Course contre le soleil au Mont Beuvray

11 commentaires - Mont Beuvray - Publié le

Le Mont Beuvray offre les plus beaux points de vue sur le Morvan. Levé aux aurores, ma randonnée nocturne se transforme vite en course-poursuite contre le soleil. Dans l’obscurité, j’entre en rumination. Petite séance d’auto-archéologie.

En rentrant dans ma chambre, une odeur fumée me saute au visage. Après avoir infusé deux semaines dans les bois, j’ai peu à peu pris le parfum de la forêt. Il est cinq heures du matin et j’ai un objectif : assister au lever du soleil depuis le Mont Beuvray. Dehors, il fait encore nuit noire et, en arrivant sur le chemin forestier, il faut me rendre à l’évidence… Je n’y arriverai pas sans lampe ! Demi-tour…

Odeur fumée. Redépart au pas de charge. Je me réjouis déjà à l’idée des photos de soleil levant sur les confins du Morvan. Stupeur. L’appareil photo ! Oublié ! Demi-tour-odeur-fumée-redépart au pas de course. Rien à faire, je ne serai jamais du matin…

Je devine tout juste le lacet de goudron qui serpente entre les arbres. Au diable la lampe. Je cours dans l’obscurité pour arriver à temps et faire la photo fantasmée.

Auto-archéologie au pays des Celtes

Faire une bonne photo, c’est être au bon endroit au bon moment. Parfois, la photo vient à vous. Et parfois, il faut aller la chercher. Je cours après les secondes qui s’égrènent et le peu de temps qui me sépare du lever du soleil. Je cours, je ne vois rien, je rentre en rumination. Au pays des Celtes, je fais de l’auto-archéologie.

Courir dans la nuit sans savoir où l’on va.
Vivre une vie sans savoir où l’on va.
Au final, peu importe la destination,
seul compte le chemin.

J’arrive au musée archéologique de Bibracte-Mont de Beuvray. Le soleil se lève dans quelques minutes. Sur ma carte, je touche au but mais où se trouve cette foutue route ? Et ce chemin qui part dans l’épaisseur de la forêt, serait-ce… ?

Fuite en avant

Une forme émerge de la pénombre du bâtiment.

« Suivre le goudron ; deux kilomètres ; trois pour accéder au site. »

Elle retourne à ses collections. L’Aube ne m’a jamais semblé aussi distante. Et contre toute logique, avec l’intuition profonde de faire fausse route, je jette toutes mes forces dans cette direction. Le soleil doit déjà être en train de se lever alors que je cours encore sur cette route interminable. Je pense à mes amis Vincent et Laurent qui arpentent le décor à petites foulées le sourire aux lèvres.

Le sourire aux lèvres, moi je ne l’ai pas…

Écouter ma voix intérieure

Ma victoire sera ce lever de soleil sur la campagne embrumée dont chaque seconde écoulée, chaque pas de plus m’éloigne. On ne triche pas avec le temps.

Et le soleil se lève. Et je suis encore en train de courir, en train de rater le moment espéré parce que j’ai écouté Mr Nobody, parce que j’ai préféré suivre son conseil à lui plutôt que m’écouter moi. J’ai eu peur de prendre le risque de me faire confiance.

Combien d’échecs parce que j’ai eu peur de moi-même ? Combien de trains manqués par manque de confiance en moi ? J’ai l’impression que c’est l’histoire de ma vie.

Ecouter ma voix intérieure, faire confiance à mon intuition.
Ecouter ma voix intérieure, faire confiance à mon intuition.
Ecouter ma voix intérieure, faire confiance à mon intuition.

Le Mont-Beuvray à la rage

Et je cours encore. Je cours après les secondes. Je cours de rage. Mes cuisses me font mal. Je m’inflige moi même la punition. Je suis en train de rater le lever de soleil sur la campagne embrûmée et je me déteste.

Le chemin escalade la pente de face, tire maintenant à travers bois. Enfin la forêt s’ouvre, encore un dernier champs à escalader tout droit. Je grimace. Derrière la cime des arbres, j’entraperçois la brume, la campagne, les nuages, les sommets, le Mont-Blanc.

Je cours vers le sommet. À mes pieds, le panorama que j’espérais s’étale. Époustoufflant. Et le soleil, voilé derrière les nuages, n’a pas encore fait son apparition. Il m’attendait !

Il m’attendait.

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  • Donlope

    Très sympa comme récit, je me suis reconnu sur le peu de sorties matinales que j’ai fait pour le paysage…à courir contre ;e temps, à expérimenter des chemins improbables :)
    En tout cas, le résultat est là, et pas sûr que tu aurais eu plus beau 5 minutes avant…et comme de toute façon, on ne pourra jamais savoir, il faut profiter de ce qu’on a!

