5 récits de voyage en France

À pied, à vélo, en combi… Cinq récits de voyage pour voyager à travers la France et partir à l’aven­ture avec leurs auteurs.

À pied, à vélo ou en combi, un récit de voyage permet de faire la route avec son auteur, de partager ses expé­riences, ses rencontres, son point de vue. Jour­na­listes, flâneurs, artistes, profs, voici cinq livres pour voyager à la manière de… Et un bonus en fin d’article.

Lorsque j’ai commencé à écrire le récit de mon voyage en France, je m’étais interdit de lire ces livres avant d’avoir moi-même achevé de raconter le mien. Trop peur des compa­rai­sons, de l’auto-censure, d’écrire à la manière de… Je souhai­tais avancer seul.

Mon récit de voyage achevé, j’ai enfin pu me pencher sur ce que d’autres avaient vécu en traver­sant cette France rurale, décou­vrir leurs expé­riences, leur regard, leur manière de raconter. Jour­na­listes, écri­vains, artistes, flâneurs, voici une sélec­tion de cinq récits de voyage en France + un…

  1. Le récit de voyage d’un flâneur »Chemin faisant
  2. Le récit de voyage d’un prof » Pensées en chemin
  3. Le récit de voyage d’un roman­tique » Sur les chemins noirs
  4. Le récit de voyage d’un jour­na­liste poli­tique » Le peuple de la frontière
  5. Le récit de voyage d’un couple d’artistes » Les auto­nautes de la cosmo­route
    et bien sûr…
  6. Le récit de voyage d’un opti­miste » La diago­nale du vide

Récit de voyage - Chemin faisant de Jacques Lacarrière

Chemin faisant de Jacques Lacarrière – Mille kilomètres à pied à travers la France.

Des cinq récits, c’est le premier à avoir été écrit et c’est aussi le premier livre que j’ai lu – et dévoré. En lisant Chemin faisant, j’ai fait la route avec un ami. Même plaisir de la flânerie, même goût du temps qui passe et qu’il faut arrêter, même manière de se laisser aller aux hasards des rencontres.

La préface du livre donne le ton du voyage :

« Adoles­cent, j’avais déjà parcouru en groupe […] les routes de Sologne et les chemins du Val de Loire. Mais ces marches en groupe me lais­saient sur ma faim. J’y décelai déjà cette défor­ma­tion typique qui par la suite donna nais­sance aux randon­neurs. Par curio­sité, j’ai recherché l’étymologie de ce mot et ne fus nulle­ment surpris de voir que randonner vient de randon, vieux mot fran­çais signi­fiant fatigue, épui­se­ment. Courir à randon c’est courir jusqu’à épui­se­ment et randir, se déplacer avec ardeur et impé­tuo­sité. Il y a dans tous ces termes une urgence de marcher, une impa­tience d’être ailleurs qui est tout le contraire de la prome­nade et de la flânerie. »

Passionné d’étymologie, Jacques Lacar­rière a le soucis du détail et du lieu, des mots, du patois et se penche sur leur mémoire incons­ciente… (Je faisais plus atten­tion à ce qu’il y avait dans mon assiette…). Surtout, il a le soucis des gens. Sur ceux qu’il croise sur son chemin, rencontres parfois insi­gni­fiantes du voyage qui vous marquent sans bien savoir pour­quoi, Jacques Lacar­rière porte un regard plein de curio­sité et de bien­veillance.

Avec jalousie, j’ai trouvé dans le récit de son voyage en France les détails que je ne m’étais pas auto­risés dans le mien – éner­ve­ments passés sous silence, jours de mauvaise humeur, digres­sions qui ne trou­vaient pas leur place dans mon récit de voyage – et qui donnent à son voyage de la chair et des os.


