Préparation au proba AMM : un bilan très personnel

Les efforts, la motiv, les regrets et les succès de 18 mois de prépa­ra­tion en montagne

Ces 18 derniers mois, je me suis dédié corps et âme à la prépa­ra­tion des épreuves pour devenir accom­pa­gna­teur en montagne. Après une troi­sième tenta­tive infruc­tueuse, faire le point s’avé­rait néces­saire pour savoir comment j’avance.

Les 18 derniers mois ont été intenses. J’ai mangé, dormi, rêvé rando, montagne et orien­ta­tion, accu­mulé les expé­riences en montagne, appri­voisé quelques peurs, décou­vert quelques ressources. 

Ma montre-alti­mètre n’a pas quitté mon poignée, la bous­sole de pouce n’était jamais très loin, mon sac à dos, toujours prêt pour la sortie suivante.

À l’issue de cette séquence, j’avais besoin de faire le point sur les efforts fournis, la moti­va­tion, les regrets et les satis­fac­tions qui ont jalloné ces 18 derniers mois passés en montagne.

18 mois de préparation en chiffres

En chiffres, ces 18 mois de prépa­ra­tion, ce sont :

  • 40 randos en 3 mois, avec et sans neige, pour remplir ma liste de courses obli­ga­toires (soit environ 60000 m de déni­velé positif et 800 km)
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  • 2 mois de bacho­tage intensif pour acquérir les connais­sances néces­saires au QCM (faune, flore, géologie, nivo­logie, météo­ro­logie, topo­nymie, géographie…)
  • 6 mois dans le Cantal pour être au pied des pentes et pouvoir m’entraîner tous les jours
  • 3 x 2 mois d’entraînement intensif quoti­diens pour augmenter vitesse, endu­rance et résis­tance
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  • 1 stage d’orientation de 5 jours pour renforcer mes compé­tences et acquérir une métho­do­logie systé­ma­tique
    > Ressources pour apprendre à s’orienter
  • 12 proba blancs (soit 12 courses de 20 km et 1500m de déni­velé minimum avec un temps maximum d’environ 7h)
  • Des rando mixtes orientation/dénivelé pour m’aguerrir à la lecture de carte et du relief
  • Des séances quoti­diennes de lecture de carte
  • 1 régime nutri­tionnel d’un mois pour préparer mon corps à l’épreuve finale

Je ne vois pas vrai­ment ce que j’aurais pu faire de plus pour arriver mieux préparé à cette épreuve. Et pour­tant, ça n’a pas suffi.

Est-ce que je suis déçu ?

Évidem­ment. Je mange, je respire et je pense proba depuis 18 mois. J’ai orga­nisé ma vie pour être en montagne et pouvoir m’entraîner. J’ai astreint mon naturel de contem­platif à une disci­pline d’athlète. J’ai planifié mes heures pour pouvoir courir entre deux services. Je me suis levé à 6h du mat tout l’été pour courir à la fraîche. 

Moi qui n’aime ni courir, ni me lever tôt…

Quand je vois tous les efforts déployés et le résultat qui n’est toujours pas à la hauteur, je me dis : 

« Tout ça pour ça ? Sérieusement ? »

Comme beau­coup d’aspirants accom­pa­gna­teur, derrière cette épreuve, il y avait le projet d’un chan­ge­ment de vie : passer plus de temps sur le terrain, partager ma passion du voyage autre­ment que par des mots, créer des itiné­raires qui me ressemblent.

Pas forcé­ment en montagne. La montagne, c’était un plus. Un plus que beau­coup d’agences de voyage réclament comme un prére­quis. Mais ce plus est devenu un obstacle insurmontable.

Je ne vais quand même pas m’arrêter là !

C’est ce que me dit mon petit ego froissé : 

« Allons, tu en es capable ! On ne va pas lâcher main­te­nant, si près du but… Le triomphe est à portée de main ! »

Le triomphe ? Pour quoi ? À quel prix ?

Derrière l’objectif de devenir accom­pa­gna­teur en montagne, le projet, c’était de pouvoir vous emmener sur des voyages que j’aurais imaginés. Un an et demi plus tard, cet objectif a pris du plomb dans l’aile. II ne s’agit même plus d’obtenir un diplôme, mais simple­ment de réussir un concours d’entrée !

