Fête des morts à Mexico : dernière tournée au cimetière

Au Mexique, la fête des morts a des airs d’hal­lo­ween. Pour la tous­saint, les sque­lettes viennent rendre visite aux vivants. A Mixquic, on sait les recevoir.

Au Mexique, la fête des morts a des airs d’halloween. Les Mexi­cains n’ont pas peur de la mort. Pour la tous­saint, les sque­lettes sortent faire un tour chez les vivants. A Mixquic, on sait les recevoir…

Mariachis philosophes place Garibaldi

Place Gari­baldi, centre de Mexico, une terrasse où nous arro­sons à la fraî­cheur d’une bière citronnée notre première escale sur le conti­nent améri­cain. A la table voisine où s’entassent les cadavres de bouteilles et les restes d’une orgie de tacos, un vieux mexi­cain chapeauté recom­mande une tournée en l’honneur de ses amis maria­chis. Alors que la patronne hirsute fait le siège de la table, bien décidée à lui faire régler l’addition salée du festin, les trois vieux musi­ciens se remettent de plus belle à pleurer sur leurs guitares.

Ayer me dijeron viejo, // hier ils m’ont applelé : le vieux
por un momento me estre­mecí, // pendant un moment j ai frémi
después, me mire al espejo, // je me suis regardé dans un miroir
y al fin note lo que enve­jecí, // au final, j’ai remarqué que j’avais vieilli
no voy a llorar por eso, // je ne vais pas pleurer pour ça
yo estoy tran­quilo con esta edad, // je suis tran­quille avec mon âge
si voy a dejar el puerto, // si je dois quitter le port
voy a marcharme con dignidad // je partirai avec dignité

Fête des morts à Mexico - Les mariachis

A Mexico, peur sur la ville

Le Mexique s’annonce plein de contra­dic­tions : Festif et dange­reux, chaleu­reux et sauvage. Depuis dix jours que nous sommes à Mexico, on nous abreuve d’histoires édifiantes et de conseils alar­mistes. Les petites rues mal éclai­rées du centre-ville, les gardes armés devant les vitrines et les taxis aux regards biai­seux alimentent la para­noïa… Un bras protec­teur enroulé autour de la sacoche, nous sommes sur le qui-vive partout.

Vols à la tire, braquages à main armée, enlè­ve­ments à Mexico District Federal… Routiers sous amphé­ta­mines, bandits de grands chemins, serpents veni­meux sur les routes du Mexique… On ne sait plus bien ce qui est le plus dange­reux : rester ou partir.

Porque llorar, porque sufrir, // Pour­quoi pleurer, pour­quoi souf­frir
si en cada arruga y en cada cana // si en chaque ride et en chaque cheveux blanc
deje una historia de mí vivir. // repose une histoire de ma vie

La fête des morts, halloween sauce chili

La fête des morts est l’heureuse occa­sion d’échapper à ce stress permanent.

La céré­monie est métisse, festive et moyen­ne­ment catho­lique. L’accueil ravit les mauvais chré­tiens que nous sommes : concerts, clowns, vendeurs de ballons, stands de jouets et autres bars à bière… Les gens de Mixquic n’ont pas l’air chavirés par l’émotion.

Pour­tant les morts sont là, en chair certes non, mais en os bel et bien ! Des petits monti­cules de crânes, côtes et tibias humains s’exhibent dans le cloître de l’église. Dans les rues, des bois­sons rouge sang bouillonnent dans de grosses marmites en cuivre.

Porque llorar, porque sufrir, // Pour­quoi pleurer, pour­quoi souf­frir
al fin los seres que tanto amamos // au final les êtres que nous avons tant aimés
se van a ir // s’en iront

Squelettes et têtes de mort

Sur la place, un concours de marion­nettes met en scène les atten­tats du 11 septembre 2001 : de petits sque­lettes barbus et entur­bannés agitent des kalach­ni­kovs et des fioles d’anthrax ; les caméras de CNN filment d’autres sque­lettes casqués, prêts à éteindre la fumée qui sort des deux tours de carton et de papier alu. Le clou du spec­tacle est suspendu à un câble : l’avion qui viendra percuter les twin towers sous les applau­dis­se­ments d’une foule hilare qui n’attendait que ça. Les morts sont à l’honneur !

Me voy con la cara al viento, // je m’en vais le visage au vent
jamás mis penas les contare, // jamais je ne racon­terai mes peines
en la batalla del tiempo, // dans la bataille du temps,
con mucho orgullo me las gane, //je suis si fier de m’en être sorti
no voy a llorar tampoco // je ne vais pas pleurer non plus
por estos surcos que hay en mi piel, // sur ces sillons creusés sur ma peau
son fruto de la expe­riencia // ils sont le fruit de l’expérience
de horas amargas y horas de miel. // des heures amères et des heures de miel.

Cimetières en fête

À quelques cercueils de là, le cime­tière ne désem­plit pas. Les tombes dispa­raissent sous de véri­tables tapis­se­ries de fleurs. Les couleurs sont vives, les déco­ra­tions artis­tiques. Familles et curieux se promènent entre les lumières vivantes et intimes de centaines de bougies. Des rires, des blagues, un air de guitare flottent dans la nuit. On ne vient pas pleurer les proches défunts, on vient leur rendre visite.

Rare­ment lieu ne m’avait semblé plus vivant.

Porque llorar, porque sufrir, // Pour­quoi pleurer, pour­quoi souf­frir,
al fin los seres que tanto amamos // au final les êtres que nous avons tant aimés
se van a ir // vont partir

Porque llorar, porque sufrir, // Pour­quoi pleurer, pour­quoi souf­frir,
si al fin y al cabo cuando me muera pa«  // si au final quand je meurs,
que les cante a mis potrillos les dejo aquí. // pour­quoi chanter à mes amis que je les laisse ici.

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