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Avion et climat : faut-il choisir ?

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    D'une autre planète

Avion et climat : faut-il choisir ?

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31 décembre 2019

7 Commentaires

Accepterez-vous de ne plus prendre l’avion ? En 2019, les préoccupations pour le climat et l’impact du tourisme sur le réchauffement climatique ont placé l’avion au centre des débats. Certains vont jusqu’à remettre en cause le fait même de voyager et les bienfaits du tourisme. Du surtourisme au flagscam, petit tour d’horizon des enjeux et quelques pistes de réflexion sur nos choix personnels en matière de tourisme…

Où partir en 2020 ? Chaque année, magazines, blogs et voyagistes dressent la liste des destinations du moment. Sri Lanka, New York, Cape Town… L’usine à rêve de l’industrie touristique nous fait miroiter la promesse toujours renouvelée d’un ailleurs qu’il faut avoir « fait » pour être « in ». Mais en 2019, le changement climatique s’est invité au rang des préoccupations principales.

En Suède, le mouvement « we stay on the ground » a lancé le défi à 100.000 Suédois de ne plus prendre l’avion pour lutter contre le réchauffement climatique. Pour l’exemple, c’est en bateau que la militante écologiste Greta Thunberg, élue personnalité de l’année 2019 par le Time magazine, s’est rendu au sommet mondial pour le climat.

Avion, tourisme et climat… Faut-il choisir entre les uns et les autres ?

L’explosion du tourisme et le surtourisme

Venise, Machu Pichu, Berlin, Barcelone, … Le surtourisme est partout et partout, les populations sont vent debout contre le déferlement qui menace les équilibres environnementaux et économiques des lieux où elles vivent.

À Santorin (15 550 habitants pour une superficie de 76 km²), des pics de 18 000 visiteurs par jour sont enregistrés durant la haute saison. Venise a décidé d’instaurer un ticket d’entrée pour accéder à son centre-ville et alléger le poids du surtourisme sur la ville et sa population (une déclaration d’intention toujours pas mise en pratique au moment où cet article est publié). “Les touristes vont-ils tuer le tourisme ?” demande le journal canadien Le quotidien, à grand renfort d’exemples.

Le tourisme a cela de particulier qu’il détruit les jouets dont il s’empare. Mal organisé, le tourisme est prédateur. Et ce n’est pas prêt de s’arrêter. Selon les derniers chiffres de l’OMT, les arrivées de touristes internationaux atteignent 1,4 milliard deux ans plus tôt que prévu.

Partout le tourisme explose et ce n’est pas sans conséquences sur le réchauffement climatique.

L’impact de l’avion sur le réchauffement climatique

Selon une étude dirigée par un chercheur australien et publiée le 7 mai 2018 dans la revue Nature Climate Change, “l’augmentation rapide de la demande touristique, estimée à 4% par an, dépasse effectivement la décarbonation de la technologie liée au tourisme”.

La même étude évalue à 8% la part de l’impact du tourisme dans la production de gaz à effet de serre (GES) par les activités humaines. 8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, c’est la moitié des émissions de gaz à effet de serre émis par l’Europe.

Parmi les émissions de CO2, l’aviation occupe une part de plus en plus importante : selon le Réseau Action Climat, le transport aérien est responsable de 5% du réchauffement climatique une fois tous ses effets pris en compte (traînées de condensation, oxydes d’azote, etc.). Qui plus est, alors que les émissions de CO2 baissent en Europe, celles du secteur de l’aérien explosent :

  • + 5% par rapport à 2018
  • + 26% en 4 ans selon l’ONG bruxelloise transport et environnement, appuyé par les chiffres de l’Europe.

En cause : les tarifs délirants des billets d’avion. Dans le tourisme aussi, il est temps de changer de système…

Les prix délirants de l’avion

Parce qu’en matière de transport, on marche sur la tête. Comment expliquer qu’un Paris-Rome en avion me coûte moins cher qu’un Paris-Chaumont en train ? Comment les vols peuvent-ils être aussi bon marché ? Parce que les prix des billets d’avion sont tenus artificiellement bas. Pour Justin Francis, PDG de Responsible Travel :

« La première raison est l’accord conclu par les compagnies aériennes en 1944, connu sous le nom de Convention de Chicago, qui les exonère de taxes sur le kérosène. »

Le spécialiste de l’aviation Emmanuel Combe enfonce le clou : le premier poste de coût pour les low cost, c’est le carburant, à hauteur de 40%. Et Justin Francis de conclure (publié sur médiapart) :

« Tant qu’on ne mettra pas fin aux subventions fiscales dont bénéficient l’aviation et les croisiéristes, le problème est impossible à résoudre, le coût du voyage étant artificiellement bas. »

Le paradoxe : en dépit de la très mauvaise image des compagnies aériennes low cost, à la fin, pour 30€, leurs avions sont pleins. Les low costs ont modifié la manière dont nous voyageons depuis les années 90.

