N’oubliez pas de vous perdre en voyage

4 commentaires - Publié le

On veut de l’authentique et l’on consomme le voyage comme un produit. De l’exotisme, oui, mais jamais sans ma bouteille d’Evian. Ok pour l’aventure tant que l’itinéraire est fléché. Mais qu’arriverait-il vraiment si vous vous perdiez en voyage ?

Rien. Il ne se passerait rien. Du moins rien de grave. L’imprévu. D’autres chemins possibles.

Mille manières de faire un voyage

A mon retour de tour du monde, j’avais trouvé mon grand père devant la carte des voyages qu’il avait réalisés depuis son départ en retraite. Grand voyageur malgré lui, ma grand-mère l’avait traîné chaque année dans un pays différent. Argentine, Canada, Australie… Des tas de petites épingles colorées parsemaient la carte du monde affichée au mur. Au stylo, il avait aussi tracé l’itinéraire que j’avais suivi.

Il était fier. Moi aussi.

Nous avions certains pays en commun et il évoquait ses souvenirs les plus marquants l’oeil pétillant : les crémations au bord du Gange à Bénarès, les mosquées bleues d’Ispahan, l’armée de terre cuite de Xi an. Il en était encore émerveillé.

Same same but different

De tout ça, je n’avais rien vu. Moi, j’avais dormi dans des kiosques à musique au Mexique, croisé des troupeaux de moutons dans les Monts Elbourz, pesté contre le vent de la Mongolie intérieure. « Mais tu as tout râté ! » finit-il par s’exclamer dans un demi-sourire, quand même un peu déçu qu’on ne compte pas quelques expériences communes.

De son point de vue, c’était vrai. Je n’avais pas « fait » les immanquables de chaque pays. J’ignorais même parfois jusqu’à leur existence. Lors de mon voyage, j’avais suivi la route sans attentes, allant au devant des emmerdes situations. J’avais vécu des expériences, croisé des personnages, embrassé le tout venant. Ma vision de terrain était tout aussi réelle que les vieilles pierres et les monuments que j’avais ratés. Mais radicalement différente.

Iran - Monts Elbourz - Le berger

L’aléa, carburant du voyage

Les circuits organisés ont un ennemi juré : l’aléa. Cet aléa, c’est aussi le propre du voyage. C’est même son carburant, l’obstacle à franchir qui crée la surprise, le prétexte qui déroute. On demande son chemin et on se retrouve à partager le toit d’une famille indienne au fin fond du Chiapas. Une crevaison dans le désert du Sahara se transforme en un séjour de luxe chez un milliardaire mauritanien. Au Vietnam, un bivouac à deux pas de l’église et vous voilà les hôtes du prêtre, parlant par dessins et par gestes autour de petits verres d’alcool.

Tous ces imprévus font d’un voyage une succession de moments pleins de promesses. Ils sont l’étoffe de mes plus beaux souvenirs. Voyager à tâtons donne confiance en la vie. Tout paraît possible et au final, pas si grave. Si toutes mes expériences n’ont pas été bonnes, je n’ai jamais regretté de donner sa chance au hasard. C’était la seule manière de faire mon propre voyage.

Voyages rentables et voyageurs pressés

« Faire un tour du monde, c’est un truc de gringo » me disait un vieux bolivien incrédule face à nos vélos. Je me souviens moi aussi avoir regardé d’un oeil amusé les voyageurs pressés. Ceux pour qui l’expression « courir le monde » a du être inventée. Qui veulent tout voir – tout sauf des touristes – tambour battant pour rentabiliser leur billet tour du monde et quelques mois de parenthèse professionnelle. Sans même s’en rendre compte, ils voyagent comme ils travaillent : en pensant rentabilité, efficacité, optimisation. Moi, je pouvais faire mon snob, j’avais tout mon temps…

A mon grand-père, devant la mappemonde, pour défendre ma manière de voyager si éloignée de la sienne, j’aurais pu lui dire que…

« nous sommes quelques uns à être nés en partance. Déjà désarrimés. Déjà délivrés des racines et des codes. Déjà nourris du seul lait des nuages.
Quelques uns à filer joyeusement par tous les terrains vagues. A dévaler. A déferler. A inventer autant de royaumes qu’il est d’étoile au ciel pour le plaisir souverain de les dilapider. »

Sauf que lui balancer à la figure comme ça, de but en blanc, quelques strophes d’André Velter, ça aurait eu l’air prétentieux. Ça n’aurait pas trouvé sa place dans le réel. Je me suis contenté d’un truc du style : « Je crois que le rôti est cuit ». C’était moins arrogant. N’empêche…

« Il n’est d’empire qu’entre nos mains. Il n’est de conquête qu’ici et maintenant. Avec surcroît de panache. ferveur. Insouciance. Energie féroce à la clé. »

Botswana - Delta de l'Okavango - Intimidation


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  • Mario

    Bonjour,
    Bien d’accord avec toi. Il y a plusieurs façons de voyager et de voir les choses. J’aimerais bien aussi laisser plus de place au hasard, mais souvent c’est le temps qui manque. Très beau texte !

    Répondre

  • Laurent

    On essayait de me dire il y a peu que « hors des sentiers battus », ça n’existait plus. L’expression a perdu un peu de son sens, car elle est souvent employée à tort et à travers pour décrire des sentiers très battus, mais me voilà rassuré, ça existe encore … ouf :-)
    Un texte comme toujours très inspiré en tout cas.

    Répondre

    • Mat Post author

      Salut Laurent !
      C’est vrai que beaucoup d’expressions sont très galvaudées… L’industrie du voyage est la première à user à tort et à travers de ces mots clés qui déclenchent en nous tout un imaginaire : exotiques, authentiques, durables, insolites… On voudrait nous faire prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages. Il suffit de lire l’intitulé de mon blog ;-) Ou de regarder « rendez-vous en terre inconnue ». On aime se raconter des histoires.

      Je crois fermement qu’en suivant son propre chemin, on est certain de ne pas tomber dans le syndrome du sentier battu. Et que moins on se renseigne sur un pays, plus on a de chance de ne faire non pas le voyage convenu, fléché, mais son propre voyage. Ensuite tout dépend des attentes de chacun.

      La fin des sentiers battus ? Quel cynisme de dire des trucs pareils. Et quel manque de curiosité… Les sentiers battus, ils sont surtout dans la tête des gens, non ?

      Merci pour l’insiration :)

      Répondre

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