Atar, au pays de la soif

Berceau de la Mauri­tanie, Atar s’étend au pied des falaises qui marquent les limites du plateau de l’Adrar. ÉcrasĂ©s de chaleur, nous sommes parvenus au coeur du dĂ©sert. 

Berceau de la Mauri­tanie, Atar s’étend au pied des falaises qui marquent les limites du plateau de l’Adrar. ÉcrasĂ©s de chaleur, nous sommes parvenus au coeur du dĂ©sert. Les dunes et les oasis ne sont plus qu’à quelques jours de chameau ou Ă  quelques heures de taxi.

Boire. Du chaud ou du froid, du sucrĂ© ou du salĂ©, du bon ou du mauvais, peu importe, pourvu que cette pensĂ©e obsé­dante nous quitte l’espace de quelques minutes. Le Sahara nous a enseignĂ© ce qu’est la soif, et se dĂ©sal­tĂ©rer, d’un geste trivial, est devenue une joie vraie, presqu’une chance. Abde­lahim, notre hĂ´te, mesure bien toute la portĂ©e de cette Ă©vidence : l’eau est un bien immen­sé­ment prĂ©cieux, aussi prĂ©cieux que le visi­teur est sacrĂ© dans la reli­gion musulmane.

Atar, au pays de la soif - carnet de voyage Mauritanie

Un thé au Sahara ou l’hospitalité mauritanienne

ÉcrasĂ©s par la chaleur du dĂ©sert et la fatigue du voyage, bien Ă  l’abri Ă  l’ombre d’une petite pièce aĂ©rĂ©e par un venti­la­teur, nous nous proté­geons des rayons acca­blants du soleil tandis que notre bien­fai­teur s’attelle Ă  assouvir notre soif sans fin.

Après avoir partagĂ© le tradi­tionnel breu­vage de lait de chèvre, d’eau et de sucre – le zrig – servi aux nouveaux arri­vants en signe de bien­venue, les tour­nĂ©es de thĂ© s’enchaĂ®nent et les petits verres se remplissent aussi vite qu’ils se vident. En dehors du bruit rĂ©gu­lier de nos lèvres aspi­rant le liquide brĂ»lant, du vol capri­cieux des mouches et du venti­la­teur bras­sant l’air immo­bile, rien ne trouble le silence qui nous invite Ă  fermer les yeux pour mieux savourer cette repo­sante inac­ti­vitĂ©. Dehors, l’intense clartĂ© rebondit sur les murs blancs de chaux et bleu d’indigo.

Deux fois, nous sortons de notre torpeur pour engloutir le plat de riz ou de pattes qu’on nous prĂ©sente, avant de rega­gner nos rĂŞves lĂ  oĂą nous les avions laissĂ©s. Avec l’arrivĂ©e du soir et de sa fraî­cheur bien­fai­sante, nous quit­tons nos tapis pour les nattes instal­lĂ©es sur le toit de la maison, oĂą, après un savou­reux cous­cous, nous nous endor­mons dans la fraî­cheur de la nuit, bercĂ©s par les chants sahraouis qui nous parviennent du centre de la ville en vagues indistinctes.

Si ce n’est pas le bonheur, ça y ressemble.

Atar, au pays de la soif - carnet de voyage Mauritanie

En Mauritanie, une autre notion du temps

Nous sommes en plein mois de Juillet, et en cette pĂ©riode de grosse chaleur, les touristes n’abondent pas plus que les taxis. BloquĂ©s Ă  Atar dans l’attente d’éventuels compa­gnons de route, nous avons tout loisir d’assister Ă  quelques parties de dames que des vieux jouent sur un terrain tracĂ© Ă  mĂŞme le sable. D’un cĂ´tĂ©, les pions sont des petits morceaux de bois noir, de l’autre, des petites boules grisâtres non iden­ti­fiĂ©es dont nous perce­rons le mystère plus tard juchĂ©s sur une selle : des crottes de dromadaire !

Les heures passent… Combien exac­te­ment, on ne sait pas très bien. Les gens arborent tous de superbes montres clin­quantes et flashies, mais peu d’entre elles servent encore Ă  lire l’heure. Le temps est ici marquĂ© par la prière, seul repère rĂ©el­le­ment digne de foi. Dans la rue, les fidèles viennent se placer Ă  heures plus ou moins fixes Ă  l’intĂ©rieur d’une enceinte dĂ©li­mitĂ©e de petites pierres dans laquelle ils effec­tuent le rituel sacrĂ© : ablu­tions (au sable) puis sĂ©ries de pros­ter­na­tions (dans le sable) si bien qu’ils en sortent tous avec une petite tâche de sable jaune sur leur front Ă  la peau noire.

Si ça nous amuse, nul ne pense­rait Ă  s’en Ă©mou­voir. Rien de plus respec­table ici qu’une marque de piĂ©tĂ©.

La suite du voyage Ă  lire ici : Chin­guetti, rĂŞve de dĂ©sert en Mauritanie

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