Carnet de voyage hors des sentiers battus en France et autour du monde

À Rome, chronique d’une quarantaine

Italie

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À Rome, chronique d’une quarantaine

Italie

14 mars 2020

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Devant la rapide propagation du Coronavirus, la quarantaine limitée aux seules provinces du nord s’est généralisée à l’ensemble de l’Italie. À Rome, depuis le décret, une vie nouvelle s’invente jour après jour, semaine après semaine, où ce qui paraissait absurde la veille devient la norme du lendemain. Chronique de cette quarantaine à Rome, dans une ville déserte, rythmée par les détails d’une vie confinée, tandis que dehors la pandémie s’étend et remet chaque jour un peu plus en cause le monde dans lequel nous avons vécu jusqu’ici.

Quarantaine - Première semaine 

Voilà 10 jours que l’Italie tente, au niveau national, d’endiguer l’épidémie de Coronavirus. À Rome où je vis, c’est une période étrange dans laquelle on s’enfonce chaque jour un peu plus. Alors que la France s’apprête à vivre ses premières mesures de confinement, retour sur ces 10 derniers jours entre mesures préventives et peurs pas toujours rationnelles.

Mercredi 4 mars : fermeture des écoles

Plusieurs villes des régions du nord sont confinées. Venise, Milan, Lombardie-Venezzia … coupées du monde, leurs habitants invités à rester chez eux. Les cinémas sont fermés, les restaurants ouvrent de 6h à 18h avec une distance requise d’1 mètre minimum entre chaque convive. Évidemment, ça refroidit un peu l’atmosphère.

À Rome, les mesures sont moins drastiques. Le gouvernement Italien a fermé les écoles jusqu’au 15 mars pour éviter la propagation du virus.

Par précaution, la population délaisse les musées. Je m’en suis rendu compte hier en passant devant le forum. Vide. Petite vérification à Saint Pierre de Rome. Déserte ! Bon Dieu ! Ça fait deux ans que j’attends la bonne fenêtre pour visiter le Vatican défendu habituellement par deux heures de queue ou un ticket coupe-file de 50€ pour une visite guidée…

Jeudi 5 mars : les musées sont déserts

Visite du Vatican comme dans un rêve. Le parvis est vide. Je peux profiter des collections du musée en toute tranquillité. Chapelle sixtine à durée illimitée, sans bousculade ni brouhaha. Quelques touristes essentiellement asiatiques portent le masque, surtout pour éviter les remarques imbéciles de certains Romains qui les prennent pour bouc-émissaire.

Ma compagne philippine en sait quelque chose. Dans les transports en commun, elle attire les regards malveillants et s’oblige à mettre du fond de teint pour paraître en parfaite santé.

La mienne m’inquiète un peu… J’ai un petit mal de tête insidieux et la gorge qui picote. Est-ce que ce serait pas… Je file à la pharmacie acheter un thermomètre pour prendre ma température. Non rien !

Dimanche 8 mars : confinement des provinces

Le printemps est déjà là, il fait un soleil magnifique. La météo est idéale pour faire une balade à vélo. Je serais bien allé m’aventurer dans la campagne, mais on ne peut pas aller très loin : sauf exception, on n’a plus le droit de passer les limites de sa province.

Francesco, l’ex de Kat, vient manger à la maison. Journaliste, il a l’air exalté de partager avec nous les dernières informations concernant l’épidémie. La prolongation de la fermeture des écoles jusqu’au 3 avril, les dirigeants politiques contaminés par le virus, l’impact sur l’économie… Ce virus est le plus anticapitaliste qu’on ait jamais vu, blague-t-il, avant de prophétiser : cette crise sanitaire va radicalement changer la face du monde.

Pour l’heure, on commente avec humour une parodie de tapisserie moyen-âgeuse détournée à la sauce coronavirus. La chaleur humaine qui règne autour de la table où nous sommes au coude à coude doit lui faire du bien. Se serrer les coudes en cette période, est-ce bien raisonnable ?

Il nous quitte en nous exhortant à acheter du savon anti-bactérien, « celui qui tue les bactéries, hein ? Le reste ça ne sert à rien. » (c’est faux)

Ceci est le Coronavirus qui gouverne

Lundi 9 mars : fermeture des musées

J’ai bien fait d’aller au Vatican pendant qu’il était encore temps. Depuis samedi, tous les musées, cinémas et clubs sont fermés jusqu’au 3 avril au moins.

En fin de matinée, je me rends là où je vais parfois travailler, un vaste parking souterrain transformé en espace de coworking. Capacité d’accueil à la louche, environ 100 personnes. Je suis seul. Un autre français me rejoint en début d’après-midi. On s’échange notre étonnement. Lui a dû faire la queue pour prendre son café dans son troquet habituel. Tous les lieux confinés sont soumis à la loi du « mètre minimum » entre chaque personne.

L’ensemble du pays est désormais en quarantaine. On dirait que la peur est montée d’un cran.

Mardi 10 mars : interdiction des rassemblements

Merde ! Mon cours hebdomadaire d’Italien est annulé. Flavia avec qui j’échange des discussions en italien contre des conversations en français a publié sur son mur Facebook : « Rester à la maison n’est pas de la paranoïa, c’est le sens des responsabilités. »

Depuis quelques jours, une photo circule sur les réseaux sociaux. Je n’avais pas compris sur le coup, maintenant je comprends.

Io resto a casa - Je reste à la maison

L’atelier qu’organise l’association des Français de Rome, Ponte Via, a été annulé lui aussi et dans la foulée tous les événements du mois. Le centre culturel français où nous nous retrouvons habituellement a fermé ses portes.

Sur un groupe d’expat à Rome, un type qui demande quelles villes pourraient être sympas pour aller se balader à la campagne en attendant que la situation s’améliore et que les lieux publics rouvrent se prend une volée de bois vert : « Reste chez toi ».

Je crois que le mot d’ordre est clair.

Mercredi 11 mars : Rome est vide

Pour se remonter un peu le moral, on va prendre une glace à la gelateria Romana dans le quartier de Testaccio. Il fait un temps magnifique, la ville est calme, les rues d’habitude saturées de voitures sont vides. Je fantasme sur un trafic fluide pour amener Adamo à l’école. S’il y a quelque chose que je déteste à Rome, c’est bien de prendre la bagnole au quotidien.

Çà et là, on croise des gens qui se promènent à l’air libre avec des masques. Je les regarde avec un peu de mépris, j’avoue. Qu’est-ce qu’ils croient ? Qu’on va leur tousser dessus ?

À la gelateria, nous sommes seuls. J’entreprends le serveur (ganté + masqué) pour lui demander combien de clients il a reçu aujourd’hui. « Pas tellement. » Je me doutais bien… J’aurais aimé un peu plus de précision ! À travers la vitrine, je regarde désabusé un conducteur portant le masque, seul, dans sa voiture. Je lève les yeux au ciel !

Il flotte dans l’air un drôle de parfum de fin du monde. Demain, j’irai faire des courses au marché avant qu’on soit définitivement cloîtrés chez soi.

Jeudi 12 mars : fermeture des commerces

Trop tard pour les courses au marché. Kat me dit qu’il est fermé depuis deux jours, comme tous les magasins. Seules les pharmacies et les commerces de bouche restent désormais encore ouverts, sous réserve de ce fameux mètre de distance. On se rabat sur Lidl après avoir fait un rapide état des lieux potentiellement les moins fréquentés et on y va en mission commando à l’heure du déjeuner.

Dans les rues, les gens protègent leur bouche derrière des écharpes, des masques. À un passage à niveau, l’homme qui traverse porte un casque de désherbage avec visière intégrale.

Arrivé au supermarché, ouf, la queue se compose d’une dizaine de personnes seulement. Les gens se tiennent à 3 mètres les uns des autres, on ne va pas se marcher dessus. Alors que je vais chercher le cadi, à peine ai-je lâché la poignée que Kat me presse de m’enduire les mains de gel hydroalcoolique. Ils commencent à me gonfler, tous !

