La question était simple : où pratiquer la randonnée en milieu montagnard sans être gêné par les dernières neiges de l’hiver ? Réponse : sur le GR9. Sur la partie sud de l’itinéraire, les reliefs ne dépassent pas les 1400 mètres. Pour une itinérance fin avril, c’était le trajet idéal.
Le tracé du GR9 remplissait parfaitement le cahier des charges strict de l’itinérance dans laquelle je me lançais :
- 5 étapes minimum
- 4000 mètres de dénivelé positif minimum
- 2 nuits en bivouac en milieu naturel minimum
- Pas de nuits consécutives au même endroit
Pour moi qui suis habitué aux longues itinérances et aux grandes traversées, rien de particulier.
Je connaissais déjà cet itinéraire dont j’avais parcouru la partie provençale en solitaire quelques années auparavant, en reliant Marseille à Carpentras sur une dizaine de jours. Des Calanques au Mont Ventoux, les petits massifs de la Sainte Baume, de la montagne Sainte-Victoire et du Lubéron dans la chaleur de l’été m’avaient enchanté.
Cette fois-ci, j’ai découvert la partie qui relie le Diois à la Drôme provençale, entre le plateau du Vercors et le Mont Ventoux, en compagnie de Nicolas, aspirant guide comme moi. Un bon tandem pour une belle rando.
L’itinéraire complet du GR9
Le GR® 9 rejoint le Jura (Saint Amour) à la Méditerranée jusqu’au Golfe de Saint-Tropez (Port Grimaud) sur une itinérance de 966 kilomètres. Il traverse sept départements : Jura, Ain, Savoie, Isère, Alpes de Haute-Provence, Bouches-du-Rhône, Var) et quatre parcs naturels régionaux (Haut-Jura, Chartreuse, Vercors, Lubéron) pour une randonnée de moyenne montagne de toute beauté.
www : le tracé du GR9
- Itinéraire des 5 jours sur le GR9 et trace gpx
- Récit de l’itinérance sur le GR9 jour par jour
- Infos pratiques – conseils matériel et sécurité
Itinéraire des 5 jours sur le GR9 et trace gpx
L’itinéraire de cette itinérance consiste en 5 étapes. Bivouac les jours 1, 3 et 4. Pour le jour 2, nuit en gîte à Dieulefit.
L’itinéraire peut s’effectuer dans un sens ou dans l’autre. Nous l’avons suivi du nord au sud, de Saillans vers le Mont ventoux.
Distance : 104 km
Dénivelé : 4750 D+
Altitude max : 1377 m
Départ : Saillans
Arrivée : Buis-les-Baronnies
Télécharger la trace gpx
Pour alterner bivouac et gîtes, il est possible de passer la nuit à Nyons lors de l’étape du 4è jour (entre la combe de Sauve et le col de la Croix rouge). Cela ralongera un peu la dernière étape jusqu’à Buis-les-Baronies.

Récit étape par étape
Jour 1 : De Saillans à Fondoresse
Durée : 6 h. 30 min.
Dénivelé : +1268 m / ‑625 m
Lieu de départ : Saillans
Lieu d’arrivée : Fondoresse
Démarrage intense pour cette première étape courte avec un direct du droit jusqu’au pas de la Motte : 1000 mètres de Dénivelé positif d’un seul bloc. C’est le passage le plus dur de ces 5 jours et il est déjà derrière nous !



Nous foulons les crêtes de la forteresse de pierre qui nous toisait depuis ses hauteurs il y a encore deux heures. Noyé dans les nuages, le rocher de la laveuse nous offre des paysages féériques mais le vent et le froid ne nous donnent pas envie de nous attarder. On redescend par la jolie forêt de Saou sans passer par les trois becs jusqu’au gîte de Roustan. Fermé.



Sans le vent, ce serait vraiment le paradis. Nuit de Mistral, la température tombe à ‑2°C. Dans nos tentes, sous nos matelas 0°C, on a froid. La prochaine fois, on mettra des sursacs !



Jour 2 : De Fondoresse à Dieulefit
Durée : 8h30 min.
Dénivelé : +537 m / ‑1021 m
Lieu de départ : Fondoresse
Lieu d’arrivée : Dieulefit
Chance ! C’est jour de marché à Bourdeaux. On se réchauffe de la nuit froide avec un bon café. Moins de dénivelé mais plus de kilomètres pour cette étape de 25 km.




