3 jours d’itinérance en raquettes dans le Néouvielle

Du virage du Garet au refuge de Bastan, trois jours en raquettes parmi les paysages sublimes de la réserve natu­relle du Néouvielle.

Le Néou­vielle en hiver, ça se mérite — mais ça se fait. Trois jours en raquettes entre le refuge Campana de Cloutou et le refuge de Bastan : les bonnes surprises, les ajus­te­ments en cours de route, et quelques conseils que j’au­rais aimé avoir avant de partir.

Le massif du Néou­vielle en hiver, c’est un autre monde. Un monde plus secret, loin des stations toutes équi­pées et des topos d’été bien balisés, où la réserve natu­relle se referme sur elle-même sous des mètres de neige poudreuse. C’est préci­sé­ment ce que je suis venu cher­cher : 3 jours d’iti­né­rance en raquettes, de refuge en refuge, entre le virage du Garet, le refuge Campana de Cloutou et le refuge de Bastan.

Autant le dire d’emblée : ce n’est pas une sortie à la légère. Entre le col de Bastanet et l’Hour­quette Bracque, la montagne m’a rappelé que la neige hiver­nale des Pyré­nées ne pardonne pas les approxi­ma­tions — ni sur le choix du maté­riel, ni sur la lecture du terrain.

Voici donc mon retour d’ex­pé­rience, honnête, de cette itiné­rance hiver­nale dans le Néou­vielle qui m’a donné du fil à retordre. Si vous préparez votre propre sortie et que vous cher­chez autre chose qu’un topo asep­tisé, vous êtes au bon endroit.

  1. Itiné­raire du trek de 3 jours et trace gpx
  2. Maté­riel & conseils pour une itiné­rance hiver­nale dans le Néouvielle
  3. Récit : le Néou­vielle en raquettes, jour par jour
    1. Jour 1 : Virage du Garet → Refuge Campana de Cloutou
    2. Jour 2 : Refuge Campana de Cloutou → Tenta­tive col Bastanet → Hour­quette Bracque
    3. Jour 3 : Retour via le col Bastanet en crampons
  4. Vos ques­tions sur l’iti­né­rance hiver­nale dans le Néouvielle

Itinéraire du trek et trace gpx

L’iti­né­raire de cette itiné­rance dans le massif du Néou­vielle se déroule sur 3 jours. Chaque étape relie un refuge où s’abriter pour passer la nuit (gardé ou non, mais ouvert à coup sûr).

L’iti­né­raire peut s’ef­fec­tuer dans un sens ou dans l’autre. Ce sont les condi­tions d’en­nei­ge­ment qui déci­de­ront dans quel sens passer le col du Bastanet.

Distance : 21 km,
Déni­velé : 1400 D+
Alti­tude max : 2488 m
Départ : Virage du Garet
Télé­charger la trace gpx

L’étape du 2è jour (entre le refuge de Campana de Cloutou et le refuge de Bastan) qui passe par le col de Bastanet aborde une descente raide qui peut s’avérer diffi­cile voire dange­reuse selon les condi­tions d’en­nei­ge­ment. Il est possible voire néces­saire de contourner par la hour­quette Bracque pour ne pas prendre de risques inutiles.

En route vers la réserve naturelle du Néouvielle sous la neige

Matériel & conseils pour une itinérance hivernale dans le Néouvielle

Peut-on faire une itinérance en raquettes dans le Néouvielle en hiver ?

Oui et c’est même l’un des plus beaux terrains hiver­naux des Pyré­nées. L’iti­né­raire refuge Campana de Cloutou / refuge de Bastan est prati­cable en raquettes sur 3 jours, sous réserve de bonnes condi­tions de neige.

Quelle période idéale ?

Janvier à mars, selon l’en­nei­ge­ment. Éviter les périodes de redoux ou de fort vent qui fragi­lisent le manteau neigeux.

Raquettes ou ski de randonnée ?

Les deux coha­bitent sur le secteur (même si les skieurs sont d’une écra­sante majo­rité). En raquettes, certains passages tech­niques (col Bastanet, Hour­quette Bracque) demandent d’al­terner avec des cram­pons de randonnée selon les condi­tions. Le ski de rando offre plus de flui­dité sur les longues descentes.

Quel niveau est requis ?

Randon­neur confirmé en condi­tions hiver­nales. Pas d’al­pi­nisme, mais une bonne maîtrise des raquettes, une lecture du terrain et une expé­rience de la neige trans­formée ou glacée sont indispensables.

Est-ce faisable en autonomie ?

