Pour découvrir grandeur nature le berceau de la civilisation de l’eau vietnamienne entraperçue au théâtre de marionnettes de Hanoï, nous faisons route vers le delta du fleuve rouge et la baie d’Halong. Trois petits jours loin des vélos sur l’île de Cat ba, avec transport, repas, excursions et nuits d’hôtel compris. Ce voyage organisé ressemble à des vacances.
Le Vietnam en voyage organisé
Après des semaines en marge des itinéraires touristiques, à ne compter que sur nous-même, nous appréhendons l’ambiance voyage organisé.
Jusqu’ici, nous avons croisé peu de voyageurs et les quelques exceptions se donnaient beaucoup de mal pour ne pas nous voir. Notre présence était l’ombre au tableau dans leur quête d’authenticité ; pire même, la menace d’avoir mis les pieds dans un endroit touristique !
L’aristocratie des voyageurs qui façonnent leur itinéraire loin des sentiers battus méprise la plèbe des touristes qui se laissent convoyer vers des destinations pensées pour eux. Dans cette confrontation, le touriste, bien sûr, c’est toujours l’autre…

Croisière dans la baie d’Halong
Cette fois-ci, pas de méprise : tous touristes ! Nous célébrons notre nouveau statut dans le cadre enchanteur de la baie d’Halong. Au rythme tranquille de notre embarcation, les trois mille îles sculptées dans la roche émergent de l’eau comme autant de châteaux baroques et nous invitent à la contemplation autant qu’à la baignade – notre bronzage cycliste fait d’ailleurs forte impression sur le reste du groupe.



Dans cette atmosphère hors du temps, le décor de béton brut d’un hôpital militaire, relique de la guerre d’Indochine, nous tire de notre rêverie. Abrité dans la cavité naturelle d’une grotte, c’est un dédale de pièces nues mal éclairées où s’entassaient les lits des blessés, les bureaux de l’état-major et, miracle, une piscine et un cinéma ! Rien n’était trop beau pour soutenir le moral des troupes.

La musique sous la forme d’airs patriotiques contribuait elle aussi à l’effort de guerre. C’est ainsi, sous la voûte de cette grotte chargée d’histoire, qu’un ancien combattant se met à entonner son répertoire sur un air nostalgique.
Au deuxième couplet, tant séduit par le charisme du chanteur qu’ému par la mémoire qu’il incarne, tout le groupe se joint à lui, tapant des mains et reprenant à pleine voix :
« Vieeetnaaaam ! Hooo Chi Miiiiinh ! Vieeetnaaaam ! Hooo Chi Miiiinh ! »
Pouvoirs magiques de la musique…
Trek sur l’île de Cat Ba
Reste l’épreuve d’endurance : la traversée à pied du parc national de Cat ba, cornaquée par un guide aussi sec que la chaleur est humide et qui nous mène un train d’enfer dans cette jungle tropicale.
Accroupi sous les feuillages de la végétation, enjambant des ruisseaux sur des rondins de bois, escaladant la roche glissante, pataugeant dans la boue, le groupe s’accroche tant bien que mal à l’exception de Claude, la cinquantaine festive et ventripotente, de Luu, Mary Poppins vietnamienne à chapeau pastel et nus pieds compensés et des photographes de mon espèce, nez en l’air en quête de lumière douce et d’araignées photogéniques.



Au bout d’une heure d’acrobaties pour arriver en haut de la montagne, notre guide marque une première pause.
« Plus que quatre sommets à gravir ! »
annonce-t-il, stoïque. Un voile d’inquiétude passe sur les visages. Je vais manquer de pellicules. Luu resserre les lanières de ses sandalettes. Claude regrette déjà d’être venu.
Cinq heures plus tard, il viendra s’échouer de tout son long, la nageoire en berne, l’œil vitreux, sur la terrasse de la hutte où le groupe célèbre la fin de la randonnée. Comme les baleines, nous arrosons de bassines d’eau le pauvre homme déshydraté. Mais c’est de bulles qu’il a besoin ! Les quelques bières de l’apéritif lui redonneront ses couleurs et sa gouaille.
Le parc national de Cat Ba
Située sur la la plus grande des îles de la baie d’Along, cette réserve naturelle au nord du Viêt Nam s’étend sur 280 km2. Sa végétation subtropicale abrite 1500 espèces de plantes et plus de 250 espèces d’animaux : serpents aquatiques, pythons, geckos et une espèce rare de singes endémiques, le langur à tête dorée, menacée par le développement du tourisme, l’exploitation forestière et la demande grandissante pour la médecine traditionnelle.
Tel : +84 988 809 320
Mel : catbanpark@gmail.com
Web : https://www.ngochieu.vn/
L’adieu au nord du Vietnam
Tout compte fait, la vie de touriste n’est pas déplaisante et ces courtes vacances resteront même pour Franck l’un des meilleurs souvenirs du voyage. Nous avons mis de côté la logique de notre tandem et de ses compromis permanents.
Surtout, nous avons pu mesurer l’écart qui sépare le quotidien de notre voyage des circuits tout compris. En trois jours, nous avons dépensé le budget de deux semaines à vélo. Nous avons découvert au pas de charge ce qui nous aurait pris des jours à notre propre allure. Nous avons rencontré des Allemandes, des Israëliens, des Français, mais aucun Viet.
Cette parenthèse était nécessaire pour remettre les pendules à l’heure : le tourisme de masse, c’est… différent. Nous replongeons avec d’autant plus d’envie dans le grand bain du voyage.

Le voyage au Vietnam se poursuit ici :
- De Vinh à Hanoï, explorations vietnamiennes
- À Hanoï, l’art de prendre son temps
- Vacances dans la baie d’Halong


