Land art : découvrir la nature autrement

Et si le land art était la meilleure manière de s’im­merger dans un territoire ?

Des paysages gran­dioses, une nature à contem­pler, des histoires à raconter… Le land art porte sur le monde un regard diffé­rent. Des instal­la­tions monu­men­tales de Robert Smithson aux sculp­tures poétiques d’Andy Gold­sworthy en passant par les marches de Richard Long, il prend des formes origi­nales selon les artistes qui le pratiquent et les lieux dans lesquels il s’enracine. Un point commun pour­tant : la nature est au centre du jeu.

Connaissez-vous les Refuges d’art de l’artiste anglais Andy Gold­sworthy ? J’ai décou­vert le land art par leur entre­mise et si cette oeuvre m’a tant enthou­siasmé, c’est qu’elle appor­tait la meilleure des réponses à une ques­tion que je me pose de plus en plus au fil de mes voyages : comment mettre intel­li­gem­ment le visi­teur en rela­tion avec le terri­toire qu’il parcourt ?

Dans l’œuvre de Gold­sworthy, l’expérience qu’il vit sous forme de randonnée suscite une décou­verte de son envi­ron­ne­ment sous de nombreux angles. S’y mêlent la nature, l’art, l’histoire, l’archéologie… Pour s’immerger dans un terri­toire, c’est le média idéal.

D’où vient le land art ? Comment est-il apparu ? Quels artistes le pratiquent et où admirer d’autres œuvres de land art en France ? Petit tour d’horizon pour décou­vrir cette disci­pline poly­morphe qui met la nature et le paysage au centre du jeu.

  1. Qu’est-ce que le land art ?
  2. Les artistes asso­ciés au land art
  3. Les diffé­rentes formes de land art
  4. Où voir des œuvres de land art en France ? 7 lieux à découvrir
  5. FAQ

Qu’est-ce que le land art ?

Le land-art est un mouve­ment de l’art contem­po­rain qui redé­finit la place occupée par la nature dans l’art. Il appa­raît dans les années 60–70, à l’époque où les artistes cherchent à lier l’art et la vie.

Quit­tant l’espace de leur atelier pour investir celui de la nature, ils créent des œuvres dans et avec la nature en utili­sant les maté­riaux natu­rels trouvés sur place. Le paysage devient le support de leurs expé­riences artis­tiques et les éléments natu­rels les maté­riaux de leur créa­tion : pierre, terre, eau, plantes…

Loin des gale­ries et du marché de l’art, l’art n’a plus de valeur marchande. Il devient une véri­table expé­rience gratuite que chacun peut s’approprier. 

Indis­so­ciables de leur lieu de produc­tion, les œuvres sont en harmonie avec l’environnement naturel dans lequel elles prennent place. Certaines sont pérennes et peuvent être décou­vertes in situ. D’autres au contraire sont éphé­mères – sculp­ture de glace, agen­ce­ments de feuilles – et seules des traces (photo­gra­phiques ou vidéo) rendent compte de leur existence.

Les artistes associés au land art

Aux États-Unis, les artistes du Land Art installent leur travail en exté­rieur dans l’immense désert américain.

Dans la province de l’Utah, Robert Smithson crée Spiral jetty, une longue jetée de roche, de terre et de sel s’avançant de 457 m de long et de cinq mètres de large dans les eaux du Grand Lac Salé. Son œuvre l’impose comme chef de file et théo­ri­cien du mouvement.

Dans le désert du Nouveau-Mexique, Walter de Maria dresse 400 poteaux de plus de 5 mètres de haut dans un rectangle d’un kilo­mètre. Son œuvre, « the light­ning field », est sensée capter la foudre.

Dans le Nevada, c’est Michael Heizer qui creuse une longue tran­chée de terre de 457 mètres de long, 13 mètres de large et 15 mètres de profon­deur dans un canyon de la rivière Virgin Mesa. Son œuvre, « Double Nega­tive » le propulse comme l’une des figures prin­ci­pales du land art. Sa dernière œuvre, « City » achevée en 2022 après 50 ans de travail dans le désert du Nevada, est consi­dérée comme la plus grande œuvre d’art contem­po­rain au monde.

En Europe, les artistes adoptent des démarches à l’opposé du gigan­tisme du land art américain.

Le travail du sculp­teur et photo­graphe Richard Long est le résultat de marches, de dépla­ce­ments de l’homme et de matière dans le paysage. Pour « A line made by walking », il réalise plusieurs aller-retours dans l’herbe jusqu’à y imprimer une trace. Ses œuvres proposent ainsi une lecture de l’en­vi­ron­ne­ment, une certaine percep­tion du paysage. La voca­tion de l’ar­tiste est de révéler « l’es­prit du lieu ».

