Chinguetti, rêve de désert en Mauritanie

Mauritanie

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Chinguetti, rêve de désert en Mauritanie

Mauritanie

28 janvier 2018

3 Commentaires

Pour les Mauritaniens, Chingetti est un symbole national. Au pied de l’erg Ouarane, la cité marque la limite entre le pays noir, celui de la pierre, et le pays blanc, celui des dunes de sable. Liée à l’âge d’or des caravanes et au développement des grandes voies commerciales transsahariennes, son histoire prestigieuse se confond avec celle du pays. Nous arrivons dans le désert mythique.

À cent vingt kilomètres d’Atar, l’oasis de Chingetti est un des lieux saints de la religion musulmane. Nous en prenons la route dans une grosse Mercedes au moteur bringuebalant. Il faudra faire arrêt en cours de route pour l’attacher à la carlingue avec des morceaux de tissu et  éviter qu’il ne tombe.

Arrivés de nuit, l’hôtel nous annonce un prix « spécial ami » qui en dit long sur son sens de l’amitié… La providence nous guide à travers la ville moderne jusque  l’autre côté du lit asséché du fleuve. Là, à la lisière de la vieille ville, l’auberge du Maure Bleu, où après la traditionnelle tournée de thé, nous sommes invités à dormir « à la belle étoile ». L’expression est dérisoire.

Quand, après avoir installé les matelas sur le sable, la lumière s’éteint, c’est comme si quelqu’un avait allumé du même geste la voûte céleste. Des millions d’étoiles nous contemplent et une voie plus crémeuse que lactée se dilue dans le bleu nuit de l’espace, d’un bout à l’autre, plus lumineuse que jamais. En guise de moutons pour nous endormir, nous compterons ce soir-là les étoiles filantes

Chingetti, rêve de Mauritanie - Carnet de voyage en Mauritanie

L’oasis de Chinguetti

L’oasis est encore distante de quelques kilomètres. Nous prenons le lendemain le chemin des dunes à travers l’erg Ouarane, l’une des plus vastes mer de sable de la planète. Se reposer à l’ombre de la palmeraie en attendant la fraîcheur du soir, le programme n’est pas insurmontable. Simplement gérer l’excitation d’être parvenu jusqu’ici, au coeur du désert.

Nous découvrons le site même de l’oasis le lendemain matin. Devançant le soleil,  je déambule pieds nus, à moitié endormi, en direction des grandes dunes qui se dessinent à l’horizon. Le bruit sourd et étouffé de mes pas, le contact velours du tapis de sable fin, les couleurs pastels qui semblent naître avec la lumière, les crêtes aux lignes courbes qui viennent mourrir dans le creux d’une autre vague… Tout est pur, simple, apaisant. Je m’éveille en douceur.

Chinguetti, rêve de désert - Carnet de voyage en Mauritanie

Les dunes de l’erg Ouarane

Alors que la lumière gagne en intensité, chaque seconde met à jour de nouveaux détails, ciselant avec précision le moindre relief, magnifiant les couleurs, rehaussant les contrastes. Là où la surface du sol apparaissait calme et plate, la voilà qui ondule, se ride, se strie, s’agite, s’aiguise. Les crêtes deviennent frontières, posent les limites entre l’ombre et la lumière.

Sur un versant, le sable est compact et frais sous la plante de pied, sur l’autre, la jambe s’enfonce jusqu’à mi-mollet dans un sol chaud qui se dérobe sous le poids. Depuis le sommet de la dune, oasis et palmiers, cases et hameaux animent un horizon qu’on croyait vierge.

Quant aux empreintes de mes pas, le vent se charge d’en effacer la trace. La place de l’homme n’est pas ici. Et pourtant, de l’autre côté, l’oasis de Chingetti dresse ses bouquets verts de palmiers dattiers et une forêt non moins nombreuse de balanciers qui sont autant de puits où jadis, les caravanes venaient s’abreuver.

