Vientiane tient le titre de capitale la plus tranquille d’Asie. Sur les rives du Mékong, elle offre une douceur de vivre et quelques tableaux surréalistes qui font notre bonheur, entre deux enregistrements de musique…
Mettez-vous dans l’ambiance
Vientiane nous accueille en français dans le texte. Côte de porc-frites, ragoût de mouton, pain grillé… Au menu apparaissent quelques saveurs familières qui comptent autant que la douceur des draps, le moelleux de l’oreiller et la fraîcheur d’une chambre retrouvée. De la présence coloniale française, le Laos a gardé la baguette, les boules et quelques tableaux surprenants, comme ce moine bouddhiste en toge orange et crâne rasé croisé au comptoir à l’heure de l’apéritif et qui donne le change au barman dans un français impeccable en picorant des cacahuètes…

Festin sur les rives du Mékong
Surréaliste, la scène n’en est pas moins rassurante car si nos problèmes pour communiquer rendent la navigation difficile, ils jouent sur un point plus crucial encore : le repas quotidien. Se voir servir un bol de riz blanc accompagné d’herbes bouillies et de sauce vinaigrée quand des farandoles de plats colorés et gourmands se pressent sur les autres tables, c’est un coup au moral qui ne vaut pas moins qu’un détour de cinquante kilomètres.
À défaut de comprendre la carte ou la patronne, nous mimons les aliments pour le plus grand plaisir d’un public toujours prêt à s’esclaffer. J’imite la poule, soulève en cuisine les couvercles des casseroles tandis que Franck dénonce du doigt les épices interdites.
C’est pourquoi la salade périgourdine, le pavé de bœuf sauce roquefort et la tarte au citron meringuée que nous dégustons dans une ambiance provençale sur les rives du Mékong sont un plaisir qui nous mettra de bonne humeur pour plusieurs jours, et un souvenir à ressortir dans les moments difficiles.
Le Vendôme
L’adresse pour se régaler d’une bonne viande grillée et de patates sautées. Une fois de temps en temps, retrouver les saveurs de chez soi, ça fait vraiment du bien.
Adresse :
Tél : +856 21 216 402
Web : Page Fb du restaurant




Un ticket pour le conservatoire
Reposés, repus, nous voilà prêts pour écumer les lieux où se produisent les musiciens locaux. À cœur vaillant rien d’impossible. Nous décrochons une lettre de recommandation auprès du ministre de la culture. Ignorant le gardien, nous garons négligemment nos vélos devant l’entrée du ministère et foulons d’une sandale impériale la moquette rouge du perron, forts de notre laissez-passer officiel. Reçus avec les honneurs, nous obtenons sans coup férir un rendez-vous avec le directeur du conservatoire national de musique.
Avec ses baraquements dispersés sur un grand terrain hors de la ville, le conservatoire a des airs de camp d’entraînement militaire abandonné. L’attente dure déjà depuis une bonne heure et demie quand une pétrolette finit par apparaître dans un nuage de fumée : au volant, un vieux lao placide, notre directeur, suivi une demi-heure plus tard de ses six musiciens : deux xylophones, une flûte, une vièle, un gong wong yai et des percussions. Le mahori est au complet.
Quelques airs traditionnels plantent un décor paisible où coule une mélodie lente emmenée tantôt par la flûte, tantôt par la vièle et reprise en écho par l’orchestre, presque une berceuse qui se déroule imperturbable comme le cours du Mékong. Et puis le rythme régulier des lames de bois, des percussions et des clochettes cesse. On n’entend plus que les hurlements d’une meute de chiens errants, dans le lointain, lorsqu’un son modeste mais léger s’élève et dessine des volutes qui flottent dans le silence de la salle comme la fumée d’une cigarette.

La magie du khène
C’est le son du khène, l’orgue à bouche aux tuyaux de bambou, un véritable symbole national. Se balançant légèrement d’avant en arrière, le directeur, les yeux clos, semble emporté par le rythme entêtant de sa mélodie. Un son plus sourd, celui de la vièle, s’immisce en sourdine pour le ramener au sol. Un dialogue s’improvise pendant quelques minutes pour revenir au début du morceau.
C’est le signal pour les percussions qui viennent ancrer de leurs peaux qui résonnent et de leurs bois qui claquent le duo parti retrouver l’esprit des ancêtres. Ils nous accompagneront pour nos premiers kilomètres sur les routes du Laos.