À l’intérieur, les gens enfilent les gants en plastic du rayon légumes pour se protéger les mains. Quelques-uns font des réserves de farine, sucre, œufs, haricots blancs, sauce tomate, en grande quantité. C’est reparti pour le syndrome fin du monde.

Ailleurs, il paraît que des gens se sont pris des amendes pour être juste sortis s’acheter des clopes… En Sicile, 50 personnes se font verbaliser pour avoir assisté à un enterrement.

Ça devient franchement n’importe quoi.

Coronavirus à Rome - chronique d'une quarantaine

Vendredi 13 mars : une courte respiration

J’ai vu la webcam de la place Saint-Pierre la veille. Tout était vide. Je brûle d’envie de voir à quoi ressemble Rome vide de ses habitants. Pour sortir sans se faire contrôler par la police, il reste les parcs… Enfin, les parcs si on y pratique un sport quelconque. À Padoue, Lucie, du blog l’Occhio di Lucie, s’est faite déloger de son banc par la police qui lui a ordonné de rentrer chez elle. Plus au nord, dans les Alpes, Mila du blog un monde à vélo s’est faite engueuler parce qu’elle se tenait trop près de son copain en faisant la queue pour faire ses courses…

Opération « sport » donc. J’ai mis ma tenue de sportif survet-baskets et me lance à vélo sur la piste cyclable qui passe devant chez moi. Sur l’autre trottoir, à l’arrêt de bus, les gens font la queue en ordre dispersé (mais en ordre quand même). Pour tromper la vigilance (présumée) de la police, je longe le Tibre, en retrait du rythme de la ville. Bon nombre de promeneurs se sont déguisés en sportif eux aussi pour pouvoir prendre un peu l’air. Leur allure de flâneur les trahit.

Tout en pédalant, je pense déjà à la fête qui nous attend au sortir de tout ça. En attendant, la rumeur de la ville s’est tue. De temps en temps, le vrombissement d’un vespa souligne le chant des oiseaux qu’on a jamais aussi bien entendu chanter. C’est beau une ville qui redonne de la place à la nature.

Dans Trastevere, aux abords du centre historique, les rues sont vides, les rideaux métaliques tirés. Rome ressemble à un village de la diagonale du vide. Aux fenêtres, des gens parlent au téléphone. Encouragé par l’absence de voitures, je gravis le janicule et me dirige vers le parc de la villa Pamphili. Des voitures de police circulent au pas près des lieux touristiques. Il règne une ambiance de couvre-feu. En route, je croise deux septuagénaires, avec chaussures de rando, pantalon à zip, casquette, sac à dos. Des touristes ! Je me dis qu’ils sont ou dingues ou punks ou complètement coupés du monde.

Ouf ! Le parc de la Villa Pamphili est ouvert. Il existe donc bien encore des bulles de décompression ! Des marcheurs, des coureurs, et même un père qui joue au foot avec son fils dans l’herbe, visiblement pas alpagué par la patrouille qui roule toujours au ralenti. Je pousse ma chance jusque la place Saint-Pierre. Je connais un petit chemin qui arrive par derrière, incognito.

C’est le pas de trop. Aux abords de la colonnade qui délimite la place, deux policiers en civil m’interpellent. J’étais en train de prendre une photo des pigeons, à défaut de prendre la place, défendue par des barrières et tenue par une voiture de carabinieri. Ils me font la leçon, je fais profil bas. Même si je n’ai approché personne à plus de 5 mètres, avec 200€ d’amende à la clé, c’est pas le moment de la ramener ! A casa !

Elle va être longue, cette quarantaine. En attendant, pour se faire peur, ce soir, on regarde l’armée des 12 singes : en l’an 2035, la terre est devenue inhabitable à la suite d’un virus qui a décimé 99% de la population. Considérons qu’on a de la chance ! Il nous reste encore les parcs pour prendre l’air et le Tibre comme ligne de vie !

Quarantaine - Deuxième semaine

Alors qu’en Italie, on se fait tant bien que mal au confinement, on observe la situation en France avec stupéfaction. Mêmes atermoiements fatals, augmentés d’injonctions contradictoires. Avec une longueur d’avance, le décompte des morts italiens inquiète la famille et les amis. Ils feraient mieux de se préoccuper de leur propre sort…

Dimanche 15 mars – La France comme si de rien n’était

Ma chronique avait l’ambition d’être un témoignage vivant de la montée en puissance de la peur sans pour autant donner de leçon ou tirer un quelconque signal d’alarme. Les faits se suffisent à eux-mêmes, pensais-je.

Mais hier soir, alors que le gouvernement français annonçait (enfin !) les premières mesures de confinement, les terrasses étaient pleines parce qu’il fallait célébrer la dernière soirée de liberté… Ce matin, je vois passer des photos qui donnent le ton : au marché d’Aligre, la même cohue habituelle. Au parc des Buttes-Chaumont, pique-nique, rassemblements, rien n’a changé. Et que dire du gouvernement qui organise un grand rassemblement national – les élections municipales ?

Je rajoute à mon article des informations sur les risques, les enjeux, le nombre des morts, le rythme de progression de l’épidémie… Est-ce que c’est moi qui dramatise ? Alors que toute l’Italie se claquemure, la France me semble courir au devant de la catastrophe l’air bravache et le sourire aux lèvres. Sur Whatsapp, mes parents me disent fièrement :

« Même pas peur, nous sommes allés voter sans masque »

Je suis tellement aterré que je ne trouve rien à répondre.

Lundi 16 mars – Tristesse, peur, colère

On a Fran’ à déjeuner à la maison. Après 5 jours de confinement total, le monde a changé. Il est bien loin le temps où il revenait de la zone rouge la blague au coin des lèvres. Aujourd’hui la zone rouge, c’est toute l’Italie.

J’ai une boule dans la gorge, une envie de chialer face au désastre qui s’annonce en France. Une amie qui vit près de la gare Montparnasse m’écrit : « depuis ce matin, je ne vois que des gens passer avec des gros bagages. C’est l’exode ». Après le grand bain de foule contagieuse, les Parisiens s’en vont disséminer le virus aux quatre coins de la France. Comme les Milanais l’ont fait avant eux.

Sur le groupe Snapchat familial, ma tante, infirmière à la retraite, me dit :

« C’est humain. La peur fait fuir. »

Ce qui me révolte, ce n’est pas ceux qui fuient mais ceux qui rendent ça possible. Les scénarios les plus pessimistes parlent de 300 000 morts. Les précédents chinois puis italiens n’ont-ils donc servi à rien ?

À Rome, toute sortie devient une aventure. Au guichet automatique de la banque, je compose à regret le code sur le clavier, récupère ma carte du bout des doigts, fourre les billets dans mon portefeuille et empoigne mon vélo jusqu’à la maison où je désinfecte tout consciencieusement : mains, carte de crédit, poignées de vélo… Ça y est, moi aussi je suis contaminé… Par la peur en tout cas !

Mardi 17 mars – Que faire du confinement ?

Depuis deux jours, Adamo est de retour à la maison. Je ne sais pas si je vais tenir très longtemps avec un gamin de 8 ans et demi qui chante à tue-tête la même chanson toute la journée… D’autant que Francesco qui est revenu profiter de la terrasse et du jardin dit que le confinement va probablement durer au-delà du 3 avril.

Un mois et demi à l’isolement, c’est peut-être le moment de mettre le nez dans les bouquins et de faire une formation à distance. Le problème : ne sachant pas trop ce qui fera sens dans le monde d’après, difficile de choisir un cap et de mobiliser son énergie.

La Stampa illustre les courbes qui continuent de grimper :

« À Bergame, il y a plus de 13000 cas, 50, 60 morts par jour. Au cimetière, il y a une sépulture chaque demi-heure, même de nuit cela ne suffit pas ».

Ça risque de durer, effectivement…

Je reçois le sms qui me prévient des nouvelles mesures en vigueur en France. Un bandeau sur le site annonce : « Le gouvernement agit pour vous ». Pourtant, sur Europe 1, le secrétaire d’Etat aux transports a déclaré la veille qu’il « pourrait, dans la version la plus maximaliste (des) plans de continuité […] faire des restrictions de transport si le coronavirus continuait de s’étendre. »

Toutes ces précautions oratoires me consternent. Ces gens vont avoir des morts sur la conscience.