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    • Mat Post author

      Haha ! Ça fait plaisir de savoir que je ne suis pas le seul à vivre ce genre de mini-échec…
      D’autant que tu as parfaitement raison : au final, je suis arrivé au bon moment, car le soleil n’était pas encore sorti de la couche nuageuse !
      En fait on se fout tout seul une pression de malade, alors que tout autour de nous, la vie s’écoule sereine. Voilà, c’était la pensée du jour ;-)

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  • Nathalie Michoux

    Merveilleux !
    Cette course contre le Soleil… contre soi-même… contre notre Soleil intérieur ! Merci pour ce cadeau ! Pour ces mots exprimés qui sont si bien « imagés » par votre Ascension du Mont Beuvray. Votre texte est digne de cet auteur que j’aime particulièrement, natif de ce « Pays », qui écrivit « les étoiles de Compostelle »…
    Vos photos sont comme toujours, pleines de sensibilité, je les apprécie beaucoup aussi.
    Vous faites un voyage que je rêverais de faire ; grâce à vous, j’en perçois le parfum…
    Je vous souhaite de l’écouter et de l’entendre de plus en plus, votre voix intérieure. Plus on lui fait confiance et plus elle est présente, dans les plus infimes « détails » du quotidien, lui donnant un côté « Magique »…
    La Vie est Belle

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    • Mat Post author

      Bonjour Nathalie ! Merci pour ces quelques lignes.
      J’ai écrit ce texte un peu comme une incantation, pour m’exhorter à suivre mon instinct.
      Mes voyages me démontrent inlassablement que la vie est plus simple que ce qu’on imagine et que les difficultés sont bien souvent dans ma tête.
      J’espère que vous aussi vous saurez créer l’occasion de faire ce voyage dont vous rêvez. J’allais dire « que vous aurez vous aussi la chance de… » Mais en fait la chance n’a rien à voir là-dedans :)
      Bonnes fêtes !

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  • Vincent

    Très agréable à lire, et superbes images de l’aube. Ça méritait l’effort!
    J’ai un très bon souvenir de quelques randonnées dans le Morvan, cette région est mésestimée alors que si proche. Et rassure-toi, nous ne courons pas toujours le sourire aux lèvres!
    Bise

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    • Mat Post author

      Merci Vincent :)
      Quoi ?!? Vous ne courez pas toujours le sourire aux lèvres ? Le mystère s’épaissit… ;-)
      Plus sérieusement, il faudra un jour que tu m’expliques ce qui te pousse à faire des courses de plusieurs jours. Ça m’échappe !
      À bientôt !

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  • Laurent

    Sympa l’article.
    Merci pour la petite dédicace.

    D’après les photos, la course en valait la peine.

    Bises et à bientôt

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  • csil

    Bonjour et merci pour ces beaux récits de traversée de notre si belle région. Le lever de soleil depuis le mont Beuvray est le « sport » favori de mon cher et tendre et le plaisir est encore plus intense quand il aperçoit le Mont Blanc, tout là bas, là où naît le soleil. ( http://instantalautre.blogspot.fr/ )
    Heureuse que vous aillez apprécié nos paysages, ici peu de gens « du cru » ont conscience de la richesse et de la beauté des lieux. Nous, nous en sommes éperdument amoureux !
    Par contre vous avez eu de la chance car habituellement le mois de décembre est bien plus pluvieux, voir neigeux !! Un des aléas du réchauffement climatique peut-être ?
    Bonnes routes !

    PS : un petit « e » à Glux en Glenne ?

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    • Mat Post author

      Bonjour (Cécile ? Toine ?) !
      Ça oui, j’ai apprécié… Après tous ces efforts, j’étais d’autant mieux disposé ;-)
      Vous avez de la chance d’avoir les yeux grand ouverts. Beaucoup de gens ne voient plus la beauté qui les entoure et ne rêvent que d’ailleurs. Je crois que partir nous fait ouvrir les yeux. Enfin j’espère… En tout cas, vos photos sont splendides !
      Je n’étais pas en décembre à Glux-en-Glenne (avec un e, merci pour la note) ! J’y étais fin septembre, mais j’ai publié mon texte avec pa mal de décalage. Le voyage me prend tout mon temps ;-)
      À bientôt par ici (ou par là)
      Mathieu

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      • csil

        oui, suis-je bête, il y a encore du feuillage sur vos photos !

        Le commentaire est de Cécile, les photos de Toine (mon cher et tendre) ;) Merci pour le compliment pour les photos, je transmettrai.

        Quelle chance de pouvoir voyager ainsi ! La vie que nous avons choisi ne nous le permet pas. Parfois certains voyagent beaucoup mais sont incapables de voir la beauté de ce qui les entoure et cherchent toujours à voir « ailleurs ». Nous nous aimons aller ailleurs pour mieux revenir. Nous avons cependant nos préférences en des lieux que nous apprécions mais où nous ne pourrions pas vivre. Les Pyrénées et le Vercors sont nos favoris. (Oui ont a du mal avec les plaines !! )

        Bons voyages !

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  • Anne LANDOIS-FAVRET

    Salut, je découvre ce site via Donlope. Tes escapades sont très bien racontées, ça fait de très bonnes idées de tourisme vert ! J’ai connu un peu le Morvan il y a pas mal d’années, c’est un très bel endroit, d’un calme qui s’apprécie !

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Pssst... Je suis sur la route !

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