Récit de voyage - Pensées en chemin d'Axel kahn

Pensées en chemin d’Axel Kahn – Ma France des ardennes au Pays basque

C’est sur les traces de Jacques Lacar­rière qu’Axel Kahn se met en route, quarante ans plus tard, le long d’une

« grande diago­nale que j’imaginais nord-est/sud-ouest, mais plus ample que la sienne. À cinq mois du terme de mon mandat de président d’université, […] la ques­tion de mon avenir immé­diat me trot­tait dans la tête. Quels choix me rendraient le plus heureux ? Solli­citer un nouveau mandat de deux ans à la prési­dence de l’université ? Un enga­ge­ment poli­tique plus actif m’était aussi offert. Ou encore je pouvais m’efforcer d’entamer une nouvelle carrière de consul­tant dans l’administration de l’enseignement et la recherche […] Je ne dési­rais rien de tout cela ! En revanche, la pensée de réaliser enfin mon déjà vieux projet, celui de traverser la France à pied, d’y pour­suivre la quête de moi-même après un parcours déjà long, au contact de gens enra­cinés dans le terri­toire me remplit d’allégresse. »

Chassez le naturel, il revient au galop. Le voya­geur Kahn est un marcheur qui chemine de confé­rences en confé­rences (il précise le nombre de parti­ci­pants, l’accueil empressé des offi­ciels, les honneurs de la presse…). Sa traversée de la France est celle d’un profes­seur de 68 ans moins parti pour recueillir que pour ensei­gner.

L’itinéraire est précis, la chro­no­logie étudiée, le programme impla­cable. Deux semaines de pluie consé­cu­tive ? Qu’à cela ne tienne, l’auteur suit son programme à la lettre. Sa traversée prend des airs de défi sportif. On compte un peu les kilo­mètres parcourus

Pas beau­coup d’humanité dans ce voyage où les gens sont convo­qués surtout pour les connais­sances qu’ils partagent. Le récit s’émaille de digres­sions philo­so­phiques et de descrip­tions fasti­dieuses. Races des vaches, préci­sions géolo­giques, recettes de cuisines, rappels histo­riques, noms des saints du jour, tradi­tions locales… Le diag­nostic s’établit sur les paroles des poli­tiques rencon­trés (écoutés ?) et le nombre d’usines fermées. Évidem­ment, il est sans appel !


Récit de voyage - Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson

Sur les chemins noirs de Sylvain Tesson

Alors que je faisais halte dans les Pyré­nées, j’ai appris par un guide de montagne qui le connais­sait que Sylvain tesson était en train de marcher en France à travers les endroits les plus sauvages, ces fameux chemins noirs qu’on trouve sur les cartes. Je n’étais pas encore revenu de mon voyage que le récit du sien cara­co­lait déjà en tête des ventes.

Depuis, quand j’explique ma démarche, on me dit : « Ah oui ! Comme Sylvain Tesson ! ». Pour ne pas être contra­riant, je disais oui, au début. Plus main­te­nant, parce que nos démarches n’ont pas grand-chose en commun. Ni dans l’itinéraire (sud-est/­nord-ouest pour lui, Nord-est/sud-ouest pour moi), ni dans la durée (il a marché trois mois, j’ai marché un an et demi), ni dans le but (il fuyait la civi­li­sa­tion, je parta­geais la vie des habi­tants), ni dans la vision (il consta­tait partout les méfaits du monde moderne sur la campagne fran­çaise, je collec­tais les initia­tives qui réen­chantent la rura­lité). Avoir traversé les endroits les moins peuplés de France est notre seul déno­mi­na­teur commun. Pour le reste, tout nous oppose.

Sur les chemins noirs est le livre d’un auteur à la gueule cassée qui cherche à traverser la France en se dissi­mu­lant (comme il le dit ici) et qui porte sur le terri­toire et la rura­lité la vision roman­tique, pessi­miste et réac­tion­naire qui émaille l’ensemble de ses livres. En un mot, c’était mieux avant.

« L’homme manquait de tenue. L’évolution avait accouché d’un être mal élevé et le monde était dans un désordre pas croyable. Mous­tiers se réveillait dans la lumière d’un matin à la Raoul Dufy : léger et court vêtu. S’il n’y avait qu’une leçon à tirer de ce chaos général c’était qu’un village local est un moindre foutoir que le village global !

