GR10, les sommets d’Iraty

Le long du GR10, la grande traversée des Pyré­nées continue. De Saint-Jean-Pied-de-Port à Iraty, étapes sous la neige en direc­tion des sommets, malgré les mises en garde et les avertissements.

Le long du GR10, la grande traversée des Pyré­nées continue. J’espère atteindre la neige des premiers sommets. C’est pour ça que je suis venu. Malgré les mises en garde et les aver­tis­se­ments, je me lance en direc­tion des sommets d’Iraty.

Il est sept heures du mat au gîte des pèle­rins de Saint Jean-Pied-de-Port et la lumière du dortoir s’allume. Une voix clai­ronne, pleine de l’énergie qu’il me manque pour me lever.

« Allez, làààààà, il est temps d’y aller ! »

Non mais où elle se croit, celle-là ? Chez elle ? Oui. Depuis 30 ans, Janine accueille les pèlerins.

« Je suis la maman des péle­rins. Qu’est-ce que tu veux ? Thé, chocolat, café ? »

Je veux qu’on me laisse dormir. Une maman comme ça, je m’en passe­rais bien. Mais c’est trop tard. Janine est lancée. Elle blague avec Serge, un grand gars à la barbe effi­lo­chée. Lui sillonne les voies saintes depuis 14 ans.

« C’est ma mission de chré­tien. J’ai un don. Je soigne les gens. Il me suffit de poser les mains pour guérir ».

Le starter et la voiture balai… Drôle de couple !

Les chemins de Saint Jacques, autoroutes à péage

Les deux vété­rans se remé­morent le bon vieux temps, celui pas si loin­tain où les chemins de Saint Jacques n’étaient pas encore cette « auto­route à péage », où tout le monde parta­geait le repas dans le grand réfec­toire du bas et où les amis de Saint Jacques ne lais­saient pas un pèlerin à la porte sous prétexte que « ce n’est plus la saison ».

Mais les temps changent. Le réfec­toire a laissé place à un immense dortoir et la cuisine se résume à un pathé­tique four à micro-onde. Les péle­rins mangent au restau­rant et les « amis » de Saint Jacques se sont séparés pour des problèmes d’ego.

Le temps change, lui aussi. La pluie annoncée torren­tielle laisse place à un soleil écla­tant. C’est aujourd’hui carnaval et j’avais prévu de goûter à la fête basque. Le patxaran attendra. Je prends la route avant que la neige (ou pire, la pluie) ne bloque le passage.

Monsieur météo

J’emporte des vivres pour plusieurs jours, les tracés Google maps sont chargés sur mon mobile, j’ai les adresses de chacun des gîtes situés sur le GR10, de quoi affronter des tempé­ra­tures jusqu’à moins 10 degrés… Je suis prêt !

Ciel et tempé­ra­ture esti­vale, les chemins des Pyré­nées sont déses­pé­ré­ment photo­gé­niques sous ce soleil qui illu­mine tout… Comment imaginer qu’il ne durera pas toujours ?

« Avec ce vent du sud, il n’y aura pas de pluie aujourd’hui. Il doit pleu­voir ailleurs ».

me confirme un vieux paysan basque. Effec­ti­ve­ment. Il pleut… là où je vais. Une pluie fine tout d’abord, puis de plus en plus verti­cale. Le plus beau bruit de la journée sera celui de la porte du chalet qui s’ouvre, à la tombée de la nuit. Trois jours durant, je vais y attendre que la pluie cesse.

Sur le plateau de Phagalcette

Depuis Saint-Jean-Pied-de-port, tout le monde me décon­seille de suivre cet itiné­raire. Trop humide, trop enneigé, trop désert, trop dange­reux, le GR10 en hiver… Chacun y va de son anec­dote-catas­trophe et m’indique avec insis­tance le sentier du pied­mont. Mais je suis préparé. Je ne renon­cerai pas. Perché sur mon plateau, j’attends patiem­ment mon heure.