L’artiste alle­mand Nils Udo a commencé par faire de la pein­ture avant de décou­vrir la nature comme cadre et support de son art. Ses œuvres naissent, vieillissent et meurent selon un cycle naturel. Les nids sont les formes emblé­ma­tiques de son travail. Il en a construits un peu partout dans le monde.

Le sculp­teur anglais Andy Gold­sworthy est consi­déré comme un héri­tier du mouve­ment améri­cain du land-art. La rela­tion entre art et nature, dont il perçoit la beauté autant que la dureté, est au cœur de son œuvre. Il préfère pour­tant le terme d’art in situ pour quali­fier son travail, comme les Refuges d’art sur les hauteurs de Digne-les-bains où la traversée du paysage est au centre de l’œuvre.

À lire aussi : Refuges d’art, une randonnée land-art sur les traces d’Andy Goldsworthy

Rando dans les Monges - Le refuge d'art du vieil Esclangon

Les différentes formes de land art

Art in situ, art écolo­gique, art envi­ron­ne­mental… Le land art revêt des formes diverses et qualifie le travail d’artistes qui ne reven­diquent pas forcé­ment leur appar­te­nance à ce mouve­ment artis­tique bien que travaillant dans un cadre naturel.

Art in situ

Dans l’esprit du land art, l’art in situ est une forme d’art où l’œuvre est inti­me­ment liée au site qui lui sert de décor. En travaillant avec les carac­té­ris­tiques de l’es­pace et des maté­riaux présents sur place, l’ar­tiste harmo­nise l’œuvre avec son envi­ron­ne­ment. Il la donne à voir autant qu’elle valo­rise le site qui l’accueille.

Art écologique

L’art écolo­gique met les problèmes envi­ron­ne­men­taux et la rela­tion entre l’homme et la nature au cœur de sa démarche. Les artistes de l’art écolo­gique utilisent souvent des maté­riaux natu­rels et recy­clés dans leur travail. Leur démarche vise à sensi­bi­liser le public aux ques­tions envi­ron­ne­men­tales, protéger l’environnement ou mettre en avant des solu­tions écologiques.

Art environnemental

On peut consi­dérer l’art envi­ron­ne­mental comme une forme d’art écolo­gique. Comme lui, il met l’ac­cent sur la rela­tion entre l’homme et la nature. Cepen­dant, il attache une plus grande impor­tance aux éléments natu­rels et à l’en­vi­ron­ne­ment utilisés pour produire les sculp­tures, perfor­mances ou instal­la­tions : roche, sable, eau, végétation…

Earth art

L’earth art, aussi appelé Earth­works est à ranger dans la famille de l’art envi­ron­ne­mental. Ce qui fait sa spéci­fi­cité : l’utilisation d’éléments natu­rels et plus parti­cu­liè­re­ment de la terre comme maté­riaux pour créer des œuvres d’art. Earth­works signifie terras­se­ment. L’earth art néces­site en effet souvent de gros moyens tech­niques et laisse une empreinte perma­nente dans le paysage.


Où voir du Land Art en France ? 7 lieux à découvrir

Une forêt, une île, un festival… Le land art se cache partout en France pour qui sait marcher les yeux ouverts. Voici où le rencon­trer et trans­former une randonnée en visite de musée à ciel ouvert.

Voiture et roulotte avec de grande roue

Le vent des forêts dans la Meuse

Au Vent des Forêts, sept sentiers de randonnée de 3 à 14 km permettent de décou­vrir les œuvres des artistes dissé­mi­nées dans la forêt de Nicey-sur-Aire. Les circuits artis­tiques sont acces­sibles de mars à septembre, mais l’inauguration des nouvelles œuvres a lieu chaque année au cours du mois de juillet.

À lire aussi : Randonnée artis­tique au vent des forêts

Balcons de l'Aigoual

Les Balcons de l’Aigoual dans le Gard

Le long de cette boucle de 8 km, des instal­la­tions régu­liè­re­ment renou­ve­lées s’inspirent de la nature et des paysages du Mont-Aigoual. Les 17 œuvres qui évoluent en perma­nence mettent en scène la rela­tion humain/nature et la confron­ta­tion aux phéno­mènes clima­tiques de l’Aigoual.

Sur le web : Les balcons de l’Aigoual, voie de décou­verte et parcours land art

© virole_bridée, certains droits réservés

Horizons Art-nature dans le Sancy

Ce festival d’art contem­po­rain crée en 2006 met en valeur la richesse et la diver­sité des paysages sancy­liens. Chaque année, de juin à septembre, 10 nouveaux artistes proposent une instal­la­tion in situ où l’œuvre et le lieu doivent interagir.

Sur le web : Hori­zons, arts nature en Sancy

Sur le plateau de Millevaches, collectifs et alternatives

Vassivière, Centre International d’Art et du Paysage 

Une collec­tion de sculp­tures en plein air, un parc paysager sur une île, un jardin de plantes pota­gères et médi­ci­nales, une biblio­thèque où l’on voudrait avoir tout lu (ou tout acheter), un phare pour dominer l’ensemble… Pour la balade autant que pour les collec­tions, l’île de Vassi­vière et le centre inter­na­tional d’art du paysage qu’elle héberge valent vrai­ment le détour.

