L’Isan, la Thaïlande côté campagne

Traversée de l’Isan à vélo, loin des sentiers battus de la Thaï­lande touristique.

C’est un laby­rinthe de pistes rouges, de temples et de rizières que nous traver­sons entre deux averses. Loin des sentiers battus de la Thaï­lande touris­tique, la province de l’Isan nous réserve quelques tranches de vie entre deux coups de pédale.

Après la fureur et le bruit des combats de boxe de Bangkok, les danses auxquelles nous assis­tons dans la province de l’Isan, tout en modé­ra­tion, en douceur et en maîtrise de soi, nous prennent à rebrousse-poil. 

L’orchestre de la faculté des beaux arts de Khon Kaen – deux xylo­phones à lamelles de bois, deux vièles, une roue à cloches, le gong wong yai, et une percus­sion – nous inter­prète un air de musique tradi­tion­nelle auquel il est diffi­cile de succomber. Avec sa gamme de sept notes à égale distance les unes des autres, la musique thaï compose des mélo­dies étranges pour nos oreilles occi­den­tales.

Mais de ces timbres sourds et de ce rythme régu­lier émane quelque chose de paisible qui fait écho aux paysages de terre rouge et de rizières de la province de l’Isan.

La campagne thaï

Située au nord-est du pays, c’est la partie la moins touris­tique. Ni plages, ni jungle, ni temples, ni mino­rités ethniques mais le calme de la campagne et une route qui tire droit vers le Mékong et, passé le pont de l’amitié, le Laos. 

Galva­nisés par les milk shakes pastèque, papaye, mangue ou ramboutan de la cantine du campus, nous progres­sons à bonne allure sous les encou­ra­ge­ments des taxis-bus bondés qui nous doublent non sans mal, et dont les passa­gers, amusés de nous voire sans cesse réap­pa­raître à leur niveau, nous exhortent à tenir le rythme. 

Le goudron laisse vite place à des pistes de terre qui s’enfoncent à travers les champs inondés peuplés de buffles, de visages souriants et de cigales psychédéliques.

Un labyrinthe linguistique

Dans ce laby­rinthe, notre carte s’avère au mieux approxi­ma­tive, au pire complè­te­ment fausse. Ce n’est pas la popu­la­tion locale qui nous tirera d’affaire : malgré plusieurs tenta­tives déses­pé­rées pour demander notre chemin, chaque halte est un nouvel échec dont nous ne repar­tons pas moins perdus mais de plus en plus énervés par ces paysans hilares qui, tout en nous regar­dant gesti­culer et perdre notre sang froid, semblent prendre un malin plaisir à ne rien comprendre.

À la bous­sole, nous navi­guons dans l’espoir de retrouver tôt ou tard un repère indiqué sur la carte. Celui-ci prendra la forme d’un pont, d’un lac et d’un coucher de soleil derrière un ciel d’averse. Le temple boud­dhiste qui nous accorde l’hospitalité pour la nuit nous fait oublier la fatigue de la journée et la centaine de kilo­mètres à tâtons. Comme l’enseigne le Bouddha, « tout est imper­ma­nent, rien ne dure ».

Tranches de vie sous la pluie

Réveillés par le gong, les moines psal­mo­dient déjà les premières prières du matin lorsque nous repre­nons la route. La mousson qui nous a rattrapé nous dicte désor­mais la marche à suivre : parcourir le maximum de distance le matin jusqu’à la reprise de la pluie en début d’après-midi.

Aux premières gouttes, nous trou­vons refuge sous le haut-vent d’un restau­rant où règne une atmo­sphère étrange : un enter­re­ment. Sur la grande table derrière nous, la famille est réunie autour de restes abon­dants, bientôt rejoints par de nouveaux plats. La serveuse laisse même entendre que nous pour­rions servir de dessert à la table des femmes qui gloussent en lançant des œillades langou­reuses dans notre direction. 

Charles, le profes­seur de l’école voisine nous tire d’affaire pour nous présenter à un public plus jeune mais tout aussi curieux. Pendant que Franck expose notre voyage au tableau, dans les yeux des petits élèves, je lis toute la fasci­na­tion qu’exercent notre peau blanche, nos longs nez, nos poils de barbe et nos oripeaux de voya­geurs. Dehors, la pluie redouble. Nous passe­rons la nuit dans la salle de classe sous l’œil bien­veillant de maman Charles qui nous couve du regard en corri­geant ses copies.

La fron­tière n’est plus qu’à une journée de route. Malgré la pluie, nous déci­dons d’être, coûte que coûte, le soir même au Laos. Des trombes d’eau s’abattent sur nous, une masse dense et liquide qu’il faut fendre comme un bloc, pare-brise au nez, piscines aux pieds. Mais peu nous importe devant la pers­pec­tive d’un bon repas et d’une nuit confor­table. Sans compter qu’en attei­gnant le pont de l’amitié, nos soucis d’orientation touchent à leur fin. Côté Laos, une seule route goudronnée traverse le pays du nord au sud. D’autres surprises nous y attendent.

Le voyage en Thaïlande se poursuit ici : 

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