Le pays basque dans le vent

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Le pays basque dans le vent

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20 mars 2016

14 Commentaires

De l’Océan Atlantique à la Mer Méditerranée, le GR10 tutoie les plus beaux sommets des Pyrénées. Je rêvais de cette grande traversée des Pyrénées. L’hiver ajoutait la neige au défi. Pluie, nuages, vent, il allait falloir batailler avec la météo.

Je voulais de la neige pendant ce voyage. Je voulais voir la montagne sous la neige, lever les yeux sur des sommets invincibles, expérimenter le frisson de l’altitude, sentir le parfum de l’aventure. Aussi, je voulais un hiver un peu moins froid qu’ailleurs. Ce bond jusqu’au pays basque était calculé.

Maïder – Marie-Belle en basque – vient me chercher un peu après midi. On avait dit 10h au départ, et puis finalement 11h, et puis finalement… On devrait bien s’entendre. Sur son blog, elle parle de ses racines basques avec un ton intime et sincère, sans en faire des tartines. Ses photos sont sobres et poétiques. Je suis content de faire un bout de route avec elle.

Il fait doux à Saint-Jean de Luz. Ciel maussade, rideaux tirés, terrasses clairsemées. Vent de nord-ouest force 4 à 5, localement force 6 à 7, mer agitée à peu agitée. La station balnéaire hiberne. On va au marché acheter des chipirons farcis à l’encre, du jambon de Bayonne et des petites saucisses chez l’oncle, avant d’aller saluer l’océan Atlantique depuis la pointe de Sainte-Barbe, embrasser le vent du large et respirer les embruns à plein poumons. Le voyage recommence maintenant.

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Le sentier du littoral

Le sentier du littoral court le long de la corniche. L’océan vient s‘affaler sur des couches de roches en mille-feuilles. À nos oreilles bourdonne un vent violent. Côté terre, des nuages sombres s’accrochent au sommet de la Rhune, le premier mille mètres de la chaîne des Pyrénées. Cette journée est une journée d’approche.

Le soleil se couche sur la baie d’Hendaye. Nous sommes hébergés par Xabi, professeur d’anglais qui travaille du côté espagnol. En tant que Basque, il évoque les raisons qui alimentent les velléités d’autonomie : les relations difficiles avec le gouvernement espagnol, l’instabilité politique, la corruption, le chômage…

Son salaire à lui n’a pas évolué depuis 7 ans bien qu’il travaille deux heures de plus par semaine. Aujourd’hui, il a choisi de gagner moins pour vivre mieux : vingt pour cent de salaire sacrifiés pour vingt pour cent de temps libre en plus. Dans quelques jours, il s’envole en Nouvelle-Zélande, laissant pour un semestre sa place vacante à un jeune diplômé. En Espagne, le chômage des moins de trente ans frise les cinquante pour cent.

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Sur les chemins de compostelle ?

« Hey ! À Saint-Jacques de Compostelle ? »

Le gars nous a vu arriver de loin, avec nos sacs à dos. Même pas le temps de lui répondre que nous, c’est le GR10, il nous étale déjà tout son palmarès. Le Compostelle, qu’il a pratiqué plusieurs fois avant de venir passer sa retraite dans le coin parce qu’il a un faible pour le basque. Mais il parle aussi espagnol, arabe, ch’ti… « L’oreille musicale » qu’il dit… Et une bouche grande comme ça. On n’en a pas placé une qu’il repart déjà en nous souhaitant bon pélerinage

À Biriatu, la carte indique six heures de marche jusqu’à la prochaine halte. Il est déjà midi et j’ai des courbatures de la veille… Ça va faire un peu court d’autant que le petit raidillon de bienvenue annonce d’entrée la couleur. Face à la pente, les gouttes ruissellent le long de mes bras. Même mon carnet de note transpire. Perchés sur les rochers, les vautours nous regardent progresser avec peine.

« Aupa ! – en avant !»

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Au bivouac

Berret sur la tête, accent au coin des lèvres, Jean-Marie est un gars du pays qui connaît bien la montagne. Si nous ne parvenons pas à la maison des chasseurs de vautours avant la tombée de la nuit, quelques bergeries devraient nous fournir un toit et des murs où nous abriter.