Mercredi 18 mars – La nature reprend du poil de la bête

Pendant que l’espèce humaine se met entre parenthèse, la terre semble se faire une cure de jeunesse. À Venise, l’eau du grand canal est transparente. En Chine, c’est l’air qui retrouve sa pureté. Dans le Missouri, les sangliers se baladent en famille dans le centre-ville de Wentzville. En Sardaigne, les dauphins viennent s’aventurer jusqu’au bord des pontons. À Rome, les canards se baignent dans les fontaines. Et dans mon jardin, Kat et Adamo chantent : «Baby beluga in the deep blue sea, swim so wild and swim so free».

On a vite fait d’oublier qu’avant le coronavirus, le sujet de préoccupation principal, c’était le réchauffement climatique.

Sur les réseaux sociaux fleurissent les messages des chantres d’un autre monde : « Et les français restèrent chez eux, et ils se mirent à lire et à réfléchir, et ils n’oublièrent plus de prendre des nouvelles de leur proche. Ils comprirent enfin… blabla… L’instant présent… bla… vivre… du temps… et la terre les trouva digne. » Si dans ce monde là, je dois porter des sandales, enfiler une toge et parler d’une voix mielleuse, c’est non !

Dans le numéro de Socialter « et si tout s’effondrait » daté de janvier 2019, un article de Gaël Giraud m’interpelle : « Est-ce qu’il n’est pas temps, face à ce qu’on voit, d’envisager l’économie autrement, en intégrant la nature au bilan ? […] Tant que nous continuerons de régir les relations entre les entreprises par la concurrence, il y aura une prime au vice […] L’économie néo-classique est très largement incompatible avec la prise en compte des ressources naturelles. »

Mon cerveau connecte avec ce chef parisien, très préoccupé par l’effondrement, qui avouait avoir chez lui un sac à dos toujours prêt pour fuir Paris dans l’heure et mettre sa famille à l’abri. Je me demande s’il est parti… Autrement dit, peut-on déjà parler d’effondrement ?

Jeudi 19 mars – Rome seul

À 11h46, un message sur mon téléphone :

« Salut ! Sofie me demande si ça t’intéresse de venir renforcer l’équipe de livreur de Marigold – un super resto qui fait tout bien et bon – Starting ASAP ! »

Un boulot qui me permet de sortir de chez moi faire du vélo dans Rome alors que tout le monde se morfond entre ses quatre murs ? Comment refuser ? J’attaque le soir même.

Dans les rues de Rome vide, le temps s’écoulent toujours avec lenteur. 8 voitures sur 10 roulent au pas, gyrophares éteints. Avec mon costume de chirurgien-livreur, j’ai l’impression de jouer dans un film catastrophe.

À chaque client, les mesures d’hygiène sont drastiques. Masque, gants (jetés après chaque livraison), gel hydro alcoolique, distance de sécurité, on ne veut livrer rien d’autre que de bons petits plats. On dépose les sacs, le client les récupère et laisse l’argent dans le sachet en papier kraft prévu à cet effet. Pas de contact direct. Jamais.

Chez les gens qui vivent seuls, on le voit dans leurs yeux, dans l’intonation de leur voix, le bonheur tient autant à la perspective d’un repas délicieux qu’à celle de parler à quelqu’un. On apporte un peu de chaleur humaine. Dix jours seulement que les mesures ont été mises en place. Je me demande dans quel état on va retrouver les gens au bout d’un mois…

Vendredi 20 mars – Le silence des balcons

Ce que je n’avais pas vu de nuit, ou peut-être n’étaient-ils pas encore là… Tous ces drapeaux italiens suspendus aux balcons ! Chaque jour, À 18h, les Italiens investissent les terrasses pour chanter, danser ou jouer de la musique. De ce grand élan national qui traverse tout le pays, j’entends l’écho sur les murs tandis que je file en direction du centre historique, mes sacoches chargées de victuailles. Ici, pas de bruit. Les rues sont tellement vides qu’on entend grésiller les réverbères. On me regarde passer dans le silence des balcons.

Quelques sirènes résonnent le long du Tevere où je me paye le luxe d’emprunter la route désertée par les conducteurs. Sur le pont qui mène à Testaccio, une journaliste s’accroche à son micro. La lumière blâfarde de l’éclairage dessine son visage de madonne de la télé. Elle a une tête d’enterrement. On le serait à moins.

Rien qu’aujourd’hui, l’Italie ajoute 627 morts à son bilan funeste. On dénombre plus de 47 000 cas. Le sud du pays, jusque là épargné, compte lui aussi de nouvelles contaminations. Selon la République de Bari :

« La majorité des contaminés au coronavirus sont les parents des 23 000 personnes qui ont fui le nord. Parmi ces dernières, 15 % partaient en ayant déjà de la fièvre. »

Quant au pic de l’épidémie, on n’en voit toujours pas la trace.

Les 10 prochains jours en France vont être un crève-cœur. J’espère (sans trop y croire) me tromper.
Restez chez vous !!!

Quarantaine - Troisième semaine

La routine du confinement s’installe. Courses au supermarché, petits tracas de la promiscuité, sur fond des dernières évolutions de l’épidémie… La vie continue à tâtons sans trop savoir où l’on va tandis que médias et réseaux sociaux gardent le contact avec le monde du dehors.

Dimanche 22 mars – Lueur d’espoir

Giuseppe Conte, le président du conseil italien, a annoncé de nouvelles mesures. Encore ! Toute activité qui n’est pas strictement nécessaire et indispensable pour assurer la production des biens et services essentiels sera fermée. Pour moi, ce n’est pas très clair… Entre les mesures nationales et les mesures régionales, je commence à être un peu perdu. Dans le nord, la limite pour les sorties récréatives est fixée à 200 mètres autour de chez soi. Pas de trace de ça dans le Lazio.

Pour être sûr de ne pas se tromper, mieux vaut partir du principe que tout est interdit… Ou qu’on s’accommodera avec la loi. Serais-je en train d’intégrer la logique italienne ? Heureusement, j’ai la chance d’habiter au bord du Tevere. Avec Adamo, on accompagne mon voisin Fabio, pêcheur passionné. En cette période de confinement, quel luxe de disposer d’un horizon dégagé !

C’est la première fois que le nombre de morts recule en Italie. La nouvelle fait apparaître comme une lueur d’espoir. On attend fébrilement les résultats du lendemain pour savoir s’il s’agit d’une tendance ou d’un simple accident de parcours…

Pendant ce temps-là, côté France, Cnews titre : « une semaine après le scrutin, des assesseurs et présidents de bureaux de vote positifs au Covid-19 ». Sans blague…

Lundi 23 mars – Envie de rien

Lever tardif, on petit-déjeuner au tiramisu de la veille – comme tout le monde, on cuisine, ça occupe et ça réconforte. Ça sent la journée louze. Je me suis fait un programme super constructif mais je n’ai pas trop le cœur à faire quoi que ce soit. Adamo est chez Francesco. Avec Kat, on hésite entre les courses et l’acro-yoga. On décide finalement de transformer la cuisine en studio de répét’.

Je passe le reste de mon temps sur les réseaux sociaux à regarder défiler l’actualité. La lecture du journal me manque cruellement. Faute de mieux, je vais à la pêche aux informations ; pour le reste, je prends ce qui passe, c’est-à-dire une triple dose de coronavirus.

En France, la colère monte contre le gouvernement alors que les hôpitaux commencent à paniquer face au manque de moyens, à commencer par les masques. « On ne va pas au combat à poil » dit le Dr Marty.

