Carnet de voyage hors des sentiers battus en France et autour du monde

GR10, les sommets d’Iraty

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GR10, les sommets d’Iraty

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15 avril 2016

7 Commentaires

Le long du GR10, la grande traversée des Pyrénées continue. J’espère atteindre la neige des premiers sommets. C’est pour ça que je suis venu. Malgré les mises en garde et les avertissements, je me lance en direction des sommets d’Iraty.

Il est sept heures du mat au gîte des pèlerins de Saint Jean-Pied-de-Port et la lumière du dortoir s’allume. Une voix claironne, pleine de l’énergie qu’il me manque pour me lever.

« Allez, làààààà, il est temps d’y aller ! »

Non mais où elle se croit, celle-là ? Chez elle ? Oui. Depuis 30 ans, Janine accueille les pèlerins.

« Je suis la maman des pélerins. Qu’est-ce que tu veux ? Thé, chocolat, café ? »

Je veux qu’on me laisse dormir. Une maman comme ça, je m’en passerais bien. Mais c’est trop tard. Janine est lancée. Elle blague avec Serge, un grand gars à la barbe effilochée. Lui sillonne les voies saintes depuis 14 ans.

« C’est ma mission de chrétien. J’ai un don. Je soigne les gens. Il me suffit de poser les mains pour guérir ».

Le starter et la voiture balai… Drôle de couple !

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Les chemins de Saint Jacques, autoroutes à péage

Les deux vétérans se remémorent le bon vieux temps, celui pas si lointain où les chemins de Saint Jacques n’étaient pas encore cette « autoroute à péage », où tout le monde partageait le repas dans le grand réfectoire du bas et où les amis de Saint Jacques ne laissaient pas un pèlerin à la porte sous prétexte que « ce n’est plus la saison ».

Mais les temps changent. Le réfectoire a laissé place à un immense dortoir et la cuisine se résume à un pathétique four à micro-onde. Les pélerins mangent au restaurant et les « amis » de Saint Jacques se sont séparés pour des problèmes d’ego.

Le temps change, lui aussi. La pluie annoncée torrentielle laisse place à un soleil éclatant. C’est aujourd’hui carnaval et j’avais prévu de goûter à la fête basque. Le patxaran attendra. Je prends la route avant que la neige (ou pire, la pluie) ne bloque le passage.

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Monsieur météo

J’emporte des vivres pour plusieurs jours, les tracés Google maps sont chargés sur mon mobile, j’ai les adresses de chacun des gîtes situés sur le GR10, de quoi affronter des températures jusqu’à moins 10 degrés… Je suis prêt !

Ciel et température estivale, les chemins des Pyrénées sont désespérément photogéniques sous ce soleil qui illumine tout… Comment imaginer qu’il ne durera pas toujours ?

« Avec ce vent du sud, il n’y aura pas de pluie aujourd’hui. Il doit pleuvoir ailleurs ».

me confirme un vieux paysan basque. Effectivement. Il pleut… là où je vais. Une pluie fine tout d’abord, puis de plus en plus verticale. Le plus beau bruit de la journée sera celui de la porte du chalet qui s’ouvre, à la tombée de la nuit. Trois jours durant, je vais y attendre que la pluie cesse.

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Sur le plateau de Phagalcette

Depuis Saint-Jean-Pied-de-port, tout le monde me déconseille de suivre cet itinéraire. Trop humide, trop enneigé, trop désert, trop dangereux, le GR10 en hiver… Chacun y va de son anecdote-catastrophe et m’indique avec insistance le sentier du piedmont. Mais je suis préparé. Je ne renoncerai pas. Perché sur mon plateau, j’attends patiemment mon heure.

Tout autour du gîte, les nuages s’accumulent sur les sommets, s’en échappent en laissant derrière eux un fin duvet blanc. Les premiers flocons de la saison saupoudrent les Pyrénées. Si les balises rouges et blanches du GR10 disparaissent sous la neige, je me perdrai en montagne. C’est ce qu’on m’a prédit.

Venu me rendre une visite de courtoisie, Monsieur Iriarte, le propriétaire du gîte Kaskoleta, m’invite à un repérage à bord de son petit Santana tout terrain. Du haut du Col d’Ithurramburu, on devine le chemin sous la fine couche de neige.

« Si demain tu as cinq centimètres au gîte, tu peux y aller. Si tu en as dix, ce n’est pas la peine. Tu auras trente centimètres là-haut.
– Météo France annonce beau pour demain.
– Moi je ne me fie pas trop aux prévisions météo… »

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Neige sur le GR10 !!!

Départ pour vingt-quatre kilomètres. C’est ma plus grosse étape de montagne et l’une des plus grosses du voyage. Mon sac est vide. Je suis presque venu à bout de mes réserves de nourriture et tous mes vêtements s’empilent sur moi. Ce soir, c’est décidé, je mangerai de la côte de bœuf au restaurant d’Iraty !

J’arrive rapidement à huit cents mètres d’altitude, à la limite de la neige et des nuages. Les pentes sont couvertes d’une forêt d’allumettes qui dessine des formes géométriques et souligne les courbes de la montagne. Les balises ont disparu mais je suis le chemin repéré la veille. J’atteinds le col d’Irau sans même une hésitation.

Oublié, le risque de me perdre. La route passe ici. Surprise, elle est fermée aux véhicules. Le goudron disparaît sous un manteau de neige toute fraîche. Mes chaussures s’enfoncent, d’abord un peu puis de plus en plus profondément, jusqu’à quinze centimètres. Le sol craque doucement sous mes pas. Comme tous les animaux sauvages, la trace que je laisse derrière moi signale ma présence.