Le paysage change. De grands espaces s’ouvrent entre les massifs, les pentes se font plus douces et les essences sentent déjà la Provence. Pour moi natif d’Avignon comme pour Nico natif de Salon de Provence, c’est l’impression de revenir à la maison.
Jours de marché
Bourdeaux : jeudi, 9h-13h
Dieulefit : vendredi, 8h-13h
Nyons : jeudi, 8h-13h et les dimanche de mai à septembre, 8h-13h
Buis-les-baronnies : mercredi et samedi, 8h-13h

Ça tire un peu dans les jambes en fin de journée. On est content d’arriver à L’escale, gîte à Dieulefit.
Gîte L’escale à Dieulefit
Déco chaleureuse, accueil sympa, cuisine partagée et espaces chill pour ce gîte qui peut accueillir 14 personnes réparties entre 3 chambres et un dortoir. Une bonne adresse en plein centre de Dieulefit.
Adresse : 6 grand Rue du Chateau, 26220 Dieulefit
Ouverture : Du 01⁄03 au 31⁄12.
Tarif : 30€ (sans draps)/ 40€ (avec)
Tel : 06 01 14 03 22



Jour 3 : de Dieulefit à Combe de Sauve
Durée : 9h
Dénivelé : +1385 m / ‑951 m
Lieu de départ : Dieulefit
Lieu d’arrivée : Combe de Sauve
Départ sans vent mais on l’attend pour 11h. Premières vignes, premiers champs de lavande, premiers pêchers… La Provence se rapproche.




Vigilance jaune concernant le vent qui se lève à 11h. On passe notre temps à gérer notre température. Entre l’effort et les pauses ventées, on a froid par intermittence. Au sommet de la Lance, le froid dû au Mistral est polaire mais le panorama est tellement beau qu’on l’oublierait presque (presque).

Redescente jusqu’à la Combe de Sauve entre sangliers et renards qui paraît-il fréquentent le sentier. On nous a averti du danger… On est plus excités qu’alertés ! Tony chez qui nous remplissons nos gourdes nous envoie dormir sous le hangar de la belle-mère. Il y fait bon, la nuit sera bonne.


Jour 4 : de Combe de Sauve au Col de la Croix Rouge
Durée : 9 h 30 min.
Dénivelé : +936 m / ‑896 m
Lieu de départ : Combe de Sauve
Lieu d’arrivée : Col de la croix rouge
Départ à 7h30 pour être à Nyons pour le café à 11h30. Les nuages gris foncés nous motivent. Nous avalons la longue montée de 400m de dénivelé et la redescente jusqu’à Nyons en 2 heures à peine.



Pause café ensoleillée et resto dans l’espoir de laisser passer les gouttes annoncées. L’humeur massacrante de la serveuse nous met en joie. À moins que ce soit la pizza…



Redépart pour 700 D+ qui nous font monter la sueur. Le vent au sommet du Garde Grosse parachève le travail de glaciation. 400 mètres plus bas, nous recherchons l’endroit plat et abrité du vent où planter la tente. Un champs finira par (mal) faire le job. On dormira penché.
Jour 5 : du Col de la Croix Rouge à Buis-les-Baronnies
Départ : 5 h. 30 min.
Dénivelé : +624 m / ‑763 m
Lieu de départ : Col de la croix rouge
Lieu d’arrivée : Buis-les-baronnies
Départ à 8h30. Température idéale. Pente douce à l’ombre, absence notable de mistral. Comme un dimanche. Les buis commencent à faire leur apparition. Le Mont Ventoux domine le paysage en toile de fond.

La pizza de fin de parcours est en ligne de mire. En attendant, on avale les 20 kilomètres. Arrivée fourbus mais heureux à la brasserie de l’étoile de Buis-les-Baronnies où l’on s’est rencontré 5 jours plus tôt pour la première fois. Toast à ces cinq jours de beau, de vent et d’effort. Il manquait juste une petite doudoune !