Peut-on renoncer à prendre l’avion quand le monde nous tend les bras à des prix défiant toute concurrence ?

Choisir entre avion et climat ? La difficulté d’être cohérent

Tout dépend de notre volonté à agir selon nos convictions et notre capacité à prendre en compte les conséquences de nos choix économiques. Bref, d’être cohérent. Tout le problème est là. Comme l’avait résumé Jean Yann :

 « Tout le monde veut sauver le monde, mais personne ne veut descendre les poubelles ».

Démonstration avec ce sondage publié sur un groupe Facebook dédié aux « voyages sac à dos backpackers » où les articles sur un tourisme plus vert, plus respectueux, plus responsable obtiennent habituellement les réactions les plus enthousiastes… :

L'une des propositions de mesures à mettre en place pour s’aligner sur une trajectoire compatible avec les 1,5°C en France par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)

Résultat : 42,5% des répondants ne sont pas prêt à modifier leurs comportement pour réduire leur empreinte carbone.

Pour les déclarations d’intention, tout le monde est partant mais lorsqu’il s’agit de changer de comportement, les velléités s’étiolent.

Renoncer à prendre l’avion ? Pourquoi moi plus que les autres ?

Même si nous sommes tous conscients de la réalité du réchauffement climatique, pourquoi refuserions-nous de prendre l’avion pendant que d’autres continuent à le prendre ? À cause des interactions spéculaires.

Yves Cochet, ancien ministre de l’environnement, explique dans le numéro hors-série de Socialter « Et si tout s’effondrait » :

« S’il suffisait d’additionner les volontés individuelles pour changer les comportements, l’éden écologique règnerait depuis longtemps partout dans le monde, ce qui n’est pas le cas. Pourquoi ? Parce que, selon notre hypothèse, la volonté n’est pas une réalité première mais une réalité de l’interaction spéculaire : l’individu averti de la catastrophe ne se demande pas s’il veut changer sa vie, mais seulement s’il le ferait au cas où un certain nombre d’autres le feraient aussi ».

Pour faire changer les mentalités, il s’agit donc d’abord de montrer l’exemple.

Incarner le changement que l’on souhaiterait voir advenir

Professeur à l’Université Catholique de Louvain et membre du comité des droits économiques, sociaux et culturels de l’ONU, Olivier De Schutter s’est engagé à ne plus prendre l’avion afin d’être cohérent avec son engagement pour la transition écologique et sociale, après des années à parcourir le monde.

Il estime que changer sa manière de vivre contribue à changer la société. Même si, dit-il :

“Le comportement individuel ne fait aucune différence, si on le considère isolément. Mais à mesure que certaines manières de vivre se diffusent, la norme sociale change déjà”.

Olivier De Schutter prend donc le vélo et le train et ne prend plus l’avion afin d’être cohérent avec ses engagements de lutte contre les dérèglements climatiques.

Voyager sans avion, est-ce possible ?

Alors entre avion et climat, faut-il choisir ? Est-ce vraiment possible de voyager sans avion ? Autrement ?

Pour éviter de se poser la question, les industries du tourisme et de l’aéronautique proposent des solutions alternatives : compensation des émissions générées par les vols, progrès technologiques qui réduiront drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, vertus d’un tourisme durable comme dérivatif aux méfaits du tourisme…

Comment concilier nos envies d’ailleurs avec le respect des contraintes imposées par le réchauffement climatique ? C’est l’objet du prochain article :

À lire aussi :  Jusqu’où irez-vous pour moins prendre l’avion ?
À lire aussi :  Comment voyager plus léger (pour la planète) ?
À lire aussi :  Pourquoi voyager en France ?
À lire aussi :  Slow travel : ça change quoi de voyager lentement ?

