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Moins prendre l’avion : jusqu’où irez-vous ?

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    Moins prendre l'avion - jusqu'où irez vous ?

Moins prendre l’avion : jusqu’où irez-vous ?

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5 janvier 2020

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L’article précédent traitait des conséquences du tourisme et de l’avion sur le réchauffement climatique.  Si vous êtes un voyageur qui se soucie de son impact sur l’environnement, vous pouvez légitimement vous poser la question : comment assouvir mes envies d’ailleurs sans exploser mon bilan carbone ?

À cette problématique, l’industrie du tourisme et des transports propose des solutions qui permettent de compenser ou de réduire l’impact de nos voyages sur le climat :

1. Compenser son impact carbone : les promesses des voyageurs
2. Pratiquer un tourisme plus durable : les promesses des voyagistes
3. Réduire la consommation de kérozène : les promesses des transporteurs
4. Repenser l’imaginaire du voyage

Une question pourtant reste posée : est-ce suffisant face aux enjeux ? Jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour moins prendre l’avion ?

Moins prendre l'avion : jusqu'où irez-vous ?

Compenser son impact carbone

Les entreprises de transport aériens et quelques voyagistes proposent à leurs clients de compenser les gaz à effet de serre émis lors des vols moyens-longs courriers. Concrètement, il s’agit d’évaluer la quantité de Gaz à Effet de Serre (GES) émise au cours du vol et de financer un projet censé diminuer de la même quantité ces émissions de GES.

Plusieurs fondations proposent de compenser son empreinte carbone. Adeline du blog voyagesetc.fr en a identifiés quatre qu’elle présente sur son billet « Comment compenser carbone mes voyages ? ».

Les projets concernent la mise en place d’actions liées à l’énergie, la reforestation, la qualité de vie… 

Les limites de la compensation carbone :

1. Les dommages environnementaux causés à un endroit ne seront jamais annulés par des réparations, à plus forte raison lorsqu’elles sont menées à l’autre bout du monde. Dans son article « Ces arbres qui cachent des forêts de greenwashing », le géographe et écologiste politique Benjamin Neimark pointe du doigt les limites des projets de reforestation :

« Pour que la plantation d’arbres ait vraiment du sens, il faut la penser intelligemment en amont. Ce qui signifie consulter les populations locales, choisir judicieusement les espèces, respecter les droits de propriété sur ces arbres, leurs fruits et la terre sur laquelle ils poussent. »

2. En compensant ses émissions à Gaz à effets de serre, on ne remet pas en cause le fait qu’on vit au dessus de nos moyens et qu’il n’y a pas de planète B. Compenser n’est pas vraiment une solution. C’est un pis-aller, un petit geste à défaut de mieux. Compenser ses émissions de CO2, c’est mieux que rien, mais la vraie solution, c’est de ne pas en émettre.

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Pratiquer un tourisme plus durable

Apparu dans les années 90 en France, le tourisme durable se pose comme une solution aux maux causés par l’industrie touristique. Son objectif : rendre compatible l’amélioration des conditions environnementales et sociales qui résultent du développement touristique avec le maintien de capacités de développement pour les générations futures.

L’Organisation Mondiale du Tourisme (OMT) le définit comme “un tourisme qui tient pleinement compte de ses impacts économiques, sociaux et environnementaux actuels et futurs, en répondant aux besoins des visiteurs, des professionnels, de l’environnement et des communautés d’accueil”. Voyager durable, c’est comme manger bio. C’est meilleur pour tout le monde.

Des labels et des associations existent (ATR, agir pour un tourisme responsable, ATES, Association pour le tourisme équitable et solidaire, ATD, Acteurs du tourisme durable) qui défendent des valeurs de respect, d’échange équitable et mettent en place des chartes pour promouvoir de bonnes pratiques touristiques et améliorer les impacts économiques, sociales et environnementales.

Les limites du tourisme durable :

1. Durable, responsable, solidaire… Le tourisme durable est parfois moins équitable qu’étiquetable. Durable est aussi un argument marketing pour vendre des destinations au bout du monde à une cible sensible aux valeurs environnementales (qui correspond, ça tombe bien, aux Catégories Socio-professionnelles les plus aisées). Comme le relève Sylvie Tsitsic, directrice et rédactrice en chef de Touriscopie, « Est-ce que quand on utilise de l’air conditionné, qu’on a des piscines à l’arrivée, etc… on est dans ces schémas-là ? Il y a quand même une espèce d’incohérence. »

2. Et d’ajouter : « Quand on part en voyage et qu’on prend un avion, et qu’on sait que le transport aérien est quand même responsable d’une grande partie des émissions de CO2, est-ce qu’on est dans un schéma de tourisme responsable ou pas ? » Peut-on prendre au sérieux l’engagement environnemental d’un site qui propose à ses écovoyageurs de partir de manière responsable, durable et solidaire à Tahiti, aux Seychelles, au Groenland ou en Islande… ?

Tout le problème est là : remettre en cause le modèle du voyage lointain centré sur le tout avion, c’est remettre en cause la propre existence des voyagistes tels qu’ils existent aujourd’hui. On ne scie pas la branche sur laquelle on est assis.

Comme le dit Rodolphe Christin au micro du grain à Moudre (trop de touristes tuent le tourisme, France culture) :

« Aujourd’hui, le développement de l’industrie touristique repose sur des départs de plus en plus fréquents, pour des destinations lointaines et pour des séjours de plus en plus courts. Donc il repose sur le développement de l’avion alors si au bout de ce trajet, la destination c’est d’aller dans un camp en Casamance, c’est sans doute mieux qu’autre chose mais ça ne règle pas le problème de mon point de vue. »

Si le transport aérien est le principal émetteur de gaz à effet de serre dans l’équation touristique, alors la solution n’est-elle pas à trouver du côté des avionneurs et du secteur de l’aviation ?