À lire aussi : Sur le lac de Vassi­vière, le Centre Inter­na­tional d’Art et du Paysage

Randonnée land art sur les traces d’Andy Goldsworthy - Sentinelle de la vallée du Vançon

Refuges d’art dans les Alpes de Haute-Provence 

Dans les Alpes de Haute-Provence, l’artiste de land art Andy Gold­sworthy a épar­pillé des œuvres que l’on découvre à pied au fil d’une randonnée d’une dizaine de jours : Refuge d’art. L’itinéraire qui compose une seule œuvre d’art traverse les paysages spec­ta­cu­laires de la réserve natu­relle de l’UNESCO géoparc de Haute-Provence.

À lire aussi : Randonnée land-art sur les traces d’Andy Goldsworthy

Festival International des Jardins, Chaumont-sur-Loire
© Pablo Garba­rino, certains droits réservés

Festival des jardins de Chaumont-sur-Loire

D’avril à novembre, le Festival Inter­na­tional des Jardins est un rendez-vous inter­na­tional dédié à la créa­tion, à l’imagination, à la poésie et à la nature. Dans ce labo­ra­toire de la créa­tion paysa­gère, des œuvres de land-art pérennes entou­rées d’arbres excep­tion­nels se répar­tissent sur 32 hectares de parcs, en symbiose avec la nature qu’elles embrassent. Un château médiéval et renais­sance domi­nant la Loire complète le domaine.

Sur le web : Festival Inter­na­tional des Jardins

La forêt d’art contemporain dans les Landes 

Depuis 2009, une tren­taine d’œuvres monu­men­tales ponc­tuent les chemins, les villages et les clai­rières du Parc naturel régional des Landes de Gascogne, jusqu’en Gironde. Elles se découvrent libre­ment, à pied ou à vélo, toute l’année, à l’aide d’une carte ou d’une appli­ca­tion dédiée. Le projet, porté par les habi­tants du terri­toire, en fait un véri­table musée à ciel ouvert.

Sur le web : La Forêt d’Art Contemporain


FAQ

Qu’est-ce que le land art ?


Le land art est un mouve­ment de l’art contem­po­rain né dans les années 60–70, qui déplace la créa­tion hors des gale­ries pour l’an­crer direc­te­ment dans la nature. Les artistes utilisent les maté­riaux du site — pierre, terre, eau, végé­ta­tion — pour créer des œuvres indis­so­ciables du paysage qui les accueille, parfois pérennes, parfois éphémères.

Qui sont les artistes emblé­ma­tiques du land art ?

Robert Smithson (Spiral Jetty), Walter de Maria (The Light­ning Field) et Michael Heizer (City) ont fondé le mouve­ment aux États-Unis, dans l’im­men­sité des déserts améri­cains. En Europe, Richard Long et Andy Gold­sworthy en proposent une lecture plus intime, fondée sur la marche et la présence discrète dans le paysage.

Quelle diffé­rence entre land art, art in situ et art envi­ron­ne­mental ?

Ces termes se recoupent sans être iden­tiques. L’art in situ désigne une œuvre pensée pour un lieu précis ; l’art envi­ron­ne­mental met l’ac­cent sur la rela­tion homme-nature et les enjeux écolo­giques ; l’earth art, lui, utilise la terre comme maté­riau prin­cipal, souvent à grande échelle. Le land art les englobe tous.

Où voir du land art en France ?

Le Vent des Forêts dans la Meuse, les Refuges d’art de Gold­sworthy en Haute-Provence, l’île de Vassi­vière en Limousin ou le Festival des jardins de Chau­mont-sur-Loire comptent parmi les lieux les plus acces­sibles pour décou­vrir des œuvres in situ, à pied ou en famille. [détail complet plus haut dans l’ar­ticle]

Le land art est-il acces­sible gratui­te­ment ?

La plupart des sites de land art en France se visitent libre­ment et gratui­te­ment — c’est même l’un des prin­cipes du mouve­ment, né en réac­tion au marché de l’art. Quelques festi­vals ou centres d’art, comme Chau­mont-sur-Loire ou Vassi­vière, appliquent en revanche un droit d’entrée.

Commentaires

Bonjour Laurence 😊 Merci pour le partage, c’est très beau et aussi très parlant.
Si vous êtes du côté des Alpes, ne manquez pas les refuges d’art d’Andy Gold­sworthy, autant pour l’iti­né­raire que pour l’oeuvre elle même.
Et je suis allé cet été à Chau­mont-sur-Loire… Une bonne paire de claques esthé­tiques là-bas aussi.
Bons voyages !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 Partages
Partagez
Épingle
Tweetez