À Bangkok, tout le monde est en transit, en partance pour quelque part. Porte d’entrée de l’Asie, Bangkok est un non-lieu où les frontières se brouillent. Nous voulions voir le marché flottant et nous nous retrouvons à Khao San Road. Pour quelque chose de plus authentique, nous partons assister à un combat de boxe thaï.
Mettez-vous dans l’ambiance
Lorsque nous arrivons à Bangkok, frigos et climatiseurs nous souhaitent la bienvenue dans le confort du monde moderne et la civilisation de la consommation. Le pays accueille déjà quelques millions de touristes logés, abreuvés, massés et nourris dans le quartier de Khao San Road où pullulent les petits hôtels et les pensions bon marché. Après deux heures dans les embouteillages et les gaz d’échappement, au terme d’une ballade bucolique parmi les champs d’immeubles et les prairies de béton, nous entassons nos bagages entre les lits du clapier qui nous sert de chambre, réglons les cent quatre-vingt baths de la première nuit et partons à la découverte de cet univers étrangement familier avec ses faux airs de station balnéaire.

Khao San road, non-lieu touristique
De chaque côté du trottoir, de petites échoppes étalent babioles, bijoux, T‑shirts, montres, briquets, bracelets, CDs, pipes, chiloms… Ici, deux anglaises se font faire des tresses. Là, c’est un stand de brochettes cuites au feu de bois. En terrasse, on boit de la bière en regardant passer les filles ou le film projeté à l’intérieur à raison de trois séances par jour. Taxis et rickshaws à l’affût d’un regard ou d’une sandale hésitante barattent cette foule dispersée surplombée d’un fouillis d’enseignes où les hôtels alternent avec les restaurants, les agences de voyage et les cybercafés…
À Bangkok, tout le monde est en transit, en partance pour quelque part. Porte d’entrée de l’Asie aux avant-postes de la globalisation, Bangkok est un non-lieu où les frontières se brouillent entre l’original et la copie, le traditionnel et les apports culturels venus d’ailleurs. Nous voulions voir le marché flottant et nous avons Khao San Road. Nous cherchions une ville figée dans le temps et nous découvrons un monde en pleine transformation, des marées de deux-roues, des séances de gymnastiques au bord du fleuve, des temples hindous noyés dans une forêt de gratte-ciel. Le réel manque de patine. Nous voulons de l’authentique. Et l’authentique, pour nous, ce sont les combats de boxe thaï.



Dans l’enceinte du Lumpini stadium
Dans le taxi qui nous emmène au Lumpini stadium, le chauffeur nous confirme l’engouement suscité par cet art martial en racontant, hilare, comment certains combattants succombent à leurs blessures… Effectivement, les coups échangés par les tout jeunes boxeurs résonnent douloureusement sous la voûte du stade encore vide. Mais au fil des rounds et des combats, les gradins se remplissent, l’atmosphère s’électrise, les regards inquiets sont rivés sur le ring et c’est un autre drame qui se joue. La fièvre des paris s’est emparée de la foule qui place tous ses espoirs de gains entre les mains gantées des boxeurs.





Aiguisés comme des lames, les protagonistes s’observent au premier round. Au round suivant, les coups de poing, de coude et de tibias dans les côtes claquent sur la peau nue. À partir du troisième round, le spectacle est dans le public. Les parieurs choisissent leur camp et les mises circulent jusqu’aux bookmakers qui ne savent plus où donner de la tête. Tout le monde crie, les mains parlent dans une langue des signes complexe, des poignées de billets de mille baths circulent. L’arène s’est transformée en salle des marchés.
Désormais, la salle est divisée en deux : ceux qui ont misé sur le boxeur en culotte rouge et les autres. À chaque coup qui fait mouche, les partisans poussent des cris vengeurs. C’est à celui des deux camps qui hurlera le plus fort et il est bon d’en rajouter un peu si cela peut peser sur le choix du jury à l’issue du combat. D’ailleurs ça ne rate pas, au coup de gong final, tout le monde a gagné. Les deux boxeurs lèvent les bras au ciel en signe de victoire. Sans l’ombre d’un doute, les vrais gagnants ne sont pas sur le ring.
Le voyage en Thaïlande se poursuit ici :
- Bangkok, l’authentique non-lieu
- L’Isan, la Thaïlande côté campagne

