À Noyant-d’Allier, des pagodes dans le bocage

L’his­toire a crée des ponts entre le Vietnam et l’Al­lier. À Noyant d’Al­lier, je découvre un village multi­cul­turel. Pagode et corons, tofu et pâté de pomme de terres… Bouddha est-il soluble dans le bocage ?

De l’Allier, on m’avait vendu le bocage et les châteaux. Je me retrouve avec des pagodes et des mines… L’histoire a crée des ponts entre le Vietnam et la France. À Noyant d’Allier, je découvre un village multi­cul­turel. Bouddha est-il soluble dans le coron ?

Je ne reste pas long­temps à Mont­luçon. Le bruit de la ville et de ses embou­teillages (peut-on vrai­ment parler d’embouteillages à Mont­luçon ?) me rendent agres­sifs. Je me réfugie entre les murs inso­no­risés du musée de la musique popu­laire avant de quitter la ville pour de bon.

La dépar­te­men­tale épouse les derniers étire­ments du massif central. Des mines ponc­tuent la région. En enjam­bant l’autoroute me reprend le même éner­ve­ment. Le vacarme des véhi­cules lancés sur le bitume est une insulte au murmure de la campagne.

Je me suis désha­bitué au bruit, il va falloir me réac­cli­mater à la ville. En atten­dant, il y a l’Allier et son bocage.

L’Allier

L’Allier. C’est le dernier dépar­te­ment de ma traversée de la France et j’avoue que je n’ai pas préparé grand chose.

Un jour­na­liste de la presse locale m’en dresse un tableau synthé­tique : trois villes qui se tournent le dos – Drogue et putes à Mont­luçon, faits divers et cougars à Vichy. Pour Moulins, un respon­sable touris­tique ajoute une extra­or­di­naire concen­tra­tion de chateaux dissé­minés dans le bocage.

Sur ce terri­toire ancien­ne­ment commu­niste, l’opinion glisse tran­quille­ment vers la droite sans aller dans les extrêmes, confor­mé­ment au tempé­ra­ment paysan modéré qui « ne renverse pas la table ». Les mines appar­tiennent au passé.

La mine de Noyant d’Allier

Noyant d’Allier est une ancienne cité minière. Du haut de la butte, les premiers rayons du soleil étirent des ombres bleues sur la campagne blan­chie. Un petit cercle de givre s’est formé sur la toile de ma tente, à l’endroit où je respire.

Laura m’accueille devant l’imposant bâti­ment minier. Pari­sienne d’origine, elle est tombée amou­reuse du village de Noyant d’Allier il y a dix ans. Installée depuis quatre ans, elle prend part à la vie locale. C’est en qualité de prési­dente du musée de la mine qu’elle m’accueille.

La galerie recons­ti­tuée, système d’aération et « cata­pulte » en tête, laisse imaginer le vacarme sous-terrain ; Le cheva­le­ment en béton, avec ses faux airs de plon­geoir olym­pique, la profon­deur des gale­ries ; Les propor­tions du pont central, la puis­sance des moteurs. Tout est gigan­tesque.

Bouddhas et pagodes

Aux anti­podes du vacarme de la mine, un lieu parfai­te­ment inso­lite se dissi­mule derrière les corons. Allongés, debout, assis, des boud­dhas parés de tuniques dorées méditent dans le jardin d’une pagode impro­bable. Le vent caresse des petites cloches cris­tal­lines. Leur tinte­ment souligne le silence ambiant.

Avec la ferme­ture de la mine dans les années quarante, beau­coup de mineurs ont quitté le village, déserté les corons. Ceux-ci accueillent dix ans plus tard une autre popu­la­tion : les Fran­çais d’Indochine, rapa­triés de la déco­lo­ni­sa­tion, de retour avec femmes et enfants.

La commu­nauté grandit, les couples franco-viet­na­miens donnent nais­sance à des enfants métis, des familles viet­na­miennes réfu­giées viennent rejoindre ce petit bout d’Asie en plein cœur du bocage où l’on porte encore le chapeau conique.

