Course contre le soleil au Mont Beuvray

Un lever de soleil sur le Mont Beuvray ou comment une randonnée nocturne se trans­forme en course contre la montre.

Le Mont Beuvray offre les plus beaux points de vue sur le Morvan. Levé aux aurores, ma randonnée nocturne se trans­forme vite en course-pour­suite contre le soleil. Dans l’obscurité, j’entre en rumi­na­tion. Petite séance d’auto-archéologie.

En rentrant dans ma chambre, une odeur fumée me saute au visage. Après avoir infusé deux semaines dans le parc du Morvanj’ai peu à peu pris le parfum de la forêt. Il est cinq heures du matin et j’ai un objectif : assister au lever du soleil depuis le Mont Beuvray. Dehors, il fait encore nuit noire et, en arri­vant sur le chemin fores­tier, il faut me rendre à l’évidence… Je n’y arri­verai pas sans lampe ! Demi-tour…

Odeur fumée. Redé­part au pas de charge. Je me réjouis déjà à l’idée des photos de soleil levant sur les confins du Morvan. Stupeur. L’appareil photo ! Oublié ! Demi-tour-odeur-fumée-redé­part au pas de course. Rien à faire, je ne serai jamais du matin…

Je devine tout juste le lacet de goudron qui serpente entre les arbres. Au diable la lampe. Je cours dans l’obscurité pour arriver à temps et faire la photo fantasmée.

Auto-archéologie au pays des Celtes

Faire une bonne photo, c’est être au bon endroit au bon moment. Parfois, la photo vient à vous. Et parfois, il faut aller la cher­cher. Je cours après les secondes qui s’égrènent et le peu de temps qui me sépare du lever du soleil. Je cours, je ne vois rien, je rentre en rumi­na­tionAu pays des Celtes, je fais de l’auto-archéologie.

Courir dans la nuit sans savoir où l’on va.
Vivre une vie sans savoir où l’on va.
Au final, peu importe la desti­na­tion,
seul le chemin compte.

J’arrive au musée archéo­lo­gique de Bibracte-Mont de Beuvray. Le soleil se lève dans quelques minutes. Sur ma carte, je touche au but mais où se trouve cette foutue route ? Et ce chemin qui part dans l’épaisseur de la forêt, serait-ce… ?

Fuite en avant

Une forme émerge de la pénombre du bâtiment.

« Suivre le goudron ; deux kilo­mètres ; trois pour accéder au site. »

Elle retourne à ses collec­tions. L’Aube ne m’a jamais semblé aussi distante. Et contre toute logique, avec l’intuition profonde de faire fausse route, je jette toutes mes forces dans cette direc­tion. Le soleil doit déjà être en train de se lever alors que je cours encore sur cette route inter­mi­nable. Je pense à mes amis Vincent et Laurent qui arpentent le décor à petites foulées le sourire aux lèvres.

Le sourire aux lèvres, moi je ne l’ai pas…

Écouter ma voix intérieure

Ma victoire sera ce lever de soleil sur la campagne embrumée dont chaque seconde écoulée, chaque pas de plus m’éloigne. On ne triche pas avec le temps.

Et le soleil se lève. Et je suis encore en train de courir, en train de rater le moment espéré parce que j’ai écouté Mr Nobody, parce que j’ai préféré suivre son conseil à lui plutôt que m’écouter moi. J’ai eu peur de prendre le risque de me faire confiance.

Combien d’échecs parce que j’ai eu peur de moi-même ? Combien de trains manqués parce que je ne me faisais pas confiance ? J’ai l’impression que c’est l’histoire de ma vie.

Ecouter ma voix inté­rieure, faire confiance à mon intuition.

Ecouter ma voix inté­rieure, faire confiance à mon intuition.

Ecouter ma voix inté­rieure, faire confiance à mon intuition.

Le Mont-Beuvray à la rage

Et je cours encore. Je cours après les secondes. Je cours de rage. Mes cuisses me font mal. Je m’inflige moi même la puni­tion. Je suis en train de rater le lever de soleil sur la campagne embrûmée et je me déteste.

Le chemin esca­lade la pente de face, tire main­te­nant à travers bois. Enfin la forêt s’ouvre, encore un dernier champs à esca­lader. Tout droit. Je grimace. Derrière la cime des arbres, j’entraperçois la brume, la campagne, les nuages, les sommets, le Mont-Blanc.

Je cours vers le sommet. À mes pieds, le pano­rama que j’espérais s’étale. Épous­touf­flant. Et le soleil, voilé derrière les nuages, n’a pas encore fait son appa­ri­tion. Il m’attendait !

Il m’attendait.

Depuis le Mont Beuvray, panorama sur la vallée du Rhône et les reliefs de Franche-Comté

Le livre d’un voyage exotique en France

Peut-on faire un voyage exotique dans son propre pays ? Pour y répondre, j’ai traversé la France à pied à travers la diago­nale du vide.

Commentaires

Très sympa comme récit, je me suis reconnu sur le peu de sorties mati­nales que j’ai fait pour le paysage…à courir contre ;e temps, à expé­ri­menter des chemins improbables 🙂
En tout cas, le résultat est là, et pas sûr que tu aurais eu plus beau 5 minutes avant…et comme de toute façon, on ne pourra jamais savoir, il faut profiter de ce qu’on a !