En Italie, le nombre de morts a baissé pour le deuxième jour consécutif : 601. La courbe de contagion se tasse elle aussi. Ce serait bienvenu… Plutôt que par les chiffres, Flavia partage sur son profil Facebook l’évolution du moral des troupes selon le climat sonore de son immeuble :

Premier jour : tout le monde à la maison ? Oui et non. Il y a des rires d’enfants dans la cour.
Deuxième jour : silence dans la rue, odeur de cuisine, enfants qui jouent dans la cour.
Troisième jour : silence, ambulances. Chœurs à horaires précis, casseroles, stéréo à fond.
Quatrième jour : silence, applaudissements, stéréo à fond, cris.
Cinquième jour : silence. Applaudissements peu convaincus, cuillères sur des casseroles.
Week-end : silence et résignation. Pas même les “Goooooooooohhh” qui retentissent pendant les matchs. Depuis des jours, tout est envahi par un silence reposant.
Lundi : est-ce différent aujourd’hui ? Les premières insultes aux maris, aux femmes, aux enfants, aux belles-mères… Est-ce ce vent venu de Grèce qui excite tout le monde ?

Mardi 24 mars – Deux mois de plus ?

Il fait froid dehors. On en profite pour aller faire les courses à l’heure du déjeuner en espérant que les gens sont restés bien au chaud. Bingo ! Il n’y a pas foule. Par contre, cette fois-ci, on ne passe pas à deux. À l’intérieur du magasin, un seul acheteur par foyer. En attendant Kat dans la voiture, j’écoute la radio en me rongeant un ongle, réalise soudain que je ne me suis pas lavé les mains après avoir empoigné le caddie, passe le reste de mon attente à recracher ma salive par la portière.

À Wuhan, on apprend la réouverture progressive, après deux mois de confinement. Deux mois… On en a donc au moins pour jusqu’à la fin mai… C’est à la fois angoissant et rassurant d’avoir un horizon. Rien de pire que de ne pas pouvoir se projeter. L’impression étrange de flotter dans une bulle. Deux mois en Chine, avec des tests, des masques et un état sévèrement répressif… Qu’est-ce que ça va donner chez nous où tout semble manquer ?

En France, un nouveau décret annonce la possibilité d’étendre les mesures par bloc de 30 jours jusqu’au 31 juillet. Est-ce une manière de faire passer en douce la perspective d’une nouvelle date butoire ?

En Italie, la hausse de la contagion continue de baisser. Ça sonne comme une blague comparé aux 743 morts du jour ! Juste une manière positive de regarder la catastrophe.

Mercredi 25 mars – Si loin si proche

Vraie journée confinée. Je vois passer une chronique sur France Culture qui dit qu’on n’a jamais été aussi proches de ceux qui sont loin. L’inverse est aussi vrai. Je travaille le casque sur les oreilles dans le salon tandis que Kat écoute les nouvelles des USA dans la cuisine. Je déroule le fil d’actu sur twitter pendant qu’elle rassure sa famille sur Messenger. Je réponds à mes mails alors qu’elle réagit aux publications Facebook. On se croise pour se demander comment ça va et mon fil Whatsapp affiche 50 messages non lus… Le monde extérieur nous accapare. Impression d’être ici sans vraiment y être.

Depuis hier, je rumine la perspective de ces deux mois confinés. Deux mois de parenthèse pendant lesquels je vais me sentir moins coupable de lire, de réfléchir, de savourer le temps qui passe. Kat elle a décidé de se mettre à la chanson. Ne serait cette formation que j’anime dans deux jours, je me remettrais bien au podcast, à la vidéo, à l’écriture. Qu’est-ce que je pourrais bien faire pour aérer le cerveau de mes lecteurs ? Leur parler de voyages au long cours ? Le trafic des blogs voyage a perdu 50% depuis le début de la crise. J’ai l’impression que les gens n’ont pas trop la tête aux projets… Je m’en vais rêver sur les sites de vélo de randonnée…

Aujourd’hui, l’Italie déplore 683 morts. Pour rester positif, il faut considérer que pour la quatrième fois de suite, le nombre de cas augmente moins vite que les jours précédents.

Sur instagram, une infographie présente les statistiques de manière « ludique », en mode compétition. La remontada des USA est spectaculaire !

Jeudi 26 mars – En attendant le krach

Journée pluvieuse, un peu lugubre. Pour remonter le moral des troupes, je lance l’opération gâteau. Retour au supermarché pour acheter des œufs, il y avait pénurie la dernière fois… Midi pile sous la pluie, j’évite avec délectation la queue devant le magasin. Cette fois, tout le monde a des gants. Des écrans de protections en plastic ont fait leur apparition devant les caisses. Des cadies sont garés en double file dans les rayons, remplis par les employés. Je suppose qu’ils assurent les livraisons à domicile. Ici aussi, il ne reste plus que quelques boîtes d’œufs. Ma voisine se saisit de 4 boîtes de 6. La pénurie alimente la peur de manquer qui alimente la pénurie.

En France, j’ai l’impression que ça y est, les gens prennent conscience de la gravité de la situation. On cherche les responsables de ce désastre, les têtes à couper. Des plaintes ont été déposées il y a quelques jours contre le premier ministre et la ministre de la santé pour « mensonge d’État » parce qu’ils savaient et qu’ils n’ont rien fait.

Ici ce qui me préoccupe, ce n’est plus le nombre de morts (712 aujourd’hui et une courbe qui repart à la hausse), mais comment on va payer le loyer d’ici trois mois. Faute de travailleurs pour faire tourner l’économie, faute de salaires versés, faute d’échanges internationaux, de combien de temps dispose-t-on avant que le système économique s’effondre ? Le krach semble s’approcher de jour en jour.

J’essaye de me concentrer sur le workshop que je donne à distance demain. Le sujet : introduction à l’inbound marketing. Est-ce que ce sera utile dans « le monde d’après », l’inbound marketing ?

Vendredi 27 mars – L’Église et l’État

Ce matin, mon cabinet d’expert-comptable organise un webinar pour expliquer les mesures gouvernementales mises en place en faveur des freelance. Vue la batterie de mesures, des reports de charges aux subventions, c’est le retour de l’État providence.

Partout on parle de rapatriement des centres de production en Europe, nationalisation des secteurs clés, investissements dans les service publics (hôpitaux en tête)… Frédéric Lordon et les économistes atterrés ont les honneurs de l’émission On n’arrête pas l’éco sur France culture. Hubert Védrine fustige dans le Figaro « la mondialisation heureuse » et propose de tout écologiser : agriculture, agro-industries, transports, construction, énergie, mode de calculs macroéconomiques (type PIB).

« Le monde d’après » sera-t-il donc gouverné par la défense du bien commun face aux intérêts particuliers du monde d’avant portés à leur paroxysme ? On se pince pour y croire.

Je reste fébrile dans l’attente des faillites en cascade. Durant mon workshop, la présidente de l’association des expat français de Rome présente la période actuelle comme une période propice à la mise en place d’actions pour rebondir plus fort une fois la crise passée. En espérant que le sol de se dérobe pas sous nos pieds…

Vers 18h, le pape François prononce la traditionnelle bénédiction “urbi et orbi” devant une place Saint Pierre vide avant d’aller prier le Christ Miraculeux, celui-là même qui a sauvé Rome de la grande peste de 1522.

L’image est forte, le moment « historique » selon les commentateurs. J’ai l’impression qu’on n’a pas fini de vivre des moments historiques…

Quarantaine - quatrième semaine

Avec le confinement, nos vies ont rétréci. Au dehors, les réactions politiques mettent à jour le cynisme et l’instrumentalisation de la crise. Les réponses et les méthodes mises en place par les États semblent battre en brèche les rêves et les espoirs de changement nourris par le jour d’après.

Dimanche 29 mars – Le printemps pour de bon

Lever à une heure carrément indécente avec le changement d’heure, mais il flotte dans l’air une vraie odeur de printemps. Nous y sommes particulièrement sensibles ces jours où la météo dicte un peu l’humeur du moment.

Je fais du rangement sur la terrasse, la voisine taille ses plantes, on joue dans le jardin avec Adamo. Après 18h, comme tous les jours, je relève les compteurs : pas loin de 800 morts aujourd’hui, et 5000 cas infectés supplémentaires. C’est la moyenne quotidienne.

J’ai fait des crêpes pour le repas du soir. C’est un peu la fête. Dehors il fait doux. Une odeur de terre nous parvient du jardin. Le silence est idéal. L’odeur des cyprès en moins, on se croirait dans le Vaucluse un jour d’été. À la télé, Benie gagne la saison 6 de Master chef junior. Une belle journée !

