À Bénarès, pèlerinage musical au bord du gange

Inde

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À Bénarès, pèlerinage musical au bord du gange

Inde

30 mai 2017

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Bénarès est une respiration dans notre voyage en Inde. Loin de la foule de l’Uttar Pradesh, nous sommes venus assister au festival de musique donné en l’honneur du Dieu-singe Hanuman. Nous savourons avec délectation le rythme apaisé de la ville sacrée baignée par le Gange.

Après une vingtaine d’heure de train, nous arrivons à Bénarès un peu groggy et la fraîcheur du matin nous fait du bien. La mousson arrive, il fait chaque jour un peu plus chaud et le soleil dessine des ombres dans la poussière soulevée par un traffic déjà dense.

Des enfants nous prennent par la main et nous nous laissons faire, trop fatigués pour lutter. Ils nous emmènent à travers un dédale de petites rues où il faut éviter les bouses sacrées et où deux vaches peuvent à peine se croiser. Un couple français amoureux de l’Inde nous a recommandé la Vishnu rest house, idéalement située sur le Pandey Ghat, juste au bord du Gange.

Il suffit de s’asseoir sur les marches pour regarder la ville vivre. À Bénarès, nous avons enfin le sentiment de découvrir une Inde à dimension humaine.

Bénarès, pélerinage musical au bord du gange

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Sur les ghats

Bénarès est une ville sacrée parce que le Gange est une déesse. Les textes anciens racontent que la rivière céleste, pacifiée par la chevelure de Shiva, descendit sur la terre pour purifier les cendres et libèrer les âmes.

Sur ses rives se déroulent les scènes du quotidien, bercées par le cours tranquille du fleuve. Au petit matin, les blanchisseurs battent sur la pierre le linge gorgé d’eau. Le raffut qui se répercute sur les façades pénètre dans les dortoirs par les fenêtres sans carreaux et nous tire du lit.

C’est l’heure des ablutions. Des fidèles, hommes, femmes et enfants s’immergent corps et âme, tête comprise. Un musicien joue à la flûte un air envoûtant. Des enfants s’essayent au cricket. Un sadhu vient mendier quelques roupies auprès des touristes assis sur les marches. Plus loin, des vieux jouent aux cartes ; une femme fait des offrandes dans l’eau ; quelques barques reviennent de l’autre rive chargées de marchandises.

Sur d’autres ghâts, des cadavres sont incinérés puis leurs cendres dispersées dans le fleuve. Pour les plus pauvres qui ne peuvent payer le bois reste le crématoire électrique. Dans ces gestes de tous les jours, vivants et morts, sacré et profane s’entremêlent, et tout semble accepté avec un détachement, une simplicité et un naturel qui fascinent.

Bénarès, pélerinage musical au bord du gange

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Musique sacrée au temple d’hanuman

Nous sommes à Bénarès pour assister au festival de musique classique qui se tient chaque année au temple d’Hanuman, le dieu-singe.

Réunis dans l’enceinte du temple, barbus octogénaires et jeunesse moustachue se côtoient, accroupis sur le sol et pieds nus pour assister aux dialogues de musiciens virtuoses venus de tous le pays. A la veena, sorte de guitare au long manche dont la sonorité rappelle la cithare, Pandit – maître – Mohan Bhatt improvise seul depuis plus de vingt minutes. La mélodie qu’il tire de son instrument éclaire les visages de sourires de plaisir. Aidés par les vapeurs de haschich, certains se sont endormis. Profonde vibration de paix et de sérénité.

Aux tablas, reines des percussions indiennes, Pandit Talwalkar donne aux envolées mélodiques de son ami guitariste un semblant de structure rythmique. Les deux maîtres improvisent et pourtant, ils semblent jouer la même partition. Télépathie ? Pour les disciples de Shiva, créateur de l’art musical indien, la musique est un moyen de concentration intérieure et de perception du surnaturel. En Inde, ne surtout pas sous estimer les forces de l’esprit

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Garder son calme

Soudain, tonnerre d’applaudissement. Un singe vient de traverser nonchalamment la scène ! Il en faudrait plus pour troubler la sérénité des deux musiciens qui continuent, imperturbables, leur dialogue mental. Cela viendra plus tard, sous la forme d’une coupure de courant, comme il en arrive ici plusieurs fois par jour.

Telle est la ressource des Indiens : en toutes circonstances, savoir garder son calme. Je mettrai en application cette philosophie dès la sortie du concert. Ma paire de chaussures neuves, mon unique paire laissée à l’entrée du temple a disparu et je devrai rentrer pieds nus… Pour cette fois, je fais preuve de détachement. La prochaine fois, je ferai preuve de vigilance. Moi qui croyais le sacré inviolable en Inde, j’ai sur-estimé leur foi et sous-estimé leur pauvreté. On ne m’y prendra plus.

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