mais fran­che­ment, ils ont que ça à faire ! »

Campagnes en transition

Les habi­tués affluent au fur et à mesure que la matinée avance. La semaine précé­dente, le patron – un person­nage haut en couleur – a passé l’arme à gauche. Dans le bar, il règne une atmo­sphère de fin de cycle.

Sur le zinc, un pros­pectus décrit la « carte mentale » du nouveau lieu qui vient de s’ouvrir de l’autre côté de la route, « Chez les voisins » : écologie, vivre ensemble, débats-confé­rences, temps de faire, faire le temps, trans­ver­sa­lité, blog, réseaux sociaux, mind-maping, créa­ti­vité, frater­nité, mouve­ment, ressource, ouver­ture… Choc des cultures en pers­pec­tive

Sur la route

Je reprends la route sans grande convic­tion. Kat me manque. Je n’ai pas trop la tête au voyage. Montant les Créneaux, Malartic… Quelques castel­naux aux char­pentes travaillées par les siècles dressent leurs tours aux sommets des collines.

À perte de vue, des paysages vallonnés de champs vert tendre. Une belle terre aux reflets dorés, aplanie à force de labour, des champs de blé frétillants sous la caresse du vent, lardés de sillons recti­lignes, couchés sous les roues des trac­teurs. Quelques fermes dissé­mi­nées dans la campagne.

Je m’apprête à une traversée du désert et à quelques jours sans ravi­taille­ment. Retrou­vailles avec les plai­sirs de la vie frugale. Purée-restes de fromage, pruneaux-biscuits sec, thé. Le seul luxe est cette vue impre­nable sur la campagne sous le soleil couchant. Un chevreuil traverse sous mon nez. Les insectes rappliquent aux premières lumières. Ma tente illu­minée se trans­forme en motel pour la nuit.

Dans le Gers, rando, bistro, loto - carnet de voyage France
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Le loto de Sainte Christie

Grand vent qui mugit dans les arbres. Je vais de ferme en ferme. Un terrain de tennis laissé à l’abandon réveille des souve­nirs d’ennui, perdu quelque part au fond de la Marne agri­cole de mon enfance. Drôle de monde inerte où les outils et les machines suggèrent l’activité et où rien ne bouge, que le vent.

À Sainte Christie, le parking de l’église est noir de voitures. Plus de deux cents personnes ont fait le dépla­ce­ment. Aujourd’hui, c’est loto. Un des quarante lotos orga­nisés au cours de l’année pour financer les diffé­rentes asso­cia­tions du village. Rugby, foot, aquagym, troi­sième âge… Les bons lotos rapportent jusqu’à 1000 euros.

« Il faut des choses à manger pour attirer les gens. Sinon, personne ne vient ! »

À gagner pour la quine (une ligne de cinq numéros) : un filet garni. La salle des fêtes est bondée. Je me réchauffe au bar d’un café et d’une tarte aux fruits luisant de gelée. Sur la table à ma droite, Raymonde a disposé ses douze cartons en deux colonnes bien alignées. Les petits jetons sont rangés dans sa trousse Milka. Elle est prête.

Carton plein !

Un silence reli­gieux tombe sur la salle. L’annonce des numéros a commencé.

« Le 51…… Le 82…… Le 63…… Le 7, 4 et 3…… »

Un cri retentit à une table dans le fond. Toute la salle murmure. Quine pour le filet garni ! Un commis­saire vérifie dans le brou­haha et l’on continue pour la double quine. Deux kilos de rôti, un poulet et du vin sont en jeu. Raymonde tape du doigt. On n’attend plus que le 25 pour le carton plein. Un autre criera avant elle. À la table, on l’a mauvaise.

« Lui, il en a deux fois plus que moi, des cartons, alors forcé­ment ! Pfff !»

Les sour­cils froncés, on récu­père les jetons en métal à l’aide d’une brosse aimantée et une nouvelle partie commence… Ça fait passer le temps.

Pétanque à Roquefort

À Roque­fort, l’ambiance est plus mascu­line. Un tournoi de pétanque est orga­nisé. À la buvette, que des barbus. Tout le monde me regarde passer avec mon drôle de chariot. Moi qui déteste être l’attraction de la journée… Je souris poli­ment et m’enfuis comme si de rien n’était. Il va falloir assumer cet encom­brant mais indis­pen­sable Carrix. C’est le nouveau défi du voyage.

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Le livre d’un voyage exotique en France

Peut-on faire un voyage exotique dans son propre pays ? Pour y répondre, j’ai traversé la France à pied à travers la diago­nale du vide.

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Commentaires

Le Loto!!! quelques souve­nirs d’en­fance… 😉 merci Mathieu pour ce voyage en images ! toujours un plaisir de les rece­voir et voyager avec toi.

Merci Marie Lorette 😀
Comment ça va sur le 47ème paral­lèle ? Bientôt un départ au long cours ? À chacun son tour 😉

😀 merci je vais bien ! le temps s’étire et ça se précise en petits pas l’un après l’autre que je pose bien // 😀 la bise du 48°53’02.35« N. 😉

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