Oui, avec une prépa­ra­tion sérieuse : bulletin météo et nivo­lo­gique quoti­dien (BERA), maîtrise de la navi­ga­tion en condi­tions dégra­dées et maté­riel de sécu­rité complet (DVA, pelle, sonde).

Quels refuges sont ouverts en hiver ?

Le refuge Campana de Cloutou fonc­tionne en hiver mais les 36 places sont vite réser­vées — réser­va­tion obli­ga­toire. Le refuge de Bastan, non gardé en hiver est égale­ment acces­sible mais offre seule­ment 12 places. Véri­fier l’ou­ver­ture avant le départ.

D’autres refuges sont égale­ment ouverts en hiver (pour prolonger cet itinéraire ?)

  • Le refuge d’Aygues-Cluses (35 places) gardé de début février à mi-avril.
  • Refuge de L’Oule (34 places) gardé de mi-décembre à mi-avril
  • Refuge d’Orédon (18 places) gardé de février à mi-mai. 

Les deux derniers étant acces­sibles par la route, ils sont très fréquentés et doivent être réservés très en avance. Les places sont rares et tout le monde se préci­pite dés qu’une fenêtre météo se présente.

Quel équipement prévoir en plus des raquettes ?

En cas de neige trop dure, une paire de petits cram­pons permet d’avancer là où les raquettes montrent leur limite. Un piolet peut égale­ment s’avérer pratique, mais là on passe à un autre niveau…

Quels sont les passages délicats ?

Le col de Bastanet côté refuge de Bastan présente une pente à plus de 35% qui peut être verglacée : cram­pons obli­ga­toires et vigi­lance maxi­male. L’Hour­quette Bracque est plus acces­sible mais reste impres­sion­nante par mauvais temps.

Quels risques principaux ?

Risque avalanche sur les pentes nord et les couloirs (consulter le BERA quoti­dien­ne­ment), perte d’orien­ta­tion en cas de whiteout, refroi­dis­se­ment rapide par vent fort au-dessus de 2 000 m.

Panorama,de la réserve naturelle du Néouvielle depuis la hourquette Bracque

Récit de refuge en refuge

Jour 1 : Virage du Garet → Refuge Campana de Cloutou

Départ : Virage du Garet
Distance : 6 km
Déni­velé : 800D+

Garé, prêt pour ces 3 jours de rando dont j’ai l‘impression qu’ils sont la concré­ti­sa­tion des 12 dernières rando dans la neige. Il a neigé les 3 derniers jours. J’attaque dans une belle neige poudreuse. Aux traces dans la neige, 3 ou 4 personnes sont déjà passées par ici. La course pour arriver au refuge de Bastan est lancée.

Je comprends le terme de neige sèche que j’ai lu dans les bulle­tins météo. Une neige qui crisse sous les pas et ne fond pas quand on la touche. Des tâches de lumières appa­raissent dans le gris blanc de la montagne. Coin de ciel bleu.

La vallée du Garet en montant vers le mail de Cristal

1636 mètres. On met les raquettes, on règle l’altimètre. La montagne est striée de traces. Les skieurs s’en donnent à cœur joie.

2030 mètres. J’entends mon cœur cogner dans ma poitrine. Au dessus du lac de Gréziolles, je suis la trace d’un lapin. Arrivé à 14h25, il reste une place suite à un désis­te­ment. Ouf, j’étais un peu à la bourre ! Bastan, ce sera pour demain.

Lumière d'hiver en montant vers le refuge de Campana de Cloutou

Jour 2 : Refuge Campana de Cloutou → Tentative col Bastanet → Hourquette Bracque

Départ : 10h
Distance : 10 km
Déni­velé : 425 D+

Départ 8h. Petite errance dans la poudreuse pour éviter les traces de ski de rando jusqu’au col de Bastanet. En raquettes, la montée jusqu’au col est sévère. De l’autre côté, c’est pire. La neige est dure­ment gelée, la pente plus que raide atteint les 35% et les 50 mètres de déni­velé rendent la chute rédhibitoire. 

Pour renforcer le danger, mes raquettes se plaquent en dévers sur cette neige en béton. Pas après pas, je tente une longueur et demie, remarque les fissures que provoquent mes piéti­ne­ments pour tasser la neige, me résous à rebrousser chemin. Un bon quart d’heure pour un A/R de 50 mètres… Mais soulagé d’en être sorti !

Il faut changer d’iti­né­raire et passer par la hour­quette Bracque initia­le­ment prévue pour mon trajet retour. Il est midi lorsque j’at­teins le col et le temps est en train de tourner.

