La découverte des Pyrénées continue. Après trois semaines de randonnée sur le GR10, le moteur est à l’arrêt. Sédentaire par la force des choses, j’explore les Pyrénées de l’intérieur, au contact des habitants.
Dans la petite cabane des sœurs Quessette, il y a un gros canapé récupéré en cuir noir et rouge, de la peinture jaune bleu vert rose et une vue plutôt sympa sur les sommets environnants. Je suis à la limite du parc naturel des Pyrénées, chez Gilles.
On s’est rencontré sur un salon de la rando à l’époque où je préparais le voyage. Je lui avais parlé de mon projet, il m’avait parlé de ses montagnes. Le courant était tout de suite passé.
C’est Gilles qui m’a indiqué l’itinéraire probable à suivre sur le GR10, compte tenu de mon équipement. Je lui envoie une bouteille à la mer. La réponse ne tarde pas :
« Tu es le bienvenu chez moi à Saint-Savin pour te reposer, avoir une base logistique, boire une mousse, etc. Il y a une chambre pour toi, un grand jardin, une petite ville pas loin et la montagne tout autour !
Je ne peux pas te dire mieux. Tu es le bienvenu, vous êtes les bienvenus ! Ne fais pas de manières, c’est idiot entre gens bien élevés ! »
À à peine vingt minutes de Lourdes, ça ne pouvait pas mieux tomber. Mon lumbago est encore tout frais, j’ai besoin de repos. Et pourquoi pas, d’un petit miracle…




À Lourdes, Marie superstar
À Lourdes, il fait froid et il pleut. La ville-hôtel est déserte. Les néons bleu-ciel du musée de la bondieuserie brillent sous les gouttes. Sainte-Bernadette et Marie sont partout.
Au Sainte-Marguerite, napperons brodés au motif de la vierge. À la petite fleur du carmel, bavoirs à l’effigie de Bernadette. À la bijouterie Pax mundi, chaînes et médailles de Marie. Au mini-market le paradis, bougies électriques « protège-moi ». Aux souvenirs de Lourdes, encens de l’archange Saint-Gabriel. Chez artisan-hall, anges en céramiques et vierges à l’enfant. À l’icône, cœurs ardents en argent massif. Et partout, le bidon griffé Lourdes, estampillé de la vierge, à remplir d’eau bénite à la fontaine miraculeuse.
J’imagine ma grand mère, incorrigible collectionneuse de ramanances, cuillères, cloches, dés à coudre et autres crucifix, devenir folle devant la palette de cadeaux potentiels à ramener à sa vingtaine de petits enfants. On avait écopé de petits chapelets en plastic phosphorescents. On avait dit merci. Un moindre mal…



Argelès-Gazost, chez Gilles
Chez Gilles, je récupère doucement. Mes batteries sont à plat. Un streptocoque est venu s’inviter à la fête, profitant de la fatigue générale. Sédentaire par la force des choses, je découvre les Pyrénées de l’intérieur.
Il suffit de sortir humer l’air pour s’imprégner de la douceur de vivre, d’entendre hululer la chouette pour ressentir le temps s’écouler différemment. Gilles qui n’a jamais été plus loin que Toulouse le sait. Dans ce pays de cocagne à la limite du parc national des Pyrénées, les piliers sont la nature et l’humain, les valeurs cardinales la liberté et le goût de l’autonomie.
Autour du feu de cheminée, les tournées de patcharan (no patcharan !) échauffent les esprits et soulèvent des questions existentielles : qu’est-ce qu’être français ? Est-on libre de son hérédité familiale ? La carte d’identité est-elle légitime ?
Pour Yann, Mateo, Sacha et tous ceux qui passent à sa table, être en phase avec soi-même compte plus que tout. Comme le dit Sacha d’un air docte : « C’est à la fleur du lotus épanouie que viennent butiner les abeilles ».
Et on s’en jette un petit dernier. Demain, c’est rando raquettes dans le val d’Azun !