Lundi 30 mars – Récupérations politiques

Sans grande surprise, le gouvernement italien a reconduit le confinement jusqu’à Pâques. 812 personnes sont mortes aujourd’hui. On commence à s’habituer à ces chiffres et à ces courbes dénuées de tout affect.

De l’affect, pourtant, il y en a. En Allemagne, Thomas Schaefer, le ministre des finances de la Région de Hesse, s’est suicidé. De plus en plus angoissé devant la crise du coronavirus qu’il qualifiait de « tâche du siècle », il travaillait nuit et jour sur les réponses – financières notamment – à apporter  aux populations. Visiblement, il n’avait pas trouvé…

En France, la crise génère les premières récupérations politiques. Le syndicaliste Christophe Prudhomme s’indigne face à l’impréparation des hôpitaux et la nécessité de gérer l’urgence :  « Le gouvernement coure après la crise, a toujours un train de retard, […] Je répète que gouverner c’est prévoir ! […] À l’issue de la crise, il faudra que les responsables passent à la caisse ! »

Sa colère serait légitime si, trois semaines plus tôt, il n’avait pas reproché au gouvernement d’en faire trop : « Certains urgentistes pensent que la surréaction des politiques risque d’être plus grave que la maladie […] On sait que ce virus, avec les retours que l’on a de Chine, il est peu mortel ! »

En faire trop ? Aux USA, ils ont trouvé la solution pour se débarasser du virus : un télé-évangéliste le terrasse en direct et proclame la guérison des Etats-Unis. Ce serait bien inspiré car l’épidémie se propage à toute vitesse outre-Atlantique.

Sur le site tuvascraquer.fr, je calcule ma date de péremption au confinement. Verdict : vendredi 8 mai. « Passée l’euphorie des premiers apéro-visio, des applaudissements sur le balcon et des chamboule-tout de PQ, tu vas bientôt basculer dans la quatrième dimension. »

J’ai déjà l’impression d’y être un peu…

Mardi 31 mars – Le monde d’après

C’est parti pour une semaine de webinar. Je profite de la période pour approfondir mes connaissances en matière de webmarketing… Taux de transformation, lead nurturing, tunnel de conversion… Sentiments mêlés alors que la période met sur pause nos vies de consommateurs et que beaucoup semblent s’en réjouir (ceux dont l’emploi n’est pas menacé ?)

Le monde d’après sera-t-il le même que celui d’avant ? Comment cette phase va-t-elle nous changer ? La période est propice pour s’interroger sur le sens de ce qu’on fait… Est-ce toute une société qui s’ébranle ou seulement ceux qui sont à l’abri du besoin, qui ont le loisir de se confiner dans le jardin de leur maison et de réfléchir en attendant passer l’orage ?

Pour parer à l’angoisse de l’incertitude face à ce qui nous attend, au manque de repères temporels et au besoin d’organiser le programme des jours à venir, le yoga et la méditation n’ont jamais été autant à la mode. Pour moi qui suis freelance depuis des années, c’est la routine de la vie d’entrepreneur. Et s’il y a bien une chose que j’ai appris de mes voyages désorganisés, c’est de prendre les choses comme elles viennent et de ne pas trop prévoir.

Autre manière de gérer la crise : voir au-delà. Dans les colonnes de l’écho de Belgique, Larry Flink, le patron de Blackrock se déclare confiant dans la capacité de l’économie à rebondir après la crise actuelle, « même si le monde sera différent. Pour les investisseurs qui voient plus loin que l’horizon, il y a de formidables opportunités sur les marchés aujourd’hui. » Les cadors de l’ancien monde n’ont rien perdu de leur pragmatisme.

Sur le front de l’épidémie, on tient toujours la moyenne des 800 morts et des 4000 cas supplémentaires. En Chine, les épidémiologistes alertent déjà sur les risques d’une seconde vague d’épidémie qui semble inévitable.

Mercredi 1er avril – On nous surveille

Forcément, pour le 1er avril, on attendait les blagues pour se dérider un peu. Mais l’article de Libération qui rapporte les révoltes et les premiers pillages de supermarchés dans le sud de l’Italie ne donne pas trop envie de rire. La tribune parle de son côté d’un début d’organisation de sortie de confinement. Date annoncée : entre le 5 et le 16 mai, selon les régions. Il faut que l’économie reparte (et donner à la population des raisons d’espérer pour éviter d’autres pillages ?). Évidemment la question qui se pose : dispose-t-on des tests pour lever le confinement ?

Pas sûr. En revanche, la technologie offre déjà les outils pour surveiller les déplacements des malades (et des autres). Huit opérateurs enverront leurs données de géolocalisation à la commission européenne. Cybersurveillance et backtracking au service de la sécurité sanitaire… Pour combien de temps ? Avec quelle garantie de retour à la normale ?

La menace sur les libertés individuelles plane et les tenants de l’ordre ont les coudées franches. En Hongrie, Orban a obtenu des pouvoirs quasi illimités pour gérer la crise. Aux Philippines, le Président Duarte a accordé aux forces de l’ordre l’autorisation de tirer sur les personnes non confinées. Pour 70% des Philippins qui vivent au jour le jour, ne plus sortir, c’est ne plus gagner les moyens de sa subsistance. Mourir d’une balle ou mourir de faim, que choisir ?

En France, plus de 359000 procès verbaux ont été distribués pour non-respect des règles de confinement. Avec parfois des abus de pouvoir et des décisions arbitraires. Et une conséquence regrettable pour la police : 10 000 d’entre eux sont à l’arrêt pour suspicion de coronavirus.

Jeudi 2 avril – Le dehors m’envahit

J’avais un à-priori plutôt positif sur le mot confiné… Quelque chose à la croisée du confort, du confin, du coufin… Je voyais un recoin où se blottir, tapissé de coussins, à l’abri du tumulte. À la marge du monde, je le suis si je veux. Il me suffit de ne pas allumer mon écran. Mais avec l’espace qui rétrécit, c’est ma vie qui rétrécit. Le dehors m’envahit, je le vois bien. Mes articles deviennent des revues de presse.

Physiquement aussi, l’extérieur s’immisce. Ce qui nous fait dresser l’oreille depuis quelques nuits vient de traverser le salon d’un trait du fauteuil au canapé : une souris. Opération à mener d’urgence : faire ami-ami avec les chats du quartier.

Sur l’écran, les webconférences sont devenues un rituel quotidien et je suis toujours tiraillé entre le besoin d’anticiper l’après et l’envie de profiter de ce présent confiné pour mener à bien des projets mis de côté. À commencer par tous les portraits de la diagonale du vide que je n’ai toujours pas finis de monter. Par les temps qui courent, ça ferait de belles rencontres, c’est sûr.

Toujours cette petite phrase lancinante qui me rattrape : « Que faisiez-vous au temps chaud ? Nuit et jour à tout venant, je chantais. »

Vendredi 3 avril – Solitude et promesses

C’est aujourd’hui que les premières mesures de confinement annoncées par la gouvernement devaient prendre fin. Désormais, le nouvel horizon est fixé au 16 mai, date où le pic de l’épidémie devrait être atteint en Italie.

On devait aller voir le concert des Snarky Puppie au palais de la musique. À la place, c’est Kat qui joue de la musique dans la maison. Depuis quelques jours, elle a totalement disparue de la circulation, isolée dans la chambre, casque sur les oreilles, à composer des mélodies en duo avec des amis connectés ailleurs. Solitude.

Fran doit se sentir seul, lui aussi. Il vient dîner presque tous les jours, ramène du vin, des produits frais, du pain… Adamo s’est mis en tête de construire sa cabane dans les arbres. Pour le moment, sa forteresse occupe le coin du canapé, défendue par une couverture-rideau tendue entre les étagères murales. Lui aussi a besoin de son petit coin de repli.

C’est le deuxième jour que je snobe les statistiques. Je les connais à force : 800 morts et 5000 nouveaux cas de contamination. Sans surprise, la France suit trait pour trait la courbe de l’Italie avec 10 jours de retard.

