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La grande traversée du Morvan – Le réveil des chasseurs

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La grande traversée du Morvan – Le réveil des chasseurs

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9 décembre 2015

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De bocages en sapinières, la grande traversée du Morvan m’a conduit jusqu’au coeur touristique du parc : le lac des Settons.  Les vallées du Haut-Morvan ne sont plus qu’à un tir de carabine. C’est le week-end d’ouverture de la chasse. Les langues se délient et les animaux touchent du bois…

Jour 8 – Lac des Settons

Canon de blanc-charcut’. Mon petit déjeuner a des airs d’apéritif dominical. À la terrasse de l’épicerie, deux locaux s’échangent quelques anecdotes salées pour célébrer à leur manière l’ouverture de la chasse. À les entendre, ça tire sur tout ce qui bouge sans grand discernement.

« Quand ils sont dans le coin, c’est gilet orange de rigueur… Et mieux vaut ne pas s’arrêter de chanter ! »

Je regarde avec bienveillance mon sac jaune canari. Il sera mon laisser-passer.

Sangliers, chevaux, vélos, quads, marcheurs… Avec la pluie des derniers jours, on retrouve toutes les traces sur les chemins boueux. Des flaques profondes barrent la route. Il faut improviser d’autres itinéraires.

Au gîte rural de La Chaise, je répands mes affaires un peu partout dans le dortoir. Le gérant arrive dans la chambre :

«  Ah, vous êtes venu en voiture ? »

Il faut vraiment que j’allège mon sac…

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Jour 9 – Anost

Grand beau et toujours pas une détonation. Les chasseurs doivent être au bistrot champignons pour picoler préparer le terrain…

Rangées de sapins solennels lancés vers le ciel, à l’unisson. Dans la vallée, le chant des tronçonneuses. Les grumes s’entassent le long des sentiers. Des odeurs capiteuses d’écorces et de réglisse saturent l’air. Les abeilles dansent de joie.

Je surprends un renard en arrivant à Anost !

Dans les potagers, les tomates sont encore vertes. Le climat n’est visiblement pas au soleil tous les jours… « La nuit dernière, il a fait 3°C » m’annonce Caroline, la gérante du camping, avec son accent néerlandais à couper au couteau. Pour la peine, j’ai le droit de dormir dans la salle collective.

Au resto « La Galvache », deux anciens chauffeurs de la République se lamentent sur une France qui fout le camp.

« Avant, c’était autre chose. Le Président de l’assemblée, on l’appelait papi. C’était un bon… Il fumait des clopes, il buvait des canons. Mais ça, c’était avant que les jeunes aux dents longues arrivent ».

La petite prune est moins brutale que dans les tontons flingueurs.

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Jour 10 – Anost

Aboiements des chiens dans la forêt. Ça y est, les chasseurs sont réveillés. Peu de coups de fusils.

Au dernier village, un couple de vieux fermiers m’arrête :

– Vous avancez d’un pas décidé. Vous allez jusqu’à La Croisette, au moins ?! Vous n’avez pas peur de la nuit ?

Pourquoi aurais-je peur de la nuit ?…

Un cri long et rauque m’accueille à l’orée de la forêt. Entre chien et loup, le chemin mène à une cabane de chasseurs défendue comme un bunker. Pattes de sangliers clouées au dessus de la porte d’entrée. Pas fan de la déco, mais je pourrai faire du feu avec le bois stocké sous le auvent.

Une bonne demi-heure d’époumonage, la moitié de mon liquide réchaud sur le bois mouillé et la flamme fait enfin danser la clairière. S’il y a bien une joie à camper, c’est celle-là. Crépitements réconfortants, chuchottement de la flamme…

Un cri strident coupe court à toutes réjouissances. Les sangliers rôdent, j’entends leurs pas, ils sont là, à moins de 50 mètres. Je crie à mon tour, siffle et surtout, je remets du bois au feu pour attiser la flamme avant d’aller me coucher.

Ma plus grosse peur, à vrai dire, c’est d’avoir froid !

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Jour 11 – Glux-en-Glenn

Je fais part de mes rencontres nocturnes au premier village, mi-fier-mi penaud. Mon interlocuteur, lui-même chasseur, me rassure : en général, les sangliers ne chargent pas… Ou alors par pure intimidation.

En cas de rencontre inopportune, la marche à suivre est simple : faire des gestes lents, marcher doucement à reculons. Et de préciser :

« Et  surtout ne pas écarter les jambes, hein ? Si les défenses de l’animal te tranchent l’artère fémorale, il te saigne comme un… Cochon ».

Je repars avec dans la tête des images de combats héroïques et de face-à-face final.

« Ah oui, et au fait, bien garder son sang froid SURTOUT… »

Merci du conseil… :-/

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Jour 12 – Glux-en-Glenn

De vallées (ça monte) en vallées (ça redescend), j’arrive à Glux-en-Glenn. « Ecoute le silence, regarde les étoiles » indique un panneau qui pointe un gîte tout proche.

À Villechaise, je croise enfin le premier Mourvandiaux de toute la traversée. Mégot collé au bec, voix d’outre-tombe, moulé dans ses bottes, il semble tout droit sorti d’un film de Depardon. Je le regarde comme une pièce de musée ; il me regarde comme un jouet sorti d’une boîte. On échange quelques paroles. Il ne roule pas les r, il les roucoule.

Changement d’ambiance au bar de Glux-en-Glenn, où l’on bat le record du monde d’archéologue au centimètre carré. Il y a de la moustache, du chapeau et du gilet de laine, Harrison Ford et Sean Connery fondus dans plusieurs variantes d’un seul et même personnage. Ça parle méthodo, publication…

Le centre de recherche tient son débrief annuel. Tout ce que l’Europe compte de spécialistes de l’âge de fer se retrouve ici pour fouiller le sol de la forteresse gauloise – on dit opidum – de Bibracte, distante de quelques kilomètres.

Juché sur le sommet du Mont Beuvray, le site est réputé pour les points de vues qu’il offre sur les confins du Morvan. J’ai encore le souvenir du lever de soleil de Vézelay en tête et j’espère revivre un moment de grâce.

L’expérience va s’avérer autrement physique. Elle prendra la forme d’un voyage intérieur.

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