Haha ! Ça fait plaisir de savoir que je ne suis pas le seul à vivre ce genre de mini-échec…
D’au­tant que tu as parfai­te­ment raison : au final, je suis arrivé au bon moment, car le soleil n’était pas encore sorti de la couche nuageuse !
En fait on se fout tout seul une pres­sion de malade, alors que tout autour de nous, la vie s’écoule sereine. Voilà, c’était la pensée du jour 😉

Merveilleux !
Cette course contre le Soleil… contre soi-même… contre notre Soleil inté­rieur ! Merci pour ce cadeau ! Pour ces mots exprimés qui sont si bien « imagés » par votre Ascen­sion du Mont Beuvray. Votre texte est digne de cet auteur que j’aime parti­cu­liè­re­ment, natif de ce « Pays », qui écrivit « les étoiles de Compostelle »…
Vos photos sont comme toujours, pleines de sensi­bi­lité, je les apprécie beau­coup aussi.
Vous faites un voyage que je rêve­rais de faire ; grâce à vous, j’en perçois le parfum…
Je vous souhaite de l’écouter et de l’en­tendre de plus en plus, votre voix inté­rieure. Plus on lui fait confiance et plus elle est présente, dans les plus infimes « détails » du quoti­dien, lui donnant un côté « Magique »…
La Vie est Belle

Bonjour Nathalie ! Merci pour ces quelques lignes.
J’ai écrit ce texte un peu comme une incan­ta­tion, pour m’ex­horter à suivre mon instinct.
Mes voyages me démontrent inlas­sa­ble­ment que la vie est plus simple que ce qu’on imagine et que les diffi­cultés sont bien souvent dans ma tête.
J’es­père que vous aussi vous saurez créer l’oc­ca­sion de faire ce voyage dont vous rêvez. J’al­lais dire « que vous aurez vous aussi la chance de… » Mais en fait la chance n’a rien à voir là-dedans 🙂
Bonnes fêtes !

Très agréable à lire, et superbes images de l’aube. Ça méri­tait l’effort !
J’ai un très bon souvenir de quelques randon­nées dans le Morvan, cette région est méses­timée alors que si proche. Et rassure-toi, nous ne courons pas toujours le sourire aux lèvres !
Bise

Merci Vincent 🙂
Quoi ?!? Vous ne courez pas toujours le sourire aux lèvres ? Le mystère s’épaissit… 😉
Plus sérieu­se­ment, il faudra un jour que tu m’ex­pliques ce qui te pousse à faire des courses de plusieurs jours. Ça m’échappe !
À bientôt !

Sympa l’ar­ticle.
Merci pour la petite dédicace.
D’après les photos, la course en valait la peine.
Bises et à bientôt

Bonjour et merci pour ces beaux récits de traversée de notre si belle région. Le lever de soleil depuis le mont Beuvray est le « sport » favori de mon cher et tendre et le plaisir est encore plus intense quand il aper­çoit le Mont Blanc, tout là bas, là où naît le soleil. ( http://instantalautre.blogspot.fr/ )
Heureuse que vous aillez apprécié nos paysages, ici peu de gens « du cru » ont conscience de la richesse et de la beauté des lieux. Nous, nous en sommes éper­du­ment amoureux !
Par contre vous avez eu de la chance car habi­tuel­le­ment le mois de décembre est bien plus pluvieux, voir neigeux !! Un des aléas du réchauf­fe­ment clima­tique peut-être ?
Bonnes routes !
PS : un petit « e » à Glux en Glenne ?

Bonjour (Cécile ? Toine ?) !
Ça oui, j’ai apprécié… Après tous ces efforts, j’étais d’au­tant mieux disposé 😉
Vous avez de la chance d’avoir les yeux grand ouverts. Beau­coup de gens ne voient plus la beauté qui les entoure et ne rêvent que d’ailleurs. Je crois que partir nous fait ouvrir les yeux. Enfin j’es­père… En tout cas, vos photos sont splendides !
Je n’étais pas en décembre à Glux-en-Glenne (avec un e, merci pour la note) ! J’y étais fin septembre, mais j’ai publié mon texte avec pa mal de déca­lage. Le voyage me prend tout mon temps 😉
À bientôt par ici (ou par là)
Mathieu

oui, suis-je bête, il y a encore du feuillage sur vos photos !
Le commen­taire est de Cécile, les photos de Toine (mon cher et tendre) 😉 Merci pour le compli­ment pour les photos, je transmettrai.
Quelle chance de pouvoir voyager ainsi ! La vie que nous avons choisi ne nous le permet pas. Parfois certains voyagent beau­coup mais sont inca­pables de voir la beauté de ce qui les entoure et cherchent toujours à voir « ailleurs ». Nous nous aimons aller ailleurs pour mieux revenir. Nous avons cepen­dant nos préfé­rences en des lieux que nous appré­cions mais où nous ne pour­rions pas vivre. Les Pyré­nées et le Vercors sont nos favoris. (Oui ont a du mal avec les plaines !! )
Bons voyages !

Salut, je découvre ce site via Donlope. Tes esca­pades sont très bien racon­tées, ça fait de très bonnes idées de tourisme vert ! J’ai connu un peu le Morvan il y a pas mal d’an­nées, c’est un très bel endroit, d’un calme qui s’apprécie !

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