Quart d’heure cochon à Berlin

5 commentaires - Berlin - Publié le

Trois anecdotes plutôt cochonnes pour une incursion culturelle au pays de la saucisse. Parce qu’en Allemagne, on ne plaisante pas avec la cochonaille.

Ce qu’on a dans notre assiette en dit long sur nos façons de vivre. Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es. La France se découvre à travers ses fromages. En Allemagne, le marqueur culturel, c’est la saucisse.

Au KaDeWe, géopolitique de la saucisse

C’est un des hauts lieux du shopping berlinois, et le symbole durant la guerre froide de l’écrasante victoire matérielle de l’ouest sur l’est. KaDeWe : Kaufhaus Des Westen. Le grand magasin de l’ouest. C’est assez explicite !

On trouve de tout dans ce temple de la consommation. Mais le point culminant du bâtiment, c’est l’étage gourmet, en français dans le texte. Thé blanc, éclairs de chez Lenôtre, caviar beluga, gouda au pesto rouge, café masaï, gelée de Saint-Jacques, chanterelles fraîches… Musardant entre les stands, le cheveux est blanc, le pas tranquille, le portefeuille bien garni.

Parmi ces produits stars venus des quatre coins de la planète, un intrus… Du cochon ! C’est la foire au cochon. 50 mètres de saucisse, de lard et de jambon fumé s’étalent en rang serrés dans les présentoirs rutilants du rayon charcuterie :

Bratwurst : saucisse à braiser // Bockwurst : à cuire à l’eau // Riesenbockwurst : saucisse géante // Cocktailwiener : pour l’apéritif // Schinkenkrakauer : aux morceaux de boeuf // Weisswurst de Münich : saucisse de veau, pour accompagner la chope de bière matinale // Frankfurter : 100% cochon…

Et la star berlinoise, la Currywurst, noyée sous une épaisse couche de ketchup et/ou du curry. Chaque année, il s’en engloutit 70 millions.

Chaque année aussi, 60 millions de porcs finissent en chair à saucisse. Ecoeurés par cette boucherie, 10% d’Allemands sont végétariens.

Berlin - Kadewe - Rayon saucisse

 

Au Tiergarten, sandwich à la choucroute

Fan Park Berlin, à deux pas de la Brandenburger Tor. A l’occasion de la coupe du monde de football, le Tiergarten est réquisitionné pour accueillir les supporters de la Mannschaft. Depuis son titre de championne du monde en 2006, la folie du foot accapare tous les espaces publics. Les tireuses à bière déversent chaque jour des hectolitres de blonde mousseuse. Je le remarquerai plus tard sur mes photos : la moitié des gens dans la rue ont une bouteille à la main. Il y a même un mot pour ça : Wegbier, la bière pour la route…

Je commande une saucisse : une Rostbratwurst. Mon sandwich ressemble à un hot dog XXL.

- Le serveur : Mit Sauerkraut ?

Un sandwich à la choucroute ? Je tente l’expérience.

Son acolyte, responsable choucroute, poitrine opulente, tignasse blonde décolorée, entonne en se dandinant :

Ich esse gern Sauerkraut // J’aime bien la choucroute

Und tanze gern Polka // et danser la Polka

L’Allemagne…

Berlin - Biergarten - quart d'heure saucisse

 

Chez Tucholsky, un Frühstück qui tourne à la boucherie

A Berlin, le Frühstück (petit déjeuner) du week-end, servi jusqu’à 16h, parfois plus tard, est une des mes institutions préférées. Après un samedi soir noyé dans la bière, la perspective de démarrer la journée tard et lentement par quelque chose de sain vous rachète une conscience pour le dimanche. Je fantasme déjà sur l’une de ces assiettes débordantes de fruits vitaminés, de légumes grillés, de petits pains délicieux et de charcuterie joufflue.

Et puis je passe devant chez Tucholsky. Cuisine allemande traditionnelle. Spécialités berlinoises. Jarret de porc… En musique, il y a la 5ème de Beethoven. En cuisine, il y a le jarret de porc à la berlinoise. Appétit d’oiseau s’abstenir. J’ai une faim de ptérodactyle et je souris déjà à l’idée d’une berliner Eisbein bien calée au fond de mon estomac.

Intérieur bois sombre, lumière filtrée par les grandes fenêtres aux vitraux dépolis. Portraits, coupures de presse et caricatures sur les murs… Et dans la salle.  A ma gauche, un homme soliloque. Depuis plus d’un quart d’heure, il pérore, le verbe haut, affirmatif, argumenté. Ensevelie sous les mots, sa femme finit par déborder. « Tu parles, tu parles, c’est fou ce que tu peux parler ! » Plof. Ça tombe comme une louche de purée dans l’assiette.

La mienne arrive. Le jarret fait deux fois la taille de mon estomac. Joie intérieure. Les pommes de terre persillées sont un peu sucrées, du cumin parfume le choux confit, un fumet de lard relève la purée de pois. Du cochon, du choux, des patates, mais en grande livrée !

Des chants d’avant-guerre, voies douces, airs gais, laissent à penser que les Allemands sont un peuple doux et pastoral. Et puis j’entends les cris de la foule devant un but de Möller et je suis pris d’un doute.

Berlin - Tucholsky - Specialite berlinoise

*** Epilogue ***

Quelques jours plus tard, j’assiste dans un bistro parisien au match France-Allemagne. Des supporters haineux investissent le petit bar où règne une ambiance bon enfant. Chants aux accents fachistes, pluie d’insultes, violences verbales. La fête est gâchée.

Mais les pendules sont remises à l’heure : la bêtise n’a pas de drapeau. Quant au score, 1-0 pour l’Allemagne, ça m’est bien égal. Comme on dit en allemand :   »Es ist mir Wurst ». Pour moi, c’est de la saucisse.

Infos pratiques

  • Restauration Tucholsky

    Adresse : Torstraße 189, 10115 Berlin
    Téléphone : +49 30 2817349
    Site web : http://www.restauration-tucholsky.de/

    Autres infos :
    Le Biergarten est bien agréable lorsque le soleil est de la partie. Par temps froid, l'intérieur patiné par les ans et l'atmosphère tradi du lieu font leur petit effet. Réconfortant et roboratif.


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  • Elisa

    Oh! La semaine dernière j´étais précisément là bas, au Tiergarten, à coté de la Brandenburger Tor, en occasion des matchs de foot.
    Et je suis aussi allée au joli biergarten près de mon apartement berlinois, au Prenzlauer Berg. J´ai partagé la joie des allemands.
    Maintenant, je suis en Argentine en attendant le dimanche, hi hi hi.

    Répondre

    • Mat Post author

      Ola Elisa ! On s’est raté de peu dis donc ! Alors toi aussi tu as pris ton bain de foule ? J’imagine l’ambiance survoltée qui régnait sur l’avenue du 17 juin… Moi je n’ai pas poussé plus loin que les stands de saucisses. Si tu étais en Allemagne pour voir gagner les Allemands, alors logiquement tu devrais être en Argentine pour voir gagner… les Argentins ;-) Ca va être chaud ! Bon match :D

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  • NowMadNow

    Ich esse gern Sauerkraut
    Und tanze gern Polka

    :)

    Répondre

Pssst... Je suis sur la route !

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