La nuit nous cueille avant d’arriver quelque part. Nous montons la tente sur les hauteurs de Olhete. Enfin… Je monte la tente. Celle de Maïder, toute neuve, a été livrée sans arceaux. Ma mini-tente tunnel se transforme pour la nuit en palace king-size.

Feu de fougères et de bois mort, réconfort d’une soupe, calories de quelques gâteaux au saindoux trempés dans le thé. Les cloches des pottocks parqués non loin bercent notre sommeil. Le mien, surtout…

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Cascades et vestiaires

Dans son petit duvet d’été, Maïder a vécu fraîchement les températures voisines de 0°C. Collé à la paroi de la tente, la brise m’a caressé le dos. La nuit a été courte. La journée sera longue et le vent fatiguant.

Il y a de la caillasse, des sentiers escarpés, des sources qui cascadent. Nous dégringolons la pente jusqu’au village de Sare. Pour Maïder, c’est la fin du voyage et la promesse d’un lit douillet. Pour ma part, j’apprends que Sarako Izarra – les étoiles de Sare – sont à l’entraînement. J’envisage de planter la tente sur le rond central mais les copaings de l’ovalie ne l’entendent pas de cette oreille.

Je dormirai dans les vestiaires chauffés du club de rugby.

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Sur la route d’Aïnhoa

Sur la route d’Ainhoa, le vent balaye le sommet des reliefs ondulés. Dans les haies d’arbustes, il siffle comme le fouet juste avant qu’il ne claque, chuchotte dans les branches une colère invisible. Des rivières coulent au pied des collines. Les truites et les saumons viennent y frayer sur des mosaïque de pierres multicolores. Des arbres fiers comme des baobabs bordent le sentier forestier.

Au village, tout est fermé. Le patron du gîte rural « Harazpy » sort sa plus belle écriture pour écrire mon nom – qui perd un u au passage – dans son registre.

« Vous êtes le premier client de l’année »

Son accent est si fort, j’ai cru qu’il me parlait en basque ! Réfugié sous une double couche de couverture, j’écoute tempêter les rafales de vent. La pluie se joint à la fête. J’ai bien fait de me mettre à l’abri.

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La chasse aux calories

Le chauffage du gîte est en panne. Pour me protéger du froid, je mange. Depuis le début, je carbure au sucre et au gras. Les polvorones, petits gâteaux délicieux et friables comme du sucre glace figé au saindoux : 500 kcal les 100g. Le touron, amandes grillées, sucre et blanc d’œufs : 600 kcal. J’ai besoin d’énergie. À Ainhoa, la dame qui tient le café piétine de table en table.

« Non , on ne fait pas à manger. Au village il n’y a rien. Tout est fermé. Il n’y a que moi. Vingt-sept ans que je suis ouverte. La seule du village. Même le relai postal est fermé pour six semaines. Et pourtant il est payé, lui. Mais c’est la dernière année. J’en ai marre. Ils me fatiguent tous. TOUS ! On me demande toujours plus et tout le monde trouve ça normal. Mais moi je ne suis pas d’ici. Je suis de Saint-Jean de Luz. C’est une autre mentalité, saint-Jean-de-Luz. Ici les gens sont méchants. Jaloux et méchants. Même mes enfants n’ont pas d’amis ici. Et pourtant ils y sont nés. »

Je repars avec une carte postale du bar en cadeau. Sacré personnage !

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Notre-Dame-d’Aubépine

Depuis la petite chapelle Notre-Dame-D’Aubépine qui domine le village, je contemple les reliefs doux de la vallée de la Nive. Le sommet de la Rhune marque une limite. Au delà, la côte basque, Hendaye, Saint Jean de Luz balayée par le vent. Les premières étapes de ce GR10 qui m’emmène à l’assaut des Pyrénées sont derrière moi.

C’est certainement la dernière fois que j’aperçois l’océan et j’ai envie de faire durer ce moment. Je me laisse porter par le vol des vautours. J’ère entre les tombes du cimetière, m’imprègne de leurs motifs étranges, tente de trouver le nom étrange des défunts. J’inspecte les croix du calvaire, note les détails sanguinolents, cherche une explication aux contorsions énigmatiques du troisième larron. Tout ici semble en suspens.

