Vientiane au rythme du Mékong

À Vien­tiane, on découvre la capi­tale la plus coole du monde, entre scènes surréa­listes et concerts privés.

Vien­tiane tient le titre de capi­tale la plus tran­quille d’Asie. Sur les rives du Mékong, elle offre une douceur de vivre et quelques tableaux surréa­listes qui font notre bonheur, entre deux enre­gis­tre­ments de musique…

Vien­tiane nous accueille en fran­çais dans le texte. Côte de porc-frites, ragoût de mouton, pain grillé… Au menu appa­raissent quelques saveurs fami­lières qui comptent autant que la douceur des draps, le moel­leux de l’oreiller et la fraî­cheur d’une chambre retrouvée. De la présence colo­niale fran­çaise, le Laos a gardé la baguette, les boules et quelques tableaux surpre­nants, comme ce moine boud­dhiste en toge orange et crâne rasé croisé au comp­toir à l’heure de l’apéritif et qui donne le change au barman dans un fran­çais impec­cable en pico­rant des cacahuètes…

Vientiane - Moines boudhistes le long du Mékong

Festin sur les rives du Mékong

Surréa­liste, la scène n’en est pas moins rassu­rante car si nos problèmes pour commu­ni­quer rendent la navi­ga­tion diffi­cile, ils jouent sur un point plus crucial encore : le repas quoti­dien. Se voir servir un bol de riz blanc accom­pagné d’herbes bouillies et de sauce vinai­grée quand des faran­doles de plats colorés et gour­mands se pressent sur les autres tables, c’est un coup au moral qui ne vaut pas moins qu’un détour de cinquante kilomètres. 

À défaut de comprendre la carte ou la patronne, nous mimons les aliments pour le plus grand plaisir d’un public toujours prêt à s’esclaffer. J’imite la poule, soulève en cuisine les couvercles des casse­roles tandis que Franck dénonce du doigt les épices interdites. 

C’est pour­quoi la salade péri­gour­dine, le pavé de bœuf sauce roque­fort et la tarte au citron merin­guée que nous dégus­tons dans une ambiance proven­çale sur les rives du Mékong sont un plaisir qui nous mettra de bonne humeur pour plusieurs jours, et un souvenir à ressortir dans les moments difficiles.

Vientiane - Enluminures sur la façade d'un temple boudhiste

Un ticket pour le conservatoire

Reposés, repus, nous voilà prêts pour écumer les lieux où se produisent les musi­ciens locaux. À cœur vaillant rien d’impossible. Nous décro­chons une lettre de recom­man­da­tion auprès du ministre de la culture. Igno­rant le gardien, nous garons négli­gem­ment nos vélos devant l’en­trée du minis­tère et foulons d’une sandale impé­riale la moquette rouge du perron, forts de notre laissez-passer offi­ciel. Reçus avec les honneurs, nous obte­nons sans coup férir un rendez-vous avec le direc­teur du conser­va­toire national de musique.

Avec ses bara­que­ments dispersés sur un grand terrain hors de la ville, le conser­va­toire a des airs de camp d’entraînement mili­taire aban­donné. L’attente dure déjà depuis une bonne heure et demie quand une pétro­lette finit par appa­raître dans un nuage de fumée : au volant, un vieux lao placide, notre direc­teur, suivi une demi-heure plus tard de ses six musi­ciens : deux xylo­phones, une flûte, une vièle, un gong wong yai et des percus­sions. Le mahori est au complet.

Quelques airs tradi­tion­nels plantent un décor paisible où coule une mélodie lente emmenée tantôt par la flûte, tantôt par la vièle et reprise en écho par l’orchestre, presque une berceuse qui se déroule imper­tur­bable comme le cours du Mékong. Et puis le rythme régu­lier des lames de bois, des percus­sions et des clochettes cesse. On n’entend plus que les hurle­ments d’une meute de chiens errants, dans le loin­tain, lorsqu’un son modeste mais léger s’élève et dessine des volutes qui flottent dans le silence de la salle comme la fumée d’une cigarette. 

La magie du khène

C’est le son du khène, l’orgue à bouche aux tuyaux de bambou, un véri­table symbole national. Se balan­çant légè­re­ment d’avant en arrière, le direc­teur, les yeux clos, semble emporté par le rythme entê­tant de sa mélodie. Un son plus sourd, celui de la vièle, s’im­misce en sour­dine pour le ramener au sol. Un dialogue s’improvise pendant quelques minutes pour revenir au début du morceau. 

C’est le signal pour les percus­sions qui viennent ancrer de leurs peaux qui résonnent et de leurs bois qui claquent le duo parti retrouver l’es­prit des ancêtres. Ils nous accom­pa­gne­ront pour nos premiers kilo­mètres sur les routes du Laos.

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