À lire aussi : 9 itiné­raires de grande randonnée en France

Tout autour du gîte, les nuages s’accumulent sur les sommets, s’en échappent en lais­sant derrière eux un fin duvet blanc. Les premiers flocons de la saison saupoudrent les Pyré­nées. Si les balises rouges et blanches du GR10 dispa­raissent sous la neige, je me perdrai en montagne. C’est ce qu’on m’a prédit.

Venu me rendre une visite de cour­toisie, Monsieur Iriarte, le proprié­taire du gîte Kasko­leta, m’invite à un repé­rage à bord de son petit Santana tout terrain. Du haut du Col d’Ithurramburu, on devine le chemin sous la fine couche de neige.

« Si demain tu as cinq centi­mètres au gîte, tu peux y aller. Si tu en as dix, ce n’est pas la peine. Tu auras trente centi­mètres là-haut.
– Météo France annonce beau pour demain.
– Moi je ne me fie pas trop aux prévi­sions météo… »

Neige sur le GR10 !!!

Départ pour vingt-quatre kilo­mètres. C’est ma plus grosse étape de montagne et l’une des plus grosses du voyage. Mon sac est vide. Je suis presque venu à bout de mes réserves de nour­ri­ture et tous mes vête­ments s’empilent sur moi. Ce soir, c’est décidé, je mangerai de la côte de bœuf au restau­rant d’Iraty !

J’arrive rapi­de­ment à huit cents mètres d’altitude, à la limite de la neige et des nuages. Les pentes sont couvertes d’une forêt d’allumettes qui dessine des formes géomé­triques et souligne les courbes de la montagne. Les balises ont disparu mais je suis le chemin repéré la veille. J’atteinds le col d’Irau sans même une hésitation.

Oublié, le risque de me perdre. La route passe ici. Surprise, elle est fermée aux véhi­cules. Le goudron dispa­raît sous un manteau de neige toute fraîche. Mes chaus­sures s’enfoncent, d’abord un peu puis de plus en plus profon­dé­ment, jusqu’à quinze centi­mètres. Le sol craque douce­ment sous mes pas. Comme tous les animaux sauvages, la trace que je laisse derrière moi signale ma présence.

GR10 - Les sommets d'Iraty - Carnet de voyage en France

Iraty

Personne sur cette route. Un cheval, un skieur de fond. C’est tout. Les heures s’égrènent au rythme de mes pas dans la neige. La lumière dorée illu­mine les hêtres véné­rables de la forêt d’Iraty alors que j’approche enfin de la station. Jubi­la­tion ! Le restau­rant est ouvert. À la terrasse, les patrons qui viennent de reprendre l’affaire s’émerveillent devant le soleil couchant sur les sommets.

« Ça, quand même, c’est magni­fique, n’est-ce pas ? »

Toute la chaîne des Pyré­nées s’étale devant nous, sommets blancs découpés sur le rose du crépus­cule. J’étais venu dans les Pyré­nées pour voir la montagne sous la neige et j’ai tenu bon en dépit de toutes les mises en garde. Lessivé mais heureux, je savoure ma victoire ! Toujours aller au bout de ses envies !

GR10 - Les sommets d'Iraty - Carnet de voyage en France

Poursuivez la rando sur le GR10 sur le blog : 

Le livre d’un voyage exotique en France

Peut-on faire un voyage exotique dans son propre pays ? Pour y répondre, j’ai traversé la France à pied à travers la diago­nale du vide.

Sur la même thématique

Commentaires

Bravo : vos photos sont magni­fiques et je comprends votre ravis­se­ment. La forêt d’Iraty est la plus grande forêt de hêtres d’Eu­rope et les rochers sur lesquels elle pousse, donne un aspect mysté­rieux « à la Tolkien » à ces paysages rustiques. Merci pour le Pays Basque !