Mais moi je suis en marche. Les nuages arrivent, il faut repartir. Je dois trouver un toit avant la tombée de la nuit. En route pour l’intérieur des terres. Le pays basque m’a mis en appétit !

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  1. Franck

    21 mars 2016 à 3 h 00 min - Répondre

    Superbe, un beau reportage photo, qui donne le goût de partir 😉

    • Mat

      21 mars 2016 à 18 h 37 min - Répondre

      Merci Franck 😀 D’autant que ce n’est vraiment pas loin !
      Juste bien penser à prendre son parapluie. C’est quand on ne l’a pas qu’il pleut…

  2. Violaine

    21 mars 2016 à 9 h 51 min - Répondre

    Décidemment, il faut que j’aille faire un tour dans le Pays Basque!!! Superbes photos 😀

    • Mat

      21 mars 2016 à 18 h 48 min - Répondre

      Oh oui, Violaine, n’hésite pas. Il y a des endroits qui te rappelleront les landes écossaises et irlandaises. D’ailleurs, les deux peuples sont très proches génétiquement… Tu t’y sentiras sûrement à l’aise 🙂

  3. Julie

    23 mars 2016 à 18 h 32 min - Répondre

    Comme toujours, j’ai envie de prendre mes chaussures et de suivre tes pas, de retrouver un peu de calme et de sérénité. Bonne continuation, tes récits et tes photos sont toujours aussi prenants, alors vivement la suite !

    • Mat

      23 mars 2016 à 23 h 01 min - Répondre

      Hey ! Merci Julie 🙂 Oui vivement la suite !!
      Si tu cherches un peu de calme et de sérénité, et que tu as envie de suivre mes pas, n’hésite pas. Je me rapproche petit à petit et je vais passer dans le Cantal (c’est vers chez toi ça, non ?)

  4. Maider

    24 mars 2016 à 17 h 57 min - Répondre

    Poète sans en faire des tartines, en voilà un compliment ! eheh
    Contente d’avoir partagé un bout de diagonale entre océan et montagnes et vive les polvorones ! D’ailleurs j’en ai remangé depuis et j’ai moins aimé… la montagne, le froid, tout ça je crois que ça rendait le gâteau meilleur.
    Sinon je pense voir de quelle dame tu parles à Aïnhoa et je comprends ce qu’elle veut dire. Avec le temps, Aïnhoa est devenue une sorte de village témoin pour touristes… Hâte de lire la suite et découvrir les paysages au-delà de St-Jean-Pied-de-Port.

    • Mat

      25 mars 2016 à 16 h 51 min - Répondre

      Haha ! Eh oui, que veux-tu, il faut rendre à César… 😉
      Ça y est, la suite est en ligne. Bon ce n’est pas encore au delà de Saint-Jean Pied de port, mais je suis sûr que tu n’as jamais vu les crêtes d’Iparla comme ça. Un des plus beaux moments depuis que je suis parti…
      La suite était forcémént magique, puisque j’ai trouvé la neige que j’étais venu chercher !! Et même ce que je n’étais pas venu chercher d’ailleurs… :-/

  5. Marion

    23 avril 2016 à 18 h 23 min - Répondre

    Merci pour ces douces lignes agréablement lues au son des vagues et de cloches.
    Une superbe plume et des photos magnifiques, l’humilité face aux gens, aux éléments, chapeau bas l’artiste !

    • Mat

      24 avril 2016 à 0 h 19 min - Répondre

      Merci Marion 😀 Ah le son des vagues et des cloches… Je vais m’en faire une compilation de toutes ces ambiances !

  6. Eva

    23 avril 2016 à 22 h 20 min - Répondre

    Merci, ce fut un plaisir de vous suivre, j’adore les Pyrénées et le Pays Basque, j’aimerais y aller plus souvent ! A bientôt

    • Mat

      24 avril 2016 à 0 h 27 min - Répondre

      Comme je vous comprends Eva ! Plus je voyage et plus j’ai envie de retourner partout… Mais ce n’est pas fini 😉 Il reste encore un bon tiers du voyage et j’espère bien vous donner envie d’aller aussi dans la Creuse, le Cantal ou la Lozère, sans parler du Gers, de l’Aveyron ou de l’Allier…

  7. […] source […]

Pssst... Je suis sur la route !

Je vous emmène dans mes valises ?