Chiffres cumulés de nombre de morts du Covid-19

Le premier ministre a déclaré hier qu’il « ne laissera personne dire qu’il y a eu du retard sur la prise de décision s’agissant du confinement ». Est-ce une manière de désavouer les propos d’Agnès Buzyn, sa ministre de la santé qui déclarait au Monde à propos des élections municipales qu’« on aurait dû tout arrêter, c’était une mascarade […] je pleurais parce que je savais que la vague du tsunami était devant nous. » ?

Ils « avaient conscience du péril et disposaient des moyens d’action, qu’ils ont toutefois choisi de ne pas exercer », accuse un collectif de plusieurs centaines de médecins qui porte plainte au pénal.

De son côté, le Président Macron, tremolos dans la voie, rend hommage aux soignants à Mulhouse, soulignant « les biens précieux que sont les hôpitaux et la santé gratuite quand le destin frappe ». Et dans la foulée, de passer discrètement commande à la caisse des dépôts et consignation d’un plan pour l’hôpital public poussant plus avant les logiques de privatisation, dans la droite lignée des politiques qui ont mené la France à la situation actuelle…

Pour les promesses et les grands discours, le monde d’après est un horizon bien utile. Mais qu’il s’agisse d’agir et revoilà le monde d’avant qui nous revient comme un boomerang.

Quarantaine - deuxième mois

J’ai eu du mal à envoyer ma dernière newsletter. Pas trop sûr de savoir si c’était vraiment ça que j’avais envie de raconter. Le témoignage d’un enfermement, plus de photos dans mes articles, le commentaire de l’actualité… A-t-on envie de lire ça, a-t-on envie d’écrire ça sur un blog de voyage ? Ça m’a fait du bien au moral de laisser le monde sur le pas de ma porte.

Le temps suspendu

Une amie m’a écrit qu’elle essayait de « saisir l’occasion du temps arrêté, consciente qu’une fois celui-ci reparti, [elle] se ferait de nouveau embarquer ». J’ai visualisé le courant du fleuve et je me suis senti bien à rester sur la rive.

Confort de ne pas avoir à courir au rythme imposé du courant. Possibilité de me recentrer sur mes propres projets. Mais aussi, sentiment de me mouvoir au ralenti, comme dans un rêve où le temps est une matière poisseuse et gluante qui empêche d’accélérer.

Je pensais rentrer dans ma coquille l’espace d’une semaine. Un mois a passé, limité au périmètre de ma maison. Denis, un copain de mon père, m’écrit que « ici, c’est toujours pareil mais bizarrement on s’habitue. Le moins évident est de constater que les journées se répètent à l’identique. » Effectivement ! Sans projet, pas d’horizon, ni spatial, ni temporel. Je me rends compte à quel point le fait d’avancer dans l’espace donne aussi la sensation d’avancer dans la vie… Nos paysages extérieurs façonnent nos paysages intérieurs.

Se recentrer sur ses projets

Mon projet à moi, celui qui me permet de tenir debout durant cette période, c’est mon livre. La destination France n’a jamais été aussi à la mode depuis la fermeture des frontières. La campagne n’a jamais été autant prisée depuis le confinement entre quatre murs. Les alternatives n’ont jamais autant suscité l’intérêt depuis qu’on parle du jour d’après. La diagonale du vide est devenue la projection d’un futur possible et même souhaitable. Sa promotion en ligne occupe tout mon temps.

Je mesure la chance que j’ai. À mes côtés, ma compagne vit une période difficile. Tous ses projets de tournage tombent à l’eau, à court comme à long terme. Dans ce monde où tout est remis en question, dans quelle direction avancer ? Allongée toute la journée sur le lit, casque sur les oreilles, elle écoute des podcasts de développement personnel.

Depuis la fenêtre de mon écran, je vois le monde changer. Les blogs voyage se transforment en blog culinaire parce que c’est ce qui marche. La newsletter de The discoverer me propose des livres de cuisine, des recettes indiennes, comment recréer le tajine marocain dans ma propre cuisine… Le dépaysement est dans l’assiette !

Quarantaine - Déconfinement

Alors que sur le blog, le trafic remontait, dehors aussi, le trafic s’intensifiait. C’est le bruit de la ville qui m’a fait prendre conscience qu’on se rapprochait de la date de fin annoncée. La fin de quoi exactement ?

Difficile de mettre des mots tant le flou est artistique. Est-ce que les gens réinvestissaient peu à peu l’espace ? Le week-end précédent, des éclats de voix venus des jardins voisins indiquaient que la vie sociale reprenait çà et là. Est-ce qu’on allait retrouver le monde que nous connaissions dans le même état que celui que nous avions quitté ? N’allait-on pas regretter ce temps au ralenti ?

Le premier signe que la vie avait changé durant ces deux mois : impossible de remettre la main sur les portefeuilles… En allant chercher Babu, le trafic était plus dense. Le premier signe qu’il y a des choses qui ne changent pas : la conduite des Romains, toujours aussi imprévisibles. Bonheur, on trouve une boulangerie ouverte. Le pain du matin, ça me manquait.

À la radio, le chroniqueur radio détaille le boom d’activité qu’ont enregistré les réseaux sociaux, Netflix et autres Gafa. Les géants du digital tirent leur épingle du jeu et c’est grâce à leurs mouchards omniprésents que je vends autant de livres en ligne. Malaise. Les librairies, elles, rouvrent sous condition. Mais qui a envie d’aller à la librairie aujourd’hui ?

Lundi 4 mai – Tout le monde dehors !

On se rend au parc des aqueducs pour faire honneur à ce premier jour de liberté retrouvée. Enfin, c’est ce qu’on a compris. Fabio notre voisin nous a dit que « lundi, 4 millions d’Italiens retournaient au travail. » On a pris ça pour une réouverture des portes.

Il doit pourtant y avoir des conditions strictes. Sur la route, on croise une bonne dizaine de contrôles de police. Contrôle de quoi ? On se rend compte qu’à force d’avoir entendu des informations changeant de lieu en lieu et de semaine en semaine, on ne sait pas du tout quelles sont les dernières conditions à respecter. Est-ce qu’on est en règle ? Rien n’est moins sûr. On met nos masques… À l’envers !

Au parc, on n’est loin d’être les seuls. C’est la fin d’une très belle journée de printemps ensoleillée et beaucoup de monde est venu se dégourdir les jambes, cueillir quelques fleurs sauvages ou retrouver ses amis – surtout les jeunes. Les amoureux fleurissent dans les champs, enlacés dans l’herbe ou à califourchon sur les tuyaux. Tout le monde est venu célébrer le printemps retrouvé. Un peu de légèreté, ça fait du bien !

Jeudi 6 mai – une balade dans le centre-ville de Rome

À cause de l’ambiance policière pesante qui fait plâner le doute sans trop savoir ce qu’on pourrait se reprocher, on n’est pas ressorti depuis lundi. Mais aujourd’hui, on s’autorise une excursion jusque dans le centre de Rome à vélo. La piste cyclable qui nous y mène est devenue un grand terrain de sport. Tout le monde fait du sport. Les bouteilles de gel hydroalcoolique ont trouvé place dans les porte-bidons.

Arrivé dans le centre, les rues sont vides, les piétons clairsemés. Sur l’île Tiberina, personne pour prendre la photo sur le pont. Un guitariste a repris sa place mais pour qui joue-t-il ? Pour annoncer que la vie a repris ? Va-t-il falloir s’habituer à une Rome sans touristes ? Même si j’avais misé sur eux pour mes plans futurs, je trouve la ville tellement plus agréable sans…

Je retrouve les affiches défraîchies de l’expo Rafaello qui avait ouvert cinq jours seulement avant le début du confinement, début mars. Un marqueur du temps écoulé, mais aussi un signe que la vie économique s’est arrêtée nette puisque rien n’est venu les remplacer. Pendant ce temps, le shopping battait son plein sur internet.

Rome sans les Romains ?

