Dans l’Allier, des pagodes dans le bocage

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Dans l’Allier, des pagodes dans le bocage

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21 février 2017

7 Commentaires

De l’Allier, on m’avait vendu le bocage et les châteaux. Je me retrouve avec des pagodes et des mines… L’histoire a crée des ponts entre le Vietnam et la France. À Noyant d’Allier, je découvre un village multiculturel. Bouddha est-il soluble dans le coron ?

Je ne reste pas longtemps à Montluçon. Le bruit de la ville et de ses embouteillages (peut-on vraiment parler d’embouteillages à Montluçon ?) me rendent agressifs. Je me réfugie entre les murs insonorisés du musée de la musique populaire avant de quitter la ville pour de bon.

La départementale épouse les derniers étirements du massif central. Des mines ponctuent la région. En enjambant l’autoroute me reprend le même énervement. Le vacarme des véhicules lancés sur le bitume est une insulte au murmure de la campagne.

Je me suis déshabitué au bruit, il va falloir me réacclimater à la ville. En attendant, il y a l’Allier et son bocage.

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L’Allier

L’Allier. C’est le dernier département de ma traversée de la France et j’avoue que je n’ai pas préparé grand chose.

Un journaliste de la presse locale m’en dresse un tableau synthétique : trois villes qui se tournent le dos – Drogue et putes à Montluçon, faits divers et cougars à Vichy. Pour Moulins, un responsable touristique ajoute une extraordinaire concentration de chateaux disséminés dans le bocage.

Sur ce territoire anciennement communiste, l’opinion glisse tranquillement vers la droite sans aller dans les extrêmes, conformément au tempérament paysan modéré qui « ne renverse pas la table ». Les mines appartiennent au passé.

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La mine de Noyant d’Allier

Noyant d’Allier est une ancienne cité minière. Du haut de la butte, les premiers rayons du soleil étirent des ombres bleues sur la campagne blanchie. Un petit cercle de givre s’est formé sur la toile de ma tente, à l’endroit où je respire.

Laura m’accueille devant l’imposant bâtiment minier. Parisienne d’origine, elle est tombée amoureuse du village de Noyant d’Allier il y a dix ans. Installée depuis quatre ans, elle prend part à la vie locale. C’est en qualité de présidente du musée de la mine qu’elle m’accueille.

La galerie reconstituée, système d’aération et « catapulte » en tête, laisse imaginer le vacarme sous-terrain ; Le chevalement en béton, avec ses faux airs de plongeoir olympique, la profondeur des galeries ; Les proportions du pont central, la puissance des moteurs. Tout est gigantesque.

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Bouddhas et pagodes

Aux antipodes du vacarme de la mine, un lieu parfaitement insolite se dissimule derrière les corons. Allongés, debout, assis, des bouddhas parés de tuniques dorées méditent dans le jardin d’une pagode improbable. Le vent caresse des petites cloches cristallines. Leur tintement souligne le silence ambiant.

Avec la fermeture de la mine dans les années quarante, beaucoup de mineurs ont quitté le village, déserté les corons. Ceux-ci accueillent dix ans plus tard une autre population : les Français d’Indochine, rapatriés de la décolonisation, de retour avec femmes et enfants.

La communauté grandit, les couples franco-vietnamiens donnent naissance à des enfants métis, des familles vietnamiennes réfugiées viennent rejoindre ce petit bout d’Asie en plein cœur du bocage où l’on porte encore le chapeau conique.

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Accueil vietnamien

Au Petit d’Asie, éventails, bouddhas de jade et musique sucrée plantent le décor vietnamien de cet établissement à la fois restaurant, bar et épicerie. Sa jeune patronne, Caroline, navigue de tables en tables avec un sourire indéfectible et un plaisir évident. Arrivée ici dans les années quatre-vingt dix, elle ne se sent pas plus française que vietnamienne. Elle se sent noyantaise. Ses clients ne tarissent pas d’éloges sur sa gentillesse. On est un peu en famille, ici.

Au bar, on croise des amis, Philippe et Marie qui m’emmènent sur la côte Matra admirer la lumière de cette fin de journée. Et puis les vrais du coin, des Jean-Jacques et des Dédés aux yeux bridés, qui ont eu le temps de grandir, partir et revenir à Noyant.

« On peut se pointer en chaussons et robe de chambre sans que ça gêne personne, ici. À Moulins, tu aurais les flics direct. Ici, on peut rigoler ».

Les tournées de Saïgon s’enchaînent, Caroline rapporte des petits plats, nems aux légumes, beignets de crevettes, desserts à la noix de coco. On me débrouille une chambre chez Georgette. Après avoir quitté Enghien-les-bains, la dame s’est installée ici où elle accueille les fidèles bouddhistes en visite à la pagode.

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« À la bonne franquette »

Je repars avec mon poids en thé au jasmin, fortune cookies, élixir de ginseng, gingembre confit, nougat au sésame, sans oublier l’indispensable tasse de thé en porcelaine chinoise…

Alors que je tente d’ordonner mes sacoches avant de prendre la route, sur la place principale, on m’apostrophe d’une fenêtre :

« Venez, je vous offre le café ! »

Ma tourte de pomme de terres s’enrichit d’oeufs au plat, d’un canon de Saint Pourçain et d’un café, donc ! Cette cuisine accueillante est celle de Michel et Henriette, le maire du village et sa compagne.