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Les promesses du secteur de l’aérien

Du côté des compagnies aériennes, on mise sur le progrès technique. L’Association du transport aérien international (IATA) se félicite que les émissions de carbone par passager ont diminué de plus de 50 % depuis 1990. Un progrès qui s’explique par deux facteurs : les investissements dans des aéronefs plus efficaces et les gains d’efficience opérationnelle.

À partir de 2020, les compagnies aériennes, aéroports et industries aéronautiques se sont engagés à une croissance neutre en émissions de CO2 à travers 4 axes : les avancées technologiques, l’optimisation de leurs opérations, le développement de biocarburants et la compensation par des mesures de marché. C’est le Carbon Offsetting Reduction Scheme (Corsia, pour les intimes).

« À compter de 2020, les émissions nettes seront plafonnées. Et d’ici 2050, nous allons réduire de moitié nos émissions par rapport au niveau de 2005 » claironne Alexandre de Juniac, directeur général de l’IATA.

Alors, volons sans entrave ? Pas exactement.

Les limites du secteur de l’aviation :

1. Entre 1990 et 2015, la croissance du secteur aérien en volume (x3,5 selon la commission des affaires européennes) a été telle que la baisse des émissions par vol n’a pas compensé l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre qui s’en sont suivi. Entre 2020 et 2040, il devrait être multiplé à nouveau par 2,8 selon les calculs de l’IATA…

2. Le Corsia, qui entérine l’idée d’une neutralité carbone à partir de 2020 ne sera obligatoire qu’à partir de 2027. Sur 197 pays, 181 en sont exemptés. Mais surtout, c’est un accord rédigé par les industriels selon leurs intérêts et sans contrainte politique extérieure. « Les industriels de l’aviation évacuent d’autres types de mesures, reconnues comme efficaces comme les taxes sur le kérosène ou des standards environnementaux et énergétiques à respecter dans la fabrication des appareils », souligne Andrew Murphy, de l’organisation Transport and Environment. En 2017, l’industrie aéronautique a ainsi écarté une taxe sur les billets d’avion (cité dans Reporterre, les fantasmes d’une aviation écologiquement responsable)

3. On connaît les effets pervers des biocarburants sur l’environnement. Selon Christian Berdot, référent sur la campagne Agrocarburants des Amis de la Terre France, « Les agrocarburants aggravent la pauvreté et la faim, poussent à l’accaparement des terres et à la déforestation. Ils font flamber les prix alimentaires et risquent de détruire les climats au lieu de les sauver. » 

4. Croît-on vraiment à la transition écologique ? Selon le Monde daté du 26 novembre 2018 sur la période 2016-2017, les principales banques françaises ont augmenté leurs investissements dans les énergies fossiles, alors même que leurs investissements dans les énergies renouvelables étaient… en baisse.

5. Peut-on vraiment confier les clés d’une transition verte à des acteurs du privé dont l’activité repose sur le pétrole quand on sait que des sociétés comme Exxon ont financé scientifiques, think tanks et associations pour exprimer leur scepticisme au sujet du réchauffement climatique alors même qu’ils en connaissaient l’existence et la véracité ?

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Repenser l’imaginaire du voyage

Touristes, voyagistes, compagnies aériennes… Le réchauffement climatique est l’affaire de tous. Si chacun applique des demi-solutions pour se donner bonne conscience et mieux continuer à faire comme avant, les chances sont faibles d’infléchir la courbe de température.

Fin 2018, le cabinet d’analyse BL Évolution a dressé une liste des mesures à prendre afin de s’aligner sur une trajectoire 1,5°C : Suppression des vols intérieurs disposant d’une alternative par la route ou le fer en moins de 4h dés 2022, interdiction de tout vol hors Europe non justifié dès 2020, instauration d’une loterie nationale distribuant 500 000 vols par an…

Si le cabinet reconnaît qu’il s’agit là d’un scénario “peu réaliste”, il en dit long sur l’ampleur des changements à mettre en place et plus encore sur le caractère dérisoire des mesures prises par les différents acteurs publiques et privés pour rester dans les clous des 1,5°C.

L’éloge de la lenteur

Comme Julien Goguel, auteur du manifeste « Nous ne prendrons plus l’avion » le déclare dans Libération, il s’agit de repenser notre rapport à l’ailleurs et au voyage.

« L’avion a aboli les distances ? Restaurons-les. Au culte de la vitesse nous opposons l’éloge de la lenteur. L’époque où l’on changeait de continent le temps d’un congé est révolue. La technologie et l’offre commerciale le permettent encore, mais la raison nous l’interdit désormais. »

Pour Laurent Castagnède, auteur de Airvore ou la Face obscure des transports, un des enjeux consiste à repenser notre relation entre le besoin de dépaysement et la distance. Redynamiser le tourisme interrégional. Favoriser le tourisme vers des régions limitrophes plutôt que de prendre l’avion pour aller vers des endroits artificialisés.

En somme, pratiquer le slow tourisme. Quelles solutions cette manière de voyager autrement propose-t-elle pour voyager plus légers (pour la planète) ? C’est l’objet du prochain article.

À lire aussi :  Avion et climat : faut-il choisir ?
À lire aussi :  Pourquoi voyager en France ?
À lire aussi :  Slow travel : ça change quoi de voyager lentement ?

Voyager moins loin, moins vite, moins haut ? C’était l’objet de mon dernier voyage ! Découvrez-le ici…

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