Dans le val d’Ardennes, la montagne qui fume

Dans les Ardennes, bateaux de plai­sance, villages modèles, jardins fleuris… Le Val d’Ar­denne, trop net pour être honnête ?

Villages de cartes postales, rues propris­simes, maison­nettes modèles, jardins fleuris… Quelque chose ne va pas. Tout est trop lisse ici. Que se cache-t-il derrière le joli décor de cinéma de la pointe de Givet ?

Zinzins à Jardiland

Des nains de jardin peuplent la pelouse, des colombes en plâtre picorent les pylônes du portail, des bacs à fleurs mauves bordent l’allée qui mène à la porte d’entrée… Dans cet étrange Jardi­land, embaumé par l’odeur des paëllas et la fumée des barbe­cues, chaque brin d’herbe a sa place. Tout est trop propre à Rancennes.

Atte­nante au village, la réserve natu­relle de la pointe de Givet est elle aussi conta­minée par le mot d’ordre. S’écarter du chemin, cueillir un brin d’herbe, piétiner un pissenlit… Tout est interdit. J’en pren­drais pour 10 ans de corvée de rempo­tage si je plan­tais la tente.

« Ils sont un peu zinzins à Rancennes ! »

À quelques jets de pierre, madame Defaye profite de la douceur de cette belle fin de journée. Pour me prouver la supé­rio­rité de Char­nois l’accueillante sur Rancennes la toquée, elle me fait les honneurs de son champs. J’interprète mon célèbre numéro de montage de tente auprès des vaches du coin. Succès total !

Riviera belge

Le long de la Meuse, on pêche, on bronze, on prend le temps de ne rien faire. Les torses sont nus, les cuisses rouges, les tran­sats débordés. Le fleuve serpente de villages en villages. Péniches et bateaux de plai­sance dérivent langou­reu­se­ment. Arrivé à Chooz, même malaise. Gazon au cordeau, arbres au carré… Dans ce décor de cinéma, tout est trop net pour être honnête.

Derrière la colline, deux épaisses colonnes de fumée blanche s’étirent jusqu’au ciel.

L’écroulement d’un monde

À Hierges, le chalet où Jean-Pierre m’accueille est un décor de pub Kinder. Jean-Pierre est jour­na­liste à la retraite. En 20 ans de carrière, il a couvert tous les événe­ments qui ont secoué la vallée de la Meuse. De plans sociaux en restruc­tu­ra­tion, il a assisté à l’écroulement d’un monde. La fin de l’homme de fer.

D’abord le combat. Révolte ouvrière. Incen­dies. Sabo­tages. Prise d’hôtage du préfet. Enfants juchés sur le capot de la voiture offi­cielle, femmes dégon­flant les pneus, foule en furie, service d’ordre débordé. Et puis la capi­tu­la­tion. Ferme­ture des usines de fonderie. Alcoo­lisme. Chômage. Dépres­sions. Suicides à la chaîne.

Que reste-t-il de ces luttes épiques aujourd’hui ? Le vacarme des fonde­ries s’est tu. Place au silence des réac­teurs nucléaires.

La montagne qui fume

Chooz A et Chooz B. Les deux unités de produc­tion irriguent les 17 communes qui, de Givet à Revin, suivent les méandres de la Meuse. Taxe profes­sion­nelle, taxe foncière…. L’argent du nucléaire coule dans les veines des habi­tants de la vallée. Oubliés, les larmes d’ouvriers rési­gnés devant les formu­laires de pôle emploi. Nains de jardin, colombes, géra­niums aux balcons… Ça roucoule à Jardi­land. Avec en toile de fond, deux colonnes de fumée blanche.

La montagne qui fume

Le livre d’un voyage exotique en France

Peut-on faire un voyage exotique dans son propre pays ? Pour y répondre, j’ai traversé la France à pied à travers la diago­nale du vide.

Commentaires

J’ha­bite Troyes et suis inté­ressée sur votre passage dans l’Aube que j’es­père positif.…

Bonjour Michèle !
Oui oui, très positif même si je n’ai pas pu voir tous les gens que j’au­rais voulu, vacances oblige 🙂
J’ai zappé Troyes pour cette raison et j’ai passé plus de temps du côté de l’Aube viti­cole, de Bar-sur-Aube aux Riceys.
Pas désa­gréable non plus 😉
Je mets de l’ordre dans mes notes et je vous raconte ça dans le prochain billet.

Bonsoir – C’est bien dommage, ma ville de Troyes est belle main­te­nant, ce qu’elle n’était pas jadis. Mais j’ai peur qu’elle ne devienne qu’un Musée… Jadis grouillante avec la bonne­terie, elle est un peu trop calme main­te­nant. Comme partout les usines ont fermé. Les maga­sins d’usines ont un peu remplacé les emplois perdus, mais ce n’est plus pareil. J’es­père que vous pourrez y faire un petit tour un jour. Bon courage pour la suite.

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