Une journée à l’ITB : dans les coulisses du blogging voyage

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Une journée à l’ITB : dans les coulisses du blogging voyage

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16 mars 2015

3 Commentaires

Le monde du tourisme se retrouve chaque année à Berlin à l’occasion de l’ITB, l’international Travel Business salon. Intégrés aux stratégies de communication des destinations, les blogs de voyage ont désormais voie au chapitre. Entre faux gourous et vrais mordus, qui sont les chercheurs d’or et les vendeurs de pelle ?

En tant que berlinois et blogueur de voyage, je ne pouvais pas bouder cette super opportunité de « networker ». J’y rencontrerais peut-être, qui sait, les futurs sponsors de ma diagonale du vide. Et puis toutes les stars du blogging voyage y seraient. Je ne pouvais pas rater ça, hein ? Non ? Vraiment ? Bon ok, alors j’y vais. Histoire de voir un peu qui fait quoi, qui pense quoi, qui boit quoi…

Une journée à l'ITB - 24h dans les coulisses du blogging voyage

Sésame ouvre toi

Le formulaire d’accréditation de l’ITB s’avère un brin inquisiteur. Avec ma poignée de malheureux (mais valeureux !) fans Facebook, je sens que, comme pour rentrer en boîte à Paris, je vais me faire refouler. Le message arrive dans ma boîte aux lettres : surprise, je suis reçu ! Tadam ! Mon ego se gonfle comme un compte Instagram boosté au robot-liker.

Reste à catégoriser mon blog en remplissant les cases à choix multiples. Pour un salon, encarter les blogs, c’est se donner les moyens de les proposer à des annonceurs qui pourraient être intéressés. Faire correspondre l’offre et la demande. C’est quoi ta niche ?

Euh… Ma niche ? Ba… Blogueur de voyage…? J’ai bon là ?

Ba non, t’as tout faux ! La marche à pied, le continent australien, les hôtels de luxe ou les tours du monde solo, c’est ça, des niches. Pour moi, par exemple, ce serait plutôt le slow travel, les tours du monde à vélo et les itinéraires hors des sentiers battus. Mais ça pourrait être aussi les rencontres impromptues en voyage, la musique du monde ou les carnavals. Mais non, je dois me coller UNE étiquette. Bon. Alors dans le formulaire je choisis « inspiration et astuces de voyage ». Sans conviction.

C’est quoi ma niche ?

Difficile de dire quel voyageur « je suis ». Dans le voyage, tout m’attire. C’est même pour ça que je voyage. Je suis aussi intrigué par une free-party au fin fond de la Bretagne que par un défilé de mode Channel. Je n’ai pourtant pas le réflexe selfie-lifestyle de la blogueuse mode. Si je prends des tonnes de photos, suis-je pour autant un blogueur photo ? Non, je ne file pas de conseils sur mon blog. J’ai encore tellement de progrès à faire…

J’adore manger et cuisiner, mais suis-je pour autant un foodista ? Mais non ! D’ailleurs, cette manie de photographier systématiquement son assiette de pattes au beurre, franchement… Descendre dans les catacombes de Paris est une des aventures les plus excitantes que j’ai pu vivre, mais suis-je un blogueur outdoor ? Non. Quand je vois les photos de camps de base au pied de l’Anapurna, je me dis que l’aventure, ça n’a pas l’air d’être ça…

Suis-je donc un blog d’astuces de voyage ? Pas plus. Je fuis comme la peste ceux qui m’expliquent comment mieux faire ma lessive en voyage, comment devenir un aventurier, comment plier mes affaires dans mon sac à dos, comment faire pipi en voyage… J’aime pas qu’on m’explique. Ça m’énerve. J’ai l’impression qu’on me prend pour une truffe.

Blogging voyage - Dans les coulisses de l'itb - Niche, segment et tutti quanti

Tête haute, blogueurs ! Devenez gourou

Les conseils et la pseudo-sagesse accumulée des autres voyageurs me laissent sur ma faim. Les néo-gourous revenus de leur 9 mois de voyage avec la mission d’éclairer le monde me hérissent le poil. Le gorafi, toujours mordant, avait fait deux super papiers sur le sujet :

Un millionaire décide de tout plaquer pour un tour du monde de 24h dans son jet privé

Un jeune au métier ennuyeux décide lui aussi de tout plaquer pour entreprendre un enieme foutu tour du monde

Mais sur internet, je suis ce que je dis que je suis. C’est aussi simple que ça. Avec quelques moyens financiers, des notions de community management et une bonne dose de SEO, devenir un gourou, c’est facile possible : se créer une page Facebook, un compte Twitter, un profil Instagram garnis de milliers de fans achetés et vous voilà autocatapulté « influenceur ». La légitimité, sur internet, ça s’achète.

Vous êtes le meilleur blog de voyage ? Dites le ! Certains en rigolent. D’autres pas du tout.

« Amenez votre blog au niveau d’au dessus »

Sur la scène du e-travel world, tout le monde se prépare pour la conférence « Comment amener son blog au niveau du dessus ». Mobile en main, le conférencier – un ponte du blogging voyage – photographie l’assistance. Mobile en main, l’assistance photographie les slides. Bienvenue dans le monde de la communication digitale.

Comment amener son blog au niveau du dessus ? En suivant la formation de l’intervenant, pardi ! Une demi-heure pour présenter les progrès qu’elle permet d’accomplir, les retours dityrambiques, les résultats obtenus – fulgurants, forcément… Et sur la formation en elle même, son contenu, ses recettes ? Pas un mot, queudalle, oualou, quéquette blues. Comme dans un post de blog : titre raccoleur, contenu décevant.

