Carnet de voyage hors des sentiers battus en France et autour du monde

Canicule, confitures et agriculture

France

Canicule, confitures et agriculture

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20 juillet 2015

11 Commentaires

Dans l’ombre des forêts, avancer vaille que vaille. J’ai rendez-vous avec une famillle d’agriculteurs du sud-meusien qui valent le détour. À la ferme de la Clé des champs, le tourisme rural a un goût de confiture.

De l’extérieur, le bar-épicerie avait l’air fermé. C’est le seul du village. Bestiole nageant dans le café, kiwis pourris dans les cageots, une pomme attend celui qui l’emmènera loin d’ici. Au comptoir aussi, les clients moisissent, cuits par l’alcool. Des gouttes de sueur perlent au front de mon voisin. La chaleur est le sujet du jour.

Tourisme rural dans la Meuse - Canicule, confiture et agriculture

« Même en moto, l’air est tellement chaud, ça ne rafraîchit rien du tout. Autant aller se baigner dans la Meuse ! »

Ici, les tournées de rosé tiennent lieu de piscine. Je m’enfuis avant de me noyer. Dehors, le soleil blanchit la campagne. L’ombre bienfaisante des forêts abrite la poésie des sentiers botaniques, au langage fleuri de calices, de corolles, de pétales et d’étamines. Enfin un peu de fraîcheur !

Tourisme rural dans la Meuse - Canicule, confiture et agriculture
Tourisme rural dans la Meuse - Canicule, confiture et agriculture

Sur la piste des animaux

« Vous avez vu du gibier ? »

À Chonville, charmant village au creux d’une vallée dorée au blé fin, les automobilistes me confirment que les chevreuils, les sangliers et les renards pullulent. Il n’y a que moi qui ne vois rien !!! Je les entends marcher, glapir, détaler… Rien en vue. Rien d’autre que les cris d’alerte des oiseaux et le bruit du vent dans les feuilles. Je les soupçonne de danser le sirtaki dés que j’ai le dos tourné. Un rapace me passe sous l’objectif. Raté.

Dans le zézaillement des mouches, je joue à cache-cache avec les animaux. Il n’y a guère que les taons qui sont de sortie. De la tête aux pieds, je suis couvert de gros boutons boursoufflés.

Tourisme rural dans le Meuse - Canicule, confiture et agriculture
Tourisme rural dans la Meuse - Canicule, confiture et agriculture
Tourisme rural dans la Meuse - Canicule, confiture et agriculture

Shopping et tourisme rural

À Saulvaux-en-Barrois, j’aperçois enfin mon premier renard. Pas de bistro, pas d’épicerie, pas de boulangerie, même ambulante pour fêter l’évenement. On me confirme que tous les villages alentours sont dépourvus de commerces.

« C’est ça, la ruralité !»

Pas réussi à identifier si le ton était fier ou moqueur.

Tourisme rural dans la Meuse - Canicule, confiture, agriculture

Je franchis le pont qui enjambe la N4. Sous mes pieds, les voitures filent en quelques minutes à Commercy ou à Ligny-en-Barrois. Là-bas, en ville, il doit y avoir des boulangeries, des charcuteries, peut-être même des primeurs… Moi je suis à une heure à pied de Méligny-la-Grande. Si j’ai de la chance, il y aura de l’eau fraîche.

À la ferme de La clé des champs, Christian Bouchot m’accueille comme un rescapé. La canicule est en train de sécher ses blés sur pied. Je dois ressembler à un épi.

C’est le premier jour des moissons et un engin est déjà en réparation. Une année de travail va se jouer en quelques jours. Il est temps de récolter avant que ce soleil implacable ne grille tout.

Tourisme rural dans le Meuse - Canicule, confiture et agriculture

La clé des champs

Dans la cuisine, Martine prépare une brioche tressée pour la visite du lendemain. Si elle est femme de paysan – « un métier à part entière » – elle est aussi entrepreneuse. La clé des champs est une ferme pédagogique. Sa spécialité : les confitures de tout petits fruits. Le verger bio se visite et surtout, on déguste les confitures ! Mente bergamote, pétale de roses, fleurs de sureau, poirettes, physalis… À tomber raide !

Tourisme rural en Meuse - Canicule, confiture et agriculture
Tourisme rural en Meuse - Canicule, confiture et agriculture

Petite leçon d’écologie

Amoureuse de la nature, Martine cultive son verger en bio. La surface qu’elle occupe et sa production sont dérisoires mais elle croit au pouvoir du consommacteur. Lui transmettre l’envie de manger mieux, lui donner le goût des bonnes choses et orienter ainsi les gros acteurs vers une agriculture moins polluante, plus responsable. En bonne disciple de Pierre Rabhi et de ses colibris, Martine « fait sa part ».

Ça fait sourire Christian, ces histoires de consommacteurs et de bobos biogivores, qu’il traite d’« égoïstes apeurés » : très vigilants sur ce qu’ils mettent dans leur assiette (préserver son capital santé), moins regardants lorsqu’il s’agit de s’envoler pour Bali (préserver son capital loisir). Un bilan carbone à deux vitesses.