De toute évidence, les prére­quis ne me corres­pondent pas. J’en viens même à douter de la stra­tégie choisie.

Mes regrets : une épreuve absurde

Je regrette que la barre soit placée si haut. Le centre de forma­tion dit vouloir former des média­teurs de la montagne. Alors pour­quoi faire une sélec­tion sur le physique ? Bien sûr, l’épreuve teste aussi l’orientation, la culture géné­rale de la montagne, la résis­tance au stress, la gestion de ses émotions, l’alimentation… Bien sûr, il faut être complet.

Mais physi­que­ment, il ne suffit pas d’être fort. Il faut être très fort. Je connais des candi­dats qui ont échoué plusieurs fois à une poignée de minutes. Auraient-ils fait de moins bons accom­pa­gna­teurs parce qu’ils couraient un peu moins vite ? C’est absurde.

Alors que les enjeux en montagne sont à la prise de conscience de la fragi­lité du milieu et à sa protec­tion, alors qu’un public de plus en plus nombreux et de moins en moins averti se bous­cule en montagne et saccage tout, recruter des athlètes ? Pour former des trai­lers et accom­pa­gner cette vague qui va crois­sante et trans­forme la montagne en un terrain de perfor­mance ? Ça non plus, ça n’a pas de sens.

Mes satisfactions : du fun et des amis

Même si la pilule est amère et que le résultat espéré n’est pas au rendez-vous, ces 18 mois de prépa­ra­tion m’ont quand même apporté du plaisir et quelques belles satis­fac­tions qui sont loin d’être négligeables.

  • Je me suis entraîné dans (presque) tous les massifs de France. Pyré­nées, Alpes, Massif central, Jura… Un terrain de jeu infini à quelques heures de la maison.
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  • J’ai adoré me pencher sur mon envi­ron­nement avec un œil plus averti, me poser mille ques­tions sur ce que j’avais autour de moi. Géologie, nivo­logie, faune, flore… Je suis loin d’être un spécia­liste mais rentrer par le petit bout de la lorgnette dans toute la complexité du vivant m’a passionné.
  • J’ai un physique d’athlète de très bon niveau. Je suis capable d’enchaîner sans ciller les jour­nées de randon­nées physiques et tech­niques. L’écriture m’avait un peu avachie. Je reviens solide comme un roc.
  • J’ai acquis d’excellentes compé­tences d’orienteur. Je sais lire le relief, évaluer la diffi­culté d’une pente, jauger la péné­tra­bi­lité d’une végé­ta­tion. Plus que jamais, je suis prêt à tracer ma propre route.
  • Je me suis fait des amis. Une commu­nauté de passionnés comme moi, avec qui j’ai partagé des rêves et des envies communes, des séances d’entraînement, des moments en montagne, des soirées à faire des plans… J’ai plaisir à m’imaginer les projets à venir et les futures sorties partagées.

Et maintenant ?

Il y a un truc qui tient toujours. Je le sens dans mon corps, dans mes muscles qui ne veulent pas lâcher, qui sont encore tendus, encore prêts à atta­quer la pente, à se relancer à l’assaut, à relever le défi.

Aban­donner la vie que j’avais projetée en montagne va prendre un peu de temps.

Je garde intacte cette envie de partager mes émer­veille­ments à travers mes voyages. Leur ADN reste le lien, les rencontres, les endroits un peu perdus et la beauté du monde. Il va juste falloir trouver une autre manière d’avancer…

Moi qui défends les vertus du hasard et les bien­faits de l’inconnu, me voilà au pied du mur. Comme un défi à mettre mes pensées en actes.

Parfois le plan B, c’est mieux que le plan A.

Proba AMM - un bilan très personnel

Commentaires

En atten­dant, tu as donné tout ce que tu pouvais, tu as appris beau­coup de choses, tu as morflé mais tu t’es fait plaisir. Tu te connais miuex aussi, alors, c’est comme tu le sens et le meilleur reste à venir…

Hello,
Frus­trant, rageant, pas perti­nente en effet sans doute cette barre si haute…
Mais les points posi­tifs sont si nombreux : ça a donné une bonne lecture !

Bravo Mathieu pour ton inves­tis­se­ment. J espere qu on aura l occa­sion de randonner, afin que tu me trans­mettes tes talents d orienteur 😀
Bonne conti­nua­tion pour la suite, quel qu en soit le chemin !
Laurence

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