A l’époque de la ruée vers l’or, il y avait ceux qui cherchaient les pépites et il y avait ceux qui vendaient les pelles. Qui faisait fortune ? Les vendeurs de pelles. À l’époque du blogging de voyage, les chercheurs d’or voyagent. Les vendeurs de pelles expliquent comment vivre du voyage.

Vendez nous du rêve !

Le collectif  de blogueurs iambassador a organisé sa soirée dans un centre de recherche en agriculture verticale. Baignés par la lumière violette des néons, une bonne centaine de blogueurs voyage « networkent » en s’enfilant de délicieux petits sandwichs végans et en buvant du « pirouette, vin de café » bio. Sur le mur, une citation du futurologue et ingénieur en chef de Google, Ray Kurzweil, annonce la prochaine révolution verte.

Un beamer projette le mot d’ordre de la prochaine révolution blog. Nom de code : #whatinspiresme. « Be inspiring », « tell us what inspires you », « inspire me », « that’s inspiring ». « Vendez nous du rêve », c’est l’injonction adressée par le pape des blogueurs, Keith Jenkins, à ses ouailles qui bêlent d’excitation. Être inspirant, l’expression du moment. Manquons-nous tous à ce point de rêve pour aller les chercher ailleurs qu’en nous-même ?

Blogging voyage - Dans les coulisses de l'ITB - Les plantes, en plein networking

Blogueur blues

Vendre du rêve… Je m’y efforce. J’aime passionnément voyager, écrire, prendre des photos, enregistrer des sons. Pas en listant les 5 trucs à voir à pétaouchnok, non – ces listes là sentent l’info frelatée, la faute d’orthographe et le rédacteur en manque d’idées – mais en faisant découvrir des choses, des gens, des lieux qui m’étonnent et que j’ai envie de partager.

Mais mes projets de voyages me réclament aussi de convaincre des marques, de trouver des sponsors, de leur montrer toute l’influence qui m’auréole telle une aura mystique. Alors je me plie aux règles de l’ogre Google qui réclame des mots-clé récurrents, des catégories marketées, qui m’enjoint le like et le tweet. Je me démène sur les réseaux sociaux pour devenir champion olympique du lever de fan.

Mais j’ai beau faire des efforts, j’ai pas le temps, j’ai pas l’envie, j’y vais à reculons. Je me rends bien compte à quel point tout ce petit jeu est chronophage, nombriliste, hypocrite… et addictif. Et puis, entre un billet sur « comment réveiller l’aventurier qui est en moi » et quelques pages d’un roman de Le Clézio, à votre avis, je choisis quoi, mmmmmh ?

Je resterai peut-être un chercheur d’or. En tout cas, je ne serai jamais un vendeur de pelle.

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  1. Laurent

    18 mars 2015 à 21 h 31 min - Répondre

    Ah, arrête Mathieu, les 5 trucs à voir à pétaouchnok, avoue que c’est quand même de la balle. C’est jusque que tu es un peu fâché, car tu n’as pas eu le temps de les voir, le bitume et le vélo t’appelaient 😉
    Blague à part, c’est vrai qu’on se décourage un peu parfois, tu se temps passer à promouvoir son truc au lieu d’affûter ça plume, améliorer son art. Mais au bout de compte, ne penses-tu pas qu’avec le temps, ceux qui n’écrivent pas que pour Mr Google et son pote SEO finissent par se démarquer un peu ? Parce que « les 5 trucs », même si ça fait du clic Google, c’est un peu saturé comme niche pour le coup !
    Reste que je ne connais toujours pas ta technique pour la lessive en voyage. La mienne est catastrophique et j’en cherche une autre 😉

    • Mat

      20 mars 2015 à 17 h 36 min - Répondre

      Hello Laurent ! Haha, c’est sympa de venir me faire marrer.
      Sincèrement, je suis assez dubitatif. Pour exister sur la toile, il faut être visible. Soit par Google en faisant du SEO avec des titres standardisés, superlatifs et pas toujours très honnêtes, soit sur les réseaux sociaux à donner du like, du retweet, du com. D’un côté comme de l’autre, je me sens un peu piégé.
      C’est vrai que tu es un bon exemple de réussite sans trop de sacrifices côté raccolage. Par contre, je vois que tu es très impliqué dans la blogosphère et un lecteur assidu de pas mal de blogs. Ce n’est pas mon cas.
      Mais je crois que je vais abandonner tous ces trucs de chiffres et de visibilité. Ce serait tomber dans le piège des vendeurs de rêve. Moi je ne vends rien. La fin ne justifie pas les moyens. Bref…
      Quant à la lessive, ben c’est pas compliqué : tu prends de l’eau, tes fringues du savon, et tu frottes ! Même en voyage, ça marche. Incroyable, non ? 😉

      • Laurent

        20 mars 2015 à 20 h 43 min - Répondre

        Oui, c’est vrai que je passe beaucoup de temps à lire et relayer d’autres blogs. C’est en effet ce qui m’a permis de percer un peu et de me faire connaître. Quand on a fait le choix de ne pas faire la cour à Google à tour de bras, il faut se faire connaître d’autres personnes déjà influentes pour que la sauce prenne.
        Dorénavant, je ne lis plus que ce qui pique ma curiosité, mais au début oui, j’ai lu beaucoup, beaucoup, beaucoup, et commenté. Et effectivement, ça prend un temps fou !

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