A Marrakech, éviter les pièges et prendre son temps

Maroc

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A Marrakech, éviter les pièges et prendre son temps

Maroc

27 mars 2014

5 Commentaires

Cinq jours à Marrakech sans programme. Impasse sur les jardins Majorel, la ménara, le souk à babouches, les tombeaux saâdiens, la palmeraie millénaire. Je n’ai rien vu. Oualou. Je voulais juste du soleil, de la lumière et prendre mon temps. C’était sans compter sur les Marocains…

Je connais bien le Maroc. Je connais mal Marrakech. J’y suis toujours passé en coup de vent et la ville n’a jamais su m’inspirer de bonnes raisons d’y rester. Marrakech arnakech.

Marrakech arnakech

C’est comme ça. A chaque voyage, j’ai besoin de 24 heures avant de revêtir mon scaphandre de voyageur. Sûrement la joie d’arriver dans un environnement nouveau où tout est à découvrir. 24 heures pour ne pas dire oui à tout le monde, ne pas marcher dans toutes les combines. 24 heures pour me faire enfler par le chauffeur de taxi, le vendeur de la coopérative de commerce équitable berbère, le portier de l’hôtel et sa visite guidée de la mosquée, l’étudiant qui m’indique le chemin jusqu’au musée, le musicien qui m’installe au premier rang… Evidemment rien n’est gratuit. Mais c’est tellement plus facile d’accepter le rôle du touriste ravi. Marrakech arnakech – et avec le sourire.

Chichon ? Chichon ?

A Marrakech, toutes les promenades convergent invariablement vers la Place Jemaa El Fna. Depuis des siècles, la place Jemaa El Fna est le poumon de la médina. Aux heures les plus chaudes, c’est un zoo mi-hommes mi-bêtes peuplé de montreurs de singes martyrs, de charmeurs de serpents apathiques et de dresseurs de faucons déplumés. Des musiciens gnaouis montés sur coussins d’air Nike naviguent entre les parasols. Des tabourets en plastic ploient sous l’ennui des tatoueuses au henné et des diseuses de bonne aventure. Les sons métalliques des crotales, aigres des flûtes ghaîta et lourds des tambours tbal tentent de meubler le vide. Et, çà et là, quelques onomatopées : « Chichon ? Chichon ? »

Pour l’exotisme et la photo souvenir, sortir le portefeuille. Malgré un argumentaire percutant, je refuse poliment la petite bouteille de jus d’orange qu’un vendeur ambulant veut me vendre pour 2 dirhams.

– Je ne suis pas bon commerçant ?
– Si, si, mais je ne suis pas bon client.

Ce n’est qu’en fin d’après-midi que la place se réveille et se transforme en cours des miracles. Il faudra repasser.

Fer à cheval porte-bonheur

A deux pas des calèches qui stationnent en deux longues files, un maréchal ferrant martyrise des fers à cheval de ses coups de marteau sonores. Thor est un dieu marocain, j’en ai maintenant la certitude. Je dois avoir l’air stupéfait.

« C’est son métier, normal qu’il soit aussi habile ».

Barbe fleurie, petites lunettes, chapeau mou à rebord, livre sous le bras, Mohamed n’a rien d’un cocher. Surprise, c’est même un collègue : il blogue au Marrakech Times ! Journaliste ? Militant ? Poète ? Un peu tout ça à la fois. Un rêveur né dans le XVIIIème arrondissement de Paris, « juste en face de la tour Eiffel », marrakchi depuis ses 10 ans. Il en a plus de 60.

Le courant passe. C’est l’heure de manger. Je l’invite s’il m’emmène dans un restaurant de tanjia, la spécialité de Marrakech : dans une jarre de terre cuite qui donne son nom au plat, mijotés à chaleur douce, citrons confits, ail, safran, beurre rance, agneau et une cuillère à soupe d’eau, « pas plus ! » Délicieux. En arabe marocain, on dit« Ldid ».