– Vous avez du feu ? Dis-je au type qui fumait à côté de moi avec une allure d’Italien tiré à quatre épingles.

– Je peux vous prendre le journal en échange ? dit-il.

– Vous y perdez, dis-je, la violence gagne.

– Non, dit-il en me tendant le briquet, elle ne gagne pas.

– Vous n’avez pas lu les journaux ?

– Mais si ! La violence, autre­fois, on n’en parlait pas. Moi je me suis battu. Un copain dans un bar a pris un coup de couteau, je l’ai emmené à l’hôpital en Jaguar. Il m’a salopé les fauteuils avec son sang, ce con.»


Récit de voyage - Le peuple de la frontière de Gérald Andrieu

Le peuple de la frontière de Gérald Andrieu – 2000 km à la rencontre des Français qui n’attendaient pas Macron.

Gérald Andrieu est parti à la rencontre des Fran­çais, « les « vrais », les « pas vus à la télé » », pendant la campagne prési­den­tielle de 2017. Lassé du jeu des candi­dats et des médias, « loin des flux d’actualités qui rendent le jour­na­lisme fou et le monde toujours plus flou », le jour­na­liste et rédac­teur en chef à Marianne souhai­tait une immer­sion sur le terrain. La marche pour ralentir le rythme, la fron­tière pour terrain de jeu, le voilà parti à la rencontre non plus des poli­tiques, mais de leurs électeurs.

Migrants, chômage, ferme­ture des usines, déser­ti­fi­ca­tion des centres villes, dumping fiscal, terro­risme… De Brey-Dunes à Menton, de primaires de droite en primaires de gauche, la France qu’il rencontre semble tenir une sacrée gueule de bois et laisse trans­pa­raître en fili­grane, au gré des rencontres, la tenta­tion du vote Front-national et l’abstentionnisme des déçus de la politique.

Les détails des scènes de la vie courante donnent à ce livre le ton du repor­tage. Chiffres et réfé­rences biblio­gra­phiques étayent les propos. Une explo­ra­tion des tréfonds d’une certaine France, celle qui a peur, « sûre de son passé, mais désarmée quand il s’agît de savoir qui elle est désormais ».

« Je sais bien qu’à ce stade, certains lecteurs verront en André et Colette de dignes repré­sen­tants de cette « France du repli sur soi ». Sans essayer de comprendre quelle trouille s’est emparée d’eux comme d’une grande partie du pays qui se vit, depuis de nombreuses années, en insé­cu­rité physique, écono­mique et iden­ti­taire. Des périls réels, et pour certains aussi exagérés ou fantasmés, mais que l’autre « moitié » de la France ne peut pas imaginer, tout à l’abri qu’elle est. D’ailleurs, avant mon départ, pour plusieurs des personnes avec qui je parlais de mon périple à venir, c’était entendu : j’allais voir ce pays inca­pable d’ouvrir les bras. La France du rejet, la France rance, la France moisie, la France qui n’aime pas l’étranger quel qu’il soit. « Tu verras, par chez moi, me disait-on avant mon départ, […], les gens sont fermés, tu vas en chier ». Des prophé­ties faites avec un sourire narquois, aussi valables fina­le­ment que tous ces sondages prédi­sant le refus du Brexit par les Britan­niques. Car en plus de 1500 km parcourus jusqu’à Mont­gil­bert, pas une porte ne m’a été claquée au nez. Si ce n’est celle de quelques élus locaux qui, ici comme ailleurs, n’aiment pas les ques­tions déplai­santes. Pas une seule mauvaise rencontre non plus. Si ce n’est donc avec des chiens près de Four­mies, dans le Nord. Mais du côté des humains, rien à redire. Ou plutôt, tout à raconter. »


Récit de voyage - Les autonautes de la cosmoroute de Carol Dunlop et Julio Cortazar

Les autonautes de la cosmoroute de Carol Dunlop et Julio Cortazar – ou un voyage intemporel Paris-Marseille

C’est un livre que je n’ai qu’à peine parcouru mais dont le projet m’a tout de suite enthou­siasmé. La lettre que l’auteur adresse au direc­teur de la société des Auto­routes en début de livre résume parfai­te­ment le propos du voyage :

« Monsieur le directeur,

Il y a quelques temps, votre société m’avait demandé mon accord pour publier, dans l’une de ses revues, des passages de ma nouvelle inti­tulée L’autoroute du sud. Bien sûr, je l’avais accordée avec beau­coup de joie.

