Pour traverser le Laos à vélo, la route nationale 13 est incontournable. Véritable colonne vertébrale du pays, c’est la seule route goudronnée au moment de notre voyage, longeant le cours du Mékong sur plusieurs centaines de kilomètres. Cette fois, nous ne pouvons pas nous tromper d’itinéraire. D’autres embûches s’invitent sur notre route…
La seule route goudronnée du pays longe le Mékong sous un soleil radieux. Défilent des forêts luxuriantes aux nuances infinies de vert, des villages hilares à notre simple apparition, des montagnes aux crêtes dentelées, des rizières où s’activent hommes et bêtes… Les deux crevaisons du jour sont un prix dérisoire pour rouler dans ce décor de rêve.


Soudain, une explosion retentit. Le pneu de Franck est à plat. Chambre à air crevée, pneu arrière déchiré sur deux bons centimètres. Un morceau de caoutchouc tient lieu de réparation de fortune mais quelques tours de roue suffisent pour crever à nouveau.
Moustiques dans la brume
Le moral est en chute libre. Le prochain village se trouve à deux heures de marche, le soleil commence à disparaître derrière les arbres et les moustiques à nous tourner autour. Depuis le début du voyage, le paludisme est notre plus grande angoisse et nous sortons manches longues, chaussettes et moustiquaires dès la nuit tombée.
Le Laos, classé zone 4, présente le parasite le plus dangereux, potentiellement mortel. Cette forêt que nous trouvions si belle nous semble tout d’un coup bien hostile. Nous profitons des derniers rayons de soleil pour planter la tente et préparer une soupe et du riz. Le reste attendra le lendemain.

Roues de secours
Au village voisin, des pneus suspendus au auvent dénoncent la boutique du marchand de vélo. Mais parmi les différentes tailles, aucune ne fait l’affaire.
Dilemme : prendre le bus jusque Savannakhêt pour y chercher une roue de secours ou rouler sur des œufs en suivant comme prévu la piste de montagne jusqu’à la frontière viêt ?
L’énorme gong du monastère boudhiste de Na Salom nous fait pencher pour la deuxième option. Après trois crevaisons sans gravité, nous arrivons le soir au tiers du parcours.



La solitude du cycliste mélomane
Franck renforce sa réparation avec un bout de caoutchouc neuf tandis que je tente de corriger ma roue arrière voilée depuis l’Inde.
J’accorde les rayons en musicien, à l’oreille, harmonisant leur tension comme les cordes d’une guitare, détendant par ci, retendant par là, comparant régulièrement les sons, traquant avec patience le rayon discordant pour que mon carillon d’un genre nouveau sonne à l’unisson.
Une heure et demie plus tard, l’harmonie est parfaite… et ma roue, parfaitement désaxée, incapable de faire un tour tant elle frotte sur le cadre.

Vietnam express
L’étape de montagne du lendemain ne nous laisse de toute façon aucune chance. La chambre à air de Franck s’échappe du pneu comme une bulle de chewing-gum prête à éclater. Nous rejoignons la frontière en tuk-tuk, puis Vinh en taxi après une négociation à couteaux tirés qui annonce la couleur du Vietnam : vert dollars !
Les quarante kilomètres depuis la frontière jusqu’à la côte sont un cauchemar de cycliste. Privés de descente, nous entrapercevons les paysages sublimes qu’offre cette petite route de montagne derrière le carreau sal d’un mini-bus bas de plafond. Nous aurons notre revanche !

Le voyage au Laos se poursuit ici :
- Vientiane au rythme du Mékong
- Sur la route n°13 : rustines et tuk-tuk