Médina nostalgie

Une botte de thé de Tiznit, trois volées de marches et nous voilà installés pour prendre le thé à la terrasse d’un foyer pour travailleurs, juste en face du café de France. Mohamed a enclenché pour moi la machine à souvenirs. Splendeur des spectacles donnés à Jemaa el fna ; Envolées swing s’échappant des fenêtres des grands cafés ; Ombres des arcades recouvrant les allées du souk ; Soufflets à peau attisant les feux des forges et des ateliers… Un Marrakech coloré et teinté de nostalgie, celle de son enfance, se met à danser dans ma tête. Nous partons à sa découverte.

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  1. Thomas@ConseilsVoyage

    30 mars 2014 à 22 h 28 min - Répondre

    C’est vrai que Marrakech, ce n’est pas la ville la plus authentique du Maroc. La place Jemaa El Fna est unique, attrape touriste la journée et bouillante le soir. Cette place n’est jamais calme 😉

    • Mat

      31 mars 2014 à 18 h 14 min - Répondre

      Pas la plus authentique, en effet ! C’est étonnant de constater qu’en tant que touriste, on ne veut voir qu’un seul aspect des choses (médina = authentique vs nouvelle ville = perversion de la modernité). Moi même, j’étais déçu de ne pas retrouver le fleuve de mobylettes dont j’avais gardé des images hautes en couleur, mais qui ne sont plus la réalité. En fait, on veut des images d’Epinal. Le Maroc qui se modernise est moins vendeur.
      Mais Marrakech reste intéressante justement parce qu’on y voit peut-être encore plus qu’ailleurs à quel point le Maroc fonctionne à deux vitesses.
      Quant à la place Jemaa El Fna, elle mérite un billet à elle toute seule ! C’est vrai qu’une fois la nuit tombée, c’est un autre univers. D’ailleurs Mohamed m’avait invité à la visiter avec lui. J’y retournerai, il me manque pas mal de photos (parce que je ne paye pas pour prendre des gens en photo).
      Merci d’être passé par là, Thomas 🙂

  2. haidaloup @amatu-artea

    13 avril 2014 à 17 h 34 min - Répondre

    C’est bien la meilleure façon de voyager : prendre son temps au fil des rencontres, sans plan ni visite obligée… Payer pour prendre une photo, ça existe ça ? 😉
    Merci pour cette bien jolie visite.

    • Mat

      13 avril 2014 à 20 h 33 min - Répondre

      Ha Haida, toi aussi tu musardes le nez au vent ? 🙂
      Mais oui, payer pour une photo, ça existe plutôt deux fois qu’une. Place Djema al Fna, tout se paye, et en particulier les photos. Photo en compagnie du porteur d’eau, photo avec le serpent autour du cou, photo avec le singe sur l’épaule… Et je peux te dire qu’ils sont tous sur le qui-vive !
      C’est un peu comme les sadus de Durbar Square à Katmandou, pour prendre un exemple que tu dois mieux connaître 😉

      • haidaloup @amatu-artea

        16 avril 2014 à 10 h 17 min - Répondre

        Oui, je musarde le nez au vent, et plutôt deux fois qu’une 😉 Particulièrement en Asie où, même à deux pas des sites très touristiques, on arrive à retrouver une ambiance plus authentique dans ces endroits qui n’intéressent pas le touriste…
        La dernière fois que j’ai été sollicitée pour payer pour une photo ou une vidéo (ce qui m’arrive très rarement du fait que je passe un temps fou dans chaque endroit), c’était dans la province du Bastar en Inde. Le gars n’a pas insisté longtemps parce qu’il a vu que les Indiens étaient morts de rire de m’entendre dire que c’était une bonne idée pour que je devienne riche : demander aux locaux de me payer à chaque fois qu’ils me prennent en photo avec ou sans mon consentement 😀

Pssst... Je suis sur la route !

Je vous emmène dans mes valises ?