La descente vers le lac de Bastan, bien qu’im­pres­sion­nante, est un peu moins raide et surtout moins glacée qu’au col de Bastanet. Ça passe.

Vue sur le Néouvielle depuis la Hourquette Bracque

Une heure plus tard, le vent s’est levé, il neige à gros flocons et les reliefs au sol dispa­raissent dans un long conti­nuum blanc.

Je conti­nue­rais bien pour arriver un tant soit peu quelque part mais j’ai peur que le temps se gâte pour de bon, que mes traces se perdent dans la neige et que toute cette journée qui a déjà bien mal commencé ne se termine plus mal encore.

Le refuge de Bastan est non gardé, tous les autres refuges affichent complet et je ne suis même pas sûr de trouver de la place avec l’af­flux de skieurs venus profiter de la poudreuse provi­den­tielle des derniers jours.

Prudence du débu­tant, je remonte à contre-cœur la Hour­quette Bracque dans l’autre sens. Petit frisson sous l’avant-sommet toujours aussi raide et verglacé et redes­cente dans la poudre du versant nord.

Jour 3 : Retour via le col Bastanet en crampons

Départ : 9h
Distance : 6 km
Déni­velé : 800D-

Départ 9h05. Il a neigé la veille de gros paquets de poudreuse en guise de cadeau d’adieu. Toutes les traces ont disparu. Un cadeau de randon­neur. Je trace ma propre route. 

J’ai croisé la veille deux randon­neurs en raquette qui ont gravi la montée du col du Bastanet avec piolets et cram­pons. Des vieux de la vieille, membres du CAF depuis des années. J’ai bien fait de faire demi-tour, je n’étais pas équipé…

La redes­cente jusqu’au mail de Cristal n’est pas si facile. Ni les traces de ski de rando ni le GR ne conviennent à mes raquettes. Mais le matelas de neige est telle­ment ludique !!! Passé le torrent, à partir de 1700 mètres, je retombe sur les traces des convois de randon­neurs. Descente en cram­pons jusqu’au virage du Garet, fatigué mais enrichi d’une belle expé­rience de montagne.

Retour vers le virage du Garet

Vos questions sur l’itinérance hivernale dans le Néouvielle

Le col Bastanet est-il acces­sible en raquettes en hiver ?

Pas toujours. Côté refuge de Bastan, la pente dépasse 35% et peut être verglacée. Dans ce cas, les raquettes deviennent dange­reuses en dévers : il faut sortir les cram­pons, ou rebrousser chemin. Ce n’est pas une défaite, c’est de la bonne gestion du risque.

Faut-il un DVA, pelle, sonde pour cette itiné­rance ?

Oui, sans discus­sion. Dès qu’on évolue sur des pentes supé­rieures à 30° en hiver dans les Pyré­nées, le kit DVA/pelle/sonde est non négo­ciable — savoir s’en servir aussi.

Peut-on faire cet itiné­raire seul ?

C’est ce que j’ai fait, mais ce n’est pas ce que je recom­mande. Seul, chaque déci­sion repose sur vous. Si vous partez solo, informez quel­qu’un de votre itiné­raire exact et de vos horaires de retour prévus. En montagne, l’idéal, c’est d’être au moins trois.

Quelle condi­tion physique pour cette itiné­rance ?

Environ 800 m de D+ le premier jour dans la neige fraîche, 425 m le deuxième avec des passages tech­niques. Une bonne condi­tion physique et l’ha­bi­tude de marcher en raquettes sont néces­saires. La fatigue s’ac­cu­mule vite dans la neige profonde.

Est-ce adapté à un premier trek hivernal ?

Non. Il vaut mieux avoir déjà quelques sorties en raquettes à son actif, idéa­le­ment sur terrain varié, avant de se lancer sur cette itiné­rance. Commencer par des jour­nées tech­niques en condi­tions hiver­nales est un bon prérequis.

Où se garer pour accéder au Néou­vielle en hiver ?

Le virage du Garet est un bon point de départ. Il y a une ving­taine de places en bord de route. Ce n’est pas un parking offi­ciel mais tout le monde le connaît.

Combien de temps pour monter au refuge Campana de Cloutou ?

Comptez environ 4h depuis le virage du Garet jusqu’au refuge de Campana de Cloutou.

Le refuge Campana de Cloutou est-il gardé en hiver ?

Oui, du premier weekend de février au premier weekend d’avril.

Bye bye le refuge de Campana de Cloutou

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Commentaires

Bravo,magnifique paysage de montagne.Il faut du courage.
Ca me rappel nos marches dans le massif de la vanoise.
Gilles

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