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7 commentaires

  1. Amélie 2 janvier 2020 at 1 h 34 min - Reply

    Le passage “Pourquoi moi plus que les autres ?” pourrait à lui être seul faire l’objet d’une thèse (aussi passionnante que flippante). Je me résigne un peu plus chaque jour à me dire que l’homme, de manière générale, est juste égoïste. Il faut arrêter de croire que demain tout le monde se réveillera arrêtera de prendre l’avion (ou même sa voiture pour 2km). Arrêtera de manger de la viande, commander sur amazon etc. Le progrès humain a si vite évolué (informatique, déplacement etc), que l’homme n’a eu le temps de “bien s’adapter”. Aujourd’hui, dans les jours les plus pessimistes, je me dis qu’il est impossible de faire marche arrière.
    Quand j’entends que beaucoup se plaignent de Ryanair mais finalement revolent avec eux parce que le billet pour Porto n’était qu’à 30 euros. Bon .. ça résume pas mal la situation !
    Je ne suis pas un exemple (loin de là) ; j’essaye à mon échelle de réduire mon impact (j’ai stoppé la viande, je prend local). L’avion reste le plus gros point noir (surtout quand tu es expatrié outre Atlantique). J’ai fait le choix de ne voyager qu’en Amérique du Nord pour limiter l’avion (pas toujours facile, mais je suis prête à rouler des heures pour aller à NYC plutôt que prendre l’avion). J’aime croire que si tout le monde faisait quelques petits pas, ça changerai déjà pas mal. Mais beaucoup ne sont pas prêts à faire le premier pas, si le voisin ne le fait pas aussi .. C’est dommage cette mentalité.
    Bref, sujet épineux (tu vas recevoir les foudres de certains), délicat, fragile mais aujourd’hui primordial, alors merci de poser le débat !
    Et bonne année 2020 à toi 🙂

    • Mat 2 janvier 2020 at 2 h 38 min - Reply

      Hello Amélie ! Bonne année à toi aussi 🙂 Merci pour ta réaction à chaud.
      On a tous notre part d’incohérence et je ne suis pas un exemple non plus. Il y a des choses auxquelles on est prêt à renoncer, d’autres non. Mais on peut tous faire des efforts et je me dis que plus on est informé, plus on est conscient des enjeux, plus on est enclin à en faire (c’est ce qui m’a poussé à écrire cet article).
      Je crois moi aussi à la politique des petits pas (du côté des voyageurs en tout cas). Des petits pas, c’est mieux que rien du tout, et puis le premier est souvent le plus difficile comme tu le dis… Espérons qu’une fois en mouvement, ces petits pas deviennent de grandes enjambées !
      À mon échelle, à notre échelle (je te mets dans la barque puisque tu tiens aussi un blog) on ne peut qu’informer et donner envie de voyager moins loin et plus lentement. Je me dis que ça donnera peut-être des idées à d’autres… Je crois plus au fait de donner envie qu’aux leçons de morale (ce qui ne m’empêche pas d’avoir un avis).
      Et si le sujet “pourquoi moi plutôt qu’un autre” t’intéresse, il y a un article en ligne qui en dit plus sur les fameuses interactions spéculaires à l’origine de l’inertie ou des changements de comportements… C’est assez stimulant !
      Bons voyages en Amérique du nord, où la voiture est reine dans ces grands espaces et où j’ai repéré quelques diagonales du vide bien tentantes 😉

  2. Enora 5 janvier 2020 at 11 h 02 min - Reply

    Très intéressant ton article ! Le sujet me parle complètement et c’est un grand débat ! Suite à mon voyage d’un an en Amérique du Sud en slow travel, j’ai décidé à mon retour en France de limiter, voire arrêter, de prendre l’avion. Je préfère aujourd’hui voyager moins loin en train, covoiturage ou tout autre moyen plus doux et ainsi agir à mon échelle même si, comme tu le dis, beaucoup de personnes ne sont pas encore prêtes (ne veulent pas) changer leurs habitudes et leur confort pour tenter de réduire notre impact sur l’environnement et espérer ne pas foncer dans le mur trop vite… C’est très désolant et frustrant (énervant même !) de voir qu’au final l’humain reste avant tout très égoïste et préférera souvent plus son petit plaisir et confort personnel plutôt que d’agir pour l’ensemble de l’humanité et la survit de notre propre planète.
    Tu l’as très bien relevé dans ton article : pourquoi moi je ferai l’effort si personne ne le fait ?… Tout est dit.