Le mot du maire

Nous évoquons les secrets de ce village dont la tradition d’accueil semble être depuis longtemps l’une des facettes. Maladroitement, par deux fois, je parle d’intégration et Henriette, née de père français réunionnais et de mère vietnamienne me fait les gros yeux.

« On ne peut pas parler d’intégration puisque nous étions déjà français ! Il faut parler d’adaptation. Nous ne sommes pas des immigrés, nous sommes des rapatriés. »

Je comprends bien la nuance. D’ailleurs, Henriette m’accueille « à la bonne franquette », comme elle le dira plusieurs fois. On ne choisit pas les mots au hasard.

Mais dans ce village, l’origine n’est pas un problème. La population de Noyant compte une vingtaine de pays d’origines différentes. La solidarité qui a prévalu entre les mineurs d’origine polonaise avant guerre a perduré à l’arrivée des rapatriés d’Indochine, puis des réfugiés issus des boat people dans les années quatre vingt.

Aujourd’hui, ceux qui sont partis reviennent, réinvestissent les corons pour leur retraite. Tout le monde ici a des amis vietnamiens. Je me prends à rêver d’un village, dans un futur plus ou moins lointain, où tout le monde aurait des amis syriens, soudanais ou haïtiens…

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  1. LAURENT Dominique

    24 février 2017 à 12 h 05 min - Répondre

    Je suis née à Noyant. Belles photos !

    • Mat

      24 février 2017 à 15 h 10 min - Répondre

      Merci Dominique 🙂 Retournez vous à Noyant ?
      Mon oeil était celui d’un néophyte, qui plus est de passage. Je me demande quel regard porte un natif sur son village tel qu’il est aujourd’hui…

      • LAURENT Dominique

        24 février 2017 à 18 h 56 min - Répondre

        J’y ai hérité d’une maison et essaye, avec les moyens dont je dispose de la rénover. En réalité, ma mère était institutrice à Noyant en 1956, date de l’arrivée des 1ers rapatriés d’Indochine : quand je suis allée au Vietnam, en 1992, je n’étais donc pas dépaysée. Et il n’est pas anodin que j’ai choisi d’aller au Vietnam dès que cela a été possible.
        Tout n’a pas été aussi idyllique, à Noyant, qu’on le raconte maintenant. A l’époque, les instituteurs, qui avaient une vraie reconnaissance dans la société, ont fait beaucoup pour l’intégration. Et toutes les institutions, d’ailleurs. Les jeunes indochinois étaient, dans leur majorité, de très bons élèves, très disciplinés (on était enfants de militaires dirait Edouard Brassecasse). La majorité d’entre eux ont bien réussi : enfants de fonctionnaires, il me semble que beaucoup sont devenus fonctionnaires ! Ce serait une chose à vérifier.
        La région est très belle, le paysage très reposant. Le côté asiatique ajoute de la zénitude. Et je crois que l’on pourrait développer des activités relaxation et méditation en pleine nature. Il y a un très beau bâti rural ancien (XVIIe – XVIIIe, que je vais essayer de recenser). Des chemins creux, dont il est difficile de connaître l’histoire, mais qui me paraissent protohistoriques. Sur les côtes Matras, on a retrouvé des vestiges celtiques. Quand on prolonge sur Le Montet, il y a un beau prieuré « michaelien » qui dépendait de saint Michel de la Cluse en Savoie.

        • Mat

          6 mars 2017 à 15 h 07 min - Répondre

          Ah c’est super d’avoir une mise en perspective historique et moins carte postale !
          Les activités de relaxation et de méditation sont une très bonne idée ! On a tendance à associer l’Asie à ce genre de pratiques, je suis sûr que ça pourrait marcher.
          Merci pour ces informations précieuses. Il va falloir que je refasse un passage pour le petit patrimoine ! Il y a toujours quelque chose de nouveau à découvrir…

          • LAURENT Dominique

            7 mars 2017 à 9 h 17 min

            Contactez-moi, je vous ferai visiter. J’ai un blog que j’ai un peu délaissé, où je mets des trucs très variés (y compris mes recettes de cuisine) dominique03.over-blog.com. Mais où vous pourrez peut-être glaner des éléments qui vous intéressent.
            Et un profil Facebook : https://facebook.com/dominique.laurent2.
            Allez visiter la Haute Loire. Et même le département de la Loire : j’y ai vécu et travaillé. Et je faisais visiter la région aux assistants d’anglais qui ne s’attendaient pas à découvrir de telles richesse au fin fonds de la France.

  2. Annette, Quatre Graines de Chêne

    27 février 2017 à 15 h 42 min - Répondre

    Quel bel article ! Je ne sais plus comment j’y suis tombée dessus, mais je suis épatée par votre style si évocateur, et bien sûr par les photos splendides. Quel endroit étonnant que ce village d’Allier ! Je suis moi-même originaire de Haute-Loire (et expatriée en Irlande), et je n’avais aucune idée que ce village si multiculturel existait. Merci pour la balade !

    • Mat

      6 mars 2017 à 15 h 01 min - Répondre

      Merci Annette 🙂 Avec plaisir pour la balade !
      J’aurais été ravi de vous balader aussi sur des terres que vous connaissez bien, mais je ne suis pas passé en Haute-Loire.
      Et oui, la France est pleine de surprise ! À quand un village français en Irlande ? 😉

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