Accueil vietnamien

Au Petit d’Asie, éven­tails, boud­dhas de jade et musique sucrée plantent le décor viet­na­mien de cet établis­se­ment à la fois restau­rant, bar et épicerie. Sa jeune patronne, Caro­line, navigue de tables en tables avec un sourire indé­fec­tible et un plaisir évident. Arrivée ici dans les années quatre-vingt dix, elle ne se sent pas plus fran­çaise que viet­na­mienne. Elle se sent noyan­taise. Ses clients ne tarissent pas d’éloges sur sa gentillesse. On est un peu en famille, ici.

Au bar, on croise des amis, Philippe et Marie qui m’emmènent sur la côte Matra admirer la lumière de cette fin de journée. Et puis les vrais du coin, des Jean-Jacques et des Dédés aux yeux bridés, qui ont eu le temps de grandir, partir et revenir à Noyant.

« On peut se pointer en chaus­sons et robe de chambre sans que ça gêne personne, ici. À Moulins, tu aurais les flics direct. Ici, on peut rigoler. »

Les tour­nées de Saïgon s’enchaînent, Caro­line rapporte des petits plats, nems aux légumes, beignets de crevettes, desserts à la noix de coco. On me débrouille une chambre chez Geor­gette. Après avoir quitté Enghien-les-bains, la dame s’est installée ici où elle accueille les fidèles boud­dhistes en visite à la pagode.

“À la bonne franquette”

Je repars avec mon poids en thé au jasmin, fortune cookies, élixir de ginseng, gingembre confit, nougat au sésame, sans oublier l’indispensable tasse de thé en porce­laine chinoise…

Alors que je tente d’ordonner mes sacoches avant de prendre la route, sur la place prin­ci­pale, on m’apostrophe d’une fenêtre :

« Venez, je vous offre le café ! »

Ma tourte de pomme de terres s’enrichit d’oeufs au plat, d’un canon de Saint Pour­çain et d’un café, donc ! Cette cuisine accueillante est celle de Michel et Henriette, le maire du village et sa compagne.

Le mot du maire

Nous évoquons les secrets de ce village dont la tradi­tion d’accueil semble être depuis long­temps l’une des facettes. Maladroi­te­ment, par deux fois, je parle d’inté­gra­tion et Henriette, née de père fran­çais réunion­nais et de mère viet­na­mienne me fait les gros yeux.

« On ne peut pas parler d’intégration puisque nous étions déjà fran­çais ! Il faut parler d’adap­ta­tion. Nous ne sommes pas des immi­grés, nous sommes des rapatriés. »

Je comprends bien la nuance. D’ailleurs, Henriette m’accueille « à la bonne fran­quette », comme elle le dira plusieurs fois. On ne choisit pas lesmots au hasard.

Mais dans ce village, l’origine n’est pas un problème. La popu­la­tion de Noyant compte une ving­taine de pays d’origines diffé­rentes. La soli­da­rité qui a prévalu entre les mineurs d’origine polo­naise avant guerre a perduré à l’arrivée des rapa­triés d’Indochine, puis des réfu­giés issus des boat people dans les années quatre vingt.

Aujourd’hui, ceux qui sont partis reviennent, réin­ves­tissent les corons pour leur retraite. Tout le monde ici a des amis viet­na­miens. Je me prends à rêver d’un village, dans un futur plus ou moins loin­tain, où tout le monde aurait des amis syriens, souda­nais ou haïtiens…

Le livre d’un voyage exotique en France

Peut-on faire un voyage exotique dans son propre pays ? Pour y répondre, j’ai traversé la France à pied à travers la diago­nale du vide.

