À vélo sur les pentes de l’Himalaya

Aucun commentaire - Sim Bhanjyang - Publié le

Après une semaine au rythme de Katmandou, je commence à avoir des fourmis dans les jambes. Franck, qui rentre d’un trek dans l’Himalaya, tient une forme olympique. Nous reprenons la route la fleur au fusil.

Pour rejoindre l’Inde, deux possibilités s’offrent à nous : la première, en rouge sur la carte, s’étend sur cent soixante kilomètres. La seconde, en jaune, serpente sur cent sept kilomètres. C’est l’ancienne route de l’Inde, la Tribhuvan highway, une route de montagne qui devrait nous réserver quelques belles pentes. En mauvais état, nous espérons surtout qu’elle découragera les chauffeurs les plus avisés pour nous offrir un spectacle plus pittoresque et moins stressant.

Le Népal à vélo - sur les pentes de l'Himalaya

L’ancienne route des Indes

Cheveux au vent, nous attaquons la descente sur une route si impeccable que nous dépassons sans la voir la bifurcation sur la gauche… Le temps de douter, de nous arrêter et de nous renseigner, nous voilà dix kilomètres plus bas. L’heure et demie de perdue, la perspective de remonter la pente et la pluie qui vient couronner le tout finit d‘éparpiller notre bonne humeur façon puzzle…

Un dhal bat copieux récompense les efforts nécessaires pour remonter la pente : riz, lentilles et patates, généreusement servis et resservis si besoin. C’est le plat népalais incontournable. Nous sommes prêts pour les premiers véritables kilomètres de montagne.

Entre forêt d’altitude et points de vue sur la vallée, la petite route s’avère très agréable. En toile de fond, les sommets les plus hauts du monde. Dans les petits villages, les enfants nous poursuivent en criant « Bye-bye roupie », « bye-bye chocolate »… On n’est pas les premiers visiteurs.

Le Népal à vélo - sur les pentes de l'Himalaya

Ascension hors catégorie

Inexorablement, la pente s’incline. Devant moi, Franck avale le goudron sans sourciller, imperturbable et disparaît bientôt derrière un des milliers de virages en épingle à cheveux. Dérailleur vissé sur le petit plateau, grand pignon, je m’accroche à mon guidon et tente de suivre le rythme mais les efforts pour grignoter chaque mètre de pente ont peu à peu raison de moi ! Découragé, à bout, je pose pied à terre et pousse, maudissant la montagne, mes vingt cinq kilos de bagages et ce choix d’itinéraire stupide !

Nous installons le campement quelques kilomètres plus loin, sur le terrain de sport d’une école de village. Les enfants qui nous entraînent dans une partie de volley finissent de vider nos dernières forces. Pour notre dos, nos fesses, nos cuisses, nos mollets, la position horizontale offre un réconfort indicible. La nuit sera salvatrice, le sommeil abyssal.

Le Népal à vélo - sur les pentes de l'Himalaya

Le Népal à vélo - sur les pentes de l'Himalaya

Pause Haschich

En ouvrant la toile de tente, les neiges de l’Himalaya sous le soleil levant nous mettent du baume au cœur pour les vingt, trente, quarante derniers kilomètres d’ascension. Dans la fraîcheur du matin, les élèves de taekwondo, en kimono et pieds nus, rejoignent au pas de course le village où nous avons dormi. Quelques kilomètres encore avant un nouvel arrêt dhal bat dans la hutte d’une famille népalaise qui s’improvise hôtel-restaurant.

Une fumée épaisse stagne dans la pièce principale, à la fois cuisine et salle de réception. Aux fourneaux, la maîtresse de maison nous salue d’une voix de basse enrouée. Nous saisissons le premier prétexte pour nous réfugier dans le jardin en terrasse où quelques plantes aux feuilles dentelées attirent mon attention. L’odeur qui s’échappe d’une boîte de conserve suspendue au dessus des braises confirme mes soupçons. La famille produit son propre haschich.

Accroché au mur, un gros sac joufflu renferme un bon demi-kilo de pollen tout frais, l’un des meilleurs du monde… Une dégustation serait bien tentante mais ce n’est vraiment pas le jour pour la jouer dilettante. Le seul souvenir de notre passage sera une photo avec toute la famille et le désormais traditionnel échange d’adresses.

Le Népal à vélo - sur les pentes de l'Himalaya

Le col de Sim Banjyang

Et le bras de fer contre la montagne reprend. Vingt et un kilomètres, deux heures et demie de souffrance jusqu’au sommet. Franck caracolle, commente le paysage qui disparaît peu à peu dans la vapeur des nuages.

« Par temps clair, on devrait voir l’Everest ».

Par temps clair, je ne verrais rien d’autre que le goudron qui défile sous mes roues et l’Everest serait le dernier de mes soucis, trop absorbé par l’effort surhumain que je suis en train de produire. Mes tempes palpitent, mon regard vacille, je suis au bout de moi même.

Au col de Sim Bhanjyang, un panneau annonce enfin la fin du calvaire. 2844 mètres d’altitude pour une première étape de montagne, c’est ce qu’on appelle mettre la barre haut. Et puis surtout, le plus important, la récompense après tous ces efforts, cinquante kilomètres de descente à travers la jungle, sur un chemin aux méandres parsemés de nids de poule, au milieu des cris stridents des oiseaux et des cigales locales.

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Le bicycle book

Passé Hetauda, la ligne d’arrivée, nous déposons fièrement nos autographes dans le bicycle book de l’hôtel Avocado, un cahier aussi épais qu’improbable qui dresse en deux volumes l’historique de tous les voyageurs à vélo passés par là depuis 1995. Une pièce unique !

On y a fait une pub d’enfer pour le blog. Il faut savoir aussi rester pragmatique.

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