À Écurey, un piano dans le moteur

À Écurey pôle d’avenir, on respire culture popu­laire et déve­lop­pe­ment durable. Un paysage idéal où l’ombre nucléaire du site de Bure dérange.

Dans la campagne meusienne, l’ancienne fonderie d’Écurey propage ses ondes posi­tives. Culture popu­laire, déve­lop­pe­ment durable… On y expé­ri­mente le bien vivre en milieu rural, à deux pas d’un trou gigan­tesque qui fait désordre…

Les bonnes ondes sont conta­gieuses. Là où le courant passe, on me renvoie vers d’autres endroits tout aussi conduc­teurs. C’est Jacques d’Anes Art’gones qui m’a recom­mandé d’aller faire un tour à Écurey pour rencon­trer la Compa­gnie Azimuts.

« Je ne sais pas pour­quoi ils sont allés s’enterrer là-bas, mais va y faire un tour. C’est bien, ce qu’ils font. »

J’arrive à Écurey où des sons s’échappent d’une grande halle de brique. Le site est une ancienne fonderie et conserve encore des centaines de pièces uniques. Mais les sons qui m’accueillent ne sont pas ceux d’une forge.

Les véhicules sonores de la Rue de la casse

Le tinta­marre est celui d’un garage en pleine ébul­li­tion. Une Vaux­halle rose, look sixties rock’n’roll, une austin noire, modèle taxi londo­nien, une esta­fette bleue Renault, type panier à salade soixante-huitard, squattent la halle. Ils ont de la person­na­lité, les véhi­cules sonores de la Rue de la casse, la troupe en résidence.

Bricolés dans les carlingues réamé­na­gées en salle de concert, il y a du boulon, des poulies, des pistons, des moteurs élec­triques, des robi­nets d’air, tout un univers à la fois très concret et très poétique. Aux commandes de la Vaux­halle, Valentin caresse la carlingue, pousse des boutons, actionne des leviers, soulève des capots.

La musique qu’il fabrique est concrète, ancrée dans la matière. Des disques de freins qu’on frotte et qu’on frappe, un piano joué à même les cordes, des tuyaux qui chantent… Du réel pour créer de l’imaginaire. Ça fonc­tionne à merveille.

De la culture en milieu rural

La Compa­gnie Azimuts anime le terri­toire du sud-meusien depuis 17 ans. À sa tête, Isabote et Mickaël jouent les apprentis-sorciers, tentent de piquer la curio­sité d’un public pas forcé­ment conquis d’avance.

Une tren­taine de béné­voles soutiennent leur action, investis dans l’ensemble des acti­vités orga­ni­sées sous la houlette du pôle d’excellence rural d’Écurey. La struc­ture a pour mission d’« expé­ri­menter le bien vivre en milieu rural ». Éco-construc­tion, valo­ri­sa­tion du patri­moine, agri­cul­ture biolo­gique… L’accent est mis sur le déve­lop­pe­ment durable.

Mais en sous-sol, une autre parti­tion s’écrit. À quelques nuages de là, le « labo­ra­toire » de recherche souter­rain de Bure fait de l’ombre au tableau.

Le CCOUAC : Centre de Création Ouvert aux Arts en Campagne.

Rayonnement culturel et radioactif

Des déchets nucléaires haute­ment radio­ac­tifs sont destinés à être stockés dans les couches géolo­giques pour les dizaines de milliers d’années à venir. L’actuel labo­ra­toire n’attend que le feu vert des auto­rités pour devenir offi­ciel­le­ment site de stockage. Le projet, baptisé Cigéo, est monumental.

Un piano dans le moteur - Carnet de voyage en France - Ecurey

Le budget atteint trente cinq milliards d’euros, dont quarante millions versés chaque année à la Meuse – un cinquième du budget total du dépar­te­ment. Face à cette manne provi­den­tielle, diffi­cile de faire la fine bouche. Toutes les communes voisines du site sont irri­guées par l’argent de l’Agence Natio­nale de Gestion des Déchets Nucléaires, l’ANDRA.

Saisie par les oppo­sants au projet, la cour admi­nis­tra­tive d’appel de Nancy recon­naît que « les subven­tions altèrent le débat démo­cra­tique ».

Pour Mickaël de la Compa­gnie Azimuts :

« Personne n’est à l’aise avec ça. Quand j’avais vingt ans, j’étais très actif dans la lutte anti-Bure. »

La direc­trice du pôle avoue en éplu­chant ses pommes de terre bio :

« Entre nous, on n’en parle pas, le sujet est trop sensible »

Trop sensible égale­ment pour l’assemblée natio­nale où la ques­tion de Bure ne fera pas débat.

La guerre de Bure n’aura pas lieu

Intégré à la loi Macron sur propo­si­tion du séna­teur de la Meuse Gérard Longuet, le projet est enté­riné défi­ni­ti­ve­ment à grand renfort de 49.3. Bure sera le site d’enfouissement des déchets nucléaires fran­çais parce que l’État en a décidé ainsi. La procé­dure sera pour­tant jugée « contraire à la consti­tu­tion » par le Conseil consti­tu­tionnel qui l’invalidera quelques mois plus tard.

Pour ceux qui vivent ici, la poli­tique, c’est ça. Des accords conclus en haut lieu, des déci­sions impo­sées et l’impression de ne pas être pris en compte.

Écurey pour­suivra sa mission d’expérimenter le bien vivre en milieu rural et Azimuts celle d’animer le terri­toire par le théâtre de rue. Chacun avec le senti­ment de faire progresser les choses malgré tout.

Le livre d’un voyage exotique en France

Peut-on faire un voyage exotique dans son propre pays ? Pour y répondre, j’ai traversé la France à pied à travers la diago­nale du vide.

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