Amtoudi, sur les traces du soleil

Un trek au Maroc entre canyons, oasis, gueltas… 5 jours de rando coupés du monde, dans le silence du désert et les reliefs de l’Anti-Atlas.

Rejoindre Amtoudi, canyon-oasis retranché dans les reliefs de l’Anti-Atlas et remonter les sources de l’oued jusqu’au plateau. C’était l’objectif de ce voyage au Maroc. Un trek de cinq jours, coupés du monde, dans le silence du désert, à la pour­suite du soleil. Avec le ciel pour ennemi.

Saint-Louis : 2227 kilo­mètres. Le taxi Mercedes vert émeraude au toit jaune est lancé comme un avion sur la route qui tire entre les montagnes de l’Anti-Atlas. Nous filons vers le grand sud. Atten­tion, moutons.

De petites gouttes mouchètent le pare-brise.

« Il pleut souvent ici ?
- Non. Tu aimes la pluie ?
- Pour marcher, non. Pour dormir encore moins ! »

La dernière fois que Bertrand est venu, les averses ont gonflé le lit des oueds. Canyons impra­ti­cables, inon­da­tions meur­trières. Il ne pleut jamais dans le coin. Normalement.

Derrière la vitre, la montagne se dilue. Une aqua­relle gris-orange-vert infusée de noir. Et puis la pluie s’installe. Et le silence. Seuls sur la route, les montagnes défilent en ciné­ma­scope. Oasis éparses. Ligne soli­taire des poteaux élec­triques qui signalent un village quelque part.

Si les oueds gonflent, on sera coupé du monde.

Dans le grand taxi

L’oasis

Le chant de la prière et le rire des enfants s’engouffrent par la porte de notre chambre.

Amtoudi, versant sud de l’Anti-Atlas. Un canyon-oasis, peut-être le plus beau. La route s’arrête ici, avec le bruit des moteurs. On n’emprunte qu’à pied les chemins qui esca­ladent la falaise et font corps avec la roche.

Sur les cartes, le canyon serpente entre les courbes de niveau. L’itinéraire est simple : suivre les falaises jusqu’au plateau. À l’entrée de la palme­raie, le chef du village – ce regard droit et fier ! – prend note de nos plans : remonter le cours de l’oued pour aller aussi loin que possible. Nous avons des vivres pour 5 jours.

C’est notre dernière rencontre. Nous dispa­rais­sons dans la végé­ta­tion, en équi­libre sur les canaux d’irrigation. Le chemin le plus court est celui de l’eau.

Le canyon

Les falaises nous regardent de tous leurs yeux progresser maladroi­te­ment et déranger le silence qui règne dans ce décor pétrifié.

Sous nos godasses, les petites pierres crous­tillent comme des gâteaux secs. Nous savou­rons le bruit mat des cailloux qui trébuchent, désac­cordés, le choc des cuillères dans les gamelles en fer blanc, le vent qui siffle dans les branches. Nous jouons la musique du désordre.

Les falaises ne répondent que lors des baignades. L’eau cris­tal­line des gueltas, déli­cieu­se­ment glaciale, nous arrache des cris repris en écho par la roche. Au reflet de l’une dans l’autre, je les crois complices.

Les pierres et les cailloux roses, bleus, jaunes, violets qui jonchent le lit de la rivière sont les confettis d’un mariage. Leurs mouve­ments ont épousé ceux de l’eau. Douce­ment polies par l’oued, les roches ondulent. Leurs couleurs sont douces à la lumière d’un ciel de pluie. Elle se couvrent de petits ronds sombres lorsque les impacts de gouttes appa­raissent, nettes, sur la roche mat.

La falaise

Il faut esca­lader la falaise pour contourner une cascade infran­chis­sable. Nous scru­tons la paroi. Des esca­liers natu­rels de blocs en déséqui­libres millé­naires se révèlent dans le chaos illi­sible de la roche. Des signes caba­lis­tiques et des cartes codées appa­raissent dans les infrac­tuo­sités passées au sable ocre. Celui-là, il colore tout, s’imisce dans chaque inter­stice. Avec le silence, c’est l’autre maître des lieux. Insi­dieu­se­ment, nous chan­geons de couleur.

Et quand nos gesti­cu­la­tions cessent entre les pierres, quand l’heure du bivouac est arrivée, nos esprits vides s’abandonnent autour du feu et d’un bon bol de soupe chaude. Alors, le silence s’invite et nous parle sans bruit.

J’avais oublié comme il apaise.

» La suite du trek : Du feu et de l’eau dans le désert

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