Paysan chercheur

Lui cherche la solution ailleurs. Des parcelles de son exploitation sont réservées à l’expérimentation de techniques nouvelles. L’idée : utiliser le C02 en surplus dans l’atmosphère pour reminéraliser les terres épuisées par des années de culture intensive grâce des plantes à racines profondes.

Pointu, le Christian. Ça ne l’empêche pas de recommander des bains de pied au vinaigre de cidre pour soigner… à peu près tout, en fait ! À commencer par mon mal de genoux !

Martine, Christian, deux approches qui diffèrent. To bio or not to bio ? Une chose est sûre : pour l’un comme pour l’autre, manger est devenu un acte politique.

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  1. Donlope

    20 juillet 2015 à 9 h 55 min - Répondre

    Que j’aime suivre ce périple! D’abord le ton mordant du début de l’article et les phots empreintes d’une grande poésie pour montrer cette france du vide…et encore une belle rencontre!

    • Mat

      20 juillet 2015 à 13 h 45 min - Répondre

      Merci beaucoup Sébastien 🙂 Et oui, les belles rencontres pavent ma route jusqu’à présent ! Pourvu que ça dure (mais je ne suis pas inquiet… La Haute-Marne ne me fait pas mentir !)

  2. BOUCHOT

    20 juillet 2015 à 19 h 14 min - Répondre

    Merci Mathieu,
    Christian vient de passer, il découvre ton article et sourit…
    Bel article fidèle à tous nos propos.
    Nous te souhaitons plein de belles rencontres à venir, nous serons contents de les découvrir par le biais de tes récits. C’est agréable à lire.
    Martine

    • Mat

      20 juillet 2015 à 21 h 06 min - Répondre

      Merci Martine 🙂 Je me demande si Christian sourit pour le vinaigre de cidre…
      Quoiqu’il en soit, si vous vous y retrouvez tous les deux, alors je suis content.
      A bientôt !

  3. Anne-Laure

    21 juillet 2015 à 6 h 27 min - Répondre

    Bonjour Mathieu,

    Je découvre ton site aujourd’hui et le rendu est très joli. Je te souhaite une bonne continuation, je pense que tu traverse la haute marne en ce moment, j’ai hâte de voir le résultat…

    Anne-Laure Bouchot (la fille de Martine)

    • Mat

      21 juillet 2015 à 10 h 42 min - Répondre

      Coucou Anne-Laure ! Merci ! Tes encouragements me font plaisir.
      Oui je suis en Haute-Marne, effectivement et c’est pas triste non plus ! Moi aussi, j’ai hâte de voir le résultat 😉

  4. Anne

    18 décembre 2015 à 18 h 04 min - Répondre

    J’ai complétement perdu le fil de ton périple alors je viens lire tes articles de cet été !
    Pour ma part, Martine et Christian sont dans le vrai tous les deux. Il est très important d’ouvrir les fermes aux bobos (et aussi aux locaux natifs, la discussion entre conventionnels et bio est crucial pour faire évoluer les mentalités agricoles) malgré leurs contradictions, je suis toujours émerveillée de cet engouement qui gagne du terrain parmi la population. Ensuite Christian a bien raison de se focaliser sur la technique cultural, nous devons tout réapprendre, 50 ans d’agro industri, ça a fait mal. Il nous faut retrouver des techniques agricoles mises au ban depuis des décennies et aussi innover, chercher, expérimenter de nouvelles façons de faire.
    Ils forment un bel équilibre 🙂

    Hey dis tu viendras sur ma ferme aussi ?

    • Mat

      18 décembre 2015 à 22 h 13 min - Répondre

      Hello Anne ! C’est sympa de venir faire ou petit tour chez moi !
      Oui, effectivement, il se passe des choses dans les campagnes françaises. Je sens un réel mouvement naître un peu partout. De nouvelles exploitations tirer profit de leur travail sans sacrifier ni l’environnement ni la qualité de vie. Des gens s’interroger, regarder avec un oeil bienveillant, ou moins malveillant… Un vigneron un peu désabusé par son métier et les freins au changement m’a dit que « le renouveau de l’agriculture viendra des villes ».
      J’espère bien venir vous rendre visite, oui, avec plaisir ! C’est enthousiasmant de voir des projets se concrétiser et se développer ! Je pense à vous pour mes cadeaux de noël 😉

    • BOUCHOT

      18 décembre 2015 à 23 h 01 min - Répondre

      Merci Anne, pour ce commentaire. Si vous le souhaitez, nous pourrons continuer à approfondir ce sujet. Ce sera avec plaisir ! Martine et Christian

      • Anne

        19 décembre 2015 à 15 h 46 min - Répondre

        Si un jour, je passe en Meuse, je ne manquerai pas de venir vous voir, mais peut être nous croiserons nous à l’occasion d’une foire ou quelque chose comme ça quelque part en France.
        Si vous passez dans le sud dans la région de Nyons, je serai ravie de vous y accueillir (c’est là que je commence en 2016 mon activité agricole 🙂 ).

        • BOUCHOT

          19 décembre 2015 à 20 h 56 min - Répondre

          Ah les bonnes olives de Nyons ! C’est d’accord, nous essayerons de passer à l’occasion d’un voyage dans le Sud. De votre côté, n’hésitez pas à venir vous égarer dans notre Meuse. En tous les cas, félicitations pour votre projet agricole !

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