C’est jeudi mais on a la sensation agréable d’être dimanche. Finalement, est-ce que tout ça n’a pas été une sorte de long dimanche, avec ses ennuis, ses temps morts, un certain bonheur de ne rien pouvoir faire et de se laisser aller au temps suspendu ? C’est vraiment une question en l’air, personnellement j’ai travaillé sur le blog sans relâche…

Piazza del Popolo, une dame crie à son fils qui prend les devants : « attention aux voitures ! » Quelles voitures ? La place est vide, les passants se comptent sur les doigts de la main. Fontaine de Trévi, vide. Piazza Navona, vide. Piazza d’Espania, vide aussi. Est-ce que c’est Rome sans les touristes ou Rome sans les Romains ?

À la librairie Stendhal où j’étais sensé présenter mon livre lundi prochain, je passe prendre des nouvelles. La libraire est dehors, masque sur le nez. Comment va-t-elle ? Elle essaye de sauver sa librairie. Fermée depuis deux mois, son chiffre d’affaire est en chute libre tandis que les crédits qu’elle a contractés pour reprendre la librairie il y a trois ans courent toujours. La situation actuelle n’augure rien de bon. Les passants sont rares, les mesures de sécurité autorisent des clients au compte-goutte. La réalité économique risque de venir rapidement gâcher la fête des retrouvailles et de la liberté.

Coronavirus et changement climatique

Les prémisses des crises à venir ?

Pour l’heure, il fait une température idéale. En France, le mois d’avril a été le plus chaud jamais enregistré, avec 3°C au dessus des normales saisonnières. Je repense à ce dessin publié sur Twitter… Et si tout ce que nous venons de vivre n’était que les prémisses de ce qui nous attend avec le réchauffement climatique ? Et si ces deux mois créaient l’électrochoc pour amorcer un changement de modèle ?

Quand je lis que la Commission européenne confie une étude sur la finance durable à BlackRock, l’un des plus gros investisseurs dans les compagnies pétrolières ; quand j’apprends que Bruno Le Maire, champion autodéclaré du capitalisme responsable, attribue 20 milliards aux entreprises stratégiques sans aucune condition de transformation ou d’évolution de leur modèle, et surtout sans aucune contreparties environnementales, je me dis qu’il en faudra plus que ça pour changer le monde.

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12 commentaires

  1. Patrick WILHELM 18 mars 2020 at 9 h 11 min - Reply

    Salut Mat,

    Lors de tes pérégrinations à travers la planète, le ralentissement faisait partie de tes quêtes.
    Aujourd’hui le Covid 19 nous l’ impose certes d’une façon douloureuse mais ne pourrait-il pas aussi devenir le vecteur de propagation d’une certaine forme de simplicité au quotidien dans nos rapports à soi, aux autres, à la nature…
    …bref provoquer une épuration capitalistique…. pour plus de vraie vie! Protège- toi bien et protège les autres!
    Pat68

    • Mat 18 mars 2020 at 12 h 24 min - Reply

      Bonjour Patrick ! Effectivement, je crois que certains d’entre nous sont en train de redécouvrir la lenteur, le plaisir de prendre le temps (de cuisiner par exemple), de profiter de ses proches… Et de ses amis dont on est privé. L’épuration capitalistique, qu’on le veuille ou non, va avoir lieu. Je suis bien placé pour en parler… Pas de revenu prévus pour les mois qui viennent exceptés les quelques livres vendus sur le site… Mais voir la nature se réapproprier les lieux, l’eau redevenir transparente (comme à Venise), l’air se purifier (comme en Chine), peut-être que comme tu le dis, cela va faire réfléchir quelques uns à notre impact sur la planète ? Je l’espère. À mon avis, il y a ceux qui tireront quelques conclusions de cette période, sensibilisés dans leur chair par la perte d’un proche. Probablement, ils chercheront à donner du sens à tout ça. De l’autre côté, il y aura ceux qui chercheront à rattraper le temps perdu et repartiront de plus belle dans la course au temps. De la durée de la crise dépendra à mon avis la proportion des uns et des autres.
      Bon courage à toi aussi pour cette quarantaine. On reste à couvert !

  2. Toussaint 21 mars 2020 at 9 h 04 min - Reply

    Coucou Mathieu. Merci pour ce récit poétique et parfois acide qui reflète bien l’état de fébrilité et la perplexité que nous traversons. Ne prend pas trop de risques. A la revoyure. Nathalie T.

    • Mat 21 mars 2020 at 23 h 47 min - Reply

      Coucou Nat ! T’inquiète, je ne prends pas de risque du tout, d’ailleurs mon contrat de livreur est déjà terminé…
      Pour la fébrilité, c’est bien qu’elle monte enfin parce qu’il faut arrêter la propagation. Pour la perplexité, je viens de lire cet article qui n’est pas à mettre au crédit de ceux qui décident (https://blogs.mediapart.fr/lenous/blog/200320/fin-de-partie-pour-le-covid-le-pr-raoult-et-la-chloroquine). Par contre, il donne de l’espoir et on en a besoin en ce moment de grande incertitude !
      Des bises, à la revoyure avec grand plaisir !

  3. DEGOUZEL Guillaume 21 mars 2020 at 23 h 18 min - Reply

    Bonsoir,

    Je ne suis pas là pour te faire la morale, chacun vis cette situation inédite différemment, mais tu dis au début de ton post sur la 2ème semaine “Je suis tellement aterré que je ne trouve rien à répondre.”
    Mais tu es contradictoire avec ce que tu as fais la 1ère semaine. Toi aussi tu prenais ça “à la rigolade” au début, tu t’es balladé, tu as été visiter les musées, tu as été manger une glace en terrasse…Je pense que la plupart des personnes qui habitent dans des grandes villes n’ont pas compris (en espérant que cela s’améliore) car ils ont l’habitude de fuir leur appartement dès qu’ils le peuvent pour aller vaquer à diverses occupations en ville….Il faudrait juste que les chiffres qui augmentent chaque jour leurs fassent un électrochoc, mais j’ai peur qu’il soit un peu trop tardif 🙁 Et le beau temps n’a pas arrangé le scénario, le printemps est arrivé et les gens veulent sortir prendre le soleil, ce que je comprends pleinement.

    En même temps, le gouvernement lui aussi a été contradictoire, avec les annonces du président pour les écoles fermées mais le maintien des élections…pas logique du tout. En situation de crise, il faut prendre des mesures, mais le Français n’aime pas qu’on lui impose quelquechose…alors que là, c’est sa vie qui en dépend. Mais il prends ça comme lors d’une augmentation du prix du carburant en disant: “c”est toujours les mêmes qui payent!”. Malheureusement, certains vont payer…de leur vie 🙁

    Je pense que la consigne a beaucoup plus été prise au sérieux dans les campagnes. Moi qui habite sur la diagonale du vide, dans le 71 (au passage, j’ai acheté et lu ton livre et je l’ai vraiment apprécié 🙂 ) je peux te promettre que depuis lundi, la petite route qui passe devant chez moi (une ferme isolée, proche d’un village de 500 âmes) ne voit que le facteur et les quelques agriculteurs du coin qui vont s’occuper de leur bétail.
    Il est vrai qu’en temps normal, ça n’est pas une autoroute, mais il y a du passage quand même….mais là, rien…..calme plat….
    Nous sommes déjà “confinés” en temps normal, nous avons l’habitude de rester chez nous pour bricoler, jardiner, s’occuper de notre terrain, et du coup la mesure de confinement passe “mieux” pour nous. On regrette juste le passage au café du village le dimanche matin, pour boire un verre avec les amis, le passage à la boulangerie pour discuter un moment de la pluie et du beau temps avec les personnes que l’on croise….mais on se dit qu’il vaut mieux s’isoler un moment pour endiguer cette pandémie plutôt que l’amplifier en se réunissant….je préfère revoir mes amis et ma famille dans 1 mois (ou plus??) que ne plus les croiser du tout s’ils chopent cette saloperie de virus.
    Le plus dur, personnellement, c’est d’arriver à faire faire les devoirs aux enfants le matin et leur trouver une occupation l’après-midi…et ce n’est que le début!