    En tout cas, merci pour cet article qui ouvre à la réflexion !

    ps : j’ai tenté de mettre mon commentaire via smartphone à plusieurs reprises mais sans succès. Ça me mettait un message d’erreur systématiquement lié au captcha (que je remplissais pourtant bien).

    • Mat 7 janvier 2020 at 1 h 46 min - Reply

      Merci Enora ! C’est bien de savoir que de plus en plus de personnes se sentent concernées et agissent selon leurs convictions. À force, ça va bien faire ployer la branche ! Mais je suis moins dur que toi avec les récalcitrants. La famille de ma compagne, par exemple, vit aux Philippines. Niveau CO2, c’est le cauchemar, mais doit-elle renoncer à voir ses parents une fois tous les… pas souvent ? Dois-je renoncer à connaître ma belle famille ? Ce n’est pas toujours de l’égoïsme et des petits plaisirs personnels et ça rend les leçons de morale difficiles à donner. Propager l’idée, donner l’exemple, pour que réfléchir à deux fois avant de prendre l’avion ne soit plus l’acte d’un activiste énervé mais celui d’un citoyen engagé, que peut-on faire de plus ?
      (Et merci pour la remarque technique, je mets Scotland yard sur l’affaire !)

      • Enora 8 janvier 2020 at 18 h 28 min - Reply

        Bien entendu, mon propos est à nuancer. Dans des cas particuliers comme celui que tu énonces avec de la famille loin, la question de prendre l’avion ne se pose pas de la même manière et ça ne me choquera pas forcément une personne qui prend l’avion (de manière raisonnée) pour voir sa famille.
        Ça me choquera plus en revanche une personne qui prend l’avion plusieurs fois par an pour simplement partir en vacances, voire plusieurs fois durant une même période de vacances pour en voir le maximum.

        Il faut faire au mieux dans ses choix au quotidien et, comme tu le dis, donner l’exemple. Il n’y a pas de façon de faire parfaite et personne n’est parfait dans sa démarche, moi la première. On aura toujours chacun des contradictions dans nos actes mais déjà en prendre conscience, essayer de changer et faire au mieux est important pour espérer évoluer dans le bon sens.

  3. Frédérique 7 janvier 2020 at 12 h 23 min - Reply

    Votre article est très intéressant sur ce sujet épineux ! Le voyage est devenu LE rêve accessible désormais : nos trois enfants ont entre 25 et 30 ans et parcouru déjà une bonne partie de la planète ! Pour ma part, j’achète producteurs bio à deux pas de chez moi, je trie, je composte, j’ai réduit la viande et je prends le train lorsque je vais voir ma fille à Paris alors que je prenais encore l’avion il n’y a pas si longtemps …
    Mais il existe de multiples cas particuliers : une de mes amies est veuve et son seul fils est aux USA …Comment s’y rendre depuis la France autrement qu’en avion ?
    Je pense qu’une sorte de « permis de voyager  » avec un crédit de points permettrait à tous de prendre conscience et d’éviter que l’effort ne vienne que des seuls, encore trop peu nombreux, qui se sentent concernés et limiterait aussi les déplacements de ceux qui partent sans cesse en avion sur le temps d’un week-end ! (J’en connais aussi !)

    • Mat 7 janvier 2020 at 18 h 41 min - Reply

      Merci Frédérique pour ce commentaire qui apporte un peu de nuances. Mon article vise à expliquer pourquoi il faudrait moins prendre l’avion et pourquoi ce n’est pas si simple. Vous avez raison, des cas particuliers il y en a et je ne suis pas là pour distribuer les bons points. Moi même, je ne suis pas exemplaire (pas encore) et je suis bien conscient que nous mettre un gros gâteau devant les yeux en nous disant “surtout n’y touchez pas, sinon, dans 50 ans, vous allez voir…”… Difficile de résister ! Et puis certains d’entre nous font des efforts sur autre chose, leur maison, leur régime alimentaire, … À chacun de faire ce qu’il peut faire. Pour ma part, moins manger de viande, oui, ne plus en manger, non.
      J’aimerais qu’il existe des mesures réellement limitatives qui s’appliquent à tous, pour éviter que chacun d’entre nous se considère comme un cas particulier. Pour le moment, on doit faire avec la seule bonne volonté. Montrer qu’il y a d’autres manières de voyager, moins polluantes et tout aussi dépaysantes, c’est ma manière à moi de participer à l’élan général. Si chacun à son niveau fait un effort, ce sera déjà pas mal. Le plus dur c’est de se mettre en marche !

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