Infos pratiques Le GR9 du Vercors au Mont ventoux
Accès et retour avec ou sans voiture
Nous étions deux et nous avons laissé un véhicule à chaque extrémité du parcours (1h30 de route). Il est néanmoins possible d’accéder et de repartir en transports en commun (avec une option stop).
Pour rejoindre Saillans (départ) : en train jusqu’à Crest (gare SNCF sur la ligne Valence–Gap), puis cars Région Drôme ligne D25 jusqu’à Saillans (ou stop le long de la D93 très fréquentée, 15 min seulement). Depuis Paris, compter environ 3h en TGV jusqu’à Valence TGV puis une correspondance. Le calculateur OùRA (oura.com) recense toutes les correspondances bus/train de la région.
Pour quitter Buis-les-Baronnies (arrivée) : ça se complique un peu. Deux options :
- Par Nyons : bus D39 Buis-les-Baronnies-Nyons (ou stop, 30 min) puis bus X71 jusqu’à Montélimar, gare TER et TGV.
- Par Vaison-la-Romaine : transport à la demande Transdrôme de Buis jusqu’à Vaison-la-Romaine (ou stop, 25 min), puis bus L904 jusqu’à Orange, gare TER et TGV.
Quelle saison pour cette portion du GR9 ?
Les mois de mai et de septembre-octobre sont les fenêtres idéales : les reliefs ne dépassent pas 1 377 m d’altitude, les sentiers sont secs et la lumière est incomparable.
En partant fin avril, notre itinérance était techniquement praticable — pas de neige — mais le Mistral a sérieusement refroidi l’ambiance avec des températures nocturnes encore négatives.
L’été (juillet-août) est déconseillé sur la partie sud de l’itinéraire. La Drôme provençale et les Baronnies sont des zones arides : la chaleur peut être brutale, les points d’eau rares et le Mistral toujours là pour se rappeler à votre bon souvenir.
Dernier point à vérifier avant de partir : la forêt de Saou entre Saillans et Fondoresse est un domaine privé et la chasse y est pratiquée. En période de chasse (automne), les jours de chasse sont les mardis et samedi.
Niveau et condition physique
Cette itinérance de 5 jours est exigeante mais accessible à tout randonneur régulier. Le premier jour est de loin le plus engagé : 1 000 mètres de dénivelé positif d’un seul bloc depuis Saillans jusqu’au pas de la Motte. La suite est plus roulante, avec des étapes longues en distance (jusqu’à 25 km le jour 2) qui sollicitent davantage le fond que les jambes.
Bivouac : les règles à respecter
Les étapes 3 et 4 traversent le Parc Naturel Régional des Baronnies Provençales. Le bivouac est toléré de 19h à 9h. La plupart des terrains traversés sont privés : soyez discrets, ne laissez aucune trace, éloignez-vous des habitations. La règle d’or dans ce secteur : cherchez le spot plat avant d’avoir les jambes coupées. Un champ en pente, c’est une nuit en pente (on en parle par expérience…).
Ailleurs, le bivouac est possible en milieu naturel dans le respect des règles générales. Évitez les zones proches des sources et des cours d’eau (règle des 200 m) et les terrains clairement cultivés.
L’eau et le ravitaillement : le nerf de la guerre
C’est le point de vigilance numéro un sur cet itinéraire, particulièrement à partir de Dieulefit vers le sud. Le pays des Baronnies est un terrain calcaire et aride : les sources peuvent être à sec en dehors de la saison des pluies, les villages parfois fermés en dehors de l’été.
Emportez au minimum 2 litres d’eau par personne et n’hésitez pas à demander de l’eau aux habitants. C’est l’occasion de bavarder un peu. C’est comme ça que nous avons trouvé notre spot pour la nuit dans la combe de Sauve. En dehors des villages, les fontaines de cimetière sont souvent une valeur sûre.
Profitez des marchés pour faire quelques courses de frais et amplettes plaisir :
- Bourdeaux : jeudi, 9h-13h
- Dieulefit : vendredi, 8h-13h
- Nyons : jeudi, 8h-13h et les dimanche de mai à septembre, 8h-13h
- Buis-les-baronnies : mercredi et samedi, 8h-13h
Cartes IGN et topo-guide
Pour couvrir l’intégralité de ces 5 étapes, il vous faudra deux cartes :
- 3138 OT — Dieulefit / St-Nazaire-le-Désert / Forêt de Saou
- 3139 OT — Nyons / Rémuzat / Baronnies
Pour les étapes côté Vercors/Diois au départ de Saillans, la 3137 OT (Die-Crest, PNR du Vercors) peut être utile. En bivouac itinérant, une carte physique reste bien utile en complément de la trace GPX — les batteries ne s’épuisent pas qu’en descente.
La FFRandonnée édite le topo-guide Tours et traversées du Vercors, du Diois et des Baronnies – GR9, qui détaille l’ensemble du tracé avec les hébergements balisés. Utile en complément de cet article pour les variantes d’étapes et les hébergements alternatifs.




Commentaires
Merci Mat pour ce beau voyage dans ces régions que j’aime tellement, les photos sont magnifiques, que de grands espaces préservés… manquait juste un peu de soleil ! au plaisir de vous lire, bien amicalement.