    C’est mon avis, chacun a le sien, qui a le bon? Je ne sais pas, mais j’avais envie de le partager avec toi.
    Bon courage à toi, merci pour ce récit, en espérant que les français appliquent le plus vite possible et le mieux possible les consignes pour ne pas vivre ce qui se passe en Italie…

    Tchao

    • Mat 22 mars 2020 at 1 h 37 min - Reply

      Merci Guillaume pour ton long commentaire ! C’et vrai, je plaide coupable, je n’ai pas été le plus obéissant des confinés… Il y a un temps d’incubation pour prendre pleinement conscience de la gravité de la situation. Mais une fois que l’on sait le danger et les conséquences dramatiques, on ne peut pas regarder ce qui arrive ailleurs sans réagir (et c’est la raison pour laquelle j’ai raconté la deuxième semaine : pour alerter). Aussi, avec l’information qui circule, on ne peut pas imaginer que les mêmes erreurs soient reproduites à l’identique ailleurs. Ce n’est pas comme si on ne savait pas. Et pourtant si. C’est le principe de l’expérience d’être personnelle et incommunicable.
      Merci pour ton témoignage sur ce qui se passe dans les campagnes. J’espère que cela vaut pour l’ensemble de la France. Pour les enfants, je n’ai pas trop trouvé de recette miracle non plus… L’atelier cuisine, ça marche vraiment pas mal ! Dés qu’il y a de la pâte, c’est la fête ! Et pour les amis, les apéros sur Skype ouvrent le champ des possibles.
      Bon courage pour cette période incertaine, en espérant que les tests et les traitements à la chloroquine apportent des solutions efficaces à ces perspectives pas réjouissantes…

  4. Airey 22 mars 2020 at 15 h 54 min - Reply

    Merci Mat.
    A sobering journal.
    All the best from our confinement in the French Alps (which our village is taking very seriously).
    Sally-Anne

    • Mat 22 mars 2020 at 18 h 28 min - Reply

      Hey Sally-Anne ! Quarantined in paradise, how does it feel ? 😉
      If you organize it one of these days, I would be delighted to have an online mindfulness session… I think it is definitely the time for it !
      Hope to see you soon !

  5. Airey 22 mars 2020 at 18 h 32 min - Reply

    Thanks Mat. I’ll keep you posted..

  6. Alexandra 3 avril 2020 at 8 h 52 min - Reply

    Bonjour Mat,
    A fil de mes recherches sur la toile concernant un thème bien précis avec 2 mots clés: Rome et Coronavirus, je tombe sur “Les voyages de Mat”, et comme je suis une amoureuse des rencontres multiples à savoir, rencontres de cultures, de paysages, de personnes, de bons plats (j’ai eu la chance d’en vivre au gré de mes différents voyages)…. bref tout ce qui peut me faire vivre la différence et la richesse des émotions que cela procure en moi, je me suis intéressée à ce que tu nous offres dans tes partages. Je t’en remercie, car dans ces moments de confinement, je voyage un peu à travers tes écrits et je t’en remercie.
    Ceci étant dit, ma première recherche était sur une autre question. A la fin du mois de Mai, j’ai prévu un voyage “surprise” pour ma fille de 17 ans à Rome. D’origine italienne par mon père, j’ai très envie de retourner en Italie et à Rome en particulier, où je ne suis jamais allée, pour aller ressentir cette ville qui m’attire. Mon intention était et est toujours de visiter un ou deux musées (bon jusque là rien d’original) mais l’essentiel n’est pas là pour moi. Ce que je recherche c’est un peu ce qu’a vécu Elizabeth Gilbert dans son livre “Mange, prie, aime” si bien incarnée par Julia Roberts lorsqu’elle vit 4 mois à Rome pour la partie Mange … quoique pour Rome on pourrait vivre les 3 sans difficulté 🙂
    Bref, je m’égare… j’ai envie de vivre avec ma fille, entre mère et fille, une découverte de Rome hors du chemin touristique, mais plutôt sur les chemins de traverse, rencontrer les Romains dans leur quotidien, manger, déguster, apprécier au rythme de la lenteur, à notre propre rythme, tout en s’appropriant, les odeurs, les couleurs, les marchés, les romains parler, les petits quartiers moins voire pas touristiques.. bref, tu sens sûrement l’ambiance du court séjour que je souhaite vivre. En effet, pour diverses raisons, nous ne partons que 5 jours au départ de Barcelone pour profiter une journée là-bas avant notre vol (nous habitons Narbonne). J’ai choisi une compagnie low-cost espagnole (donc pas d’assurance annulation possible), et là tu me vois venir, puisque un petit hic vient chambouler mon projet, le Covid-19 bien-sûr. La compagnie propose un report de voyage en payant la différence de billet évidemment;
    Je ne sais pas trop quoi faire, car pour l’instant, je n’ai pas reporté encore mon voyage pour plusieurs raisons, j’attends de voir l’évolution de la situation sanitaire et je ne sais pas trop quand reporter car l’été trop de monde, trop cher et de toute façon on ne sait même pas si d’ici là tout sera fini. D’autres contingences entrent en jeu, puisque ma fille passe son bac cette année, et qu’on ne sait pas ce qui nous attend, puis part faire ses études à Toulouse, bref un peu compliqué en ce moment de se projeter. J’avais pensé peut-être pendant les vacances de Toussaint, mais sera-t-elle disponible avec ses études supérieures? Bref, de multiples questions, doutes me freinent dans mon choix. J’aimerais avoir ton avis, parce qu’en y réfléchissant, si fin mai le départ est possible, dans le cas où cela sera possible dans les conditions optimales évidemment (seulement si la situation le permet), Rome risque d’être comme jamais, beaucoup moins envahi de touristes, beaucoup auront annulés ou encore peur de partir au-delà des frontières. De nombreuses questions qui restent en suspend et j’apprécierais avoir ton avis, toi qui est à Rome en ce moment. Parfois, avoir un regard extérieur, peut-être plus objectif est souhaitable. Dois-je prendre le risque de maintenir ce voyage, ou le reporter, bon j’ai encore un peu le temps pour me décider mais comme tu t’en doutes les prix des vols grimpent vite, alors il faut que je me décide.
    Je suis désolée, mon message prévu assez court au départ, est finalement plus long. Je te remercie de m’apporter ton regard et ton avis, si tu le veux bien.

    Et, enfin pour clôturer sur cette situation inédite mais tellement instructive sur nous et notre société, je souhaite comme de nombreuses personnes qu’elle nous amène enfin à écrire une nouvelle page différemment et tellement plus créative pour tous en prenant en compte tous les aspects essentiels ! Inutile de les énumérer, ils sont tellement évidents ! Le jour d’après, effectivement.
    Bonne route intérieure et au gré des voyages et rencontres.
    Alexandra

    • Mat 7 avril 2020 at 21 h 21 min - Reply

      Bonjour Alexandra ! Merci pour ce long message. C’est drôle parce que je réfléchis à lancer mon activité de guide à Rome et le séjour que tu décris correspond exactement à ce que j’ai envie de proposer 🙂 Je vais commencer par attendre que les touristes reviennent, ce qui ne va pas se faire du jour au lendemain… Je ne peux vraiment pas te dire en terme de date ce qui nous attend, bien malin celui qui pourrait. Les chiffres qu’on nous annoncent sont reportés de quinzaine en quinzaine et sans prendre en considération la situation en France, en Espagne. Ici ils envisagent de réouvrir progressivement suivant les régions, mais je suppose également selon les activités prioritaires. Donc quelque chose me dit qu’il vaut mieux prendre ton temps plutôt que de voir ton voyage reporté et ta réservation majorée. Le bon côté des chose, c’est que ça me laisse formaliser quelques itinéraires que je pourrai te proposer bientôt 😉 Je te tiens au courant ! Bonne quarantaine d’ici là.

  7. La Rando 19 mai 2020 at 17 h 45 min - Reply

    Bonjour Mat, Fan de rando et de voyage, ces conseils sont top pour préparer notre futur voyage en Italie. Depuis le covid 19, nous ne savons pas encore quand nous pouvons réserver les dates pour notre prochaine destination italienne. Merci pour ton travail, je trouve votre blog vraiment génial et plein d’infos utiles sur cette destination.
    Merci pour le partage.
    La Rando

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