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Iraty

Personne sur cette route. Un cheval, un skieur de fond. C’est tout. Les heures s’égrènent au rythme de mes pas dans la neige. La lumière dorée illumine les hêtres vénérables de la forêt d’Iraty alors que j’approche enfin de la station. Jubilation ! Le restaurant est ouvert. À la terrasse, les patrons qui viennent de reprendre l’affaire s’émerveillent devant le soleil couchant sur les sommets.

« Ça, quand même, c’est magnifique, n’est-ce pas ? »

Toute la chaîne des Pyrénées s’étale devant nous, sommets blancs découpés sur le rose du crépuscule. J’étais venu dans les Pyrénées pour voir la montagne sous la neige et j’ai tenu bon en dépit de toutes les mises en garde. Lessivé mais heureux, je savoure ma victoire ! Toujours aller au bout de ses envies !

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7 Comments

  1. Marie Claude Lafitole 23 avril 2016 at 8 h 32 min - Reply

    Bravo: vos photos sont magnifiques et je comprends votre ravissement. La forêt d’Iraty est la plus grande forêt de hêtres d’Europe et les rochers sur lesquels elle pousse, donne un aspect mystérieux ‘à la Tolkien’ à ces paysages rustiques. Merci pour le Pays Basque!

    • Mat 23 avril 2016 at 11 h 15 min - Reply

      Merci Marie Claude 🙂 C’était sublime de bout en bout. Mais je n’en ai pas encore fini avec Iraty ! Je suis arrivé au moment idéal : soleil éclatant après trois jours de neige, la première de la saison. Le paradis du photographe ! Merci au pays basque 😉

  2. bleuvermeille 24 avril 2016 at 22 h 44 min - Reply

    Grâce à tes photos, j’y suis un peu aussi…
    Elles ne captent pas seulement des moments, elles racontent une histoire, la tienne mais aussi celle de la grande solitude blanche de la montagne en hiver.
    Et de la beauté sauvage.

    Quel courage tu as eu de monter jusque là haut, en traversant les forêts d’Iraty, en pleine météo incertaine!!
    Vous étiez combien au resto, en fin d’étape, pour admirer le coucher de soleil ?

    • Mat 3 mai 2016 at 15 h 57 min - Reply

      Coucou Car ! Merci pour le lyrisme 🙂
      Courage, courage… J’avais trop envie pour ne pas le faire. À force de voyager, on apprend à recouper les infos et à ne pas croire le premier venu. Ceux qui me le déconseillaient n’avaient jamais mis les pieds sur le GR. Et puis me trimballer tout cet attirail pour finalement abandonner au pied de l’obstacle sans même essayer, ça m’aurait vraiment déçu. J’étais bien préparé, j’avais toutes les infos, je ne pouvais pas ne pas y aller.
      Au resto, il y avait les quelques touristes présents à la station des chalets d’Iraty. Mais sur le GR lui même, je n’ai croisé que deux marcheurs. « C’était pas la saison » ! comme tout le monde s’est chargé de me dire 😉

  3. Fleuré 9 octobre 2016 at 10 h 19 min - Reply

    Bonjoiur

    Bravo pour vos photos
    Je suis intéressé par le GR10 en hiver, j’en ai déjà fait un peu plus de la moiitié en été et je me demande ce qui peut être fait en hiver (pout l’instant je suis arrivé en Ariége)

    • Mat 9 octobre 2016 at 23 h 18 min - Reply

      Bonjour Michel,

      J’ai parcouru le GR10 en hiver, depuis Hendaie jusqu’à La Pierre Saint-Martin. J’ai été aidé dans ma progression par un hiver particulièrement doux. La première neige est tombée sur Iraty fin février ! De gîte en gîte, faisable à pied en prévenant à l’avance (ils n’allumeront pas le chauffage pour vous). Après la Pierre Saint-Martin, plus possible de progresser à pied. Ensuite, il est possible de progresser en conditions enneigées avec des équipements dont j’étais dépourvus (crampons, skis de randonnées…). On passe généralement par un autre GR, la Haute Randonnée Pyrénéenne (HRP), ou par le GR11, côté espagnol.
      Je ne sais pas quelles sont vos connaissances de la montagne et vos capacités techniques. Dans la neige, la montagne est un autre monde. Si vous le souhaitez, j’ai des contacts de guides qui sauront vous aiguiller.
      C’est vrai qu’il est tentant cet itinéraire… Moi il me reste les 2/3 à parcourir, et j’espère bien avoir l’occasion de le faire !

      • Fleuré 10 octobre 2016 at 9 h 50 min - Reply

        Bonjour et merci de votre réponse.

        Je suis un randonneur confirmé (j’ai fait plus de 50% du GR10 cette année), par contre je ne prétendrai pas être un montagnard expérimenté.
        Pour l’instant j’ai décidé d’arrêter le GR parce que la plupart des gites ont fermé, reste donc la solution des cabanes mais cela suppose un autre équipement (duvet, vêtements + chauds, plus de bouffe, éventuellement réchaud, gaz etc.), donc beaucoup plus de poids, ce que jusqu’ici je ne souhaitais pas.
        Mais j’aimerais néanmoins étudier des solutions hivernales, l’un des buts étant aussi de simplifier, faciliter les descentes et éventuellement faire des tronçons plus courts du chemin ( 2 à 3 jours ?) . L’un des intérêts est aussi évidemment la beauté de la montagne en hiver.
        Après, je suis bien conscient que c’est un autre monde, dangereux, difficile … et que les balises au sol risquent de disparaitre !

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