En Inde, bain de foule et nuit au poste

2 commentaires - Muzaffarpur - Publié le

Après deux semaines de calme dans les montagnes népalaises, nous redoutions le retour en Inde et par dessus tout cette curiosité maladive et oppressante que les Indiens nous avaient témoignée durant nos premières semaines. La province de l’Uttar Pradesh compte trois fois plus d’habitants que la France pour une superficie deux fois moindre. Pour notre santé mentale, il serait bon de ne pas trop s’y attarder.

Le bain de foule recommence avant même d’avoir passé la frontière. À six kilomètres du poste de douane, une crevaison me force à l’arrêt. Alors que je m’installe pour réparer ma roue, une cinquantaine d’Indiens nous encerclent déjà, nous dévisageant, touchant à tout et posant inlassablement les mêmes questions. Nous leur opposons un silence obstiné et des œillades pleines de hargne. Ce comité d’accueil n’augure rien de bon pour la suite du voyage.

Mon pneu en piteux état nous fournit un excellent alibi pour mettre le vélo de côté tout en gardant la tête haute. Criblé de trous suite à la folle descente de la veille, il menace de recrever à tout moment. Nous retrouvons l’ambiance kitsch et bruyante de l’intérieur d’un bus indien, avec au volant klaxon un chauffeur plus excité que jamais. Direction Muzaffarpur, à quelques dizaines de kilomètres du Bengale que nous voulons absolument traverser à vélo.

Bain de foule et nuit au poste - Carnet de voyage en Inde

Entre les mains de la police

Nous arrivons à destination bien après le coucher du soleil. Éclairés par les lampes torches de la police d’Etat venue mettre un peu d’ordre dans l’attroupement autour de nous, nous remontons les sacoches sur nos vélos et questionnons le chef de peloton sur un hypothétique hôtel, guest house, rest house à proximité. Pas à moins de douze kilomètres, nous assure-t-il en nous faisant signe de le suivre sans amabilité. Escortés par un carré de policiers en uniforme, fusil au bras, nous suivons le gradé jusqu’à une petite place à l’écart de l’agitation des faubourgs. Quatre gras du bide en débardeur y discutent à voix basse dans la pénombre de la lune. Par gestes, nous comprenons que le bâtiment situé derrière, avec ses guirlandes suspendues au plafond qui lui donnent un petit air de fête, c’est le poste de police !

Tandis que je reste monter la garde auprès des vélos, Franck emboîte le pas des deux hommes qui lui indiqueront l’endroit où nous pourrons peut-être passer la nuit. L’ambiance est tendue. Ces histoires de police et de commissariat ne nous disent rien qui vaillent. Il fait noir, mes deux compagnons ne sont pas bavards, et plus l’attente dure, plus les scénarios catastrophes se bousculent dans ma tête. Je mime la décontraction pour cacher l’inquiétude qui va grandissante. Après un bon quart d’heure, Franck réapparaît enfin. Le dortoir est propre et ferme à clé. Les vélos y seront en sécurité.

Bain de foule et nuit au poste - Carnet de voyage en Inde

À la une de l’hindustani times

Sur la place du village où quelques tables en plastic font office de cantine, nous commandons un dal-bhat et de l’eau minérale tout en répondant aux questions des curieux médusés par nos vélos fringants, lorsque deux jeunes Indiens coupent court à nos explications techniques sur le fonctionnement du dérailleur arrière. Reporters à l’hindustani times, ils souhaiteraient en savoir plus sur nous et sur les raisons qui nous amènent ici. Aguichés par l’idée d’un article dans un journal indien – les lecteurs se comptent en millions -, nous nous répandons en explications.

L’interview dure deux heures. Parler à des gens qui comprennent ce qu’on dit et de quoi on leur parle, une fois de temps en temps, ça fait du bien. Nous nous quittons les meilleurs amis du monde, échange d’adresses, d’E-mails, de fax, tout le tralala, et retour au dortoir. Fermé.

À la belle étoile

Nous tambourinons un long moment contre la porte en métal avant qu’une échelle de bambou finisse par surgir du toit et qu’un gardien descende, les yeux encore gonflés de sommeil. Par cette chaleur, tout le monde dort à la belle étoile. Quant à nous, moustiquaire oblige, il nous faut un mur ! Ni une ni deux, nous plongeons sur l’armature en bois faisant office de matelas.

Il faut bien le reconnaître : pour être saoûlants, les Indiens sont saoûlants, mais quand on a besoin d’eux, ils répondent toujours présent !

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  • belette75

    Génial, on voit totalement ce que tu veux dire, quand on a pratiqué un peu l’Inde.

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    • Mat Post author

      Merci belette ! Ça fait du bien d’être compris !
      L’Inde me laisse un étrange souvenir. J’ai détesté être exposé comme ça en permanence à la foule, comme une bête de foire. À vélo, c’était vraiment notre quotidien.
      Et en même temps, il y a eu tous ces moments improbables qui n’auraient pas pu arriver ailleurs qu’en Inde. Et ça c’était vraiment bien !

      Répondre

Pssst... Je suis sur la route !

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