Chinguetti, rêve de désert - Carnet de voyage en Mauritanie

Méharées et caravanes

C’est à l’ombre de ces palmeraies que s’est développée la culture mauritanienne, équilibre entre agriculteurs noirs du sud et chameliers arabo-berbères. Les nomades berbères détiennent en effet la clé du Sahara, le dromadaire, qui leur assure la suprématie sur l’ensemble de la région.

Chinguetti, rêve de désert - Carnet de voyage en Mauritanie

A l’ombre d’un peuple prônant le voyage comme un mode de vie, le commerce entre le sud et le nord se développe, et fait la fortune des marchands intrépides qui réussissent à gagner Tombouctou. De véritables expéditions s’organisent autour de trois matières précieuses : l’or, le sel et les esclaves.

D’oasis en oasis, des itinéraires se forment, reliant les points d’eau où les caravanes font relâche. Les caravansérails peuvent accueillir jusqu’à plusieurs milliers de chameaux. Marchands arabes et perses y côtoient voyageurs et philosophes musulmans. Ainsi s’échangent une multitude d’informations destinées à des marchands éclairés – de la course des planètes aux tonalité des cordes d’un instrument de musique.

De carrefours commerciaux, les villes deviennent centres d’éruditions, accumulant le savoir dans des livres. De véritables cités bibliothèque apparaissent, et pendant près de trois siècles, le commerce et la connaissance s’enrichissent mutuellement, à dos de chameau, entre des barres de sel et des sacs de tabac.

Chinguetti, la sorbonne du désert

Les bibliothèques de Chingetti témoignent encore de cette période faste, où la ville comptait parmi les cités les plus influentes de l’Islam. Derrière une porte au verrou de bois, les livres plusieurs fois centenaires reposent modestement empilés sur des tables et des étagères poussiéreuses.

Didi, notre guide, se saisit de quelques ouvrages qu’il ouvre et feuillète sans plus de cérémonial que s’il cherchait un numéro dans l’annuaire. Sur le papier en parfait état de conservation s’étalent dans une calligraphie appliquée des écrits minuscules agencés dans tous les sens, rappelant les motifs triangulaires sahraouis, les lignes brisées des zéliges taillés dans le stuc et les décorations au henné ornant les mains des femmes berbères.

Pour continuer ce voyage dans le temps, nous montons l’escalier menant au toit de l’édifice pour embrasser du regard l’ensemble de la ville ancienne. Les ruines des bâtiments en pierre chargées d’histoire disparaissent peu à peu sous le sable. De l’autre côté de l’oued, la ville nouvelle de béton et de parpaings se développe. Impression curieuse qu’une page se tourne…

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  1. Jude

    20 février 2018 à 4 h 42 min - Répondre

    J’ai eu la chance de partir en voyage en Mauritanie. Chinguetti, c’est la promesse d’une magnifique aventure. J’ai vraiment aimé mon séjour dans ce pays. C’était une expérience inoubliable. A+

  2. Lauriane

    23 février 2018 à 15 h 18 min - Répondre

    Ce moment dans la bibliothèque <3 Je crois que ça m'aurait coupé le souffle ! Tous ces moments dans le désert ont l'air à laisser pantois de toute façon ! Quand je vois comme je suis conquise par les airs que tu as mis en audio et par ce que j'ai vu et entendu à Istanbul, je crois qu'il est temps de m'orienter vers des destinations plus orientales et sableuses…

    • Mat

      23 février 2018 à 18 h 34 min - Répondre

      Coucou Lauriane !
      Ce n’est pas moi qui te dirais le contraire… Le désert, c’est fabuleux. Les dunes, les oasis, le silence, l’horizon à perte de vue…
      Et la Mauritanie a bien besoin des subsides du tourisme !
      Dans la bibliothèque, on n’était pas trop préparé et on avait du mal à prendre notre jeune guide au sérieux. Et puis je me suis un peu plus penché sur l’histoire du pays, et j’ai pris une bonne claque (à rebours !). Chez nous, ces trésors seraient enfermés à double tour. Là-bas, ils sont rangés sur une étagère bancale, et protégés par un verrou en bois ! Un autre monde… À découvrir 😉