Merci Marie Claude 🙂 C’était sublime de bout en bout. Mais je n’en ai pas encore fini avec Iraty ! Je suis arrivé au moment idéal : soleil écla­tant après trois jours de neige, la première de la saison. Le paradis du photo­graphe ! Merci au pays basque 😉

Grâce à tes photos, j’y suis un peu aussi…
Elles ne captent pas seule­ment des moments, elles racontent une histoire, la tienne mais aussi celle de la grande soli­tude blanche de la montagne en hiver.
Et de la beauté sauvage.
Quel courage tu as eu de monter jusque là haut, en traver­sant les forêts d’Iraty, en pleine météo incertaine!!
Vous étiez combien au resto, en fin d’étape, pour admirer le coucher de soleil ?

Coucou Car ! Merci pour le lyrisme 🙂
Courage, courage… J’avais trop envie pour ne pas le faire. À force de voyager, on apprend à recouper les infos et à ne pas croire le premier venu. Ceux qui me le décon­seillaient n’avaient jamais mis les pieds sur le GR. Et puis me trim­baller tout cet atti­rail pour fina­le­ment aban­donner au pied de l’obs­tacle sans même essayer, ça m’au­rait vrai­ment déçu. J’étais bien préparé, j’avais toutes les infos, je ne pouvais pas ne pas y aller.
Au resto, il y avait les quelques touristes présents à la station des chalets d’Iraty. Mais sur le GR lui même, je n’ai croisé que deux marcheurs. « C’était pas la saison » ! comme tout le monde s’est chargé de me dire 😉

Bonjoiur
Bravo pour vos photos
Je suis inté­ressé par le GR10 en hiver, j’en ai déjà fait un peu plus de la moiitié en été et je me demande ce qui peut être fait en hiver (pout l’ins­tant je suis arrivé en Ariége)

Bonjour Michel,
J’ai parcouru le GR10 en hiver, depuis Hendaie jusqu’à La Pierre Saint-Martin. J’ai été aidé dans ma progres­sion par un hiver parti­cu­liè­re­ment doux. La première neige est tombée sur Iraty fin février ! De gîte en gîte, faisable à pied en préve­nant à l’avance (ils n’al­lu­me­ront pas le chauf­fage pour vous). Après la Pierre Saint-Martin, plus possible de progresser à pied. Ensuite, il est possible de progresser en condi­tions ennei­gées avec des équi­pe­ments dont j’étais dépourvus (cram­pons, skis de randon­nées…). On passe géné­ra­le­ment par un autre GR, la Haute Randonnée Pyré­néenne (HRP), ou par le GR11, côté espagnol.
Je ne sais pas quelles sont vos connais­sances de la montagne et vos capa­cités tech­niques. Dans la neige, la montagne est un autre monde. Si vous le souhaitez, j’ai des contacts de guides qui sauront vous aiguiller.
C’est vrai qu’il est tentant cet itiné­raire… Moi il me reste les 23 à parcourir, et j’es­père bien avoir l’oc­ca­sion de le faire !

Bonjour et merci de votre réponse.
Je suis un randon­neur confirmé (j’ai fait plus de 50% du GR10 cette année), par contre je ne préten­drai pas être un monta­gnard expérimenté.
Pour l’ins­tant j’ai décidé d’ar­rêter le GR parce que la plupart des gites ont fermé, reste donc la solu­tion des cabanes mais cela suppose un autre équi­pe­ment (duvet, vête­ments + chauds, plus de bouffe, éven­tuel­le­ment réchaud, gaz etc.), donc beau­coup plus de poids, ce que jusqu’ici je ne souhai­tais pas.
Mais j’ai­me­rais néan­moins étudier des solu­tions hiver­nales, l’un des buts étant aussi de simpli­fier, faci­liter les descentes et éven­tuel­le­ment faire des tron­çons plus courts du chemin ( 2 à 3 jours ?) . L’un des inté­rêts est aussi évidem­ment la beauté de la montagne en hiver.
Après, je suis bien conscient que c’est un autre monde, dange­reux, diffi­cile … et que les balises au sol risquent de disparaitre !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

89 Partages
Partagez84
Enregistrer5
Tweetez