Rome, premières impressions

Quelques impres­sions de mes trois premiers mois à Rome, à tenter de comprendre un peu où je suis et qui sont ces Romains chez qui j’ai aterri.

Trois mois à Rome. Depuis que je suis installé dans la cité éter­nelle, je flotte dans un bain linguis­tique et une géogra­phie urbaine qui m’échappent encore. Voici pêle-mêle mes premières impres­sions pour tenter de comprendre un peu où je suis et qui sont ces Romains chez qui j’ai aterri.

« Ah ta copine n’est pas romaine ? Ouf ! Tu n’es pas condamné à vivre ici alors, il y a de l’espoir »

me dit Giulia, installée là visi­ble­ment depuis trop long­temps. Aux yeux des Romains, n’y aurait-il que Rome ?

« Pour être consi­déré comme romain, il faut que ta famille soit installée à Rome depuis 7 générations »

m’explique l’accompagnatrice d’un groupe de Fran­çais en visite. Être romain est un honneur qui se mérite ! Mais qui a envie de le devenir ? Parmi la commu­nauté des expats anglo­phones présents sur les réseaux sociaux, la ville semble faire l’unanimité contre elle. Chacun s’accorde sur les adjec­tifs : la vie nocturne ? Déce­vante. Les trans­ports ? Pas fiables. Les grêves ? Insup­por­tables. Il n’y aurait guère que les cours de pilate qui sauvent l’honneur de la ville.

Les Romains sont comme la chicorée

C’est Felipe, le commu­nity manager du tiers-lieu où je trou­vaille, Mille­piani, qui me donne le premier de bonnes raisons d’aimer Rome.

« Elle accueille les étran­gers à bras ouverts. Les Romains sont des gens chaleu­reux. Ils sont un peu comme la chicorée : amer au début, mais très doux après. »

Chilien marié à une romaine, il sait de quoi il parle. À Friendo où je déjeune tous les jours d’une pizza (frite), de légumes (frits) et de pâtes (parfois frites) réali­sées devant moi, je tente de soumettre mes inter­ro­ga­tions au cuisinier.

« Je suis napo­li­tain. Pas romain, hein, ni italien, napolitain ! »

C’est râté. De toute façon, avec mon italien de pizzaïolo, ma conver­sa­tion ne va guère plus loin que « un morceau de pizza rossa, s’il vous plaît. »

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À la librairie Stendhal

À la librairie fran­çaise de Rome, je musarde entre les rayons en quête d’une méthode d’italien – bientôt cette succes­sion de sons chan­tants et d’accents toniques va devenir une langue ! –. Entre deux colonnes de voca­bu­laires et un point gram­ma­tical, j’écoute la bonne société fran­çaise criti­quer et se plaindre.

Les clients des auteurs :

« Retour à la litté­ra­ture ! Non mais… Retour à la LITTERATURE !!! Comment peut-on écrire des choses pareilles dans l’Obs, enfin ? À l’époque des Musso, Ouel­becq appa­raît plus en valeur… La France doit vrai­ment être malade pour avoir de telles lectures ! 600 000 ventes ! »

La librairie des clients :

« Elle prenait des photos de chaque page du livre, conscien­cieu­se­ment, devant mon nez ! Au bout d’un moment, je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire… – Oh si ça avait été moi je lui aurais tout de suite dit ! – Vous savez ce qu’elle me répond ? « Madame, vous ne défendez pas la culture… » Moi, je ne défends pas la culture ? »

Qui se plaint de la libraire ?

SPQR

Je n’en ressors pas moins avec deux petites méthodes et un bouquin épais comme ça sur l’histoire de Rome, du mythe de Romulus et Remus à l’édit de Cara­calla (celui qui offrit la citoyen­neté romaine à tous les citoyens de l’empire au IIIème siècle).

Dans SPQR, Marry Beard s’intéresse au mythe de la fonda­tion de Rome moins pour son aspect histo­rique que pour la manière dont les Romains ont projeté sur le mythe l’image qu’ils se faisaient d’eux même : celle d’une société où le meurtre et la mort violente était monnaie courante, où l’étranger était accepté et rapi­de­ment intégré, où le conflit civil était une vieille habitude.

Et aujourd’hui ?

« Non mi fregga un cazzo »

Je tente la morpho­psy­cho­logie pour percer le secret de l’âme romaine. Que révèle le faciès romain du carac­tère autoch­tone ? À l’évidence rien, les clas­si­fi­ca­tions selon le physique, c’est so XXème siècle (et pas la meilleure partie…). En revanche, il y a les expres­sions. Qu’exprime ce rictus récur­rent, menton rentré dans le cou, commis­sures des lèvres repliées vers le bas, mains prises d’un léger mouve­ment de haut en bas, comme soupe­sant le fardeau de la bêtise humaine ? Une sorte de déta­che­ment fier, de désin­té­res­se­ment affiché face aux malheurs du monde ? Je soumets la ques­tion sur Twitter. Monsieur Kaplan dit :

« Diffi­cile à dire. Je tente ceci : un senti­ment très popu­laire d’être au centre du monde (Roma caput Mundi). Une fierté noncha­lante, un orgueil quasi fami­lial et dans le même temps la volonté d’être toujours plus romain que les autres ».

auquel Philippe Ridet répond :

« Se foutre de tout comme si on avait 3000 ans… Se dire que l’éternité ça protège des contrariétés. »

Comme disent les Romains, « Non mi frega un cazzo », à peu près littéralement :

« Je m’en bats les couilles. »

La devise de la ville ?

Le livre d’un voyage exotique en France

Peut-on faire un voyage exotique dans son propre pays ? Pour y répondre, j’ai traversé la France à pied à travers la diago­nale du vide.

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