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Commentaires

Merci Domi­nique 🙂 Retournez vous à Noyant ?
Mon oeil était celui d’un néophyte, qui plus est de passage. Je me demande quel regard porte un natif sur son village tel qu’il est aujourd’hui…

J’y ai hérité d’une maison et essaye, avec les moyens dont je dispose de la rénover. En réalité, ma mère était insti­tu­trice à Noyant en 1956, date de l’ar­rivée des 1ers rapa­triés d’In­do­chine : quand je suis allée au Vietnam, en 1992, je n’étais donc pas dépaysée. Et il n’est pas anodin que j’ai choisi d’aller au Vietnam dès que cela a été possible.
Tout n’a pas été aussi idyl­lique, à Noyant, qu’on le raconte main­te­nant. A l’époque, les insti­tu­teurs, qui avaient une vraie recon­nais­sance dans la société, ont fait beau­coup pour l’in­té­gra­tion. Et toutes les insti­tu­tions, d’ailleurs. Les jeunes indo­chi­nois étaient, dans leur majo­rité, de très bons élèves, très disci­plinés (on était enfants de mili­taires dirait Edouard Bras­se­casse). La majo­rité d’entre eux ont bien réussi : enfants de fonc­tion­naires, il me semble que beau­coup sont devenus fonc­tion­naires ! Ce serait une chose à vérifier.
La région est très belle, le paysage très repo­sant. Le côté asia­tique ajoute de la zéni­tude. Et je crois que l’on pour­rait déve­lopper des acti­vités relaxa­tion et médi­ta­tion en pleine nature. Il y a un très beau bâti rural ancien (XVIIe – XVIIIe, que je vais essayer de recenser). Des chemins creux, dont il est diffi­cile de connaître l’his­toire, mais qui me paraissent proto­his­to­riques. Sur les côtes Matras, on a retrouvé des vestiges celtiques. Quand on prolonge sur Le Montet, il y a un beau prieuré « michae­lien » qui dépen­dait de saint Michel de la Cluse en Savoie.

Ah c’est super d’avoir une mise en pers­pec­tive histo­rique et moins carte postale !
Les acti­vités de relaxa­tion et de médi­ta­tion sont une très bonne idée ! On a tendance à asso­cier l’Asie à ce genre de pratiques, je suis sûr que ça pour­rait marcher.
Merci pour ces infor­ma­tions précieuses. Il va falloir que je refasse un passage pour le petit patri­moine ! Il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir…

Contactez-moi, je vous ferai visiter. J’ai un blog que j’ai un peu délaissé, où je mets des trucs très variés (y compris mes recettes de cuisine) dominique03.over-blog.com. Mais où vous pourrez peut-être glaner des éléments qui vous intéressent.
Et un profil Face­book : https://facebook.com/dominique.laurent2.
Allez visiter la Haute Loire. Et même le dépar­te­ment de la Loire : j’y ai vécu et travaillé. Et je faisais visiter la région aux assis­tants d’an­glais qui ne s’at­ten­daient pas à décou­vrir de telles richesse au fin fonds de la France.

Quel bel article ! Je ne sais plus comment j’y suis tombée dessus, mais je suis épatée par votre style si évoca­teur, et bien sûr par les photos splen­dides. Quel endroit éton­nant que ce village d’Al­lier ! Je suis moi-même origi­naire de Haute-Loire (et expa­triée en Irlande), et je n’avais aucune idée que ce village si multi­cul­turel exis­tait. Merci pour la balade !

Merci Annette 🙂 Avec plaisir pour la balade !
J’au­rais été ravi de vous balader aussi sur des terres que vous connaissez bien, mais je ne suis pas passé en Haute-Loire.
Et oui, la France est pleine de surprise ! À quand un village fran­çais en Irlande ? 😉

C’est incroyable de décou­vrir un endroit comme cela en France ! Une belle histoire et encore une fois un très joli récit ! J’ap­précie vrai­ment décou­vrir la France sous un autre jour grâce à toi ! 🙂

Haha ! Moi aussi j’étais tout excité de décou­vrir l’en­droit et je n’ai pas été déçu ! Et puis Caro­line était la personne idéale pour me raconter tout ça. Par les temps qui courent, ça fait du bien de voir qu’il y a des histoires de métis­sage réussies.
Merci Céline ! Tu es d’où ? Je suis sûr qu’il doit y avoir des histoires comme celles-là par chez toi (comme partout en fait… Qui cherche trouve).

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