Voilà que main­te­nant, je m’adresse à vous pour vous demander à mon tour une auto­ri­sa­tion d’un genre tout à fait diffé­rent. Avec ma femme Carol Dunlop, égale­ment écri­vaine, nous envi­sa­geons une « expé­di­tion » un peu folle et pas mal surréa­liste, qui consis­te­rait à parcourir l’autoroute entre Paris et Marseille à bord de notre Volks­wagen combi, équipée de tout le néces­saire, en nous arrê­tant sur les 65 parkings de l’autoroute à raison de deux par jour, c’est-à-dire en mettant un peu plus d’un mois pour faire le trajet paris-Marseille sans quitter jamais l’autoroute.

Nous avons l’intention, en dehors de cette petite « aven­ture » que ceci repré­sente, d’écrire au fur et à mesure du voyage un livre qui racon­te­rait d’une façon tout à fait litté­raire, poétique et humo­ris­tique, les étapes, événe­ments et expé­riences divers que va nous offrir sans doute un voyage aussi étrange. Cela s’appellera peut-être Paris-Marseille par petits parkings, et bien sûr l’autoroute sera la prota­go­niste principale. »

Voilà comment l’éditeur Galli­mard décrit ce journal de voyage : “À l’instar des navi­ga­teurs anciens, nos deux explo­ra­teurs tiennent un journal de bord détaillé où ils décrivent non seule­ment tous les aléas du voyage mais égale­ment la flore et la faune éton­nantes qu’ils trouvent sur l’autoroute, ainsi que les pièges et les menaces les plus abomi­nables auxquels ils doivent faire face : sorcières, gendarmes, agents secrets, camions sinistres d’origine inconnue qui les doublent dange­reu­se­ment et essaient de les écraser. Mais rien ne les arrê­tera, pas même les règles strictes du jeu auquel ils jouent en secret.”

Ça donne envie, non ?


Récit de voyage - La diagonale du vide de Mathieu Mouillet

La diagonale du vide de Mathieu Mouillet – un voyage exotique en France

Peut-on faire un voyage exotique dans son propre pays ? C’est l’ex­pé­rience que j’ai voulu tenter en marchant dix-huit mois le long de la diago­nale du vide, un itiné­raire imagi­naire qui relie les dépar­te­ments les moins peuplés de France. Un road­trip à 4km/h, hors des sentiers battus, où l’on rencontre une France sauvage, entre­pre­nante et où il fait toujours bon vivre.

Des Ardennes au Pays basque, j’ai exploré les endroits « où il n’y a rien à voir » et collecté les histoires ordi­naires et extra­or­di­naires de ceux qui entre­tiennent avec leur terri­toire une rela­tion intime. Pour quelles raisons n’abandonnent-ils pas ces campagnes dont tout dit qu’elles vont si mal que ça ?

« Depuis plus de 15 ans, je voyage aux quatre coins du monde. Des souve­nirs que je ramène, les meilleurs sont toujours les rencontres. Les rencontres sont le sel du voyage. Elles trans­forment des lieux quel­conques en moments inoubliables.

Lors de mes péré­gri­na­tions, les gens s’étonnent : “pour­quoi venir chez nous alors que vous habitez le plus beau pays du monde ?” Parce que l’herbe est toujours plus verte ailleurs. Pour décou­vrir le monde. Parce que je croyais connaître la France.

Et plus les voyages se succèdent, plus l’évidence est là : le voyage commence en bas de chez soi. Peut-on faire un voyage exotique dans son propre pays ? C’est le pari de ce voyage en France. »

Le livre d’un voyage exotique en France

Peut-on faire un voyage exotique dans son propre pays ? Pour y répondre, j’ai traversé la France à pied à travers la diago­nale du vide.

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